Louis-Xavier de Ricard et Verlaine (avec une lettre inédite de Ricard)
Louis-Xavier de Ricard et Verlaine (avec une lettre inédite de Ricard)
A Jean-Louis Debauve collectionneur érudit, ami des chercheurs
p. 197 à 205
On ne sait où, ni quand, ni comment Verlaine a fait la connaissance de Louis-Xavier de Ricard, jeune auteur des Chants de l’aube, recueil de poèmes publiés par Poulet-Malassis en 1862, si jeune en effet que lorsqu’il voulut fonder l’année suivante son premier journal, La Revue du Progrès, il dut faire appel à un camarade majeur, Adolphe Racot, pour en être le gérant afin de se conformer aux lois sur la presse. C’est dans cette revue positiviste que Verlaine fit ses débuts littéraires en publiant son sonnet « Monsieur Prudhomme » (août 1863), recueilli dans Poèmes saturniens.
Ricard, condamné en mai 1864 pour une publication sans autorisation, fit trois mois de prison à Sainte-Pélagie, d’août à octobre. Il ne renia jamais son attachement aux idées de Quinet, Michelet et Proudhon, mais sans doute grâce à l’influence de Catulle Mendès (ils furent voisins de palier, mais la date de leur rencontre n’est pas connue) l’hostilité envers Gautier, Leconte de Lisle, Banville et Baudelaire, exprimée dans la Revue du Progrès, fut transformée en admiration 1. Préparant un deuxième recueil de poésies en 1865, il fut amené par un ami de Verlaine chez Alphonse Lemerre dont la maison d’édition était à peine établie. A la même époque, il projetait de fonder un nouveau journal, cette fois-ci littéraire, dont le premier numéro paraîtra le 2 novembre 1865. La première trace qu’on possède de cette tentative se trouve précisément dans le brouillon d’une lettre de Verlaine à Ricard datée du 31 août :
Cet Art est-il toujours en bonne voie de copie… et d’abonnements ? Pour ce qui est de moi, je m’occupe activement de l’un et de l’autre objet. Mon article B. d’Aurevilly avance et vous pouvez déjà compter sur deux abonnements dans ce pays sans préjudice de trois ou de quatre que je mitonne. Vous voyez qu’on pense à vous. Je mène ici la plus arcadienne vie du monde. J’ai renoncé à la chasse comme trop fatigante eu égard au peu de temps que j’ai. Je me promène 4 heures par jour dans les bois « sourds », et les prés « verts », bois la bière du Nord le plus possible, sans faire tort pour cela aux vins de Bourgogne, par esprit d’équité, et finalement travaille point mal : dix vers par jour en moyenne, sans compter la prose et la correspondance. Il va sans dire que je relis quelque dizaine de lois par jour Hypatie, Le Réveil d’Hélias, Apollonie et le Poème de la Femme, histoire de me préserver de toutes résonances pauvres et gargouillades lamartiniennes, ce qui est un. J’en suis à la moitié, du Ramayana. Par Zuydra, que c’est beau, et comme ça vous dégotte la Bible, l’Évangile, Pères de l’Église, etc. Avez-vous enfin trouvé un nom d’école ? […]. Avez-vous enfin fini de corriger vos épreuves et l’apparition de votre volume est-elle prévue pour les 1ers jours d’octobre ?
Ainsi trouve-t-on Verlaine imbu de textes des plus orthodoxes pour un futur Parnassien qui écrira le credo du mouvement dans l’« Épilogue » des Poèmes saturniens. Il est intéressant de relever dans sa lettre la phrase « Avez-vous enfin trouvé un nom d’école ? » vu l’insistance de Mendès à revendiquer que c’est lui qui a transformé les « Impassibles » en Parnassiens et le fait que Ricard maintenait en 1900 que le Parnasse n’avait pas été une école.
L’Art, sous la direction de Ricard, publia parmi d’autres, Leconte de Lisle, Dierx, Verlaine (deux poèmes, deux articles sur Barbey d’Aurevilly, trois sur Baudelaire), Coppée et Mendès, et ne dura que dix numéros. Sur la suggestion de Mendès, le journal fut transformé en un recueil publié en fascicules intitulé Le Parnasse contemporain Recueil de vers nouveaux dont le cher Catulle se considérait le maître. Voyant les Parnassiens ridiculisés par Barbey d’Aurevilly dans ses « Trente-sept Médaillonnets du Parnasse contemporain » (Le Nain jaune, 7 novembre 1866), parodiés ensuite par un petit groupe qui comprenait Arène, Delvau et Daudet, Ricard riposta avec verve contre Daudet (« Le poète Myosotis ») dans La Gazette rimée du 29 février 1867. Puis, le mois suivant, il fit le point de toute cette polémique autour du Parnasse dans Les Coulisses parisiennes. Ricard et Verlaine parurent dans Le Parnasse contemporain de 1869 (mais ne furent pas admis au Troisième de 1876).
Toujours aussi entreprenant, toujours aussi opposé au Second empire, Ricard lança Le Patriote français le 7 juillet 1870. Dans l’avant-dernier numéro du 11 juillet, le nom de Verlaine avec le titre « La bonne chanson », figure bien au sommaire, mais c’est tout. Évoquant leur camaraderie, Verlaine fut amené à écrire en 1884 : « … c’était entre Ricard et votre serviteur en ces jours-là républicain […] un assaut toujours loyal, quelquefois bruyant, de paradoxes révolutionnaires 2 ». Tous les deux optèrent pour la Commune. Le résultat fut que Ricard dut s’enfuir auprès de Quinet en Suisse; Verlaine, lui, perdit son emploi à l’hôtel de ville, avant d’abandonner femme et enfant en quittant Paris avec Rimbaud en juillet 1872. Quatorze ans plus tard, malade, sans ressources, le poète entra à l’hôpital d’où il composait des notices biographiques pour son éditeur Léon Vanier tout en travaillant à ses recueils poétiques. Ainsi écrivit-il, le 24 août 1886, à son éditeur :
Envie décidément, moi, de faire un Ricard. D’abord, bon ami, ensuite grand talent enfin pour histoire définitive du Parnasse et mots vrais sur Lemerre et Cie. A cet effet, vous seriez bien gentil de me prêter si possible les Parnasses, où il y a des vers de lui, – si possible nous procurer Ciel, rue et foyer (volume paru chez Lemerre 3), enfin donnez-moi l’adresse de Ricard, soit à Paris, soit à Montpellier (et le titre de son journal).
Le 21 septembre ou octobre 1886, il poursuit son projet de notice biographique sur Ricard :
Je vous fous un L.X. de Ricard, qui fut un initiateur du Parnasse et un poète sérieux. Avez-vous des documents et bouquins de lui ou pouvez-vous m’en procurer.
Finalement, il rentre directement en relations avec celui qui avait publié le premier de ses vers :
[Paris, 14 novembre ? ou 31 octobre ? 1886 4].
Mon bien cher de Ricard,
Vanier m’a fait part de votre lettre à lui où vous vous souvenez de moi si affectueusement, de même qu’il y a quelques mois il m’avait informé de votre passage à Paris, mais à cette époque je dus inopinément aller à Arras, pour affaires des plus sérieuses.
Il vous aura fait part de ma pitoyable santé et de mes déplorables « circumstances »financières. Tout cela m’arrive juste au moment où quelque santé et quelques sous me seraient si nécessaires pour entrer de vive force dans la littérature en vue (fût-elle même lucrative, je le dis sans trop d’horreur) puisqu’il paraît que mes œuvres ont à présent du retentissement ès lieux compétents.
Toujours la moutarde après dîner, quoi!
Et vous, que devenez-vous ? J’ai entendu parler d’un voyage en Amérique puis d’un journal à Montpellier. Vous êtes marié, n’est-ce pas ? Heureux ?… je l’espère de tout mon cœur. – Et la littérature et les vers ?
Renseignez-moi sur tous points, – biographiquement parlant – littéraires. Envoyez-moi si possible vos volumes et vos si beaux vers des Parnasses, – et tout ce que vous avez publié. Le titre de votre journal, sa nuance et quelques numéros. C’est pour une biographie dans les Hommes d’Aujourd’hui que j’entends faire la mieux et la plus cordiale de la série.
Mme votre mère ? Hélas !, quand on n’a eu pas plus de rapport forcément que nous, depuis tant d’années, on craint toujours de risquer de réveiller des douleurs. – Transmettez-lui mes bien affectueux respects.
Ma mère à moi est morte en janvier dernier. La pauvre sainte femme adorée a succombé à une bronchite contractée en me soignant. Car voici plus d’un an qu’un rhumatisme me paralyse, m’ankylose, pour mieux parler, la jambe gauche.
A telles enseignes que j’ai résolu de me faire soigner sérieusement, non pas chez moi, mais chez l’A[ssistance] P[ublique]. C’est pourquoi mon adresse est pour quelque temps :
M. P. Verlaine
Hôpital Broussais
Salle Follin, lit 6
96, rue Didot, 14e arrondissement, Paris8.
Et quand j’en sortirai je ne retournerai pas à mon ancien domicile. Vous aurez ma nouvelle « direction » dès que la connaîtrai moi-même.
J’ai passé ma petite enfance à Montpellier. Je me souviens du Pérou (est-ce l’orthographe ? 5), de la place d’Armes, etc. Mes parents étaient fort liés avec une dame Antérieu, des dames Fourat 6 et logeaient dans une maison appartenant à une famille Bonnefond dont le fils, de mon âge juste, doit être avocat, avoué ou notaire 7. Si possible renseignez-moi donc là-dessus aussi.
Vanier vous a-t-il donné quelques-uns de mes livres imprimés chez lui ?
Vous êtes sans doute au courant du mouvement au fond néo-romantique actuel. C’est très, c’est trop jeune, mais çà vit, n’est-ce pas ? C’est bien la suite de notre Parnasse – et dans tous les cas, ça casse un peu l’affreux naturalisme.
Mais, au fond peut-être êtes-vous naturaliste ? Non, je ne le crois pas. Trop poète pour çà, vous.
Je vous serre bien affectueusement les mains et suis toujours,
votre vieil et fidèle ami,
M. P. Verlaine
Hôpital Broussais
Salle Follin, lit 6
96, rue Didot, 14e arrondissement, Paris 8.
Écrivez-moi bientôt et souvent.
Ricard lui répondit, bien que cette lettre ne nous soit pas parvenue, mais contrairement à ses habitudes le poète alité ne répondit pas tout de suite.
Paris, le 4 [décembre 9 ?] 1886
Mon cher ami,
J’ai un peu tardé à vous répondre, à cause de l’incertitude où j’étais d’une adresse sûre. Je suis, – provisoirement j’espère, – pour le moment à l’hôpital Broussais, et je crains d’y rester encore quelque temps. Donc, écrivez-moi, somme toute jusqu’à nouvel ordre. Mon mal – un rhumatisme – est à peu près tout à fait incurable, mais il a un tas de corollaires, de codicilles, que sais-je !, ulcères, ankyloses, crises aiguës ou sourdes, etc., qui nécessitent des flots de remèdes, lesquels ne peuvent guère, pour un pauvre diable, se trouver vraisemblablement qu’ici.
Quant à nos affaires d’argent, par suite de duperies et de vols où ma délicatesse (disons ma bêtise ?, non, ma… décidément, ma délicatesse) m’a fait tomber, c’est la misère ab-so-lue. Passons.
Lu votre Thélaire Pradon 10 J’aime bien vos personnages, sauf ce dominicain trop caricatural, à mon sens (mais quel vraiment éloquent et poétique sermon, au fond, il fait à la fin du livre !). Le père Pradon est, entre tous, ravissant. O son mot qui termine le livre ! J’attends le second volume de la série pour voir un peu réfuter le jacobin La barre (par Mouriès, n’est-ce pas ? qui a dû épouser Thélaire et qui se trouve avoir les idées fédéralistes de Pradon). Bien beau tableau de la guerre, vous savez ! Vous devriez, entre parenthèses, selon moi, dans vos prochains romans, donner quelques grands rôles de la Commune. Quelle époque grotesque et grandiose !
Vous voyez que, comme catholique, – et je le suis, car je fus, et sans doute, restera pratiquant, – je suis vraiment évangélique et large. D’ailleurs, j’admets tout ce qui est sincère et noble, et vos convictions sont de cet ordre.
A ce propos, envoyez-moi donc avec Ciel, Rue et Fo-yer, le Fédéralisme 11. Traitez-moi un peu en homme, sacre-dié ! Je suis susceptible, vous savez, de lectures sérieuses.
Ah !, pendant que j’y suis, écrivez-moi bien vite (sans trop de délai) si c’est vous qui avez fait, en tout ou en partie, les frais du Parnasse de 1867 [sic] (ceux du 2e et du 3e, qui ? 12). Ceci pour votre biographie des Hommes du jour [sic], que voici, qui est faite et qui n’attend pour paraître que cette rectification.
Lu avec beaucoup d’intérêt vos almanachs 13. Bravo pour les vers vôtres ; je suis de votre avis en bien des cas pour ce qui est de la poésie languedocienne 14. Au fond, vous êtes plutôt Espagnols qu’Italiens [sic de Ricard] et Pyrénéens qu’Alpins dans votre Hérault, et j’aime bien ça, moi ! Mais envoyez-moi donc, si vous pouvez, livres instructifs sur cette poésie.
Rien de neuf à Paris ! Que dîtes-vous de ma prose ? Je veux faire simple et fluant dans le sens bon du mot, ce que j’ai essayé pour les vers en ces Romances sans paroles, enfin comprises un peu aujourd’hui.
Mon Bonnefond, avocat et avoué, s’appelle Marius. Mes Antérieu étaient la mère et la fille ; possible qu’il y ait des frères et vraisemblable que ces frères aient les âges que dites.
Mes compliments respectueux à madame votre mère quand vous la verrez ou lui écrirez et à votre dame 15, bien que je n’aie pas l’honneur de la connaître.
Tout à vous,
Paul Verlaine
Hôpital Broussais, salle Follin, lit 6
96, rue Didot, 14e arrondissement.
Cette réponse, dont le ton est des plus amicaux, ne manque pas d’ailleurs de nous étonner. En effet, on y relève que Verlaine croyait que le premier Parnasse datait de 1867 – après tout il avait bien publié les Poèmes saturniens en 1866 – et il est encore plus surprenant que Ricard lui-même n’ait apparemment pas relevé l’erreur, que l’on retrouve dans la notice biographique des Hommes d’Aujourd’hui, avec celle encore plus grossière d’affirmer que les deux hommes s’étaient rencontrés en 1866 !
Il est évident, d’après sa réponse, que Ricard avait particulièrement apprécié à relire des poèmes en prose publiés jadis dans Le Hanneton et de découvrir le long chapitre consacré au « Parnasse contemporain » dont il ignorait certainement la préoriginale parue dans La Revue indépendante en 1884. Il parle aussi d’un ancien ami commun, Adolphe Racot 16, admirateur que Verlaine n’ignorait pas, le poète lui ayant écrit en 1876 et encore en 1883 pour essayer de faire publier un conte dans Le Figaro ; il lui adressa également un exemplaire de Sagesse (1881) et sans doute Jadis et Naguère (1884) dont le poème « Les Vaincus » est dédié à Ricard. Quant au « groupe » de Verlaine, il s’agit évidemment des Décadents dont en 1886 il avait été considéré le chef 17, l’année même qu’il reprenait contact avec Ricard, l’année marquée par le tumulte autour du Symbolisme déclenché par Le Traité du Verbe de René Ghil et le « Manifeste » de Jean Moréas.
Voici donc la lettre inédite de Ricard à Verlaine de l’ancienne collection Vanier-Messein que nous devons à la grande obligeance de M. Jean-Louis Debauve :
LE LANGUEDOC
Organe de la Démocratie radicale et socialiste
Journal Hebdomadaire
5, rue Leenhardt, 5
MONTPELLIER
Montpellier, le 8 déc. 1886
Mon cher ami,
Je voulais vous écrire une longue lettre, et je vous l’écrirai. Je vous demande seulement deux ou trois jours. Je veux vous parler longuement de vos deux volumes où (surtout dans les Mémoires d’un Veuf 18) j’ai trouvé des pages superbes qui, comme originalité d’impression et exactitude d’expression, seront des meilleures et des plus rares de ce temps-ci. – Quand je serai sorti des embêtements de l’organisation du journal 19, je vous demanderai quelques renseignements sur vous et votre groupe. Depuis quatre ans que je suis absent, bien des choses et de vos publications à vous-même ne me sont connues que de nom et par fragments. Je vous demanderai de me mettre au courant. Je suis curieux de connaître les impressions qui vous sont restées de Montpellier. Cela me servirait à une étude sur vous à laquelle je vais me mettre pour la Revue Moderne 20. Dans les autres, je ne serais pas libre de mes appréciations.
– Je vous enverrai des documents sur notre mouvement felibresque Je voudrais vous voir déjà entrer en rapport avec un de mes excellents amis, – très grand poète en Langue d’oc – Auguste Fourès 21, dont vous aurez remarqué certainement des poésies dans le Lausetà. Il dirige le Petit Toulousain. Je lui écrirai de vous faire le service de son journal.
– Oui, de ce côté-ci du Rhône, nous sommes plus espagnols qu’italiens : et, là-dessus, je suis complètement de votre goût. Je préfère mille fois l’Espagne à l’Italie, l’Espagnol à l’Italien et les Pyrénées aux Alpes, et tel coin de l’Hérault au paysage le plus vanté de cette banale Suisse, dont j’ai été dupe aussi moi.
– Je vous envoie deux Sonnets [Le Lez et La Garrigue 22], mon cher ami. Vous choisirez. J’en ai d’autres, disséminés dans des recueils ou des journaux que je n’ai plus. Choisissez celui qui vous conviendra.
– Je vous enverrai demain ou après-demain le Fédéralisme et quelques brochures. – Pourquoi Vannier [sic] ne réunit-il pas en un volume ou en deux toutes vos poésies. Cette publication couronnerait votre réputation qui monte vite.
– Il y a une chose principalement écœurante et dégoûtante : l’argent et la politique (du moins la politique des politiciens). Ne pourriez-vous pas caser dans des journaux payants de petites nouvelles et dans des revues où il y a une caisse, des poèmes en prose et des études. Vous ne pouvez rester dans une pareille situation !
Vous avez un admirateur que vous ignorez peut-être et qui pourrait vous être utile : c’est Adolphe Racot. Il demeure rue du Pré aux Clercs, 12.
– Racot est un très bon garçon. Il avait présenté un manuscrit (roman) de moi à Quantin qui, avec beaucoup de compliments, me l’a retourné. Il paraît qu’il y a des situations trop licencieuses, des descriptions trop… chaudes ; et, comme l’intrigue se déroule au milieu d’intrigues pour une élection, Quantin y a trouvé trop de politique. Et c’est justement contre la politique plutôt (je reviens à ma distinction) contre les politiciens que je l’ai fait. Ça m’embête. Je tenais beaucoup à ce roman, bien plus fouillé et original, à mon sens, que ma Thélaire, plus vécu, plus curieux; et qui aurait fait ici un potin de tous les diables. – Il faut attendre ! Maňana, disent les Espagnols. Tenha paciencia, disent les Portugais.
Et voilà le facteur – qui passe, et qui attend cette lettre que je ferme à la hâte, en vous disant grand merci, et en vous serrant bien cordialement la main. A bientôt.
Xavier de Ricard
J’envoie la photographie à M. Vanier 23 et lui demande la collection de vos biographies.
– Écrivez-moi toujours à mon adresse particulière, à Castelnau.
Après cette réponse, on ne retrouve que deux échos concernant son ancien camarade dans la correspondance de Verlaine. Le 13 décembre 1886, il mande à Edmond Lepelletier, autre habitué du salon de la marquise de Ricard :
« J’ai reçu des nouvelles de Ricard et vais publier une biographie de lui dans les Hommes du jour [sic] […] », puis le 19 il informa Jules Tellier :
Mon bagage de biographies est grossi de Charles Cros et de Louis Xavier de Ricard (encore à paraître tous deux).
J’ai profité de l’occasion pour dire bien simplement, comme à propos de Sully-Prudhomme, quelques choses sensées, que vous aimerez, j’espère […]
Pour des raisons que nous ignorons, la publication de ces deux notices biographiques fut retardée par Vanier ; il a fallu que Cros meure en 1888 pour qu’il devînt un homme du jour, celle de Ricard ne vit le jour qu’en 1891 24.
Après la mort de Verlaine, Ricard publia plusieurs articles consacrés à « Pauvre Lélian » : dans Les Droits de l’Homme on relève « Les femmes de Paul Verlaine » (28 juillet 1898) ; « Regards dans le passé : Henriette Maréchal. Molière sifflé par Paul Verlaine », (19 août 1898) ; « Paul Verlaine espagnolisant » (5 novembre 1898) ; dans Le Montpellier, « Lettre inédite de Paul Verlaine [Paris, le 14 novembre 1886] » (11, novembre 1896) ; dans Le Petit Bleu de Paris, « Au hasard des souvenirs ! Paul Verlaine [reproduit la lettre inédite de Verlaine du 4 septembre 1886] » (5 juillet 1899) ; puis, dans Le Temps, « Paul Verlaine » (11 septembre 1899).
Louis Xavier de Ricard
Louis Xavier de Ricard, poète et publiciste français, né près de Paris, en 1843, est en même temps qu’un des plus hauts caractères que je connaisse, la personnalité composite par excellence dans l’unité des vues et le dévouement persévérant à une même opinion. Poète d’un très grand talent, polémiste puissant, romancier et écrivain politique certes de premier ordre, il a et aura, dans l’histoire littéraire de cette période-ci, une page à part, une belle et bonne page à tous les titres qu’un auteur de sa volée puisse ambitionner. Mais, à mes yeux comme, j’en suis sûr, aux yeux des compétents, son plus frappant, son plus éclatant aspect serait celui, qu’il est temps de dégager bien fort d’un injuste oubli ou, sinon de l’oubli, tout au moins du silence cet autre exil de cette autre patrie, la Littérature, de fondateur du Parnasse contemporain de 1867. J’ai, dans un livre paru il y a quelques années*, revendiqué autant que cela cadrait avec mon plan, cette gloire, oui cette gloire !… pour le cher ami qui va nous occuper, sans ajouter, vu le cruel manque d’espace, bien grand détail à ce que j’écrivais alors ; j’insisterai aujourd’hui plus particulièrement, comme c’est d’ailleurs mon devoir de biographe, sur la part prise par Richard au très important mouvement poétique d’il y a 24 ans. Il sied que les jeunes gens d’à présent sachent bien ce qu’ont fait leurs devanciers pas énormément plus vieux qu’eux, pour en parler raisonnablement, enfin! Car il y a eu des injustices et même une ou deux bêtises dites dernièrement par des moutards trop pressés d’avoir le mot « ganaches » à la bouche.
Donc en 1866 je connus Ricard, comme on l’appelle familièrement ; il avait déjà fait de la prison politique, publié un gros volume de vers, et dirigeait une compacte publication très avancée, la Revue du Progrès, où collaboraient nombre de débutants, aujourd’hui parvenus dans différentes carrières. Peu après, Ricard fondait l’Art, où écrivirent Charles Joliet 25, Edmond Lepelletier 26, Victor Poupin 27, le regretté Adolphe Racot, moi, d’autres encore. Catulle Mendès y envoya des vers de sa seconde et de sa troisième manière l’indoue et l’élégiaque, et y porta plus tard des lettres chinoises aussi jolies que bien tendres. Il s’était lié avec Ricard – voisins de palier qu’ils étaient -, et de ces relations littéraires sortit l’idée du Parnasse, dont Ricard fournit plusieurs collaborateurs, parmi lesquels Anatole France, Edmond Lepelletier et moi, et Mendès, la majorité des collaborateurs, les maîtres d’alors, en tête, Leconte de Lisle, Théodore de Banville, Baudelaire, – alors très malade et que nous devions bientôt enterrer à une trentaine, si une trentaine !, dont l’éditeur Lemerre et moi qui marchions les premiers derrière le char, Arsène Houssaye et son fils, Banville, Asselineau, Louis Veuillot.
Les Parnassiens se réunissaient tantôt chez Mendès, étroitement mais joliment logé, rue de Douai, où l’on se rencontrait avec Léon Dierx, José Maria de Hérédia, Ernest d’Hervilly, le pauvre cher Albert Glatigny ; le grand Villiers, Stéphane Mallarmé, très intermittent parce qu’en province alors, Armand Gouzien 28, l’ancêtre Auguste de Chatillon 29, et de jeunes artistes peintres ou musiciens ayant depuis fait leur chemin, tantôt dans le salon de la très gracieuse générale marquise de Ricard, mère de notre poète. Le général, souffrant de longue date, faisait de rares apparitions parmi cette adolescence littéraire où se mêlaient heureusement l’élément féminin pour des conversations plus variées, des chants et des morceaux au piano et, dans les grandes occasions, des danses, voire des charades et des actes d’Hugo 30 et de Vigny. Celle qui est aujourd’hui Mme Alphonse Daudet, Mlle Allart, voulait bien réciter parfois des vers, ainsi que ses parents, poètes eux-mêmes 31. Quelques hommes politiques, d’ailleurs fort aimables et point trop bruyants (peut être à cause qu’ils étaient en minorité) formaient comme une basse à ce concert de propos pour la plupart ailés. Ricard, la vivacité mais l’affabilité même, allait d’un groupe à l’autre, discutant tour à tour chaudement esthétique et révolution, sonnet estrambote et fédéralisme, le tout avec une conviction ardente qu’on ne pouvait qu’aimer à la folie, même si on ne la partageait pas.
Catulle Mendès a raconté très agréablement dans sa Légende du Parnasse contemporain 32 ces belles et bonnes soirées dont, avec sa conversation charmeuse, son élégance et les vers admirables qu’il disait d’une façon exquise, il était, de compagnie avec François Coppée, tout esprit et toute grâce aussi, l’un des plus aimables ornements.
La Guerre abolit ces réunions, tant de la rue de Douai que du boulevard des Batignolles, mais le Parnasse avait eu lieu, et une grande part du mérite revient à Ricard, fondateur et collaborateur. De superbes vers de lui sont à relire dans ces illustres livraisons, en même temps que Ciel, Rue et Foyer, un beau livre sévère, noble et charmant, paru presque simultanément, et dont l’auteur nous fait espérer une réédition qui coïncidera avec la publication d’un nouveau recueil Dernières Ténèbres (poésies françaises et languedociennes) 33.
Car Louis-Xavier de Ricard, que j’ai connu assez réfractaire à la littérature du Midi, est aujourd’hui un fervent félibre, et voici la cause de ce changement : forcé de se réfugier en Suisse après la Commune et la guerre allemande, où il avait fait vaillamment son devoir de patriote et tenu avec fermeté son rôle de républicain, il préféra, lorsqu’il put rentrer en France, ne pas revenir à Paris, et se fixa définitivement à Montpellier. Je dis définitivement, bien qu’il ait fait depuis un voyage de quatre ans en Amérique, où il fonda et dirigea l’Union Française à Buenos-Ayres, au Paraguay, le Rio Paraguay, et à Rio-de-Janeiro, le Sud Américain. Il a même rapporté de ce séjour des notes précieuses, dont il compte faire des livres, et compter faire pour cet infatigable et ce persévérant, c’est faire. Nous aurons donc sous peu Mon Rancho (souvenir du Paraguay) ; le Véritable Empire Brésilien, une comme prophétie, Dans l’autre Monde (aventures d’une femme dans l’Amérique du Sud) 34. C’est dans ce Midi héréditaire (son père le général était de Cette) que le prit l’amour de cette brillante presque – langue d’oc, et quand je dis presque, je n’entends exprimer aucune nuance de dédain ni même comme dit l’Anglais, de discrimination. A mon sens, les patois sont les meilleurs conservatoires des langues dont ils retiennent les traditions et l’allure initiale, – et, en outre, la renaissance du Provençal, dès avant Mistral, Roumanille et Mathieu, avait fait littéraires, avec Navarro d’Oloron, d’Espourrin 35, Jasmin 36, ces divers dialectes qui sont, m’écrivait naguère Ricard, magnifiques pour l’expression et la couleur ; à défaut de vers originaux dans cet idiome, nous ne donnerons, toujours faute de place, que la très belle traduction par notre ami d’une bien curieuse petite pièce du poète espagnol, Joaquin Maria Bartrina 37.
REHABILITACIÓN
Estava soulet dins l’oumbra infernala,
l’avié prou, Satan, quand dintret Caïn.
– Jureroun à Diéus una ódia eternala
E qu’à soun gouver ié boutarien fin.
« La Revoulucioun, à Diéu rebecaira
E pèr Diéu maudicha es iéu ! dis Satan.
– Soui, iéu, bu traval : ce d’en aut m’acaira !
Tournet lou broutel terrible d’Adam,
S’amireroun pioi : ples d’ira inflambada
Lampejoun sous iols un esgard auriéu :
La raça d’Abel tremola espantada :
Sus son trone, amount, s’estrementis Diéu.
La maledicioun divina arregassa…
Mès lous mata pas. Fil d’Abel, atras !
Lou Prougrès carriéu, tout triounflant, passa…
Caïn tira, e tus butes, Satanas.
« Il était seul dans l’ombre infernale – depuis longtemps, Satan, quand entra Caïn. – Ils jurèrent à Dieu une haine éternelle, et qu’à son règne ils y mettraient fin.
La Révolution révoltée contre Dieu, – et par Dieu maudite, c’est moi dit Satan. – Je suis, moi, le travail, celui d’en haut me déteste, répliqua le rejeton terrible d’Adam. »
« Puis ils se contemplèrent – pleins d’une colère flambante – leurs yeux lancent comme un éclair un regard farouche. La race d’Abel tremble apeurée. Sur son trône, là-haut, Dieu tressaille.
La malédiction divine menace. – Elle ne les mate pas. Fils d’Abel arrière !, le Progrès sur son char triomphal passe. Caïn tire et toi, Satan, tu pousses »
Dont voici l’original :
REHABILITACIÓN
Solo estaba Satan en el infierno
Siglos hacia, cuando entró Caïn ;
Ambos a Dios juraron odio eterno
Y dar juraron a su imperio fin.
– Soy la revolucion, por Dios maldita,
Desterrada por Dios, dijo Satan.
– Soy el trabajo que a ese Dios irrita,
Dijo el terrible Vastago de Adan.
Miraronse : en la luz de la mirada
Brilló rayo de colera en los dos.
Y la raza de Abel trembló asustada
Y hasta en su trono estremicióse Dios.
La maldicion divina con su peso
No los hundió ! Raza de Abel atras !
Plaza al triunfante carro del progreso,
Quo arrastra Caïn y empuja Satanas !
Mais le poète et l’écrivain français ne périssaient pas pour cela dans l’auteur de Ciel, Rue et Foyer, mais fraternisait avec le félibre. De nombreux poèmes, dont le magnifique sonnet que voici :
LA GARRIGUE**
Puisse ma libre vie être comme une lande
Où sous l’ampleur du ciel ardent d’un soleil roux,
Les fourrés de kermès et les buissons de houx
Croissent dans des senteurs de thym et de lavande :
Que, garrigue escarpée et sauvage, elle ascende
Dans l’air large et sonore où ronflent des courroux
De Mistral, tourmenteurs fougueux des arbres fous
Et dans l’isolement s’allonge toute grande,
Heureuse de la paix grave des oliviers,
Des parfums de la figue et des micocouliers
Jaillissant de ses rocs rôtis aux étés fauves,
Et rêvant, avivée au flux du souffle amer
Sous ses horizons fins, baignés de vapeurs mauves,
Regarde s’aplanir dans le lointain la mer !
… et qui formeront, avec autant de vers en langue d’oc, ces Dernières Ténèbres que nous attendons tous, le Fédéralisme, forte et lumineuse étude anti-jacobine, une série de romans dont un, Thélaire Pradon, vient de paraître en nouvelle édition chez Sandoz, attestent la vitalité de la maturité dans ce grand, large et beau talent. L’Église catholique est fort maltraitée dans ce dernier ouvrage, et je m’élève de toutes mes forces contre la haine véritablement furieuse qu’y déploie l’auteur à propos de doctrines qui me sont plus encore que chères, vitales !, (je parle de doctrines et non point d’hommes.) Mais tant de talent y éclate, tant de sincérité, de généreuse, en quelque sorte, témérité, que force est de lire avec avidité ces pages fortes, nobles et pour moi cruelles. Une série d’autres romans corrélatifs à celui-ci est en voie de préparation ; Claire de Ribes, Jean Mauriès, même, sont achevés.
Enfin, deux pièces de théâtre, Maguelonne détruite, en prose, – Hugues Capet, « œuvre dramatique en vers » 38, et dont je connais beaucoup de rudes et fiers fragments, complètent cette œuvre déjà considérable, mais que l’âge, juste mûr, de l’auteur promet à nos fraternelles et orgueilleuses espérances de voir s’accroître dans les très grandioses proportions qui seules peuvent constituer le champ nécessaire, sévère et de plein air !, à ce vaste esprit si vigoureux.
Je me souviens aussi d’avoir entendu Ricard réciter de sa voix chaude et communicative, bien qu’à cette époque du moins, exclusivement parisienne, d’intonation sans rien du midi, plusieurs scènes d’un drame en prose, la Fruitière, en cette belle prose dont les seuls poètes ont le secret, d’un drame poignant, sombre et profondément tendre. J’ai tout lieu de craindre que l’auteur si sévère, trop sévère, beaucoup trop sévère pour lui-même, n’ait jeté au panier cette chose tant frappante que je m’en souviens après plus de vingt ans.
Ricard promet, car il est un critique aussi acéré et subtil qu’un poète, un prosateur et un journaliste politique des meilleurs, – une étude sur le mouvement poétique et littéraire actuel dans ce qu’il a de plus actuel ; ce sera un curieux et bien édifiant spectacle que de voir juger nos déjà moins verts en encore jeunes Décadents (je n’emploie pas le mot Symbolistes ignorant ce qu’il signifie, sauf du truism, malgré toutes consciencieuses enquêtes et obligeantes informations) par ce grand Parnassien qui est loin d’ailleurs, je le sais, de leur être hostile, mais qui ne peut manquer de décider en toute autorité compétente.
Attendons.
PAUL VERLAINE.
* Les Mémoires d’un Veuf, voir les pages sur le Parnasse contemporain.
** Terrain rocailleux, couvert de broussailles.
(d’après le texte original de « les Hommes d’Aujourd’hui », n° 385, 8e vol.)
Notes
N.D.L.R. : nous tenons à remercier Mme A. Geoffroy, petite-fille de Louis-Xavier de Ricard, pour la communication de la photographie familiale et M. Ph. Hoch, conservateur en chef chargé des fonds anciens de la Bibliothèque Municipale de Metz, pour les photographies des Verlaine.
1. Toute une partie de Ciel, rue et foyer est dédiée à Gautier et le même recueil annonçait de Ricard : Les grands artistes français (du XIXe siècle) prochainement, 1re série : Edgar Quinet, Théophile Gautier et Leconte de Lisle.
2. « Du Parnasse contemporain », Mémoires d’un veuf (1886), Œuvres complètes en prose, Édition établie, présentée et annotée par Jacques Bord, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1973, p. 114 (sigle OPC).
3. Daté de 1866, le tout premier recueil publié par Lemerre est le seul à ne pas porter sa fameuse marque de « L’homme qui bêche », fut publié en fait à la fin de 1865 (voir le compte rendu de Henry Winter, L’Art, 23 novembre).
4. Ricard publia cette lettre dans Le Montpellier du 27 septembre 1896 en la datant du 14 novembre 1886. Georges Zayed dans Lettres inédites à divers correspondants de Paul Verlaine (Droz, 1976) suggère dans une note que « Cette date est sans doute donnée par l’enveloppe : elle figure dans le chapeau qui accompagnait la transcription de la lettre ». Or, lors de la vente du colonel Pierre Mortier à l’Hôtel Drouot, le 6 mai 1952, M. Corneau a catalogué cette lettre en la datant du 31 [sic] novembre 1886 Que faut-il croire ? Ricard et l’expert ont-ils mal déchiffré « 8bre» pour « 9bre », ou s’agit-il d’une inversion involontaire, 31 pour 13 ? Quoi qu’il en soit, nous remercions le professeur Jean-Claude Richard d’avoir bien voulu vérifier notre propre transcription du texte du Montpellier, texte qui pose certains problèmes (voir note 10).
5. « Le Peyrou ! Qu’il y faisait chaud sous ces arbres comme noirs, au long de ces haies épaisses comme des murs ! J’en revenais tout sale de terre tripotée et tout essoufflé d’avoir couru dans les allées d’ombre moite et de soleil pulvérulent. » (Confessions, Verlaine, Œuvres en prose complètes, p. 445).
6. « Dans la maison où nous demeurons, il y avait deux vieilles filles, marchandes de jouets, à qui ma bonne me confiait quand mes parents sortaient le soir. C’était pour moi le paradis, naturellement, cette boutique […] » (Confessions, Verlaine, Œuvres en prose complètes, p. 446).
7. Marius, Jean, Joseph Bonnefont est né à Montpellier (maison Deville, Grand’Rue) le 21 mars 1844, licencié en droit de la faculté de Toulouse le 25 avril 1866, a prêté serment le 21 août 1866, a été admis au stage le 18 janvier 1867 et a été inscrit au barreau le 1er janvier 1870. Le 25 novembre 1871, il est rayé du barreau par défaut de domicile puis, le 26 novembre 1874, il est rayé du barreau sur sa demande. Il est décédé le 16 mars 1928 en son domicile, Villa Saint-Roch, route de Toulouse. (Note très aimablement fournie par le professeur Jean-Claude Richard d’après le registre des délibérations du Conseil de discipline de l’ordre des avocats de Montpellier et les archives municipales).
8. Le texte de cette lettre à partir de « Vous êtes sans doute au courant… », jusqu’à « Paris », est reproduit en fac-simile dans l’Anthologie des poètes français contemporains par G. Walch (Delagrave, t. 1 (s.d. 1915), p. 363.
9. Ricard publia cette lettre dans Le Petit Bleu de Paris du 5 juillet 1899 en la datant du 4 septembre 1886. Or cette date est peu probable puisque Verlaine n’entra à l’hôpital Broussai que le 5 septembre.
10. Thélaire Pradon, la conversion d’une bourgeoise, 1879. Le Petit Bleu de Paris imprime « Radon» chaque fois dans cette lettre, ce qui est pour nous une autre preuve que Ricard transcrivait les lettres de Verlaine et que le prote était induit en erreur par sa mauvaise écriture – son « Pr » a dû ressembler à un « R » majuscule car comment expliquer autrement pareille erreur de la part d’un auteur ! Un autre indice, c’est le fait que Le Montpellier imprima incorrectement les détails de l’adresse de l’Hôpital Broussais – Salle Pollin pour Follin ; 94, rue Didot, pour 96; dames Pouvat pour Fourat.
11. Publié en 1877.
12. Lemerre assuma les frais des Parnasses de 1869 et 1876.
13. La Lauseta (pour 1877, 1878 et 1879).
14. Verlaine, mieux informé que beaucoup de nos confrères parisiens et plus désintéressé que certains Méridionaux mêmes, avait d’abord écrit provençale; il a biffé le mot pour le remplacer par languedocienne [Note de L.-X. de Ricard].
15. Louise Kirchner qu’il épousa en 1883 ?, à Buenos-Aires. De cette union naquirent deux fils, Henri et Marcel (ce dernier, né à Montpellier en 1896, est mort pour la patrie en 1917).
16. Voir de lui « Les Parnassiens », série d’articles parus dans Le Gaulois en 1875, reproduite dans notre édition des Petits mémoires d’un Parnassien de Ricard, Minard, 1967.
17. Verlaine affecte de rester au-dessus de la mêlée : « La querelle entre les Symbolistes, Décadents et autres euphuistes est apaisée » (lettre du 22 novembre 1886 à Jules Tellier) ; « Nos Symbolents et autres Décadistes semble assoupis sauf quelques exceptions » (lettre au même du 15 février 1887).
18. Les Mémoires d’un veuf furent publiés en novembre 1886 (Verlaine s’occupait encore du service de presse le 9 décembre) ; l’autre volume, Louise Leclerc, vit le jour en octobre de la même année.
19. Le Languedoc n’eut que sept numéros du 19 décembre 1886 au 30 janvier 1887.
20. La Revue moderne n’a pas publié d’article de Ricard sur Verlaine. Une étude a comblé cette lacune Jacques Caillé, « Le poète Verlaine à Montpellier », Montpellier. Bulletin du Syndicat d’Initiative, n°44, printemps 1975, p. 15-16.
21. A consulter sur lui, outre que la brochure de 1888 de Ricard, l’ouvrage posthume de l’abbé J. Salvat, Le Poète Auguste Fourès, collège d’Occitanie, Toulouse, 1974. Les archives de Fourès conservées au Collège d’Occitanie ne renferment aucune lettre de Verlaine.
22. Autographe de la collection J.-L. Debauve. Verlaine choisit « La Garrigue » ; le texte des Hommes d’aujourd’hui comporte quelques variantes de ponctuation.
23. Pour que Luque pût faire le dessin de la couverture des Hommes d’Aujourd’hui.
24. En comparant le manuscrit de Verlaine conservé à la bibliothèque littéraire Jacques Doucet au texte imprimé du n° 385 des Hommes d’Aujourd’hui, on constate que plusieurs retouches y ont été rapportées et que selon toute probabilité les trois derniers alinéas ont été ajoutés après coup. Les variantes sont relevées dans les OPC, p. 1400-1402.
25. Charles Joliet (1832-1910), auteur d’une grande fécondité, publia pas moins de trois livres en 1867 : Une Reine de petite ville (roman), Huit jours au Danemark, et Les Pseudonymes du jour.
26. Edmond Lepelletier (1846-1913), journaliste de gauche, grand ami de Verlaine et son premier biographe (1907).
27. Victor Poupin, né à Paris en 1838, anticlérical militant, s’intéressa beaucoup à l’instruction populaire. Dès 1863, il prit part à la fondation de la Bibliothèque nationale, « collection des meilleurs auteurs anciens et modernes », puis fonda, en 1869, la Bibliothèque démocratique consacrée aux auteurs vivants. Plus tard, il fut un des secrétaires de la Ligue de l’enseignement. En 1885, il fut élu député du Jura. A consulter sur lui Les Hommes d’Aujourd’hui n° 39.
28. Armand Gouzien (1839-1892), compositeur, critique musical et dramatique, dirigea la Revue des lettres et des arts (octobre 1867- mars 1868) dont Villiers de l’Isle-Adam était le rédacteur en chef.
29. Auguste de Châtillon (1808-1881), peintre et poète, fit les portraits de Victor Hugo et de Gautier. Ce dernier préfaça Chant et poésies (Dentu, 1855), recueil mieux connu sous le titre de sa deuxième édition A la Grand’Pinte (Poulet-Malassis, 1860). Après avoir fréquenté le salon de la marquise de Ricard, Châtillon fut un habitué du salon de Nina de Villard.
30. « J’ai vu ce soir ceci : le premier acte de Marion Delorme à peu près joué comme dans une alcôve, d’où l’on aurait retiré le lit et les rideaux. Le quatrième, en France, a la rage de recevoir ! C’est dans une maison de Batignolles, chez un M. de Ricard, où s’est abattue toute la bande de l’art, la queue de Baudelaire et de Banville, des gens troubles, mêlés de cabotinages et d’opium, presque inquiétants, d’aspect blafard. » (Journal des Goncourt, Vendredi 19 janvier 1866).
31. Daudet épousa Mlle Allart le 29 janvier 1867. Les parents de la jeune mariée avaient effectivement publié ensemble un recueil qui manque à la Bibliothèque de France.
32. La Légende du Parnasse contemporain fut publiée à Bruxelles en 1884 (voir p. 211-217).
33. Dernières Ténèbres est le titre du premier poème de Ricard publié dans Le Parnasse contemporain de 1866.
34. Aucun de ces trois titres ne semble avoir vu le jour. Ricard, très prolifique, a dû laisser une grande quantité d’inédits dont L’Histoire du Languedoc en deux volumes, annoncée dès 1877 comme étant sur le point de paraître.
35. Cyprien Desespourrins (1689-1755), a composé un grand nombre de chansons en patois béarnais, paroles et musique, recueillies en volume par l’éditeur Vignancour à Pau en 1828.
36. Jacques Boé, dit Jasmin (1798-1864), poète argenais, fut le plus célèbre précurseur des Félibres. L’auteur des Papillotos (1835), coiffeur de son état, devint très populaire grâce à ses tournées de récitation; il mourut couvert de gloire (Légion d’honneur, prix exceptionnel de l’Académie française, etc.).
37. J. M. Batrina y de Aixemus (1850-1880), auteur d’un recueil célèbre de poésies intitulé Algo dont l’édition originale était composée seulement de 38 pages parue en 1874 ; trois ans plus tard, il comportait 206 pages. Ricard avait déjà publié sa traduction de « Rehabilitación » en langage de Mountpeliè dans l’almanach de La Lauseta pour 1878 avec sa traduction de cette version.
38. Hugues Capet – drame en vers déjà ancien puisque l’auteur en récitait des fragments dans le salon de sa mère, rue des Batignolles, et Maguelonne détruite au sujet duquel Ricard avoua à Mistral en 1911 que ce geste dramatique lui avait coûté presque vingt ans de travail, que ce n’était toujours pas terminé mais que c’était l’œuvre à laquelle il tenait le plus (Jean-Marie Carbasse, Louis-Xavier de Ricard Félibre rouge, Montpellier, Éditions Mireille Lacave, 1977, p. 191).
