2.00

Description

Monnaies découvertes sur les communes de Lansargues, Lunel-Viel et Sommières

* Directeur de recherche (er) au CNRS, 34jcr@orange.fr
** Directeur de recherche au CNRS, UMR 5140, Montpellier, claude.raynaud@cnrs.fr

Circonstances des découvertes

Dans les terroirs viticoles de la plaine montpelliéraine, les arrachages et replantations des années 1950 puis 1980 occasionnèrent d’amples modifications des pratiques agricoles. Les puissants moyens mécaniques alors mis en œuvre, labours profonds, défonçages, drainages et remembrements bouleversèrent la structure des sols et furent à l’origine de nombreuses découvertes archéologiques. Isolés ou groupés au sein d’associations locales ou cantonales, des archéologues amateurs procédèrent çà et là, de façon spontanée, à des collectes de mobiliers qui permirent d’identifier et dater les vestiges mis au jour et d’en assurer l’inventaire. Enregistrées de façon aléatoire, au gré des rapports que certains chercheurs ou groupes de chercheurs surent dresser et transmettre au Service Régional de l’Archéologie, ces découvertes contribuèrent puissamment à renouveler la connaissance de l’occupation des sols de la Préhistoire récente jusqu’au Moyen Âge, et alimentent une bonne part de la carte archéologique du Gard et de l’Hérault, ainsi que de départements voisins.

C’est dans ce cadre qu’il faut replacer les nombreuses découvertes opérées par M. André Girard (1957-2016) sur la commune de Lansargues principalement ainsi que sur les communes voisines de façon secondaire. Si l’ampleur de la collecte numismatique ici présentée revêt un caractère majeur pour la connaissance de l’économie rurale gallo-romaine, on ne saurait réduire les travaux de ce chercheur à la « recherche du trésor ». Les monnaies ne représentent en réalité qu’un volet d’une enquête systématique reposant principalement sur le ramassage et la localisation précise de dizaines de milliers de fragments de céramiques, d’objets et ustensiles de la vie quotidienne ainsi que de matériaux de constructions. Enregistrées de façon manuelle sur des fiches où étaient aussi consignées les observations de terrain, anomalies de couleur ou de texture du sol, regroupement ou diffusion du mobilier, alignements suggérant la disposition de bâtiments, ces découvertes entrent de plain-pied dans le domaine de la recherche méthodique. Révisées et complétées par Cl. Raynaud en collaboration avec leur auteur, ces fiches ont permis de dresser un inventaire archéologique de la commune de Lansargues de grande richesse.

Contribution à l’archéologie des campagnes de la cité de Nîmes

Conduite alors que s’engageait la prospection systématique de la région littorale entre Nîmes et Lattes sous l’égide du CNRS et du Service Régional de l’Archéologie, cette révision d’une enquête d’abord isolée prit une place essentielle dans l’approche pluridisciplinaire des formes d’occupation des sols. La densité de la documentation rassemblée par A. Girard permettait en effet de réaliser une étude de cas de type qualitatif au sein d’une approche micro-régionale d’ordre plutôt quantitatif, qu’imposaient les observations de surface de la prospection systématique. Là où, en quelques heures de ratissage du terrain, l’équipe de chercheurs avait pour but de réunir des indices révélant la datation et la position hiérarchique des établissements. A. Girard pouvait produire des observations de microtopographie accumulées durant une à deux décennies et à même d’éclairer certaines activités, voire des interactions que laissaient envisager la qualité et/ou la densité du mobilier.

De la richesse des contributions du « prospecteur solitaire » à l’enquête collective, témoignent une série de publications qui ont élargi la perception des dynamiques du peuplement ainsi que de la distribution spatiale des activités. Sans revenir sur ces avancées de la recherche, arrêtons-nous sur les établissements de la Laune et la Piscine, cas emblématiques de l’interaction entre les différentes approches.

Dans cette frange méridionale de la commune de Lansargues, A. Girard avait mis l’accent sur la position dominante du site de la Laune, important gisement qui livrait près de la moitié des monnaies provenant de ce territoire. Les observations répétées avaient convaincu A. Girard de l’existence, sous un chemin actuel, d’un axe probablement antique qui semblait séparer deux secteurs bien différents, l’un résidentiel et l’autre plus « domestique » ou d’activité ; ce chemin hypothétique semblait aussi border un secteur de sépultures. L’analyse de morphologie parcellaire conduite par F. Favory allait montrer par la suite que le tracé moderne de ce chemin recouvrait sur près d’un kilomètre un axe majeur du parcellaire orthonormé dit « Sextantio-Ambrussum » qui, s’appuyant sur le tracé de la voie Domitienne entre ces deux oppida, est attribué à un découpage agraire de la période romaine. Le détail de l’analyse planimétrique montrait en sus la prégnance de ce découpage dans tout le secteur, où la courbe d’altitude de 1 m NGF correspondait, selon les relevés pédologique, à l’ancienne ligne de rivage de l’étang de l’Or.

Six cent mètres à l’est de la Laune, l’établissement de la Piscine livrait, en plus du mobilier classique d’un habitat gallo-romain, une proportion excessive de fragments d’amphores, surtout africaines donc tardives, en deux secteurs distincts de l’habitat. Localisées à proximité d’une mare qui donne son nom au quartier, ces zones à amphores invitaient à envisager un établissement à vocation commerciale, en liaison avec la navigation lagunaire. L’analyse du paléo-rivage conforta plus tard cette hypothèse en montrant la position initiale de la Piscine au fond de l’ancien estuaire du ruisseau du Dardailhon, détourné de son cours au Moyen-Âge pour alimenter le canal de Lunel. Le secteur de la Laune était donc l’objet, dès le début de la période romaine, d’aménagements qui semblaient expliquer l’importance des découvertes de prospection.

Dernier point à souligner, la quantité de monnaies recueillies, si elle s’explique aisément par la ténacité et l’expertise d’A. Girard dans l’utilisation du détecteur de métaux, revêt surtout l’intérêt de souligner l’insertion des établissements ruraux, de quelque taille et de quelque statut qu’ils soient, dans les réseaux de l’économie monétaire : le fait est trop rarement perceptible par le biais des prospections méthodiques pour n’être pas souligné ici. Le « trésor » des monnaies de Lansargues ce n’est pas leur nombre, mais ce qu’elles révèlent de la vie rurale gallo-romaine. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2020

Nombre de pages

22

Auteur(s)

Claude RAYNAUD, Jean-Claude RICHARD RALITE

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf