Jean-Bernard Elzière :
Histoire des Budos, seigneurs de Budos en Guyenne et de Portes Bertrand en Languedoc
Nîmes, 1978, 308 p., pl. h.t.

En 12 chapitres, tous consacrés à l’héritier des Budos, son alliance matrimoniale et ses descendants, l’auteur s’est intéressé à une famille originaire (vers 1185), probablement de Guyenne. Par alliance avec la maison de Polignac, les Budos sont détenteurs, au début du XIVe siècle, de la baronnie de Portes, en Cévennes. L’origine de la puissance de la famille paraît liée, au début du XIVe siècle, à l’apparentement avec Clément V, le pape d’origine aquitaine. Mais les Budos, au cours de la guerre de Cent ans, optent pour le roi de France et « un glissement lent et profond s’opère qui déplace les intérêts majeurs des Budos de Guyenne vers le Languedoc ». Au terme de l’évolution, ils se séparent de la baronnie de Budos (1571), et grâce à l’appui des Joyeuse et à des alliances matrimoniales, leur baronnie de Portes est érigée en vicomté (1583), puis en marquisat (1613). C’est avec Antoine-Hercule, marquis de Portes, maréchal de camp, conseiller militaire de Louis XIII – la campagne de 1629 en Vivarais a été préparée avec son concours – que la maison de Budos est à son apogée. La branche maîtresse s’éteint avec Marie-Félice, marquise de Portes en 1693, et sa succession passe aux Conti. C’est d’ailleurs grâce en partie à cette succession que l’auteur a pu consulter certaines des sources (Archives Nationales papiers des princes et maison de Conti) qui sont à la base de cet intéressant travail généalogique particulièrement fouillé.

L'abbaye bénédictine de Saint-Félix-de-Montceau

Nous signalons la récente parution d’une plaquette de seize pages sur l’abbaye de Saint-Félix-de-Montceau (1) où, depuis 1971, une équipe s’emploie à la mise au jour et à la restauration des vestiges d’un ensemble monastique médiéval. Quelques photographies et, surtout, un plan d’ensemble, dû à R. Hervieu, permettent de localiser les différents bâtiments qui composaient le monastère.

L’importance de ce site et l’abondance des documents archéologiques et historiques disponibles devraient entraîner une accélération de la mise en valeur et la réalisation d’un musée de site qui serait promis à une grande fréquentation.

Note

   (1)L’abbaye bénédictine de Saint-Félix de Montceau, Gigean, département de l’Hérault, Sète, 1986, 2e édition. L’Association publie aussi un Bulletin (1983, 1 fasc. ; 1984, 1985 et 1986, 3 fascicules par an).

Les seigneurs de Villeneuve-les-Béziers.
Leurs rapports avec l'Albigeois et le Rouergue

Le village de Villeneuve-lès-Béziers, dont la plus ancienne mention remonte à 969 1, fut du XIIIe au XIXe siècle, la possession de descendants, directs ou alliés, d’une branche de la grande famille de Lévis 2. De nombreux généalogistes ou historiens citent dans leur ouvrage des personnages issus de cette célèbre maison, mais aucun d’eux n’était parvenu à préciser de façon claire la parenté existant entre celle-ci et les seigneurs successifs de ce bourg de la plaine biterroise.

Le but de notre étude était de faire le point sur ce sujet en apportant aux écrits existants, souvent lacunaires, des compléments inédits tirés essentiellement des archives villeneuvoises.

Pour la période ancienne (XIIIe-XIVe s.), où les documents sont rares et dispersés, nous avons dû nous référer, comme beaucoup d’autres, à des publications générales dont les sources ne sont pas toujours vérifiables. Pour cela, la première partie de notre article est plus un rappel généalogique qu’un véritable apport de connaissances.

Guy de Lévis I

Avant de passer dans les biens de la famille de Lévis, le village qui nous intéresse appartient à un certain Pierre de Villeneuve. C’est parce qu’il prend parti pour son suzerain le vicomte de Béziers, lors de la guerre des Albigeois, que son fief est confisqué par Simon de Montfort. Ce dernier fait don de la baronnie de Villeneuve à l’archevêque de Narbonne, Pierre d’Amélius 3, qui la lègue à son tour à sa sœur Marie 4.

Plus tard, lorsqu’Amaury de Montfort cède les droits qu’il a sur la région, le territoire de Villeneuve devient, par une charte de 1227, propriété du roi 5 qui l’inféode alors à Guy de Lévis, maréchal de la Foi, avec d’autres terres de Languedoc, notamment Florensac et Portiragnes 6.

Guy de Lévis, premier du nom, meurt en 1233. Il avait épousé une certaine Guiburge 7.

Guy de Lévis II

Fils aîné et héritier du précédent, il sera seigneur de Mirepoix, de Montségur, et d’autres localités, dont Villeneuve-lès-Béziers, comme le prouve la copie d’un document de 1255 concernant le tènement de l’Ile, sis à Villeneuve, où il est nommé « seigneur de Mirepoix » : « … instrumentum acquisitiones condomina scita in tenemento de insula, iuxta Sanctum Petrum de Bosco, cum laudio dm de Mirapisce… ». Cet acte fut reçu par Guillaume de Valib 8.

Son épouse, prénommée Jeanne, lui donne sept enfants. Il meurt vers 1260-1261 9.

Guy de Lévis III

Fils et héritier de Guy II, il est maintenu, par arrêt de 1261, dans la possession des terres de Florensac et de Pomérols, données par Montfort à son aïeul. Il rédige son testament en août 1276. Il avait épousé Isabelle de Marly, dont il eut douze enfants. Il meurt en 1299.

Parmi les territoires qu’il laisse en héritage figurent, pour le biterrois, les villages de Sérignan (Serinhanum), Villeneuve (Villam Novam), Portiragnes (Porcayranas) et Sauvian (Salvianum) 10.

Le partage entre les fils de Guy, puis entre leurs descendants, conduit, au XIVe siècle, à un morcellement des possessions en un grand nombre de fiefs. Villages et châteaux sont divisés, dès lors, entre plusieurs coseigneurs dont dépendaient des vassaux.

Pour cette période, nous avons les noms de quelques personnages qui eurent des biens nobles à Villeneuve-lès-Béziers. Afin de mieux comprendre la parenté avec la branche principale, on se reportera au tableau n° 1.

Pierre de Lévis

Fils de Guy III, seigneur de Villeneuve-la-Crémade 11 et évêque de Maguelone en 1307, il fait hommage, le 12 février 1316, des terres qu’il possède au diocèse de Béziers 12. Arnaud de Surno, viguier de la cour de Villeneuve le représente, en août 1324, dans une transaction avec les consuls de Sérignan 13. Il meurt en 1334.

Pour la période 1325-1332, le fonds Thésan 14 fournit une douzaine d’actes où apparaissent Jacques Calvet et son fils Bernard. A plusieurs reprises Jacques Calvet porte les titres de chevalier et de seigneur de Villeneuve-lès-Béziers habitant au château de ce village. Bernard Calvet, époux de Ricarde Carbonnel, est nommé plusieurs fois damoiseau.

Ces deux personnages, membres d’une grande famille dont on retrouve des branches dans diverses localités de l’Hérault, sont certainement des vassaux assurant la gestion des terres appartenant aux seigneurs du moment.

Roger-Bernard de Lévis I

Petit-fils de Jean de Lévis I, il est maréchal et seigneur de Mirepoix. En 1372, il avoue tenir du roi « à foy et hommage et serment de fidélité… » un grand nombre de lieux et appartenances, dont pour le territoire de Béziers … la moitié du château de Villeneuve-la-Crémade,… certains fiefs aux lieux de Villeneuve, Sérinha (Sérignan), et Salbian (Sauvian),… la moitié de Sérinha, le tiers de Porcairanes (Portiragnes), le quart de Villeneuve-la-Crémade… » 15.

Jean de Lévis III

Fils de noble Roger-Bernard et de Madame Alix de La Garde, l’an 1387, en mars, déclare le tiers des lieux de Villeneuve-la-Crémade, Porcairanes, Salvies (Sauvian) et de Sérignhan… 16. En 1390, il apparaît avec le titre de seigneur de Villeneuve, de Sauvian, de Sérignan et de Portiragnes 17.

Philippe de Lévis II

Arrière petit-fils de Guy III, fils de Bertrand et de Jourdaine de la Roche-en-Renier, sert au siège de Bourbourg, en Flandres, en 1383, partage ses biens à ses enfants le 4 mars 1415. Il avait épousé Alix de Caylus.

Le 19 mars 1409, la seigneurie de Villeneuve-la-Crémade est mentionnée comme ayant appartenu pour un quart à Roger-Bernard de Lévis II, seigneur de Mirepoix et à Philippe de Lévis II, seigneur de Florensac 18. Ce dernier est nommé « chevalier, seigneur de Villeneuve-la-Crémade-sous-Béziers » lors d’un hommage et dénombrement rendu au roi, pour la baronnie de ce village, le 8 et le 12 juin 1412 19.

Eustache de Lévis

Second fils du précédent. Il sera seigneur de Villeneuve-la-Crémade, baron de Caylus 20 et de Bournac 21. Il sert en Languedoc sous Charles, duc de Bourbon, fait hommage de ses terres en 1427 et 1452. Il rédige deux testaments, le premier le 23 septembre 1459 22, le second le 24 novembre 1459, et meurt avant 1464. Cette année-là, sa femme Alix de Cousan, fait hommage de ses terres de Caylus et de Villeneuve 23.

Jean de Lévis V

Second fils et héritier d’Eustache. Les documents le concernant semblent assez rares.

1467 : reconnaissance faite par Guillaume Chanbuy et Ramond Julian à Jean de Lévis, reçue par Me Guillaume Blanchy notaire de Sérignan 24. Autre reconnaissance faite par Antoine Folquier de Villeneuve, reçue par le même notaire 25.

15 septembre 1469 : transaction par laquelle il laisse à son frère ce qu’il avait reçu de son père 26.

1494 : il rédige son testament 27.

Guy de Lévis IV

Quatrième fils d’Eustache. Il devient seigneur de Villeneuve-la-Crémade et de Périgny, par transaction avec son frère Jean en 1469.

1474 : « En l’an 1474, noble Guillaumes de Patau, coseigneur de la Volte 28, faict homage à genoulx, les mains joinctes, à puissant seigneur Guido de Lévis, seigneur de Villeneufve, des fiefs nobles, usaiges et autres possessions qu’il tient de luy en la juridiction de Villeneufve… ». Acte reçu par Me Guillaume Blanchy 29.

15 février 1475 : il épouse Marguerite de Cardaillac, dame de Varaire, fille de Guillaume et de Marguerite de Narbonne 30.

20 avril 1475 : hommage rendu par André Mailhefer de Villeneuve à Guy de Lévis, reçu par Me Aiguiny 31.

1479-1480 : « Messire Guy de Lévis prête serment de fidélité (au roi) pour les seigneuries de Villeneufve, Salvian, Porcairanhes, Olargue, la Boutte,… la baronnie de la Pene,… la baronnie de Caylus. » 32.

1488 : reconnaissance faite par Jean Besse à Guy de Lévis, reçue par Me Jean Demansis, notaire de Villeneuve 33.

1er septembre 1499 : il est nommé exécuteur testamentaire dans le testament de sa sœur Charlotte 34.

Guillaume de Lévis

Fils aîné du précédent.

13 novembre 1513 : dans son château de Villeneuve, « Guilh. de Lévis, filz et héritier de noble Guidou de Lévis (…), baron et seignour de las baronnias de Caylus, Olargue, de la Penna et deld. loc de Villanova… » accepte les ordonnances de la cité, rédigées en occitan, que lui présentent les consuls 35.

1519 : reconnaissance faite par Jean Marques à Guillaume de Lévis, reçue par Me Dardé Demansis 36.

1524 : mort de Guillaume, qui fut aussi baron de Varaire, Privezac, et en partie de Florensac 37.

1527 : transaction passée entre les consuls de Villeneuve et Magdeleine d’Amboise, veuve de Guillaume de Lévis 38.

Antoine de Lévis

Baron puis comte de Caylus 39, baron de Villeneuve et de la Penne, seigneur de Privezac et de Florensac en partie, conseiller du roi dans ses conseils, chevalier de ses Ordres, capitaine de 50 hommes d’armes, sénéchal et gouverneur en Rouergue 40, natif du lieu de Colombières 41 juillet 1528 : première mention de « M. de Caylus » à Villeneuve, dans un extrait de compoix, repris dans un document de 1640 42.

1536 : dénombrement rendu par noble Antoine de Calvet, de Villeneuve, à Messire Antoine de Lévis 43.

9 octobre 1536 : reconnaissance par Jean Durand et Folquier, consuls de Villeneuve, en faveur d’« Antoine de Lévys, seigneur et baron de Caylus, Privezac, la Pene et dudit lieu de Villeneuve, le tenant pour leur vrai seigneur et baron avec toute haute, moyenne et basse juridiction… » 44.

1er novembre 1536 : il épouse Balthasarde de Lettes des Prez de Montpezat 45.

1560 : de Caylus s’illustre lors de la pacification du Languedoc 46.

21 novembre 1560 : dame Balthazane de Montpezat, femme au seigneur de Caylus, bailhe à usage le canal desséché entre le champ de Jean Gonny, (…) et le bois dudit seigneur… ». Acte reçu par Me Phalip Claise 47.

