Mémoire et avenir de la viticulture. Enfants et viticulteurs : regards croisés sur la viticulture
Mémoire et avenir de la viticulture.
Enfants et viticulteurs : regards croisés sur la viticulture
Extraits d’entretiens par Isabelle CELLIER , Vincent MILLET et Jacques SAUVAIRE
Extraits d’entretiens par
Isabelle CELLIER, Vincent MILLET et Jacques SAUVAIRE
L’urbanisation progressive du Lunellois amène avec elle une mutation profonde dans la physionomie humaine d’un canton traditionnellement axé sur la viticulture. La région voit ses viticulteurs disparaître et le paysage lui-même est menacé. Le vin, boisson de consommation courante il y a encore vingt-cinq ans, devient peu à peu produit de luxe, que l’on déguste uniquement pour les bonnes occasions. Cette mutation, qui s’est opérée en moins de deux décennies, montre l’urgence d’un travail de mémoire sur un patrimoine dont les premiers vestiges remontent à l’époque romaine. Aussi semblait-il essentiel de raconter, expliquer mais surtout donner la parole aux viticulteurs. Une série d’entretiens ont donc été menés avec des témoins du passé, comme la dernière secrétaire de la distillerie coopérative de Lunel-Viel, le dernier directeur de la cave coopérative de Marsillargues ou des viticulteurs à la retraite… mais aussi avec des témoins encore en activité ou s’y lançant, de jeunes viticulteurs ainsi qu’un directeur de cave qui rendent compte de la réalité actuelle de la viticulture. Ce sont cependant les entrevues avec différentes générations au sein de familles de viticulteurs qui font le mieux prendre conscience de la mutation profonde qui s’est opérée dans la région. Ceci explique que nous présentions ici un extrait d’entrevue menée avec Claude Conge, viticulteur de Saint-Christol qui a repris l’exploitation familiale dans les années 1970 et son fils, Pascal, actuel directeur de la cave coopérative.
Accomplir ce travail de mémoire ne suffisait cependant pas. Une recherche de valorisation du patrimoine devait nécessairement prendre en compte ceux qui doivent « apprendre » ce patrimoine que nul ne semble penser à transmettre ou ne sait transmettre, c’est-à-dire un jeune public que quelques témoignages montrent bien ignorants sur la question. Si l’on veut juger du recul de l’activité viticole dans la région, la discussion qui suit (menée avec des élèves de maternelle) est en effet significative :
- Maîtresse: Mardi, nous irons dans une vigne.
- Élève: Alors, il faudra prendre un petit panier.
- Maîtresse: Pourquoi est-ce que tu dis ça ? Qu’est-ce qu’on trouve dans les vignes ?
- Élèves: Des fraises, oui, oui…
- Élèves: Non, des cerises (beaucoup approuvent).
- Un seul élève: Non, du raisin. Mais moi, je pourrai pas venir parce que je l’aime pas, le raisin…
Nul doute qu’il y a cinquante ans, peu d’enfants, même aussi jeunes (quatre ans) auraient dit que l’on trouvait des fraises ou des cerises dans une vigne ! Et leurs aînés ne disent pas beaucoup mieux, puisque des enfants de dix ans nous ont parlé par exemple « d’usines de vin » en évoquant les caves coopératives ! Peut-on expliquer cette méconnaissance des jeunes générations par le renouvellement actuel de la population, les Lunellois « de souche » cédant le terrain à des néo-ruraux de toutes origines, bien incapables de transmettre un savoir qu’ils ne détiennent pas eux-mêmes ? Bien que parmi ces derniers, certains cherchent à renouer avec la nature et à découvrir les traditions locales, comme en témoigne par exemple leur participation aux « vendanges à l’ancienne », une intégration véritable ne peut cependant passer que par l’éducation et la sensibilisation des enfants. D’autant plus qu’il est par ailleurs étonnant de constater combien ces derniers, peu au fait de l’activité viticole, sont par contre sensibles à leur environnement et attachés aux paysages de vigne, allant jusqu’à dire : « les vignes, c’est beau ! »
Un questionnaire, passé dans une classe de CM2 d’une école de Sommières, et des entretiens réalisés dans une classe de Moyenne Section de maternelle ont apporté un premier aperçu de la vision qu’ont les jeunes de la viticulture dans leur région. Quel meilleur reflet que ce jeune public pour mesurer l’impact actuel de la viticulture sur la population ? Si une véritable enquête reste à envisager, prenons les propos recueillis et les réponses comme de simples témoignages que nous ne chercherons pas à analyser ici mais qui cependant semblent assez significatifs pour que l’on s’interroge. Avant d’écouter ces futurs, ou non, consommateurs ou producteurs, laissons la parole à deux acteurs actuels de la viticulture, Claude et Pascal Conge, qui vont nous faire partager un demi-siècle de viticulture.
Entretien avec Claude et Pascal Conge à Saint-Christol
1. Du cheval au tracteur
Question : Comment se passait la vie d’un viticulteur dans le temps ?
Claude : C’était pas du tout la même vie que maintenant. C’était une vie qui était nettement plus dure, parce que tout était manuel, il n’y avait rien d’automatique. C’était pénible les journées, c’était du dimanche soir ou lundi matin jusqu’au dimanche midi et on avait le dimanche après-midi de libre. On avait les chevaux à la maison, donc quand on a des bêtes à la maison, on ne peut pas partir. Ma mère, elle est issue de la ville de Nîmes et quand on allait chez mon grand-père, il fallait que ce soit le voisin qui fasse manger le cheval, parce que le cheval lui, il ne savait pas qu’on allait à Nîmes, donc oui c’était très contraignant. Par contre mes parents, ils étaient très heureux quand même, c’était la vie de village, c’était une vie paisible (fig. 1).
Question : Les chevaux représentaient donc une grosse contrainte pour la vie de famille ; la vie était- elle plus dure, moins dure ?
Claude : Mes parents, ils étaient heureux ; ils étaient jeunes et quand on est jeune, on est heureux Et puis bon, comme moi, ils avaient quand même ce goût de la liberté. À ce moment-là mon père il aimait chasser, donc il allait à la chasse : une vie qui était très calme par rapport à maintenant. Nous notre époque, elle est plus facile mais malgré ça, malgré le fait qu’on soit dans la nature, on a une vie plus stressée que celle qu’avaient nos parents qui avaient une vie plus dure, qui faisaient davantage d’heures, mais plus au ralenti parce qu’ils le faisaient au rythme des bêtes. Quand ils travaillaient, quand le cheval il en avait assez, c’était pas l’homme qui le guidait, c’était lui. Quand il en avait assez, il s’arrêtait et on rentrait, voilà, on ne pouvait pas faire autrement. Ils partaient très matin et arrivé 9h-10h, ils étaient obligés de rentrer parce que le cheval, il n’en pouvait plus, c’était fini. Maintenant, avec le tracteur, on met la « clim » et allez, on travaille, on fait n’importe quoi. Tandis que là, ils vivaient vraiment avec les saisons parce qu’ils ne pouvaient pas faire autrement. Je l’ai connu, c’était la fin en définitive des chevaux quand j’ai commencé. C’était aux alentours des années soixante-dix, on avait encore des chevaux à la maison mais on avait commencé déjà à avoir des tracteurs, on avait les deux.
Question : Le cheval était à la fois une contrainte parce qu’il fallait s’occuper tout le temps de lui etc., mais tu disais aussi que quand il était fatigué, on s’arrêtait ; alors qu’avec un tracteur, ce n’est pas pareil…
Claude : C’était un ami aussi ; on aimait nos bêtes ! Moi j’ai vu pleurer mon père. Un jour quand le cheval est tombé malade, il a fallu l’amener au vétérinaire. Il a fallu l’abattre parce qu’on ne pouvait rien faire, ben j’ai vu mon père, mon père pleurer parce que c’était… c’était son compagnon de tous les jours, il aimait cette bête et tout, on s’y attachait ! Ça arrivera qu’avec un tracteur on le laisse dans un coin, c’est complètement différent.
Question : Comment as-tu perçu l’évolution qu’a connue la viticulture ?
Claude : Très rapidement ça a évolué. Les chevaux, on les a gardés une paire d’années, après est arrivé le petit tracteur à chenilles. Donc on labourait, on faisait en définitive les mêmes travaux qu’avec les chevaux à cette époque-là, parce qu’on passait plusieurs fois avec les tracteurs, tout ça… Mais c’est mécanique, donc après quand on ne l’utilisait plus, on le mettait dans un coin. C’était fini, on n’avait pas besoin de le faire manger. Déjà on avait cette liberté-là, de ne plus avoir cette contrainte, d’avoir une bête dans une écurie. Parce que même qu’il travaille qu’il travaille pas, il fallait s’en occuper !
Question : Pour toi donc, l’essentiel du changement consiste en ce passage du cheval au tracteur ?
Claude : Oui, ça a été un changement, oui, ça a été un gros changement…
2. Le traitement phytosanitaire : Les abus
Question : On a l’impression qu’à l’époque, on n’avait pas le même rapport avec la vigne par rapport en particulier au traitement phytosanitaire. Quel est ton avis ? As-tu perçu un changement ?
Claude : Disons qu’au début où j’ai commencé à travailler, on ne traitait pas… disons, on ne traitait pas, on faisait les traitements qu’on appelle classiques : contre l’oïdium, contre le mildiou. Depuis que la vigne existe et qu’on est arrivé à avoir des produits, on a toujours traité comme ça sinon, une année sur trois ou quatre, on perdait notre récolte ! Donc après, il y a eu une époque, et alors là c’est vrai qu’il y a eu un grand changement, où des gens très, très éduqués sont venus dans les vignes et ils nous ont appris que, non content du mildiou et de l’oïdium, il y avait d’autres maladies Bon, c’étaient souvent des gens qui n’étaient pas indépendants à une société, qui travaillaient plutôt pour des sociétés. Mais bon, c’est vrai que ça nous a amélioré nos rendements ! Alors c’est vrai qu’au début, on a commencé à traiter… doucement. Puis le voisin traite un peu plus et la récolte est meilleure, alors on se dit qu’on n’est pas plus bête et qu’on va faire pareil ! Alors voilà, il y a eu un engrenage… et après, on a fait du n’importe quoi ! Pendant une époque, c’est vrai qu’on maîtrisait mal : on suivait ces conseillers. Après, en définitive, on peut dire que c’est notre faute mais elle est vraiment minimisée, parce que nous, on découvrait ! On découvrait des produits et on ne nous donnait aucune explication. On nous vendait le produit et puis : débrouillez-vous ! Je veux dire qu’on ne nous disait pas que c’était mauvais. Bon on le savait, parce que le lendemain des fois on était malade ! Mais bon, on a fait n’importe quoi et on nous a fait faire n’importe quoi ! C’était aux alentours des années 80 : alors là vraiment, là on a exagéré ! Notre santé sûrement elle en a pris un coup…
Question : Mais ces maladies étaient réelles quand même…
Claude : Ah oui, elles étaient réelles bien sûr ! Mais le problème, c’est qu’on ne faisait pas comme maintenant où l’on traite que si vraiment on ne peut pas faire autrement. Tandis que là, systématiquement, on traitait : on cherchait pas à comprendre ! Puis on avait des produits qui n’étaient pas recherchés, des produits qui tuent tout ! C’était un peu comme nous avec la pénicilline : dès qu’on avait un peu mal à la gorge, on prenait de la pénicilline et là !
3. De La cave particulière à La cave coopérative
Question : La vinification, est-ce que tu te rappelles comment ça se passait avant la création de la cave coopérative ?
Claude : Je me rappelle… mais pas chez moi. Par contre, je me rappelle : j’avais des voisins qui avaient une petite cave à côté et c’est vrai que c’était quand même laborieux ! Nous, on était à la cave coopérative dès le début. Moi, j’ai toujours connu la cave coopérative et j’étais content d’être à la cave coopérative !
Question : Tu as connu la distillerie ambulante ?
Claude : Oui, oui, bien sûr ! Là, c’était vraiment un truc ! J’étais jeune mais c’est vrai que c’était le rendez-vous : ils faisaient brûler juste à côté de chez mes parents et c’était le rendez-vous entre midi et deux de tous les viticulteurs. Alors là, je peux vous dire que la politique, ça y allait ! Surtout à la fin, sur les deux heures de l’après-midi, quand… (rires). En permanence, il y avait un petit verre.., et il y avait toujours quelqu’un pour le boire ! Puis c’était pas du onze degrés là, vraiment ! C’était l’époque là hein ?
Question : Ton fils, comment a-t-il vu, lui, l’évolution ? Par rapport à la cave, par rapport au métier ?
Pascal : Moi, pour la partie vraiment viticole, en fait j’ai connu que très peu d’évolution entre quand j’étais gamin et aujourd’hui. Moi, ce que j’ai connu depuis une vingtaine d’années, c’est plus finalement un retour en arrière, au bon sens du terme ! Par exemple aujourd’hui, on n’a jamais autant fait les vendanges manuelles ! Parce qu’on se rend compte que pour la qualité du produit, pour aussi la caractéristique de nos produits et tout, les méthodes culturales un peu ancestrales, ça a aussi une valeur ! On a des marchés qui sont un petit peu compliqués ! Simplement, avec une bouteille de vin : le vin c’est 92% d’eau, entre 12 et 15% d’éthanol etc., mais le vin, c’est pas que ça ! C’est aussi toute une culture et à un moment donné, les petites dérives dont a parlé mon père tout à l’heure… aujourd’hui, on est davantage sur des pratiques qui sont plus raisonnées, d’intégration. Et le vin, ça transcrit aussi toutes ces valeurs-là. On est attaché à ces valeurs et ça nous fait plaisir, à un moment donné, quand on débouche une bouteille de vin, qu’on reçoit des amis, de commencer à parler de notre terroir et des anecdotes et tout… On veut pas forcément se mettre en avant ! On veut partager le savoir qu’on a. Parce qu’on n’est pas des gens forcément très instruits mais on aime partager… notre bonheur simplement ! Et voir le bonheur dans les yeux des gens quand ils goûtent le vin, c’est vrai que pour nous, c’est la récompense la plus importante, en toute modestie ! C’est vrai quand on ouvre une bouteille, c’est vrai, c’est bon ! Et ben ça fait plaisir, c’est le fruit de notre travail. Financièrement, même si viticulteur c’est quand même un métier de riches, le quotidien est un petit peu compliqué aujourd’hui, parce que je pense qu’on est dans une période de transition. Mais par rapport à ce qu’on a dit tout à l’heure, ça fait plaisir !
Claude : Disons que quand on va chez quelqu’un, nous, on préfère apporter une bouteille. Un bouquet de fleurs, c’est plaisant, mais c’est vrai qu’une bonne bouteille sur la table, c’est vrai que…
4. La cave coopérative : création et évolution
Question : Est-ce que tu penses que les valeurs ont changé ?
Claude : Non, il y a toujours eu des gens bourrus et d’autres, des personnes qui veulent s’assembler : la cave coopérative, elle a été fondée par ça, des gars qui ont voulu s’assembler. Et elle a continué parce qu’il y a eu des gens qui ont aimé être ensemble, d’autres générations qui ont suivi, et ça perdure comme ça. Autrement il n’y aurait eu qu’une génération s’il n’y avait pas eu cet esprit. C’est le fait qu’il y a eu des précurseurs pour dire : on va se grouper. Bon, c’est vrai que cela a été un sacré challenge parce qu’en plus c’était pendant la guerre cette cave coopérative ! D’ailleurs c’est difficile d’imaginer d’avoir créé un outil comme ça pendant la guerre ! Il a fallu que vraiment, ils soient bons les gars, pour faire ça. Il a fallu déjà qu’il y ait des têtes qui les motivent, et puis des gars derrière qui suivent. Mais après, la génération qui a suivi, je trouve que c’est pas mal non plus parce qu’on est arrivé quand même, tous ceux qui ont voulu, qui aiment cette solidarité, qui aiment cet esprit de groupe, à le conserver et à essayer de l’étaler dans le temps ! Parce que la cave coopérative de Saint-Christol n’est pas morte, loin de là : le bâtiment est peut-être un peu âgé mais il y a des hommes encore derrière pour la faire vivre !
Question : Justement, puisque tu évoques la cave coopérative, peux-tu nous parler de sa création, de son évolution ?
Claude : Déjà le début, je ne peux le dire que par l’intermédiaire de mon père, parce que c’est vrai que les premières années je ne connais pas. Mais après, quand ils l’ont créée, ils l’ont créée avec un esprit de… Bon, ils étaient très ennuyés chez eux, parce que c’étaient des petits propriétaires : le vin, ils ne le vinifiaient pas bien, ils ne pouvaient pas bien le vendre. Et quand ils l’ont créée, ils ont continué à travailler comme s’ils travaillaient chez eux à la cave. Cette génération-là, pour eux c’était… c’était leur cave. Moi mon père, il me raconte que quand ils l’ont construite, ils venaient la garder la nuit, puis d’autres trucs : c’était leur outil, c’était leur cave, comme s’ils étaient chez eux, ils descendaient à la cave comme s’ils descendaient à leur propre cave. Puis il est arrivé l’autre génération. La génération qui a pris la cave coopérative pour (sifflement) : c’est chouette la cave coopérative, on fait la vigne, on porte ses raisins et on laisse faire ! Et là, la révolution de la cave coopérative, si ça avait continué comme ça, elle était finie. Ça, c’était il y a quelques années. Il faut pas l’occulter parce que c’est vrai. On a eu cette sensation que les gens se protégeaient un peu derrière la cave coopérative et puis voilà. Puis après, voyant qu’en faisant comme ça, on était en train de saboter notre outil de travail, parce qu’il n’y a rien de mieux que de s’occuper de ses propres affaires hein ? Si on laisse aux autres comme ça, et surtout de ne pas s’en occuper, il n’y a rien de bon. Puis quelques-uns d’entre nous ont repris le flambeau. Et la génération déjà depuis quelques années, et la génération qui arrive maintenant, là alors là, ils s’investissent totalement ! On revient là au départ de la cave coopérative, c’est- à-dire que c’est leur propre… c’est leur cave, c’est comme s’ils l’avaient à la maison !
Question : La cave coopérative, c’est une réunion de beaucoup de personnes qui doivent s’entendre. Il y a un côté contraignant : peux-tu nous en parler ?
Claude : Il y a quelques années, ils étaient nombreux. Disons qu’au niveau de la cave coopérative, je crois que c’étaient 200, 220 coopérateurs. Ils étaient vraiment nombreux, et moi j’ai assisté à des réunions où c’est vrai que c’était pas évident. Maintenant, par la force des choses, disons qu’on doit être douze. Il y a soixante déclarations donc il y a soixante adhérents et les douze, on est tous au conseil, alors c’est quand même facilité. C’est vrai qu’on n’a pas forcément les mêmes objectifs mais quoique, il n’y a pas trop de scissions, parce qu’on est là. C’est très facile à l’heure actuelle d’avoir des réunions à la cave coopérative, des assemblées. C’est très facile par rapport à ce que c’était à une certaine époque. Parce que se mêler de la politique, se mêler des affaires des personnes, quand on est deux cents personnes, ça n’a rien à voir à quand on est douze. Mais quand même d’un autre côté, c’est un peu désolant, parce que de deux cents passer à douze, c’est quand même un problème de la viticulture en général. Parce que les douze, comment ils feront dans le temps et qui restera là ?
5. « L'esprit coopérateur » : avantages et inconvénients de La cave particulière et de La cave coopérative
Question : Pascal, toi tu es le directeur de la cave coopérative. Peux-tu nous dire quels sont les avantages et inconvénients d’une cave coopérative et d’une cave particulière ? En quoi la cave coopérative représente un atout ?
Pascal : Ce n’est absolument pas le même profil, le même discours. Aujourd’hui, une cave coopérative, c’est intéressant parce que c’est la réunion de plusieurs personnes qui viennent parfois pour des raisons différentes, qui n’ont pas les mêmes hobbies, les mêmes loisirs etc., et la valeur à un moment donné dans les entreprises, ça passe aussi par les hommes. Une cave particulière, c’est bien aussi dans le sens qu’on peut plus facilement faire des choix, plus rapidement aussi, mais quand on réussit, on est aussi tout seul. Ce qu’est en train de vivre la cave coopérative en 2009, c’est compliqué mais c’est pas pour ça qu’on ne va pas s’en sortir et on s’en sortira. Mais à un moment donné, sortir d’une passe difficile à plusieurs, en se serrant les coudes, on en sort plus fort aussi. Quand les personnes réussissent dans leur vie professionnelle, puisque c’est notre vie professionnelle, tout seul, ce sont des investisseurs. Ce sont des gens qui n’ont pas peur de rentrer dans ce qu’on peut appeler le « business ». Et quand ils réussissent, ils réussissent tout seul. Ce sont des gens qui sont souvent aussi jalousés. On a un état d’esprit : soit on a envie de réussir tout seul, soit après on a, nous, la cave coopérative. Certains ont des affinités, d’autres moins mais par contre, on a envie de s’en sortir, et de s’en sortir ensemble. La victoire ensemble, elle est beaucoup plus belle que d’arriver tout seul à s’en sortir. Tout le monde s’est posé la question à un moment, de savoir si on persévère dans une cave coopérative. Nous, on aurait aussi pu faire le choix de partir tout seul, mon père la partie culturale et moi-même la vinification et derrière, tout ce qui en découle. Aujourd’hui, ce ne sont pas des choses qui nous font rêver. Ce qui nous fait vibrer, c’est de continuer à partager ensemble cette aventure avec nos adhérents. Parfois, on « se casse un peu les bonbons » quand on n’est pas d’accord, certains se mettent en avant et puis d’autres non. Mais l’idée, c’est d’arriver ensemble, de continuer à écrire cette histoire. Parce que c’est bien plus que l’histoire de quelques personnes. Parce que malgré tout, on est un peu hanté par nos vieux démons : la cave coopérative, c’est toute une histoire, c’est lourd à assumer. Aujourd’hui, on doit porter ce flambeau, on a une mission… et on est condamné à réussir. Et ça paraît naturel. On a envie de s’en sortir ensemble, c’est une aventure, une question d’éthique : quelqu’un qui joue dans une équipe de football, c’est rare qu’il finisse au tennis !
Claude : C’est l’esprit de coopérateur. C’est sûr que c’est le contraire d’être individualiste. Bon, on aime être ensemble, on aime… C’est vrai que des fois on n’est pas d’accord, mais ça fait rien : on joue ensemble, c’est une partie de plaisir, ça fait partie de nous-mêmes. On a des réunions, on discute, puis on avance doucement. C’est vrai que c’est plus long qu’un particulier, parce qu’un particulier, il est tout seul à prendre sa propre décision, mais…
Pascal : C’est un peu l’école. On a envie de s’en sortir collectivement. C’est pour les autres.
Claude : Moi, je ne passe pas devant la cave coopérative, ça ne m’est jamais arrivé de passer devant la cave coopérative sans la regarder : je peux pas. Des fois on va dire il est… mais je sais pas : regarde, c’est pas le bâtiment qui m’attire là, l’architecture, mais je peux pas passer devant la cave coopérative sans la regarder !
Question : Est-ce que l’esprit d’entreprise qu’on doit avoir maintenant n’est pas contradictoire avec l’esprit de coopération ? Il faut concilier les deux ? Est-ce que ça vous paraît conciliable ?
Pascal : Non seulement c’est conciliable mais on le touche du doigt : c’est indispensable ! La vie où avant les anciens travaillaient beaucoup, commençaient tôt finissaient tard, etc. : aujourd’hui moi, cette vie-là, à mon niveau, je la vis encore ! Je me bats avec ma future épouse parce qu’il faut que je travaille tous les jours, du lundi matin quatre heures du matin au dimanche soir. Parce qu’à un moment donné, c’est beaucoup de soucis, de dossiers, c’est beaucoup d’affaires à faire ! C’est aussi une grosse entreprise aujourd’hui, on a des contraintes que n’avait pas la cave coopérative il y a quelque temps, c’est beaucoup de travail !
Témoignages de jeunes enfants sur la viticulture, à Sommières
Au cours de l’entretien, Pascal Conge compare la cave coopérative à une école… Quelle meilleure introduction à nous inviter maintenant à nous intéresser aux paroles d’enfants ! Les témoignages de ces derniers ont été regroupés en fonction des différents thèmes abordés, parfois par les deux classes, parfois uniquement par les élèves de maternelle (pour les premiers entretiens) ou uniquement par les élèves de CM2 (pour les dernières réponses) (fig. 2).
Q : question de la maîtresse.
R : réponse des élèves.
1. Que trouve-t-on dans une vigne ?
Enfants de maternelle
Q : est-ce que vous avez déjà vu une vigne ?
R : non (puis) oui, oui.
Q : où va-t-on trouver le raisin ?, par terre ?
R : non (unanimes).
R : il sera dans des buissons.
R : y a des petites piques partout et si on se pique et ben on pleure.
Q : sur les vignes il y a des piques ?
R : oui, il faut des gants ; les gants ça protège des araignées aussi ; des grosses araignées, géantes !
2. Qui mange du raisin.., et dans quelles conditions ?
Enfants de maternelle
Q : qui mange du raisin ?
R : moi (tous).
Q : vous l’aimez ?
R : oui (unanimes).
R : moi je mange que les petits.
R : moi je l’aime pas.
Q : pourtant quand on a fait du jus, tu l’as aimé ?
R : oui, mais le raisin comme ça, j’aime pas. J’aime que le jus de raisin.
Q : pourquoi ?
R : parce que dedans y a des pépins alors moi j’aime pas en manger.
Q : (montrant la grappe achetée) : est-ce qu’il est sale là ?
R : oui (unanimes, alors que grappe est propre).
Q : non, il n’est pas sale, il est juste un peu abîmé.
R : si, sur la peau (confondent saleté et taches).
Q : non, ce n’est pas de la saleté, par contre, avant de le manger, il faut le laver, parce qu’il faut enlever un produit qu’on a mis pour le protéger (explication).
R : le produit il est pas bon pour la santé.
R : mais il est pas bon aussi pour les bêtes. Les bêtes ensuite elles se disent : ah ! À l’aide ! (rires)
Q : donc on va le rincer puis on va le goûter.
R : oui !!! (collectif) (un seul élève ne veut pas goûter).
Q : comment sont nos doigts ?
R : ça pègue !
Q : pourquoi ?
R : ça colle !
Q : c’est parce qu’il y a du sucre.
R : maîtresse, comment je fais pour le manger ?
3. Qui boit du vin ?
Enfants de CM2
Sur vingt-quatre enfants, deux disent boire du vin de temps en temps, un quart pour les occasions et la moitié disent n’en boire jamais. Un tiers pensent en boire plus tard et un autre tiers non. Un seul enfant boit du muscat pour les occasions.
Deux tiers disent que leurs parents consomment du vin : un tiers pour les occasions, cinq de temps en temps et quatre tous les jours alors que cinq disent qu’ils n’en consomment jamais. Un tiers disent que leurs parents consomment du muscat : cinq de temps en temps et deux pour les occasions alors que la moitié disent qu’ils n’en consomment jamais.
Pour un tiers des enfants, le vin est associé aux grandes occasions alors que pour deux enfants, c’est une habitude quotidienne ; pour quatre, c’est réservé aux adultes alors que pour un, c’est cool avec les copains et pour un autre, « chic » ; pour quatre musulmans et un élève non musulman, le vin est associé aux alcooliques.
Enfants de maternelle
Q : le vin, est-ce que tout le monde en boit ?
R : pas moi (plusieurs).
R : moi (beaucoup).
R : moi quand je serai grand j’en boirai.
Q : pourquoi ?
R : parce que j’aimerai.
R : un jour mon père il avait mis dans le frigo une bouteille, rouge, et je croyais que c’était une bouteille de coca mais en fait et quand j’ai bu, berk, c’était du vin ! (rires)
R : mon frère, il en mange du vin.
R : et ben moi, j’ai déjà bu du vin blanc.
Q : et pourquoi du vin blanc ?
R : parce que j’adorais.
R : et ben moi la dernière fois j’étais dans la maison de G. et j’ai bu du vin.
R : et ben moi j’ai bu du vin rouge.
Q : ah bon, et à quelle occasion ?
R : dans mon frigo.
R : ben moi, tu sais que maman elle, elle aime bien la bière mais elle aime pas le jus de raisin.
Q : est-ce que papa et maman vous en ont fait goûter ?
R : oui (beaucoup).
R : un tout petit peu ; j’ai aimé.
R : mon papi un jour il avait une bouteille avec un lion dessus tout roux, donc il allait boire et j’ai dit : berk c’est de l’alcool !
R : moi j’ai bu du coca.
R : moi j’en ai goûté du vin noir, dans un grand verre.
R : y a du vin aussi violet.
R : mon papi il m’a fait boire du vin.
Q : tu as aimé ?
R : j’ai aimé.
R : et moi avec une bouteille de champagne et ben il a tout bu mon papa.
Q : le vin, normalement, c’est pour qui ?
R : c’est pour les grands.
R : pour les grands.
Q : est-ce que vos papas et mamans en boivent ?
R : oui (collectif).
R : tu sais, y a les mamans elles boivent du vin et les papas aussi.
R : et les pépés aussi.
4. Comment fait-on Le vin ?
Enfants de CM2
La moitié a dit savoir comment on faisait du vin : On le cueille et après on en extrait du jus et voilà. Nous allons où il y a des vignes, on ramasse le raisin, on écrase le raisin, nous prenons le jus et on le met dans des bouteilles. Et voilà du vin rouge ou du vin blanc (fig. 3).
Il y a une personne qui monte dans une machine puis ils vont dans des vignes et ils vont dans une usine. Je crois que c’est ça.
- On cueille des raisins on les met dans des machines qui écrasent on ouvre le robinet pour mettre le raisin dans la bouteille ensuite on colle les feuilles. On écrase le raisin on récupère le jus qu’on laisse tourner.
- On cueille les grappes puis il les trie et ensuite il le presse pour que cela devienne du vin.
- On écrase le raisin et il devient liquide.
- On ramasse des raisins rouges et on les passe dans une machine qui les écrase.
- On le ramasse on le met dans une charrue on le met dans une cave qui l’écrase.
- On les met dans une machine qui les écrase pour que ça devienne liquide et après du vin.
- On met le raisin (sans la tige) dans des tonneaux, on l’écrase, on le laisse pendant 1, 2 ou 3 ans. Puis comme le jus de raisin est resté dans le tonneau ça se forme en alcool ce qui fait le vin.
Enfants de maternelle
Q : alors, tu étais le seul à savoir que dans les vignes, on trouve du raisin ?
R : oui, il y a du raisin. Mais qu’est-ce que tu imagines ? Avec le raisin, on fait du vin.
Q : ah bon, tu sais ça toi ?
R : oui je le sais, parce que moi je l’ai vu quand j’étais avec mes cousins.
Q : alors tu peux nous expliquer ce que tu as vu, comment on fait du vin ?
R : et bien on le presse, on l’écrase très très fort (fait le geste avec ses mains), et ça fait (réfléchit, l’air ennuyé), ça fait… du jus de raisin.
R : oui, mais il faut pas mettre les pépins.
Q : les pépins ?
R : oui, moi je les crache les pépins, loin, loin, mais mon papi lui, il les crache en l’air (mime l’action d’un air admiratif).
Q : et bien nous aussi quand on aura ramassé le raisin on en fera, du jus de raisin. Mais on prendra un moulin à légumes pour l’écraser ?
R : oui, y a une machine ça presse ça presse et ça fait du vin, je l’ai vu avec mes cousins… Mais moi, j’ai pas de machine.
R : moi oui.
Q : il faut une machine spéciale ?
R : oui, y a une machine qui écrase le raisin. Paf (tapant dans ses mains), tu fais ça (tape), tu aplatis, tu prends le jus de raisin dans un seau… bien propre et après, tu entres dans ta maison et c’est tout; tu tournes un peu pour mettre un peu de sucre pour que ça soit bien sucré et après ça fait un jus de raisin sucré… comme une glace ! (rit)
Q : là tu m’as expliqué comment on faisait du jus de raisin, mais comment fait-on du vin ?
R : on prend du raisin, tu l’écrases (tape) avec la machine, c’est une grosse machine, ça roule ; puis un camion, un camion qui roule, qui écrase le raisin et qui le met dans un seau ; y avait un cheval, qui faisait des crottes (rires) et après tu le mets dans une bouteille de champagne, de vin, et après dans un verre et après tu le bois, comme un apéro, et après, hop, tu le bois et, après, après t’es saoul !
5. Prend-on conscience qu'on appartient à une région viticole et comment le vit-on ?
Enfants de CM2
Deux seulement ne pensent pas que la région produit du vin. Un l’explique : « parce qu’on ne voit plus de bâtiment où on fait du vin ».
À la question : comment sais-tu que la région produit du vin, ils répondent pour la majorité qu’ils le voient aux vignes : « quand je promène je vois des vignes », trois précisant même qu’il y en a beaucoup, et quatre évoquent la présence des caves, même si deux en parlent en termes « d’usine » : « j’ai déjà vu l’usine de vin – je le vois grâce aux usines qui écrasent les raisins pour faire du vin ». D’autres l’expliquent par le fait qu’on boit du vin : « parce que mes parents, ils en boivent » et qu’on en achète ou qu’on en vend « car on en achète au « champ de vigne » », « je vois beaucoup de gens qui vendent du vin » ou expriment une expérience familiale : « parce que mon père a un copain qui fait du vin, grâce aux vendanges ». Deux évoquent les machines à vendanger ou les « tracteurs à vin » qui passent sur la route et deux autres ont remarqué la publicité : « au marché, c’est marqué », « dans les journals ils marquent vin de Languedoc-Roussillon ! ».
Ils pensent en majorité que la production est de bonne qualité mais qu’elle est peu connue ou même dévalorisée contre 3 qui pensent qu’elle est reconnue.
Les élèves en majorité ne sont pas spécialement fiers d’appartenir à une région viticole. Deux précisent que c’est parce qu’ils n’aiment pas le vin. Autres raisons :
- Nous les enfants on peut s’en passer.
- Je préfère la haute montagne.
- Pour moi le vin ça n’a pas d’importance.
- Parce que les gens boivent de plus en plus.
- Parce que je suis un musulman et c’est pas bien quelqu’un qui boit du vin.
- J’aime le vin mais d’en voir partout ça me dégoûte. Parce que ça sert à rien quand on est petit.
Le tiers qui se disent fiers, évoquent les raisons suivantes :
- Parce que le vin est bon ;
- Parce que les vignes c’est beau ;
- Ça fait de la verdure ;
- Parce que j’adore l’odeur du vin ;
- Parce qu’on gagne de l’argent et c’est beau car on est connu ;
- Car les vignes sont merveilleuses ;
- Pour le montrer aux autres quand je pars.
Si l’on pose cependant la question : aimes-tu le paysage des vignes, ils sont la majorité à dire que oui et à même exprimer que cela leur manquerait s’il disparaissait (fig. 4).
6. Finalement, pense-t-on que La viticulture va disparaître et aimerait-on travailler dans Le vin ?
Enfants de CM2
La majorité pense que la viticulture ne va pas disparaître et l’expliquent :
- Car il y a des genres de tracteur ;
- De moins en moins de gens travaillent dans le vin ;
- Il y a beaucoup de vignes et beaucoup de personnes ;
- Parce qu’il y a déjà longtemps ;
- Parce que c’est très connu ;
- Parce qu’ils ont des hyper grandes vignes et ils en prennent soin !;
- Parce qu’il y a beaucoup de vignes ;
- Car elle est bien maintenue.
Ceux qui pensent qu’il y a un risque donnent les raisons suivantes :
- Parce que les vignes vont faner ;
- Parce qu’il faut construire des villes ;
- Ce métier est trop ancien et il y a des gens qui s’intéressent à autre chose ;
- Parce qu’on rase toutes les vignes pour faire des immeubles ;
- Parce qu’on gagne pas assez sa vie ;
- Parce que d’autres pays font du vin ;
- Parce qu’il reste presque personne.
Presque la moitié d’entre eux connaissent quelqu’un qui travaille dans le vin : père, grand-père, oncle, amis de la famille, huit personnes en tout qui travaillent comme vendangeurs, viticulteurs, vigneron, caviste ou au ministère de l’agriculture. Seulement deux cependant répondent qu’ils aimeraient travailler dans le vin, un l’expliquant par le fait « qu’agriculteur, c’est un vieux métier ».
Les autres expliquent leur manque d’intérêt ainsi :
- Je n’aime pas le vin ni les raisins il y a trop de pépins ;
- Ce n’est pas un métier bien pour moi ;
- Parce que dans notre religion c’est pas bien ;
- Parce que je n’aime pas ce métier et en plus je n’aime pas le vin ;
- Parce qu’on peut gagner plus d’argent avec un autre métier ;
- Je n’aime pas ramasser les raisins ;
- Je déteste le vin ;
- Je n’aime pas le vin ça sent mauvais ;
- Car il y en a déjà beaucoup ;
- Je n’aime pas trop ce métier mais j’adore le raisin ;
- Je n’aime pas le vin et je ne veux pas faire ce métier. Car ça pue et c’est pas bon ;
- J’aime pas et en plus l’odeur sent pas bon, j’ai envie de tomber dans les pommes ;
- Il faut fabriquer le vin, le vendre et gagner sa vie : c’est trop dur.
Entretiens et questionnaire réalisés durant l’automne 2009.
