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Description

Maisons et villages viticoles en Lunellois (XVIIe-XXe siècles)

Cela se passe vers 1910 dans le village de Saint-Just, trois kilomètres au sud-ouest de Lunel. En bras de chemise, en veston ou gilet, casquette ou chapeau plat, onze hommes posent devant la chambre noire tandis que deux enfants sont assis au premier plan. Ils entourent un pressoir garé dans une rue du village. Au second plan, une femme, la main posée sur la manivelle d’une pompe catalane, montre comment, du pressoir, le moût gagne la cave. Cette cave, on n’en voit que la porte, une étroite ouverture de deux mètres de haut. Le pressoir est monté sur un chariot afin de gagner, à tour de rôle, la maison de chaque vigneron qui en fera la demande au propriétaire qui loue ses services.

Scène familière des vendanges languedociennes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, ce cliché met l’accent sur la modestie de l’équipement vinicole des villageois. Ils vinifient dans un petit cellier situé au rez-de-chaussée de leur maison, local si exigu qu’il faut laisser le pressoir dans la rue, un pressoir loué pour quelques heures de travail. C’est évidemment l’effet d’une structure foncière, celle de la micropropriété héritée des temps anciens. C’est aussi l’image d’une monoculture en plein essor qui bouleverse le cadre et les fonctions de l’habitat ancien. Comme d’autres clichés pris dans les villages voisins, la scène de Saint-Just souligne l’inadaptation de l’habitat villageois à la viticulture industrielle. Comment en est-on arrivé là, quelles solutions les vignerons sauront-ils trouver pour dépasser cette contradiction ? Voilà toute la problématique de l’habitat des régions viticoles : depuis l’agencement de la maison jusqu’à la topographie du village, héritage et innovation s’entrecroisent. Du village agricole au village viticole, de la maison de vigneron à la maison vigneronne, de la production vivrière à la viticulture de masse, quelles trajectoires ?

1. GÉOGRAPHIE DE LA« MAISON VIGNERONNE »

Posons d’abord la question : qu’est-ce qu’une maison vigneronne ? Si au cours des dernières décennies, sous l’effet de la civilisation des loisirs, les hommes ont tenu à dissocier leur logement de leur lieu de travail en modifiant leur cadre de vie, il n’en a pas toujours été ainsi durant les siècles précédents. L’exemple du pressoir de Saint-Just met en lumière la complexité du rapport entre fonction domestique et fonction productive, entre sphère privée et domaine public, entre famille et communauté. Si la maison des périodes pré-industrielles s’adapte souvent à l’activité de ses habitants, à la ville comme au village, ce n’est pas une règle générale ni permanente. Cela se vérifie particulièrement en ce qui concerne la maison des vignerons qui nécessite un équipement particulier : on ne fait pas du vin comme on élève des moutons ou des vers à soie Et pourtant, ces maisons vigneronnes ne s’imposent pas au premier regard, il faut observer certains indices que les rénovations successives ont souvent fait disparaître. Il faut aussi définir leurs contextes historique et technique: la viticulture du XVIIIe siècle n’est pas celle du XIXe siècle, de sorte que l’organisation de l’activité implique une incessante adaptation des bâtiments d’habitation et de travail. Maison vigneronne ou maison de vigneron ?, mais quand, pour quelle exploitation, quel mode de faire-valoir ? On voit comment la maison s’insère à la croisée de questions complexes et qu’elle ne peut être posée à priori comme un type intangible. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2011

Nombre de pages

15

Auteur(s)

Claude RAYNAUD

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf