Localisation de l’église de Saint-Hilaire-de-Centrayrargues
Localisation de l’église de Saint-Hilaire-de-Centrayrargues
p. 37 à 44
L’existence de l’église Saint-Hilaire de Centrayrargues, près de Montpellier, et sa persistance jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, ne font aucun doute pour les historiens, même si elle est depuis longtemps rayée de la carte. Si sa localisation exacte n’a pu être établie, nous savons tout de même qu’elle était située non loin de la rivière du Lez, sur le territoire de l’ancienne localité de Centrayrargues, elle aussi disparue 1 (Fig. 1).
Ma décision de rechercher l’emplacement très précis qu’avait pu occuper cette église avant sa destruction totale, fut motivée par la présence de plusieurs éléments portés à ma connaissance.
Résidant dans le quartier de la Rauze à Montpellier, j’eus l’occasion de recueillir la tradition orale qui voulait que l’immeuble appelé aujourd’hui Le Mas, avenue du Pont Trinquat dans ce même quartier, à ne pas confondre avec le lotissement appelée « Le Mas » lui faisant face, avait été dans les temps anciens un couvent. À l’évidence, dans ce lieu ou à ses alentours, un édifice ou un établissement religieux avait laisse des traces dans la mémoire collective jusqu’à cette décennie 1990. Renseignée par le propriétaire de cet immeuble, j’appris qu’à l’occasion de travaux effectues dans sa cave autour de l’année 1970, plusieurs tombes taillées dans le rocher, contenant des squelettes humains, furent mises au jour. Il se souvint aussi de travaux de voirie ayant eu lieu quelques années plus tard le long du chemin jouxtant sa maison, et au cours desquels avaient été trouves d’autres squelettes humains.
Il n’en fallait pas plus pour attiser ma curiosité, je fis le rapprochement entre ces divers éléments et la proximité des rues de Centrayrargues et de Saint-Hilaire, je pensais être sur la piste de l’église Saint-Hilaire de Centrayrargues, que j’avais si souvent rencontrée au fil de mes lectures des textes anciens. J’entrepris donc une recherche (Fig. 2).
La documentation
Cette étude s’appuie sur l’observation des documents graphiques suivants A – Un plan daté de la fin du XVIIIème siècle, conservé aux Archives municipales de Montpellier 2. B – Le premier plan cadastral de Montpellier, section D4, accompagné de la matrice cadastrale, conservé aux Archives départementales de l’Hérault 3. C – Le plan cadastral actuel, section DN 4.
Nous avons également consulté les travaux imprimes ayant déjà traite ce sujet (voir note 1), la vente des biens nationaux 5, les archives notariales, les registres paroissiaux de la paroisse Saint-Hilaire 6.
Les plans et leur interprétation
A — Le plan conservé aux Archives municipales de Montpellier, série II, n° 133, intitule Terroir de Montpellier ; plan des tènements de Laigarelle, Puech Saint Hilaire, Saint Hillaire, Pont Trincat, Mas de la Roche, la Rause. Ce plan date de la fin du XVIIIème siècle, il met en évidence : le Lez, à l’extrême droite du dessin (1), le canal de Graves et la 1ère écluse (2), le « mas du Sieur Berger qui fut de Laroche » (actuel immeuble « Le Mas ») (3), le chemin passant à la droite de cette maison (« chemin de la serarede et de pont trinquat ») (4), l’église Saint-Hilaire, sur la droite du plan (5) et son cimetière (6), l’aire de Saint-Hilaire, confrontant l’église et le cimetière (7), le « champ du bénéfice de Saint-Hilaire », confrontant l’aire et le chemin (8) (Fig. 3).
B — Le plan cadastral ancien, section D4, dite du Lez (Archives départementales de l’Hérault, 3 P 3600). Il permet d’observer le tènement de la 1ère écluse, avec les parcelles suivantes : le Lez, la 1ère écluse, la métairie de Monsieur Dumas ,ancien mas de Laroche, n° 727, situé à l’emplacement de l’immeuble Le Mas actuel, le chemin de la 1ère écluse passant devant le mas, les seules constructions apparaissant sur le plan, telles que le mas de Cauvas (n° 695), les deux maisons de la 1ère écluse (nos 731 et 732), une « aire sol » (n°739) et une maison (n° 740), ainsi que les différentes parcelles de terre situées dans ce tènement, portant chacune son numéro (Fig. 4).
C — Le plan cadastral actuel (cf. infra).
Le plan du XVIIIème siècle montre une pièce de terre dans laquelle se trouve figurée l’église Saint-Hilaire. On observe qu’elle a grossièrement la forme d’un triangle dont le sommet pointe vers le Lez et dont la base confronte le « mas de Laroche », chemin entre deux, l’église étant représentée à l’intérieur de l’angle confrontant le Lez.
En examinant le plan cadastral ancien, les similitudes apparaissent. On repère une parcelle de terre en forme de triangle, dont le sommet pointe vers le Lez et dont la base confronte la métairie de Monsieur Damas, l’ancien « mas de Laroche ». Cette parcelle porte le n° 735 du plan. Elle retient donc particulièrement notre attention. L’observation des chemins et de leurs embranchements confirme ce rapprochement.
La parcelle n°735 est-elle bien celle
dans laquelle fut édifiée l'église ?
Lors d’une visite de l’immeuble Le Mas actuel, N° 727 du plan cadastral ancien, effectuée avec M. Jean Nougaret, conservateur du Patrimoine, aucun élément architectural n’avait révélé l’existence de vestiges d’une église romane en ce lieu. Ainsi l’orientation de la recherche vers la parcelle n° 735 du plan nous paraît une bonne piste.
Dans ses Éclaircissements topographiques, Joseph Berthelé a tenté de retrouver l’emplacement exact de l’église Saint-Hilaire de Centrayrargues. Après un exposé historique documenté, il a procédé à l’étude topographique. Il déclare en conclusion que l’église Saint-Hilaire de Centrayrargues était située exactement à l’emplacement du mas de Monrené, n° 739 du plan cadastral, sur l’ancien « puech Saint-Hilaire ».
Cette localisation de l’ancienne église sur le point le plus élevé du terroir, appelé anciennement dans le compoix « lou Pioch de Saint Illaire », ne me paraît pas du tout convaincante, cet argument toponymique ne pouvant constituer une preuve suffisante. Par contre, la localisation de l’ancienne agglomération médiévale de Centrayrargues paraît incontestable.
Reprenons donc la comparaison entre le plan du XVIIème siècle et le plan cadastral ancien. Sur le plan du XVIIIème siècle, on constate que l’église a été représentée à proximité immédiate du Lez. Si l’on se reporte au cadastre, la parcelle n° 739 en est bien éloignée. D’autre part, si l’on imagine sur le plan du XVIIIème, une ligne très large, sorte de bandeau, partant du mas de Laroche et se dirigeant presque perpendiculairement vers le Lez, on s’aperçoit qu’elle recouvre l’église Saint-Hilaire. Si l’on répète l’opération sur le plan cadastral ancien, on s’aperçoit que la parcelle n° 739 reste éloignée de ce bandeau imaginaire. Enfin, si l’on compare sur le plan du XVIIIème siècle, la distance entre la 1ère écluse et le mas de Laroche, et la distance entre la 1ère écluse et l’église, on constate qu’elles sont du même ordre de grandeur. Sur le plan cadastral ancien, la distance entre la 1ère écluse et la parcelle n° 727 est bien plus courte que la distance entre la 1ère écluse et la parcelle n° 739. De plus, si l’on trace un segment partant de la 1ère écluse et finissant au niveau de la parcelle n° 735, il est à peu près de la même dimension qu’un segment tracé en partant de la 1ère écluse jusqu’à la parcelle n° 727. La parcelle n° 739 du plan cadastral ancien ne semble donc pas convenir pour un emplacement éventuel de l’église. La recherche doit être axée désormais sur la parcelle n° 735 (Fig. 5 et 6).
L'apport des sources Saint-Hilaire
après l'Ancien Régime
Lors de la vente des biens provenant du Chapitre Saint Pierre de Montpellier, le 21 germinal an 3 de la République, les Administrateurs du Directoire du District de Montpellier, ont mis aux enchères certains biens consistant en « une église, écurie et cimetière de la paroisse Saint-Hilaire, situés au bord d’un champ et aire provenant dudit Chapitre, qui ont été vendus au citoyen Mourgues aîné, bridier, et qui sont sis près la rivière du Lez et la 1ère écluse, au terroir de Montpellier, le tout contient 43 toises 3 pieds, confrontant de tous les côtés les champs du citoyen Mourgues ». Il s’agit donc maintenant d’établir le lien entre la parcelle n° 735 du plan cadastral ancien et le bien acquis du citoyen Mourgues.
Pour l’examen des documents notariaux, notre point de départ est resté l’immeuble appelé aujourd’hui Le Mas (ancien « mas de Laroche »), car nous gardons en considération sa proximité avec la parcelle qui nous intéresse, et surtout, son appellation de couvent qui nous fait soupçonner un possible remembrement avec cette dernière parcelle à une période antérieure (fig. 7).
Lors de la vente des biens provenant du Chapitre Saint Pierre de Montpellier, le 21 germinal an 3 de la République, les Administrateurs du Directoire du District de Montpellier, ont mis aux enchères certains biens consistant en « une église, écurie et cimetière de la paroisse Saint-Hilaire, situés au bord d’un champ et aire provenant dudit Chapitre, qui ont été vendus au citoyen Mourgues aîné, bridier, et qui sont sis près la rivière du Lez et la 1ère écluse, au terroir de Montpellier, le tout contient 43 toises 3 pieds, confrontant de tous les côtés les champs du citoyen Mourgues ». Il s’agit donc maintenant d’établir le lien entre la parcelle n° 735 du plan cadastral ancien et le bien acquis du citoyen Mourgues.
Pour l’examen des documents notariaux, notre point de départ est resté l’immeuble appelé aujourd’hui Le Mas (ancien « mas de Laroche »), car nous gardons en considération sa proximité avec la parcelle qui nous intéresse, et surtout, son appellation de couvent qui nous fait soupçonner un possible remembrement avec cette dernière parcelle à une période antérieure (fig. 7).
Les archives conservées par l’actuel propriétaire de l’immeuble indiquent l’origine de propriété. Cet immeuble appartenait à Monsieur Jacques Masclau, pour l’avoir acquis de Madame Victorine Bourgat-Irlandes, par acte signé devant Me Blain, notaire de Montpellier, en date du 30 août 1909, enregistré au Bureau des Hypothèques de Montpellier le 23 septembre 1909 7. Aucun indice particulier relatif à l’église Saint-Hilaire dans la nature du bien vendu n’apparaît à la consultation de l’acte de vente. Nous apprenons que le vendeur avait recueilli ce bien dans la succession de son père adoptif, Antoine Frédéric Etienne Irlandes, qui lui-même en avait hérité de son père, après acte de partage signé devant Me Péridier, notaire de Montpellier, en date du 8 février 1859 8.
Les biens partagés entre les enfants Irlandes étaient les suivants : le domaine dit du mas de la Rauze ou de la Roche, situé à Montpellier au dit quartier, près la 1ère écluse, se composant de « maisonnages, verger, champs et vignes ». La part attribuée à Antoine Irlandes fut celle-ci : « tous les bâtiments qui existent dans ce dit domaine, le verger, la vigne et les champs y attenant, d’une consistance de 85 ares 47 centiares ».
Parmi ces biens, figure un champ dit de Saint-Hilaire, contenant 44 ares 70 centiares, confrontant au nord et au levant Cauvas, au midi Vernière et au couchant le chemin de la 1ère écluse
Les dits immeubles furent, dit-on, achetés par le Sieur Etienne Irlandes père, Jean Pierre et Etienne Galtier frères, au Sieur Jean Clavel, boucher de Montpellier, par acte signé devant Me Sarran, notaire de Montpellier, en date du 6 juillet 1835 9 et attribués plus tard par partage à Etienne Mandes par acte signé devant Me Sarran en date du 17 mars 1846 10.
