2.00

Description

Mémoire et avenir de la viticulture.
Enfants et viticulteurs : regards croisés sur la viticulture

Extraits d’entretiens par Isabelle CELLIER , Vincent MILLET et Jacques SAUVAIRE

L’urbanisation progressive du Lunellois amène avec elle une mutation profonde dans la physionomie humaine d’un canton traditionnellement axé sur la viticulture. La région voit ses viticulteurs disparaître et le paysage lui-même est menacé. Le vin, boisson de consommation courante il y a encore vingt-cinq ans, devient peu à peu produit de luxe, que l’on déguste uniquement pour les bonnes occasions. Cette mutation, qui s’est opérée en moins de deux décennies, montre l’urgence d’un travail de mémoire sur un patrimoine dont les premiers vestiges remontent à l’époque romaine. Aussi semblait-il essentiel de raconter, expliquer mais surtout donner la parole aux viticulteurs. Une série d’entretiens ont donc été menés avec des témoins du passé, comme la dernière secrétaire de la distillerie coopérative de Lunel-Viel, le dernier directeur de la cave coopérative de Marsillargues ou des viticulteurs à la retraite… mais aussi avec des témoins encore en activité ou s’y lançant, de jeunes viticulteurs ainsi qu’un directeur de cave qui rendent compte de la réalité actuelle de la viticulture. Ce sont cependant les entrevues avec différentes générations au sein de familles de viticulteurs qui font le mieux prendre conscience de la mutation profonde qui s’est opérée dans la région. Ceci explique que nous présentions ici un extrait d’entrevue menée avec Claude Conge, viticulteur de Saint-Christol qui a repris l’exploitation familiale dans les années 1970 et son fils, Pascal, actuel directeur de la cave coopérative.

Accomplir ce travail de mémoire ne suffisait cependant pas. Une recherche de valorisation du patrimoine devait nécessairement prendre en compte ceux qui doivent « apprendre » ce patrimoine que nul ne semble penser à transmettre ou ne sait transmettre, c’est-à-dire un jeune public que quelques témoignages montrent bien ignorants sur la question. Si l’on veut juger du recul de l’activité viticole dans la région, la discussion qui suit (menée avec des élèves de maternelle) est en effet significative :

  • Maîtresse : Mardi, nous irons dans une vigne.
  • Élève : Alors, il faudra prendre un petit panier.
  • Maîtresse : Pourquoi est-ce que tu dis ça ? Qu’est-ce qu’on trouve dans les vignes ?
  • Élèves : Des fraises, oui, oui…
  • Élèves : Non, des cerises (beaucoup approuvent).
  • Un seul élève : Non, du raisin. Mais moi, je pourrai pas venir parce que je l’aime pas, le raisin…

Nul doute qu’il y a cinquante ans, peu d’enfants, même aussi jeunes (quatre ans) auraient dit que l’on trouvait des fraises ou des cerises dans une vigne ! Et leurs aînés ne disent pas beaucoup mieux, puisque des enfants de dix ans nous ont parlé par exemple « d’usines de vin » en évoquant les caves coopératives ! Peut-on expliquer cette méconnaissance des jeunes générations par le renouvellement actuel de la population, les Lunellois « de souche » cédant le terrain à des néo-ruraux de toutes origines, bien incapables de transmettre un savoir qu’ils ne détiennent pas eux-mêmes ? Bien que parmi ces derniers, certains cherchent à renouer avec la nature et à découvrir les traditions locales, comme en témoigne par exemple leur participation aux « vendanges à l’ancienne », une intégration véritable ne peut cependant passer que par l’éducation et la sensibilisation des enfants. D’autant plus qu’il est par ailleurs étonnant de constater combien ces derniers, peu au fait de l’activité viticole, sont par contre sensibles à leur environnement et attachés aux paysages de vigne, allant jusqu’à dire : « les vignes, c’est beau ! »

Un questionnaire, passé dans une classe de CM2 d’une école de Sommières, et des entretiens réalisés dans une classe de Moyenne Section de maternelle ont apporté un premier aperçu de la vision qu’ont les jeunes de la viticulture dans leur région. Quel meilleur reflet que ce jeune public pour mesurer l’impact actuel de la viticulture sur la population ? Si une véritable enquête reste à envisager, prenons les propos recueillis et les réponses comme de simples témoignages que nous ne chercherons pas à analyser ici mais qui cependant semblent assez significatifs pour que l’on s’interroge. Avant d’écouter ces futurs, ou non, consommateurs ou producteurs, laissons la parole à deux acteurs actuels de la viticulture, Claude et Pascal Conge, qui vont nous faire partager un demi-siècle de viticulture. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2011

Nombre de pages

9

Auteur(s)

Isabelle CELLIER, Jacques SAUVAIRE, Vincent MILLET

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf