Montpellier en sa région Images et représentations d'une capitale régionale
Montpellier en sa région Images et représentations d’une capitale régionale
On ne peut plus faire l’économie de la prise en compte du discours sur la ville chacun y va d’une image de marque soigneusement peaufinée. Une lecture rapide y verrait argumentation électoraliste, mais il y a une réalité bien plus profonde.
C’est là une proposition d’un produit en vue de sa promotion, selon les simples lois du marketing. Il n’y a guère de nouveauté ; de tout temps chaque ville s’est offerte comme « reine des villes d’eau », « reine des plages de la Méditerranée »… et combien de perles, de joyaux, de littérature touristico-lyrique, à travers quelque spécialité (la Cité de Carcassonne, Lou Camel de Béziers, la Rome française : soit un monument, un animal fabuleux, une référence antique et prestigieuse) ; ce qui est nouveau c’est que le discours publicitaire que l’on tient sur la ville ne passe plus par quelque monument chargé d’histoire ou quelque unicité archéologique, mais par quelques caractères géographiques qui renvoient à une « Géographie du bien-être » pour reprendre le titre de l’ouvrage récent d’Antoine Bailly (P.U.F., 1981). Second souci, celui de bien figurer, en bonne place, dans un classement permanent et dont les critères ne cessent d’étonner, des gagnants du loto à la mortalité par le cancer… Troisième souci, la ville n’est plus une entité mal située, mais au contraire on la positionne constamment par rapport à ses semblables, on la replace dans son département, on la réintègre dans sa région, surtout lorsqu’elle en est la capitale.
Quatrième souci, celui de ne pas laisser passer la date historique, l’événement de taille et de bon aloi, si possible dans le passé le plus lointain et le mieux enraciné.
Montpellier se prête bien à l’exercice.
I – Montpellier et ses records
Face à ses voisins – ou ses concurrentes – la ville de Montpellier est bien située : les indicateurs statistiques ne manquent pas pour cela, qu’il s’agisse d’un nombre d’habitants ou d’étudiants, de chômeurs ou d’actifs, les uns et les autres soigneusement répertoriés par catégorie socioprofessionnelle…
Bien plus floues, les images que l’on accole à la ville, doivent s’arrimer à un quelconque record pour atteindre leur but : marquer les esprits ; Montpellier en tête du challenge régional de la croissance urbaine, Montpellier qui compte le plus de fréquentations dans ses cinémas, Montpellier pourvoyeuse d’emplois tertiaires, Montpellier aux industries « propres » en font partie.
Quant aux représentations, pourquoi leur demander plus que ce qu’elles peuvent fournir, en un temps précis pour un lieu précis la vision revisitée d’une réalité qui se doit de répondre aux besoins du moment et pour un but déterminé. Le Robert (« action de mettre devant les yeux ou devant l’esprit de quelqu’un ») précise, voir : exhibition… allégorie… figuration… caricature… évocation.., vision… idéographie… miroir… reflet… et ajoute dans un sens vieilli : « le fait de montrer, de présenter aux yeux de tous son état, sa condition sociale, par le train de vie, la tenue, le comportement » être en représentation.
On sent déjà tout le danger de dériver vers une anthropomorphisation au demeurant fréquente – et d’affirmer que « Montpellier est en représentation » et se donne à voir tel espace vert est le poumon de la ville, on situe assez bien son cerveau et son cœur, la ville grandit, s’asphyxie, respire… s’éveille et s’endort…
Tout un discours (jamais gratuit, rarement naïf) est ainsi tenu sur la ville ; soit par des spectateurs : les journalistes, les géographes ; soit par des acteurs : les élus municipaux, les membres de corps constitués. Il y a là tout un corpus à rassembler : paroles sur la ville, et non paroles de la ville comme on pourrait le laisser croire ; ce sont quelques uns de ces éléments qui seront pris en compte, sachant bien qu’il ne s’agit que de l’ébauche de pistes de recherche. Le discours daté est à rassembler, tel qu’il se perpétue dans les guides (administratifs au XIXe siècle, et plus volontiers touristiques de nos jours), ou tel qu’il s’enfle au moment des campagnes électorales que l’on se souvienne aussi, à ce propos, de toute l’iconographie mise en œuvre.
Depuis peu s’ajoute un élément nouveau : les organismes publics sont devenus soucieux de leurs images. Laissant pour l’instant de côté les panneaux, publicitaires visibles dans les rues de Montpellier en janvier 1985, on peut proposer cette revue de presse – sommaire – à propos de « Montpellier en sa région ».
- Midi-Libre: « le sondage Le Point Sup. de Co. ». (11 février 1985).
- Nouvel Observateur: « La France des records ». (N° 1054, 18-24 janvier 1985, p. 42-60).
- Midi–Libre: « Haro sur Montpellier ». (17 juillet 1984).
- Lettre M: « Le Conseil Général soigne son image ». (N° 20, 27 juin 1984).
- Énergie Languedoc-Roussillon: « L’image du Languedoc-Roussillon ». (N° 1, mai 1984 p. 4-5).
- Le Point : « Villes, le palmarès écologique ». (2-8 juillet 1984).
- Midi-Libre : « la région, rêve ou réalité ». (10, 11, 13, 14, 17, 18 mars 1984).
- SOFRES: « L’image du Languedoc-Roussillon ». (Fiche technique, décembre 1983, Janvier 1984).
- Midi-Libre: « Êtes-vous régionaliste ? ». (26 décembre 1983).
- Le Point: « Région par région, le choc de la crise ». (19 septembre 1983, p. 84-99).
- BAILLY A. et CUNHA A. : « À propos de la qualité de la vie en France ». Revue d’Économie Régionale et Urbaine, n° 4, 1983, P. 487-502. (Commentaire sur les classements du Point, 1978 et 1981).
On se contentera ici d’exploiter ce qui – rendu en partie public par la presse locale – concerne les rapports entre Montpellier et sa région. Toutefois le corpus présenté se doit d’être prolongé à l’amont les images actuelles reposent sur des écrits plus anciens et plus spécialisés, à l’opposé en tout cas de l’écriture journalistique car découlant d’études de type universitaire, donc pour un public différent et en tout cas restreint. Ils ne sont pas davantage gratuits, et servent volontiers de référence ou de caution.
II - Émergence et affirmation de Montpellier
Quatre textes sont datés : on les trouvera ci-dessous.
- 1963: Conclusion du géographe R. Dugrand à l’issue de ses travaux – pionniers – sur le réseau urbain du Languedoc-Roussillon : pas de capitale régionale, mais des centres régionaux : Montpellier et Béziers, Nîmes et Alès (Carcassonne et Perpignan sont hors du domaine d’étude) au nombre de quatre ; déjà l’accent est mis sur la nécessité d’avoir une capitale.
- 1973: une décennie plus tard, sous la direction du même auteur et à l’issue d’études nouvelles réunies dans le cadre de l’Atlas du Languedoc-Roussillon : un renforcement du poids de Montpellier devenue capitale administrative de la nouvelle région, mais déjà l’accent sur les dangers de la suprématie et de la domination.
- 1974: deux géographes encore, un nouveau vocabulaire sujétion, luttes, liens, ambition, capitale… et la croissance prodigieuse de Montpellier.