L’acte de vente Clavel / Irlandes-Galtier précise la nature du bien : le domaine dit de Mas de Laroche, joui et possédé au terroir de Montpellier, quartier de la Rauze près la 1ère écluse
Parmi ces biens nous repérons le 4ème article de la vente : « une pièce champ semée en vesces portant le n°735 section D du plan et matrice cadastrale, contenant environ 89 ares, confrontant au nord Cauvas, au midi Sadoul, au levant Cauvas, au couchant le chemin ». Cet article avait été échangé par le Sieur Clavel avec le Sieur Pierre Balard cultivateur de Montpellier, contre une autre parcelle, par acte signé Me Grasset notaire de Montpellier en date du 20/10/1830 11 Après vérification de la matrice cadastrale, son propriétaire s’appelle bien Pierre Balard 12.
L’acte d’échange entre le Sieur Clavel et le Sieur Balard indique que Pierre Balard cède « un champ situé à Montpellier au tènement de Saint-Hilaire, contenant 85 ares, confrontant au levant Sadoul, au midi le Sieur Jean Clavel, au couchant et au midi la veuve Cauvas », acquis pour partie de François Mourgues, pour autre partie de Thérèse Mourgues, par acte signé devant Me Massal, notaire de Montpellier, en date du 12 août 1810 13. A cette date, Thérèse Mourgues, fille majeure, habitant Montpellier, comme héritière de feu Jean Mourgues son oncle, bridier de Montpellier, suivant le testament de celui-ci (Massal notaire, 1er janvier 1810) vendit à Pierre Balard cultivateur de Montpellier « une pièce de terre en champ située au terroir de Montpellier, tènement de Saint-Hilaire, contenant environ 71 ares, confrontant le champ de François Mourgues, la métairie dite de Dumas, horloger, le chemin tendant de la 1ère écluse à Montpellier entre deux, d’autre part et par pointe un champ de Monsieur de Grave, d’autre part un champ de Cauvas, laquelle pièce de terre comporte le sol d’un champ, d’une aire, d’un cimetière, d’une église et d’une écurie, aujourd’hui entièrement démolis, acquis par feu Jean Mourgues, savoir le champ et l’aire dépendant du Chapitre Cathédral de Montpellier le 21/02/1791, suivant l’adjudication qui lui en fut faite par le Directoire de District de Montpellier, et l’église, l’écurie et le cimetière, aussi dépendant dudit Chapitre, le 7 floréal an 3 de la République, suivant l’adjudication qui lui en fut faite par ledit Directoire du District de Montpellier ».
Ainsi la parcelle 735 du plan cadastral ancien est bien, comme nous l’avions pressenti, la pièce de terre dans laquelle l’église Saint-Hilaire avait ses fondations. Une remarque cependant, cette parcelle du cadastre ancien ne correspond plus en forme et en dimension à la parcelle actuelle. La superposition du plan cadastral ancien et du plan cadastral actuel, après réduction à la même échelle, montre que la parcelle 735, section D4, tracée en pointillés, couvre la parcelle 21, section DN et partie des parcelles 19 et 20, section DN. A l’évidence, il y a eu division de la parcelle 735 entre la date de confection du premier cadastre et celle de la confection du nouveau, une partie de cette parcelle ayant été remembrée avec la parcelle737 (n°19 du cadastre actuel) (Fig. 8).
Dans quelle partie de cette terre pouvait se situer l’église ? Si l’on se réfère à sa représentation sur le plan du XVIIIème siècle, on est tenté de la placer dans la parcelle n° 20 du nouveau cadastre (partie hachurée sur le plan ci-dessus).
La parcelle 20 du nouveau cadastre contient-elle les fondations de l'église Saint-Hilaire ?
Les archives du propriétaire actuel des parcelles n° 20 et 21 du nouveau cadastre indiquent un acte de vente de ces parcelles (Me Cornier, notaire à Montpellier, en date du 17 novembre 1917, enregistré au Bureau des Hypothèques de Montpellier le 22 du même mois 14. L’objet de cette vente est une petite propriété contenant, entre autres parcelles, celle numérotée 735 du plan. Le vendeur en était propriétaire par la succession de Sylvestre Simon Carias son père, lui-même Payant acquis de Louis Nespoulous (Me Bonfils, notaire de Montpellier, en date du 23 avril l873 15. La nature de ce bien est indiquée dans cet acte. Il s’agit d’une maison de campagne composée de plusieurs parcelles dont une appelée « partie de 735 ». Le vendeur, Louis Nespoulous, avait acheté cette propriété à Pierre Duseigneur (Me Anduze, notaire de Montpellier, en date du 21 mars 1863 16.