1563 : il reçoit des mains de Crussol les places occupées par les religionnaires et en rend compte au roi et à la reine-mère, le 29 août 48.

de 1567 à 1586 : il est sénéchal de Rouergue 49.

août 1582 : il réside à Aumontal, près de Castres 50.

6 avril 1586 : il meurt.

Après la mort d’Antoine de Lévis la seigneurie de Villeneuve-lès-Béziers est partagée entre Marguerite de Lévis I, sa sœur, et Hector de Cardaillac son gendre 51.

Marguerite de Lévis I

Dame de Villeneuve-la-Crémade, de Salvian (Sauvian), de Pourcairagues (Portiragnes) et de Montredon 52. Elle épouse Antoine d’Arpajon, baron de Lers 53 le 31 janvier 1541 54. Un livre de reconnaissances féodales, de 1556-1557, la nomme « dame de Lers et douairière de la seigneurie et barony de Montfrin » 55. Le 31 janvier 1585, elle donne procuration à « Hector de Cardaillac, baron de Bieulle, pour appoincter et accorder le différend qu’elle a avec Antoine Jourdan » 56.

Le 16 février 1585, elle rédige un premier testament, dans lequel elle demande qu’à sa mort son corps soit enseveli dans l’église des Célestins d’Avignon, où repose son fils unique Laurent. Elle lègue à sa nièce Marguerite 3 000 livres, ses bagues, ses joyaux, pierreries, tapisseries et vaisselle d’argent. Ses deux autres nièces 57 ne reçoivent que 3 000 livres chacune. Elle désigne comme héritier de ses biens Jacques de Cardaillac, second fils d’Hector et de sa nièce Marguerite de Lévis II 58. Mais le bénéficiaire disparaît, semble-t-il, avant sa tante, ce qui donne lieu à la rédaction d’un nouveau testament, le 1er juillet 1603 59. Ses dernières volontés font d’Antoine, fils aîné d’Hector de Cardaillac, l’héritier universel, à condition qu’il accepte d’accoler à son nom celui des Lévis et de porter les armes de cette maison « meslées avec les siennes » 60.

Elle meurt, le 12 septembre de la même année, à Nîmes, où son testament est ouvert 61.

Hector de Cardaillac

La généalogie de la maison de Cardaillac, imprimée en 1654, donne les renseignements suivants sur ce personnage : « Seigneur de Bieule 62, combaron de Cardaillac, seigneur de Gays 63, la Bruguière, Montredon 64, Villeneufve-la-Cramade, Mansses et autres terres, fils unique d’Antoine II, eut pour épouse, l’an mil cinq cens soixante et quinze, Marguerite de Lévis, fille d’Antoine de Lévis, comte de Caylus, seigneur de Privasac en Rouergue, et de Balthasare des Prez. Il mourut à Paris l’an mil cinq cens quatre vingt dix huit. 65

15 novembre 1596 : il apparaît à Villeneuve, dans un acte fragmentaire 66, avec… Marguerite de Lévis, filhe aysnée à feu messire Anthoine de Lévis… », et son fils « … Anthoine de Cardailhac de Lévis… ».

Antoine de Cardaillac et Lévis

Second fils d’Hector et successeur de Marguerite de Lévis I, pour la baronnie de Villeneuve-lès-Béziers.

1595 : Pierre de Fleyres, évêque de Saint-Pons de Thomières, présente requête au Sénéchal de Béziers, « contre M. Antoine de Cardaillac de Lévi, seigneur de Villeneuve » 67.

7 octobre 1607 : « transaction entre Antoine de Cardaillac, seigneur et baron de Bioule et de Villeneuve, et les députés de la communauté, au sujet de terres acquises du sieur Foissac par Antoine de Lévi, baron de Caylus, oncle maternel du sieur de Bioule » 68.

1610 : la seigneurie de Bioule est érigée en comté, en sa faveur 69. La même année, il épouse Marie-Louise de Voisins, âgée de seize ans, fille de Louis de Voisins, vicomte de Lautrec. Cette dernière meurt au château de Gaix, le 19 juillet 1612 70.

16 octobre 1620 : Antoine de Cardaillac fait assigner le syndic du chapitre Saint-Nazaire de Béziers 71.

1621 : il combat sous les ordres de Montmorency contre les troupes rebelles de Rohan 72.

novembre 1622 : il est présent pour l’ouverture des États Généraux à Beaucaire 73, et meurt dans cette ville, peu après, sans laisser de postérité 74.

Louis de Cardaillac et Lévis

Second fils d’Hector, il hérite des biens de son frère.

1606 : il est lieutenant dans la compagnie d’hommes d’armes du duc d’Halluin 75.

14 novembre 1623 : son nom est mentionné à propos d’un différend entre les héritiers de Jacques Carratier de Villeneuve et le syndic du chapitre Saint-Nazaire de Béziers 76.

1624 : il épouse Lucrèce d’Elbène, qui meurt deux ans plus tard, sans lui donner d’enfant 77.

30 mai 1627 : lors du baptême de Magdeleine de Ferroul, à Villeneuve-lès-Béziers, il apparaît comme parrain de l’enfant 78.

1632 : il prend part à la révolte de Montmorency et est déclaré coupable de lèse-majesté aux États de Languedoc réunis à Béziers, le 11 octobre 79.

20 décembre 1643 : première mention de Marie-Isabeau Mitte de Chevrières de Saint-Chamont, sa seconde épouse 80.

16 mars 1666 : dans son château de Villeneuve-la-Crémade, il dicte son testament.

21 avril 1666 : il meurt dans ce même village sans laisser de postérité.

Voici le contenu de l’acte consigné par le prêtre sur le registre paroissial : « Haut et puissant Messire de Cardailhac et Levy, comte de Bieule, marquis de Cardailhac, vicomte de Lautrec, seigneur et baron de Villeneuve, Manse, Gaix, Labruguière, Montredon et autres places 81, conseiller du Roy en ses conseils, chevalier de ses Ordres et lieutenant général des armées de sa Majesté et de la province de Languedoc est décédé, muni de tous les sacrements de l’Église, ce 21 avril 1666, entre quatre heures et cinq heures du matin, dans son château du présent lieu et a été porté à Bieules. » 82

A la mort de Louis de Cardaillac et, jusqu’en 1694, la seigneurie de Villeneuve-lès-Béziers est partagée entre Marie-Isabeau de Saint-Chamont et Louis-Joseph de Brunet de Pujols de Castelpers et Lévis, petit-fils de David de Castelpers 83. L’acte qui suit en est la preuve.

Le 16 mai 1668, Pierre-François de Persin de Montgaillard, évêque de Saint-Ports de Thomières, fait assigner au Grand Conseil « … dame Marie-Isabeau de Saint-Chamont, veuve de M. le comte de Bioule et M. Louis-Joseph de Brunet de Castelper-Lévi de Pujol, héritiers de M. le comte de Bioule et ses successeurs en la seigneurie de Villeneuve… » 84.

Louis-Joseph de Brunet de Pujols de Castelpers et Lévis I

Second fils de Louis de Brunet, baron de Pujols, de Castelpers, de Villeneuve-la-Crémade, et d’Anne de Castelpers 85. Il sera vicomte de Lautrec, sénéchal de Castres, baron puis marquis de Villeneuve 86, seigneur de Villeneuve, Portiragnes, Cers, Sauvian et Montredon, et lieutenant du roi en Languedoc 87.

Le 8 juillet 1674, il épouse Élisabeth de la Croix de Castries, fille de René-Gaspard de la Croix, marquis de Castries et d’Élisabeth de Bonzi 88. Le 29 juillet 1694, Marie-Isabeau de Saint-Chamont lui vend sa part du fief de Villeneuve. Louis-Joseph est, dès lors, en possession de la totalité du marquisat 89.

Il rédige un premier testament le 18 janvier 1698 90, un second le 12 mars 91, et un dernier en décembre 1698. Il lègue ses biens à son épouse, à la charge de les transmettre à Pierre-François son fils aîné. Il s’éteint entre le 12 et le 31 décembre de la même année 92.

Pierre-François de Brunet de Pujols de Castelpers et Lévis

Fils aîné de Louis-Joseph Ier et d’Élisabeth de la Croix de Castries, il est baptisé à Villeneuve, le 22 juin 1681 93.

Du 16 au 18 juillet 1724, divers particuliers reconnaissent en sa faveur, des pièces de terre situées sur le territoire de Cers 94. A cette date, Pierre-François de Brunet est nommé marquis de Villeneuve, vicomte de Lautrec, seigneur de Sauvian, Cers, Portiragnes et autres places, baron des États de la province de Languedoc, ancien colonel d’un régiment d’infanterie.

Il meurt à 61 ans, le 29 août 1740, sans laisser de postérité. Son corps repose dans la chapelle Saint-Jacques de l’église de Villeneuve 95.

Louis-Joseph de Brunet de Pujols de Castelpers et Lévis II

Second fils de Louis-Joseph I. Il est ondoyé le jour de sa naissance, à Villeneuve, le 20 septembre 1682 et ne sera baptisé que le 10 août 1686 96.

Le 3 novembre 1712, il épouse Marie-Anne de Danty de Villegly, fille de Jacques de Danty et de Françoise de Mirman 97.

A cette époque et jusqu’au décès de son frère, il porte le titre de vicomte de Lautrec. Ce n’est qu’à partir de 1740 qu’il devient marquis de Villeneuve.

Le 4 février 1752, il meurt à l’âge de 70 ans, et a sa sépulture dans le caveau de sa famille se trouvant dans l’église de Villeneuve-lès-Béziers 98. En plus des titres hérités de son père, il eut de son vivant ceux de baron des États de la province de Languedoc, de capitaine des vaisseaux du roi et de colonel de cavalerie.

Marc-Antoine de Brunet de Pujols de Castelpers et Lévis

Fils aîné du précédent. Il sera comte puis marquis de Villeneuve avec les mêmes titres que son père.

Il naît à Villeneuve-lès-Béziers, le 8 février 1713 99.

Le 31 juillet 1745, il épouse à Montpellier, Marie-Anne Ursule de Fargeon 100. Les fêtes, qui sont données à cette occasion au château de Villeneuve, durent quatre jours. Le témoignage, laissé par le père de l’épouse, a été repris et publié par M. E. Baret 101.

Le 26 novembre 1773, Marc-Antoine de Brunet meurt à l’âge de 60 ans 102.

Marie-Lambert de Brunet de Pujols de Castelpers et Lévis

Second fils de Marc-Antoine et de Marie-Anne de Fargeon.

Le 16 juillet 1747, naît un fils du marquis, qui est ondoyé le jour même. Le prénom de l’enfant n’est pas précisé dans l’acte du registre paroissial, mais nous avons la certitude qu’il s’agit de Marie-Lambert 103. En septembre 1777 104, il s’unit à Marguerite de Perrin de Cabrilles, fille de Jacques et de Jeanne de Malviès de Goudon. A cette époque, il apparaît avec les titres suivants : chevalier, marquis de Villeneuve, vicomte de Lautrec, baron des États Généraux de Languedoc, baron de Montredon, de Cestairols et des États d’Albigeois, seigneur de Portiragnes, Cers, Bonneville, Saissac, Durfort 105.

Le 29 décembre 1827, il procède au partage anticipé de ses biens, entre ses enfants et ses petits-enfants 106.

Le 16 novembre 1828, il meurt à Béziers, à 81 ans 107.

Armand-Jean-Lambert de Brunet de Pujols de Castelpers et Lévis

Fils aîné de Marie-Lambert, il sera marquis de Villeneuve-lès-Béziers et sous-préfet de l’arrondissement de Béziers.

Il naît à Villeneuve, le 7 juin 1780 108.

Le 31 décembre 1817, il épouse Louise-Magdeleine-Agathe de Bastard. Le contrat de mariage est enregistré par Me Cronier, notaire à Paris 109.

Le 30 octobre 1857, il meurt à son domicile de la rue Française, à Béziers, sans laisser de descendant 110.

Victor-Amédée de Brunet de Pujols de Castelpers et Lévis

Frère du précédent. Il naît à Villeneuve, le 20 août 1788 111.

Le 22 avril 1822, il passe un contrat de mariage avec Joséphine-Philippine Juge de Brassac, devant Me Tailhade, notaire de Castres 112.

Dans son testament olographe, rédigé à Béziers et enregistré par Me Prax, le 1er août 1851, il lègue tous ses biens à sa seconde épouse Marie-Joséphine-Bathilde de Maurelhan 113.

Le 13 février 1860, s’éteint au 13 de la rue Sainte-Catherine, à Béziers, le dernier rejeton de la famille des seigneurs de Villeneuve-lès-Béziers 114.

Tableau 1
Tableau 1
Tableau 2
Tableau 2

Abréviations

A.D. : Archives départementales.

A.M. : Archives municipales.

ACD : M. Aubert de La Chenaye Desbois, Dictionnaire de la noblesse française, 3e éd., Paris, 1864-1868.

BSAB : Bulletin de la Société archéologique de Béziers.

HGL : Histoire générale du Languedoc par C. Devic et J. Vaissette, 15 vol., Toulouse, 1872-1892.