- 1979: un dernier texte, une suprématie consommée, celle de la nouvelle capitale « admise et reconnue », même vocabulaire : lignes de force, bouleverse, prééminence, relègue, dépendance, éliminées, nivelées…
(TEXTE I)
« L’absence d’une véritable capitale régionale est sans conteste un des problèmes majeurs du réseau urbain. Celui-ci possède quatre centres régionaux – Béziers, Montpellier, Nîmes et Alès – qui se partagent l’espace d’entre Rhône et Aude et dont les différentes zones d’influence forment le champ d’action de quatre bourgeoisies violemment opposées. Le Bas-Languedoc… n’a donc pas de métropole concentrant en elle-même les grands intérêts de toute une province. La fortune régionale est divisée en un chapelet de villes moyennes qui commence en fait à Perpignan, aux pieds des Pyrénées, et se termine à Avignon, de l’autre côté du Rhône… À un moment où les travaux d’aménagement entrepris vont dans le sens d’une uniformisation régionale et d’un renforcement des intérêts collectifs, l’absence de tout pôle de décision commun est donc pour la région d’entre Rhône et Pyrénées une infirmité quasi mortelle. Créer une capitale est devenu une impérieuse obligation… Par sa situation, son passé, son dynamisme administratif et universitaire, Montpellier, s’il y a jamais une capitale bas-Languedocienne, est bien en effet la seule cité d’entre Rhône et Pyrénées qui puisse espérer l’être ».
(Raymond Dugrand, Villes et campagnes en Bas- Languedoc, 1963, PUF, 638 p., p. 545-547).
(TEXTE II)
« Bien située au centre de la plaine languedocienne, Montpellier, capitale administrative de la région-programme Languedoc-Roussillon, riche de sa tradition universitaire et hospitalière, mais longtemps plongée dans la seule recherche d’un profit viticole, est devenue en moins de 10 ans une des plus importantes villes moyennes françaises. Les nouvelles instances administratives dont elle a été dotée ont renforcé ses fonctions de commandement et son pouvoir d’attraction. Consacrée officiellement capitale politique du Languedoc, Montpellier possède grâce à son Université, son centre hospitalier et ses industries de pointe, de vigoureux atouts pour impulser l’économie régionale, pour affirmer son action spécifique et prépondérante dans de nombreux domaines, et pour devenir une véritable capitale économique régionale.
Mais il n’est pas sûr que suprématie et domination engendrent le développement régional et que la diffusion du progrès économique et social passe par l’édification d’une capitale, par la construction d’un système urbain pyramidal et hiérarchisé ».
(R. Dugrand, (dir.), Atlas Régional du Languedoc- Roussillon, Berger-Levrault, 1969 et 1973, planches 71. 1 et 71-2.).
(TEXTE III)
L’originalité de l’armature urbaine du Littoral tient à l’existence, entre Rhône et Aude, de 7 villes de niveau régional. Nulle sujétion affirmée entre elles, mais des luttes d’influences et des liens de complémentarité.
Or, dans ce réseau de villes solidaires mais indépendantes, Montpellier a maintenant pour ambition avouée de s’affirmer comme une véritable capitale régionale. À la base de cette espérance, une croissance démographique et spatiale presque sans égale en France… En fait, en dix ans, est née une véritable agglomération intercommunale qui regroupe, en 1973, près de 230 000 personnes. À cette croissance, réellement prodigieuse, des causes multiples qui tiennent, les unes aux conséquences de l’aménagement régional, les autres au dynamisme interne de la cité ».
(R. Dugrand et R. Ferras, Découvrir la France ; le Bas-Languedoc, Larousse., 1974, 100 p. p. 38-39).
(TEXTE IV)
« Les lignes de force se sont déplacées et le réseau urbain s’est lui-même modifié sous l’effet d’un fait nouveau et encore tout à fait imprévisible il y a 11 ans l’émergence de Montpellier.
Montpellier s’est en effet bel et bien hissée et haussée au rang d’une capitale régionale. Cette évidence, à présent admise et reconnue, est un fait récent qui bouleverse l’organisation tricéphale encore en place au début des années 60. La prééminence de Montpellier semble maintenant définitive et relègue Nîmes et Perpignan à des rôles secondaires et à une situation de relative dépendance. Ainsi se trouvent éliminées ou en tout cas nivelées, les composantes historiques du réseau urbain régional Montpellier a totalement résorbé le handicap d’une naissance tardive par rapport à ses voisines riches, et fières d’un passé prestigieux ».