La parcelle n° 722 du plan incluse dans cette vente, avait été après son achat, échangé par Louis Nespoulous avec l’Abbé Marie J. Fr. Vernière. Cet acte d’échange (Me Péridier, notaire de Montpellier, 1er février 1870 17 nous apprend que Marie J. Fr. Vernière échangea contre la parcelle 722 « une pièce de terre champ dite terre de l’église Saint-Hilaire, située à Montpellier, tènement de la Rauze ou de la 1ère écluse du canal du Lez, contenant 43 ares 10 centiares, n° 735 section D ». Cette terre avait été acquise par l’Abbé Vernière et ses frères et sœurs de Édouard Nougaret, banquier de Montpellier (Péridier notaire, 9 avril 1853 18), et fut attribuée à l’Abbé Vernière par acte de partage en date du 26 juillet 1869 19. Cet acte de partage met en évidence la portion attribuée à l’Abbé Vernière. Il s’agissait d’une maison de campagne appelée le « Mas de la roche » et d’un champ dit « terre de l’église Saint-Hilaire », contenant 42 ares 10 centiares, n° 735 du plan, section D.
Par acte de vente du 9 avril 1853, Édouard Nougaret avait cédé à Vernières frères et sœurs « la moitié du domaine dit le Mas de la Roche situé sur le territoire de la commune de Montpellier, tènement de la Rauze près la 1ère écluse du canal du Lez, se composant entre autres d’une partie d’une vigne dite terre de l’église Saint-Hilaire.., ladite partie du côté du sud-est, de contenance d’environ 43 ares 10 centiares, confrontant au nord Irlandes pour l’autre partie, et Cauvas, au sud Sadoul, et au sud-ouest le chemin de la 1ère écluse, portée sur la matrice cadastrale section D n° 735 ».
Édouard Nougaret avait acquis ce domaine, par adjudication en sa faveur, de Monsieur Cabrol, avoué au Tribunal Civil de Montpellier, par procès verbal de Monsieur Viennois, juge du dit Tribunal en date du 1er mars 1849, et par l’élection de commande faite par Cabrol au profit de Nougaret en date du 3 mars 1849 (Voir aussi acte Me Anduze notaire du 17/04/1852) 20.
Cette adjudication avait été faite sur les têtes des sieurs Jean Pierre et Etienne Galber frères, anciens propriétaires et négociants, alors en faillite. Ils étaient propriétaires par indivis avec Etienne Mandes père, pour avoir acquis ce domaine de Jean Clavel boucher de Montpellier par acte passé devant Me Sarran, notaire de Montpellier, le 6 juillet 1835. Cette propriété avait été partagée par la suite entre les parties, et le lot échu aux sieurs Galtier constituait l’ensemble des immeubles ci-dessus considérés.
Nous avons ainsi la confirmation que la parcelle n °735 du plan fut bien partagée et ceci nous renvoie à l’acte de partage (Sarran, notaire, 17 mars 1846, mentionné plus haut), entre Mandes et les Galtier.
Dans le partage Irandes / Galber, la répartition fut la suivante : 1 – parmi les biens attribués à Etienne Irandes, « une pièce de terre nouvellement plantée en vigne, dite terre de l’église Saint-Hilaire, il en appartiendra à ce lot 43 ares 10 centiares, à prendre du côté du nord, de manière que la ligne qui en fera division sera du nord-est au sud-ouest, et cette part confrontera au sud celle qui sera attribuée au 2ème lot, au sud-ouest le chemin de l’écluse et des autres vents Cauvas ». 2 – « parmi les biens attribués à Galtier frères, la pièce de terre nouvellement complantée en vigne, dite terre de l’église Saint-Hilaire, il en appartiendra à ce lot 43 ares 10 centiares, à prendre du côté du sud-est, et confrontant au nord celle attribuée au 1er lot, et partie à Cauvas, au sud Sadoul, et au sud-ouest le chemin de l’écluse ».