Notes

1. J. Rouquette, Cartulaire de Béziers, Paris, 1918, Montpellier, 1918, p. 30.

2. Ce nom est parfois orthographié Lévi, Lévy ou Lévys.

3. Pavillet, Histoire généalogique de la maison de Villeneuve en Languedoc, Paris, 1830, p. 174.

4. Gallia Christiana, Paris, 1739, tome VI, col. 67.

5. E. Carou, BSAB, tome III, 1865, p. 193.

6. P. Andoque, Histoire du Languedoc, Béziers, 1643, p. 331.

7. A. Moutié, Cartulaire de Notre-Dame-de-la-Roche, Paris, 1862, p. 354 et 355.

8. A.D. Hérault, G 742, document de 1640 concernant un procès entre le chapitre Saint-Nazaire de Béziers et les consuls de Villeneuve.

9. A. Moutié, op. cit., p. 377.

10.   F. Pasquier, Cartulaire de Mirepoix, Toulouse, 1921, tome II, p. 345.

11.   Dénomination ancienne de Villeneuve-lès-Béziers.

12.   P. Anselme, Histoire généalogique et chronologique de la Maison royale de France…, Paris, 1726, tome IV, p. 13.

13.   A. et M. Fabre, Histoire de Sérignan, 1883-1884, réédition de 1964, p. 37.

14.   F. Pasquier et S. Olive, Le fonds Thésan aux archives du château de Léran (Ariège), tome VII, p. 14 à 21.

15.   A.D. Hérault, A 242, article n° 480.

16.   A.D. Hérault, ibid., article n° 568.

17.   A.D. Hérault, ibid., article n° 892.

18.   P. Anselme, op. cit., tome IV, p. 38.

19.   J. Sahuc, Archives de l’ancien évêché de Saint-Pons, inventaire de 1746, Montpellier, 1907, p. 75.

20.   Caylus, près de Saint-Affrique (Aveyron), souvent orthographié Quélus.

21.   Bournac, parfois mentionné Bornac ou Bournat (Aveyron).

22.   F. Pasquier et S. Olive, op. cit., tome VII, p. 434.

23.   P. Anselme, op. cit., tome IV, p. 40.

24.   A.D. Hérault, G 743.

25.   A.D. Hérault, II-E-93/57.

26.   P. Anselme, op. cit., tome IV, p. 41.

27.   Ibid.

28.   La Voulte, près d’Olargues (Hérault), parfois mentionné la Volte ou La Boutte.

29.   [Note absente sur l’original].

30.   P. Anselme, op. cit., tome IV, p. 43.

31.   A.D. Hérault, G 743.

32.   A.D. Hérault, A 242, article n° 2012.

33.   A.D. Hérault, G 743.

34.   ACD, tome XII, col. 9.

35.   A.M. Villeneuve-lès-Béziers, original manuscrit des statuts de 1513.

36.   A.D. Hérault, G 743.

37.   P. Anselme, op. cit., tome IV, p. 43.

38.   Transaction reprise dans un document du XVIIIe siècle. Voir P. J. Bédard, BSAB, 1927, tome XII, vol. XLV, p. 206.

39.   C’est avec ce titre qu’il est le plus souvent nommé.

40.   P. Anselme, op. cit., tome IV, p. 43.

41.   Probablement Colombières-sur-Orb (Hérault). A.D. Gard, inv. du Fonds de la Tour par Y. Chassin du Guerny, article 460.

42.   A.D. Hérault, G 741.

43.   A.D. Hérault, II-E-93/57.

44.   A.D. Hérault, G 743, chemise n° 2944.

45.   P. Anselme, op. cit., tome IV, p. 43.

46.   HGL, tome XI, p. 342.

47.   A.D. Hérault, G 744.

48.   HGL, tome XI, p. 447.

49.   J. Bousquet, Enquête sur les commodités du Rouergue en 1552, Toulouse, 1969, p. 93.

50.   A.D. Gard, Fonds de la Tour, article n° 460.

51.   Cardaillac (Lot), souvent orthographié Cardailhac.

52.   P. Anselme, op. cit., tome V, p. 894.

53.   Lers, commune de Roquemaure (Gard).

54.   ACD, tome XII, col. 147.

55.   Montfrin (Gard). A.D. Gard, 1-E-231.

56.   A.D. Gard, 1-E-192.

57.   Jeanne de Lévis, épouse de J.-Claude de Pestels et Anne de Lévis, épouse de Jean de Castelpers, vicomte de Panat. Voir H. de Barrau, documents historiques et généalogiques sur les familles du Rouergue, Rodez, 1853, tome I, p. 555.

58.   A.D. Gard, 1-E-444.

59.   A.D. Isère, B 1215.

60.   A.D. Gard, 39-J-4(21).

61.   ACD, tome XII, col. 47.

62.   Pour Bioule (Tarn-et-Garonne). On trouve aussi les mentions Bieulle ou Vieule.

63.   Pour Gaix, commune de Valdurenque (Taro).

64.   Labruguière et Montredon-Labessonnié (?) (Taro).

65.   A.D. Lot, F 349.

66.   A.D. Hérault, II-E-93/61. Document sur parchemin réutilisé comme couverture de registre.

67.   J. Sahuc, op. cit., p. 144.

68.   Ibid., p. 89.

69.   A.D. Lot, F 349.

70.   Abbé Fabre, Louis de Cardaillac et de Levy, comte de Bioule, étude dactylographiée, déposée aux A.D. Hérault.

71.   A.D. Hérault, G 743.

72.   M. Prévost et Roman d’Amat, Dictionnaire de biographie française, Paris, 1954, tome 37, p. 1122.

73.   P. Borel, Les Antiquitez de Castres, 1649, réédition de 1868, livre II, p. 35.

74.   A.D. Lot, F 349.

75.   M. Prévost et Roman d’Amat, op. cit., tome 37, p. 1122.

76.   A.D. Hérault, G 743.

77.   A.D. Lot, F 349.

78.   A.M. Villeneuve-lès-Béziers, GG 5.

79.   HGL, tome XI, p. 1080.

80.   A.M. Villeneuve-lès-Béziers, GG 9.

81.   Dont Portiragnes et Sauvian, voir document posthume du 30 mai 1671. A.D. Hérault, II-E-93/110.

82.   A.M. Villeneuve-lès-Béziers, GG 12.

83.   David de Castelpers et ses descendants ayant été désignés héritiers des biens de Marguerite de Lévis I, dans le cas où la branche de Cardaillac s’éteindrait sans postérité. A.D. Gard, 39-J-4 (21). Louis-Joseph de Brouet obtient que la substitution de Marguerite de Lévis soit déclarée en sa faveur, par arrêt du Parlement de Grenoble, en 1673. A.D. Isère, B 1215.

84.   J. Sahuc, op. cit., p. 149.

85.   Castelpers (Aveyron).

86.   En août 1686, la baronnie de Villeneuve devient marquisat, HGL, tome XIII, p. 69.

87.   A.D. Hérault, II-E-93/93 (acte du 25 mars 1672) et II-E-93/60 (acte du 29 juillet 1694).

88.   M. Gastelier de la Tour, Armorial des États de Languedoc, Paris, 1767, p. 124.

89.   A.D. Hérault, II-E-93/60.

90.   A.D. Gard, l-J-4(21).

91.   A.D. Gard, Fonds de la Tour, article n° 465.

92.   A.D. Hérault, II-E-93-56.

93.   A.M. Villeneuve-lès-Béziers, GG 4.

94.   A.D. Gard, 1-J-127.

95.   A.M. Villeneuve-lès-Béziers, GG 7.

96.   A.M. Villeneuve-lès-Béziers, GG 4.

97.   M. Mahul, Cartulaire de Carcassonne, 1857, tome II, p. 133.

98.   A.M. Villeneuve-lès-Béziers, GG 21.

99.   A.M. Villeneuve-lès-Béziers, GG 17.

100.   A.M. Montpellier, GG 262.

101.   E. Baret, BSAB, tome XVI, vol. XLVII, 1930, p. 43 à 51.

102.   A.M. Villeneuve-lès-Béziers, GG 23.

103.   A.M. Villeneuve-lès-Béziers, GG 20.

104.   A.M. Villeneuve-lès-Béziers, BB 19, mention dans la délibération consulaire du 19 décembre 1778.

105.   A.M. Villeneuve-lès-Béziers, GG 24, baptême de Marie-Ursule, sa fille, le 11 janvier 1779.

106.   A.D. Hérault, II-E-13/192.

107.   A.M. Béziers, II-E-108.

108.   A.M. Villeneuve-lès-Béziers, GG 24.

109.   A.D. Hérault, II-E-13/192.

110.   A.M. Béziers, registre de décès de 1857.

111.   A.M. Villeneuve-lès-Béziers, GG 24.

112.   A.D. Hérault, II-E-13/192.

113.   Étude de P. et R. Pallot, notaires à Béziers.

114.   A.M. Béziers, registre de décès de 1860.