(R. Ferras, H. Picheral, B. Vielzeuf, Languedoc et Roussillon. Atlas et Géographie de la France moderne, Flammarion, 1979, 370 p. p. 294).
Ces quatre textes ont au moins le mérite, à des dates successives, d’apparaître comme évolutifs et de coller à une certaine réalité à l’opposé la presse quotidienne ou éventuelle ne se prive pas d’interpréter depuis longtemps, le temps de la naissance d’une capitale régionale comme l’établissement d’un impérialisme étroit.
III - Quel impérialisme montpelliérain ?
En 1977, P. Alduy maire de Perpignan, écrivait : « nous sommes toujours bien reçus à Barcelone ? Je n’en dirai pas autant de Montpellier … Montpellier n’a pas la classe d’une grande métropole régionale et cette sorte de complexe crée des frictions… » Il resterait à préciser, au-delà des « géographismes » habituels, qui reçoit mal à Montpellier, qui n’a pas « la classe », qui se dégage mal d’une « sorte de complexe » en effet la seule attribution que l’on puisse conserver à la ville est celle de grande métropole régionale, tout le reste ne dépasse pas des arguments qu’il faudrait expliciter.
Vieille querelle, vieilles attirances et vieux divorce les élus de Perpignan, entre Barcelone et Toulouse, supportent mal la tutelle de la capitale régionale et traitent directement avec Paris dès que l’occasion leur en est offerte. L’éphémère Petit Biterrois titre le 17 mars 1980 : « Montpellier étrangle Béziers… Montpellier s’étouffe, elle-même, à vouloir attirer à Montpellier tous les étudiants, toutes les administrations, toutes les directions des services publics et privés… il est temps de réagir… arrêtons le massacre ».
Oui, la concentration administrative au bénéfice de Montpellier est une des orientations de cette dernière décennie, de là à reprocher à une ville universitaire de vouloir attirer les étudiants il y a une marge. Qui a supporté le désert culturel de Béziers ou tenté l’achat d’un ouvrage dans quelque librairie (à quelques exceptions près) comprendra…
La presse locale confond aisément – ou assimile – la région et sa capitale ; ainsi le 11 mars 1984, le Midi Libre présente le Languedoc-Roussillon comme « tiraillé d’ouest en est… fasciné par la Méditerranée… lorgnant avec quelque frustration mêlée de mépris vers cette Europe du Nord dont il jalouse les réussites matérielles. Faisant les yeux doux sur ses marches à ses puissants voisins espagnols, toulousains, provençaux. Et supportant difficilement l’idée d’être leur parent pauvre ».
C’est là toute l’ambiguïté – et le jeu – des articles de presse qui d’un côté regrettent l’écartèlement d’un Languedoc- Roussillon (que Montpellier recentrerait) et son infériorité vis à vis de capitales puissantes – et non nommées – : Barcelone, Toulouse, Marseille ; et de l’autre supportent mal le poids croissant d’une capitale jugée envahissante sur ce corps dolent, divisé, que constitue la région.
Dernier fait, enfin le choix politique, objet d’articles encore plus feutrés. Le même journal (02/09/83) parle cette fois un langage peu compréhensible hors des limites de la région administrative (que d’ailleurs il ne franchit guère) : « Depuis qu’elle a l’accent de l’Aude, la voix de la région s’entend décidément beaucoup plus souvent ». Ce qui, en langage clair, signifie que désormais R. Capdeville, président du Conseil Général de l’Aude est président du Conseil Régional du Languedoc-Roussillon.
Car le vrai argument est bien d’ordre politique, et justifie la publication en fac-similé d’un article récent. Que l’on s’entende bien : les « villes libres » du Languedoc- Roussillon sont celles qui possèdent une municipalité de droite : Narbonne, Agde, Béziers, pour celles qui sont citées dans l’article. On admirera les clauses du style : sortir de l’orbite de la capitale régionale (Montpellier) pour tomber dans le phare régional (Toulouse), où comme par hasard la municipalité à une coloration politique opposée à celle de Montpellier. Mais bien entendu on « entend maintenir le débat au sein de l’association dans le cadre strict de la gestion et de la formation des élus municipaux ».
1 – Dans le fatras du record, à travers quelques tableaux parfois référencés (INSEE, PROSCOP, INSERM), le Nouvel Observateur propose un tableau ainsi annoncé (janvier 1985) : « La France des records. Où vit-on le plus vieux ? Dans quel département paie-t-on le plus d’impôts ? Quelle est la ville la plus ensoleillée ? Et la plus polluée ? Quelle est la zone où le cancer frappe le plus ? Et celle où l’on gagne le plus au loto ? Ce pourrait être un jeu … C’est une grande enquête nationale menée région par région…
L’information est distillée à plusieurs niveaux :
a. celui des points cardinaux
Sans grande précision et derrière le voile classique de la Méridionalité, « au sud : la promenade des Anglais, la longévité, les divorces, les médecins et les télévisions en couleur ». L’arrière-plan est en place, des personnes âgées, sur fond de décor de Côte d’Azur.
b. celui des régions
« 22 régions, mais chacune, dans son domaine, surclasse les autres… » et encore la population : « région-phare sur le plan démographique et pompon rouge du sous-emploi, le taux de chômage culmine à 14,5 % ». On souligne à nouveau (voir plus haut) la concentration des médecins généralistes et les records de longévité : « pour vivre vieux, vivons au sud »… avec une moyenne de 78 ans et 11 mois pour les femmes « championnes absolues de la jouvence ».
Toujours dans le domaine médical, la région se situe au quatrième rang parmi celles que touchent le moins les maladies cardiaques. Encore la sous-industrialisation 13,7 % de salariés dans l’industrie (au dernier rang en France), juste derrière la région provençale voisine (13,9 %).
c. celui des départements
Le but visé ici est moins la mise en évidence de contrastes que l’établissement systématique de classements.
- « Hit-parade de la désunion » avec 2,95 % de divorces dans l’Hérault (au 13e rang), 2,8 % dans les Pyrénées-Orientales (15e), 2,5 % dans l’Aude (23e), 2,4 % dans le Gard (33e) 1,1 % en Lozère (92e).
Tout en haut une certaine France moderniste, celle des concentrations humaines de la région parisienne et des départements méditerranéens ; tout en bas la France rurale, catholique, pratiquante, votant à droite : une certaine image d’un passé paysan encore tout proche.
- « Le plus vieux » : l’Aude est au 4e rang national avec 10,5 % de plus de 75 ans.
- « Combien de jours au lit ? ». Il s’agit du nombre de jours d’hospitalisation par habitant et par an ; 2,2 jours pour l’Hérault (14e rang), 2 pour la Lozère (22e), 1,6 pour le Gard (56e), 1,5 pour l’Aude (64e), 1 pour les Pyrénées-Orientales (89e). On saisit déjà toute la prudence nécessaire à l’interprétation des résultats ; tout proches se trouvent l’Hérault, à la fois chargé de médecins et largement équipé en hôpitaux, avec « l’offre » importante que garantit une population âgée ; et la Lozère : encore des vieux, mais peu de médecins et d’équipements, où les personnes âgées restent moins qu’autrefois dans la cellule familiale.
- Le cancer offre la garantie de l’argument de vente; la mortalité masculine pour 100 000 habitants souligne l’existence d’un croissant septentrional – de la Bretagne à l’Alsace – à forte mortalité, face à une France méridionale favorisée, en tout cas épargnée. Le Gard est au 68e rang avec 237, les P.O. au 77 (232), la Lozère au 81e (228), l’Hérault au 84e (227), l’Aude au 87e (218).
- Le proxénétisme offre toutes les garanties, sinon d’un indice socio-économique fondamental, tout au moins d’un autre argument de vente, moins morbide. Les P.O. sont au 3e rang avec 0,6 cas pour 10 000 habitants, l’Hérault au 5e avec 0,5 ; tableau que complètent Paris (1er), les Alpes-Maritimes (2e) et les Bouches du Rhône (4e).
- Pour les gros payeurs d’impôts en bas de la liste « on attendait la Creuse ou la Lozère. Et voilà la Haute-Saône ». Sans autre détail.
d. celui des villes
L’information est plus réduite mais détaillée, les « rubans roses » de l’environnement reviennent à Caen et Montpellier ; « l’air le plus pur »… soit 20 microgrammes de dioxyde de soufre par mm3 d’air, un air de campagne pour ces deux villes.
2 – L’enquête du Point (Villes : le palmarès écologique) a été menée dans 39 villes de plus de 100 000 habitants selon 6 grands critères (espaces verts, nuisances, transports, habitat, énergies nouvelles, information-participation). Dans quel but ? « Histoire de cerner ce que l’on pourrait appeler la qualité de la vie au sens écologique du terme (à l’exclusion par conséquent du social et du culturel) » (p. 60). On ajoutera un jeu de pondération des poids réciproques et l’on débouche sur un écart qui s’est resserré depuis 1977, toutes les villes ayant progressé.
« Les chiffres, en tout cas, sont là : ni les mairies ni le soleil ni peut-être leurs administrés n’ont traqué les nuisances avec autant de persévérance que certaines villes où l’on parle pointu… Le soleil est un grand magicien. Il donne l’éclat insolent au linge qui pend sur des bouts de ficelle ». (p. 61). Et pourtant nombre de villes méridionales restent mal classées.
Cette arithmétique dérisoire mais sûre de toutes les vertus de la quantification, paramètres, indices, et autres pondérations, joue à la science ; elle ne laisse pas les élus indifférents. « À Perpignan, on n’en est pas encore revenu : comment le bonnet d’âne de l’écologie peut-il décerné à une ville souvent considérée pour sa douceur de vivre ? » (p. 74). À Montpellier les panneaux s’efforcent de démontrer, chiffres à l’appui, que les impôts sont légers. (Voir annexes).
V - Les cartes mentales « régionales »
Descendus jusqu’au niveau de la capitale régionale, remontons cette fois jusqu’à la région. On rappellera toutefois au passage que le département de l’Hérault soigne lui aussi largement son image. C’est en tout cas le titre d’un article (27-06-1984) de La Lettre M n° 20 (p. 7).
P. 7 : « Le Conseil Général soigne son image ».
Pub : Le Conseil Général vient de voter un crédit de 300 000 Francs pour une campagne de promotion des actions qu’il a réalisées ces dernières années. Maître d’œuvre de cette campagne, l’agence Marti qui s’occupe déjà de l’image du Président de la République. Premières opérations envisagées : création d’un logo personnalisant le département, et présence à la prochaine Foire de Montpellier avec stand et animations diverses ».
On se contentera ici d’exploiter ce qui – rendu en partie public par la presse locale – concerne les rapports entre Montpellier et sa région.
À l’initiative du Conseil Régional un sondage a été réalisé par la SOFRES sur l’image de la région. On possède trois sources pour évaluer les réponses données.
1 – Midi Libre du 10 mars 1984 diffuse pour la première fois l’information, avec 3 titres :
- « Les départements mieux connus que la région ».
- « Le sondage-dopage du président Capdeville ».
- « 2/3 des habitants de la région savent où ils habitent ».
Détail :
66 % des languedociens et catalans connaissent le nom de leur région administrative, même si quelques-uns annexent l’Aveyron.
Le département, obsolète, garde toutefois tout son poids 39 % pensent que le Conseil Général joue le rôle le plus important e, Languedoc-Roussillon, 30 % le Conseil Régional.
Nous laisserons de côté les autres questions pour en venir à notre propos le rôle de Montpellier.
2 – Énergie Languedoc-Roussillon. (Journal du Conseil Régional, mai 1984.)
Résultats plus détaillés. Reprend dans ses titres :
« un sentiment d’identité régionale en voie de formation… une connaissance précise de la région… un regard tourné vers l’extérieur.., une responsabilité. Le transfert des compétences… la jeunesse d’une institution… 3 points forts : le climat, le tourisme, l’agriculture… L’avenir l’agro-alimentaire, l’industrie et le tourisme… Trois priorités : la formation, l’industrie et l’exportation… » aucune allusion à la partie Montpellier/Région.
3 – La fiche technique de la SOFRES : (« L’image du Languedoc-Roussillon, décembre 1984/Janvier 1984 »). Sondage réalisé en décembre 1983, sur un échantillon représentatif de 1 200 personnes.
Il y a en fait quatre parties :
- l’identité régionale,
- la situation économique,
- l’image du Conseil Régional,
- le rôle des grandes villes.
On reportera, à titre documentaire, les principaux résultats en annexe, ne traitant que de la partie qui touche à Montpellier. Chaque question mérite ici examen détaillé.
Peut-on proposer une interprétation globale des résultats ?
- Un sort spécial est bien fait à Montpellier sur laquelle semble se répandre la manne étatique et les réponses par département se décomposent ainsi : les extrêmes se retrouvent en tête ; on entend par là les P.O. et l’Hérault, le premier département trouvant là une occasion de « taper » sur la capitale, le second y confirmant sa suprématie. Au contraire et au-dessous de la « moyenne » l’Aude et la Lozère traduisent d’abord leur désintérêt pour la question.
- Pour l’Hérault, Montpellier est bien capitale, ainsi que pour la Lozère (qui n’a guère le choix), P. O. et Aude se sentant peu concernés ; les pourcentages suivants constituent bien une contre-épreuve traduisant le négatif des réponses précédentes.
- Symétrie du classement : le développement de Montpellier est une bonne chose pour Hérault et Lozère. Les réponses s’inscrivent dans l’espace comme dans les traditions : la Lozère – plus lointaine – est plus proche de la capitale, Aude et P. O. représentent un autre monde, charnière vers le Languedoc au sens de l’ancien régime et de la capitale toulousaine, et la Catalogne, terres récemment « françaises ».
Logiquement on conclue sur la fréquentation de 3 villes : la capitale régionale et les 2 métropoles proches qui renvoient (homogénéité du discours quel qu’en soit l’origine) aux écartèlements signalés plus haut.
- Oui, on va d’abord à Montpellier (Peut-on faire autrement ?) et ses deux rivales sont bien loin derrière.
- Qui va à Montpellier : Hérault/Lozère/Gard : le bloc « languedocien ».
- Qui va à Toulouse : Aude et P. O.
- Qui va à Marseille : Gard et P.O.