L’étude des différentes orientations et des confronts nous permet de matérialiser sur le papier la ligne de division de la parcelle. Elle correspond bien à la ligne qui sépare actuellement les parcelles 20 et 21 de la parcelle 19 du plan cadastral actuel. Après superposition du plan cadastral actuel et de l’image de la parcelle 735 du plan cadastral ancien, une ligne fléchée a été tracée pour représenter la ligne de division de la parcelle, ainsi qu’une croix indiquant l’emplacement de l’église (Fig. 9).
Ces précisions quant à la répartition au sol, les mesures de surfaces qui ont varié, et la représentation de l’église Saint-Hilaire sur le plan du XVIIIème siècle, nous amènent sans hésitation à la conclusion suivante : les vestiges de l’église Saint-Hilaire sont contenus dans la parcelle n° 20, section D du cadastre actuel, contre sa limite nord.
La découverte, par le propriétaire actuel, de tombes à cet endroit précis pendant la deuxième Guerre mondiale, à l’occasion du creusement du sol en vue de protection lors des bombardements, la récupération par celui-ci d’un sarcophage (aujourd’hui volé), ainsi que les nombreuses cavités dans le sol suspectées lors des irrigations de cette terre maraîchère, ne font que confirmer cette thèse. Les travaux de François Favory 21 et de Claude Raynaud 22 concernant l’église Saint-Hilaire et l’agglomération de Centrayrargues vont dans le sens de nos résultats.
L’église Saint-Hilaire de Centrayrargues fut détruite complètement dans un intervalle de quinze années, entre 1795, date de son achat par Jean Mourgues, et 1810, date de la vente par sa nièce Thérèse Mourgues.
L'immeuble dit « Le Mas » est-il
un ancien couvent ? Origine d'une mémoire
L’immeuble dit « Le Mas », ancien mas de Laroche n° 727 du cadastre ancien, avait été remembré avec la parcelle 735 du cadastre ancien lors de la vente faite par Thimotée Dumas à Jean Clavel par acte du 7 avril 1825 (Grasset, notaire de Montpellier) 23. Ainsi, les parcelles 727 et 735 p (moitié de 735 après le partage Irlandes / Galtier en date du 6 juillet 1835), faisaient partie entre autres parcelles du « domaine de Laroche ». Voici donc par cet acte du 7 avril 1825, la preuve du rattachement de l’immeuble « Le Mas » à la parcelle qui contient les fondations de l’église Saint-Hilaire, et donc aussi l’explication de son appellation jusqu’à nos jours de « couvent ».
La consultation de la matrice cadastrale permet de vérifier le démembrement qui a eu lieu par la suite entre les parcelles n° 727 et n° 735p. On trouve sous la cote 3F 1673, f° 99 (ADH) parcelle 727, sol de maison plus cour ; parcelle 735p, terre labourable. (Propriétaires successifs Antoine Irlandes, Antoine Villemejannes, époux Bourgat, Victorine Bourgat). Sous la cote 3P 1681, f° 4380 (ADH) parcelle 735p terre labourable. Propriétaires successifs Joseph Taulemesse, Charles Gras époux Taulemesse). Enfin, sous la cote 3F 1692, f’° 4127 (ADH) parcelle 727 maison (Propriétaires successifs : Antoine Irlandes, Antoine Villemejannes, époux Bourgat, Victorine Bourgat, Jacques Masclau). Ce fut donc Victorine Bourgat-Irlandes qui, dans la décennie 1880, vendit la parcelle n° 735p à Joseph Taulemesse, conservant la parcelle n° 727.
Les registres paroissiaux
de la paroisse Saint-Hilaire
Ces registres ont été conservés depuis l’année 1666 jusqu’à l’année 1791. Leur dépouillement met en évidence 24 inhumations à l’intérieur de l’église, entre 1714 et 1776, sans distinction d’âge ni de rattachement particulier des individus à cette paroisse. Il pouvait tout aussi bien s’agir de la femme du garde-écluse de l’époque, que d’un travailleur venu de son lointain diocèse de Mende. Parmi les 25 inhumations hors l’église, nous constatons qu’elles eurent lieu dans le cimetière, mais souvent aussi dans certains cimetières d’autres paroisses.
Le cimetière de la paroisse Saint-Hilaire servait aussi de dernier lieu de repos à bien des passants malchanceux en 1721, y furent enterrés un garçon de 13 ans, fils d’un patron du diocèse d’Agde, mort dans la rivière de Sept Cans et un homme de 25 ans, décédé dans le bateau de son patron En 1723, ce fut un marinier de Mèze âgé de 28 ans, mort dans le Lez, et en 1725 le marinier d’un patron de Sète, originaire du Gévaudan, mort dans le Lez auprès de Sept Cans. En 1743, ce fut un homme conduisant la barque de son patron, vis à vis la paroisse Saint-Hilaire, en 1750, une femme de 52 ans, qui avait été submergée dans le Lez, et enfin en 1790, un homme du diocèse d’Agen âgé de 56 ans, trouvé mort dans le lit du Lez.
Le cimetière s’étendait sur une surface assez considérable. La maison dite actuellement « Le Mas » fut construite sur ce cimetière. Cette maison constitue le bâtiment le plus ancien que l’on connaisse à l’emplacement de l’agglomération médiévale. Elle existait déjà au XVIIIème siècle, et une étude du compoix et autres sources, révélerait sans nul doute sa très ancienne origine, et par là même celle du cimetière.
Au-delà du but que je m’étais fixé dans la localisation de l’église Saint-Hilaire de Centrayrargues, je voudrais souligner aussi l’importance de la tradition orale. Sans elle, ce travail n’aurait jamais abouti et n’aurait même jamais été entrepris. Les bouleversements de ce début de millénaire emportent avec eux la mémoire des anciens. Une source primordiale de la recherche historique est en train de se tarir. Prêtons l’oreille de toutes parts, tant qu’il est encore temps !
——— Annexe ———
SHÉMA RÉCAPITULATIF DES DIFFÉRENTES TRANSACTIONS
——— Notes ———
1. Joseph BERTHELE, Inventaires et Documents publiés par les soins de l’administration municipale, tome III, Éclaircissements topographiques. Montpellier, 1920. – Pierre Albert CLEMENT, Églises romanes oubliées du bas Languedoc. Montpellier, Presses du Languedoc – 1993.
2. Archives municipales de Montpellier, Série II, plans, n° 133.
3. Archives départementales de l’Hérault (ADH), 3P 3600.
4. Direction Générale des Impôts, Cadastre Montpellier (Hérault), 2000).
5. ADH, 1Q 308, n° 569.
6. ADH, Baptêmes, Mariages, Sépultures de la paroisse Saint- Hilaire de Centrayrargues 1666-1791. Relevé établi par Pascale Garcias et déposé au Cercle Généalogique du Languedoc.
7. Conservation des hypothèques de Béziers – 1er bureau – Volume 1822, n° 93.
8. ADH, II E 58 /252.
9. ADH, II E56/711.
10. ADH, II E56/732.
11. ADH, II E60/ 178.
12. ADH, 3 P 1673 f° 109.
13. ADH, II E59/ 108.
14. Conservation des hypothèques de Béziers, 1er bureau, volume 1998, n° 37.
15. ADH – II E57 / 845.
16. ADH – II E55 / 448.
17. ADH – II E58 / 263.
18. ADH – II E 58 / 246.
19. ADH – II E 58 / 262.
20. ADH – II E55 / 424.
21. François Favory, « Le site de Lattes et son environnement (France, Hérault), d’après les images aériennes et les documents planimétriques ». Lattara, I – 1988.
22. Claude Raynaud, avec le concours de Pierre Yves Genty et de Thérèse Panouillères, Contribution à la Carte Archéologique du Languedoc Oriental. Communes de Montpellier, Lattes, Pérols (Hérault) – Prospections systématiques, Programme de prospection, Inventaire (1997-2000).
23. ADH – II E60 / 167.