Et c’est là qu’apparaissent à la fois toutes les limites (et toute la valeur) d’un sondage se référant aux cartes mentales : la lointaine Lozère n’ayant guère le choix et quoique considérée comme excentrée et différente se soude bien à ses deux voisins. Inclination de l’Aude vers Toulouse, du Gard vers Marseille (à des degrés divers) : c’est dans l’ordre des choses et cela ne fait que confirmer ce que nous savions déjà. L’étonnant reste cependant la position « logiquement aberrante » des P.O. : on se tourne vers Toulouse, on se tourne même vers Marseille, on se tourne n’importe où, à condition d’avoir l’occasion de se démarquer de Montpellier
Conclusion. Pour un millénaire : 985-1985
Il ne s’agit que de l’occasion d’un anniversaire de poids, mais surtout en une période riche d’interrogations, après l’installation des Conseils Régionaux, avant leur élection proche au suffrage universel. La campagne à venir ne fera qu’enrichir le bilan tout provisoire présenté ici ; d’autant que le paradoxe peut se perpétuer ; le Languedoc-Roussillon reste un agrégat de cinq départements sur lesquels on peut gloser et recenser, mais cet agrégat administratif est en train de se doter d’une capitale ou tout au moins d’un support administratif incontournable Montpellier. À un niveau plus bas, Gard et Hérault, les frères ennemis de la littérature journalistique (traduisons Nîmes et Montpellier, les irréconciliables de la même production), jouent une carte différente, sous l’image commune d’un Languedoc dynamique ; celle, effectivement, d’un attelage qui n’est pas contre nature et celle d’un cornac qui semble supportable. Nouveauté plus inattendue la Lozère s’y agrège, seule garantie d’une existence pour elle.
Qu’on en soit conscient : si région il doit y avoir, elle passera nécessairement par une tête : caput = capitale, sans qu’il y ait Montpellier d’un côté, un support territorial de l’autre. Si entente – précaire peut-être – il y a, ou brouillon d’entente, il est autour de Montpellier. C’est elle que l’on connaît à l’extérieur et non Vauvert ou Lodève, Elne ou Bagnols/Cèze.
L’U.R.C. (Union pour une région catalane) parle « d’invasion colonisatrice »… « Montpellier ramasse tout, la région est un luxe que la Catalogne ne peut pas se permettre ». (M.L. 14/03/84).
R. Capdeville (M-L. 15/03/84) :
« Autour de lui, il a fait le carré. Des Audois, des jeunes. Je me méfie de Montpellier et de l’Hérault. Il ne fallait pas que mon cabinet ait l’expérience de Montpellier. Je ne pouvais pas me permettre d’être absent la moitié de la semaine en laissant derrière moi des gens dont je n’étais pas très sûr ».
Il s’agit bien donc de Montpellier en sa région ; contre ou pour, à l’éclairage peut-être du régionalisme : peut-être celui que propose, encore lui, le journal Midi Libre de décembre 1983.
- On est allergique à sa région quand on boit du champagne, on croit que la padena est un gros pain, on dit qu’on habite en France, on pense que Robert Capdeville est un compagnon de Simon de Montfort, on n’hésite pas à dire que la région est « une vaste rigolade ».
- On est parfaitement régionaliste quand on boit de la Blanquette de Limoux, on sait que la padena est une poêle, que Robert Capdeville est le président du Conseil Régional, on n’hésite pas à dire que la région est un espoir.
On ajoutera pour faire bon poids que la persécution des Camisards est la plus grande injustice de l’histoire, qu’on ne prend ses vacances que chez soi… Il faut là une grande maîtrise pour ne point verser dans le ridicule. Mais l’essentiel n’est-il pas de ne pas attendre du journalisme plus que ce qu’il ne peut donner, et surtout de prendre en compte le « discours sûr »… « l’écrit à propos de »…, de considérer enfin qu’une capitale régionale ça n’est pas seulement un nombre – même considérable d’habitants, ni même, une simple concentration de fonctions ou un certain commandement. C’est aussi un large éventail de représentations, vaille que vaille.
Annexe I
Affichage, janvier 1985, rues de Montpellier
Être les meilleurs c’est savoir parfois être les derniers. IMPÔTS LOCAUX. (En francs par habitant).
Source : Budgets communaux et Association des maires des grandes villes de France.
Signé : Montpellier l’Entreprenante.
Annexe II
Réponses à l'enquête SOFRES
Annexe III
Réponses à l'enquête SOFRES
L'idéologie des records
Publicité, « Le Monde », 19/01/85
Annexe IV
« The last but flot the least »
Extrait du sondage Le Point – Sup. de Co publié par Midi Libre du 11/02/1985.
⁂
