L’itinéraire singulier d’un franc-maçon : Jean-Jacques Martin (1862-1955)

La région de Béziers a fourni un terroir fécond à la Franc-Maçonnerie, notamment pour le Grand-Orient de France. On pense, aussitôt, à Louis Lafferre, homme politique et haut dignitaire maçon. Professeur du lycée biterrois, radical nettement axé à gauche, il a été longtemps parlementaire (député 1898-1919, sénateur 1920-24, deux fois ministre 1910-11 et 1917-20). Pendant une vingtaine d’années, il domina la vie politique de la région. De plus, au sein du G.O., il porta les plus hautes responsabilités. Il présida aux destinées de son obédience, lors du « triomphe temporel de la maçonnerie », notamment au moment de l’Affaire des fiches (1904-05) et en 1907-09, donc à « l’époque la plus faste mais aussi la plus controversée de son histoire » (D. Ligou, Histoire des F.M. en France). On peut ajouter Antoine Moulin, autre professeur de ce lycée, conseiller général, père de Jean Moulin, le Résistant, Louis Dupré, journaliste qui devint vice-président du Conseil de l’Ordre, Louis Malbosc, enseignant, mort en déportation, dont la famille compte plusieurs hauts dignitaires, et même Georges Fontès, actuel maire de Béziers.

Par-delà ces personnalités célèbres, on gagnerait à mettre en évidence d’autres hommes de moindre importance. Des archives privées, bien conservées par une famille biterroise 1 permettent d’évoquer l’existence bien remplie de Jean-Jacques Martin et, ce qui est plus étonnant, de révéler son autobiographie maçonnique. Il mit à profit les loisirs de sa verte vieillesse pour rédiger ses nombreux travaux et souvenirs.

Une vie profane bien remplie

J.-J. Martin, né (1862) à Faugères, mort (1955) à Béziers, a vécu dans le département de l’Hérault.

Ce protestant libéral offre le profil parfait de l’instituteur IIIe République. Issu d’une école primaire protestante (à Faugères), puis d’une école normale protestante (à Mens, Isère, 1878-81), il entre dans l’école, nouvellement laïcisée, de Jules Ferry en 1881. Enseignant de grande valeur, à la discipline rigoureuse (fortement appréciée, alors !), d’abord rural (Cournonterral près Montpellier ; Gigean), puis urbain (Lodève et surtout Béziers), il couronne sa carrière comme directeur de l’école Lakanal, dans le quartier populaire du Capnau (1912-19).

Son activité éducative déborde souvent le strict cadre scolaire. Ainsi, à Cournonterral, il créa une véritable Université Populaire, glanant une médaille d’or à l’Exposition Internationale de Paris (1900) ; il présenta, avec un professeur de l’École d’Agriculture de Montpellier, Lagatut, une monographie de la Commune. Occitaniste, il correspondit avec Mistral et reçut une distinction de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse.

Retraité actif, fondateur de la célèbre société de gymnastique, la Vigilante, il présida (1926) la société de secours mutuel « la communion protestante », l’Amicale laïque de Béziers, l’Union des Délégués Cantonaux de l’arrondissement Béziers-SaintPons. Il fut encore un des créateurs des Patronages communaux laïques de Béziers, qu’il dirigea de 1922 à 1946, de sa 60e à sa 84e année.

Une riche expérience maçonnique

Initié dans la Maçonnerie en 1901, J.-J. Martin en gravit tous les grades et y remplit de nombreuses fonctions jusqu’en 1932. Ses dernières années le verront en froid avec le G.O. Il revient à l’Église réformée de France où il assume des responsabilités locales.

Il emplit des cahiers de notes, soigneusement composées et rédigées. Ainsi, détaille-t-il minutieusement son expérience maçonnique au long de 128 pages, qui seront analysées succinctement ci-après, qu’on complètera de quelques détails puisés dans les autres cahiers retrouvés. Le titre porte : « 40 ans de maçonnerie ». Il fut rédigé d’octobre à décembre 1941. Le ton varie, de l’enthousiasme, notamment dans ses débuts à Montpellier ou lorsqu’il accède aux Ateliers Supérieurs, jusqu’aux critiques parfois très vives, surtout adressées aux loges biterroises, avant le « demi-sommeil » et le « sommeil » final. Le tout est traversé par le climat de semi-persécution qui atteint déjà les maçons au début de l’Occupation. D’où le ton dramatique ses critiques ne vont jamais jusqu’à désavouer ses frères dans le malheur et à qui il doit beaucoup.

(Tous les sous-titres qui suivent sont de l’auteur qui, dans chacun de ses cahiers, avec un grand sens pédagogique, distribue ses souvenirs et études et courts chapitres dûment nommés.)

Introduction

Rappel de la défaite. D’abord, l’auteur s’est donné corps et âme au vainqueur de Verdun, au sauveur de la Patrie. Mais, au bout d’un an, il est refroidi : République honnie, lois laïques abrogées, Églises trop puissantes, Juifs et Francs-Maçons persécutés. L’auteur, un des grands dignitaires de la F.M., s’interroge.

Comment je deviens franc-maçon

Vieille famille protestante « un de mes vieux grands-pères, pour avoir donné asile à un pasteur du Désert, a ramé de longues années sur les galères du roi ».

« A côté de leur foi huguenote, les miens ont toujours eu, ancré jusqu’au plus profond de l’âme, l’amour de la liberté ; en 93 comme en 52, ils l’ont montré largement. »

Durant l’Affaire Dreyfus, un de mes bons amis, Xavier Mallet, rédacteur à l’Aurore, le journal de Clemenceau, me fit le service de ce quotidien. De Pressencé, accompagné de Mallet, vint donner une conférence à Montpellier. Martin l’écouta, le protégea à la sortie et lui fut présenté.

Aux vacances suivantes, voyage au pays de Montbéliard, où un ami, pasteur, lui présenta la famille de Madame Dreyfus. « Ce digne homme me parla de l’Affaire et ne me cacha pas que, parmi les défenseurs de la Justice, se trouvaient les francs-maçons. C’est à ce moment-là que je jugeai que je devais, moi aussi, faire partie de cette armée, qui avait pour devise : « Vérité, Tolérance, Amour. »

1882... à 20 ans, le jeune instituteur de Cournonterral
Fig. 1 1882... à 20 ans, le jeune instituteur de Cournonterral (cliché Fournier)
1902... à 40 ans, le directeur de Cournonterral est apprenti en loge
Fig. 2 1902... à 40 ans, le directeur de Cournonterral est apprenti en loge (cliché Fournier)
1937... à 75 ans, il demeure le président actif
Fig. 3 1937... à 75 ans, il demeure le président actif (et fondateur) des patronages communaux laïques de Béziers (cliché Fournier)

Mon initiation

Demande présentée à 38 ans, honorée en 1901, à 39 ans, le premier dimanche d’avril. La loge des « Vieux Fidèles », rue Clos-René, se trouve en face du Grand Hôtel Moderne. Description minutieuse : la salle humide, le bandeau, le cabinet de réflexion (1/2 heure) pour rédiger les réponses, vote de la loge sur ce texte, introduction, secret juré, enfin interrogatoire public.

Parmi les sujets abordés : « Êtes-vous déiste ? » Réponse affirmative du candidat. Nette affirmation du président de la liberté de chacun, sans pression possible aucune. Simulation de plusieurs voyages. Bandeau ôté. Discours-éloge de bienvenue.

Les Vieux Fidèles

L’auteur découvre un véritable enseignement mutuel, se trouvant mêlé à des enseignants de faculté, de lycée, d’écoles normales, d’E.P.S., des inspecteurs primaires, magistrats, ingénieurs, artisans, agriculteurs. Le vénérable est un ex-pasteur, entré dans l’administration des enfants assistés.

Sa première affirmation publique, bien préparée : à Madagascar (où « notre frère Augagneur était gouverneur »), les missions, catholiques et protestantes, jouent-elles un rôle positif pour la civilisation ? Réponse affirmative ; succès réel auprès des membres de la loge.

Les officiers dignitaires

Le vénérable dirige les travaux ; les 1er et 2e surveillants ont chacun la direction de leurs colonnes : le 1er, les maîtres et compagnons ; le second, les apprentis. L’orateur est le gardien de la Constitution. Un secrétaire et un trésorier. Le Grand Expert reconnaît les visiteurs et remplace les officiers manquants.

Le vénérable, l’Illustre frère D. (lire Desmons) est un fin lettré, spécialiste de Rabelais et de Hugo – qu’il a d’ailleurs connu. Des liens d’amitié vont se nouer entre eux ; ils se recevront par la suite.

Le premier surveillant est inspecteur primaire. Le second, professeur de lycée, provient d’une famille très catholique, alors que lui-même est devenu un fougueux orateur anticlérical. A la fin de sa vie, il retournera dans le giron de son Église ; Martin ne l’apprécie guère. L’orateur, agrégé, est un érudit, ex-sorbonnard ; le secrétaire, un ancien colonial.

Quelques frères

Un professeur de médecine (haut de près de deux mètres), un industriel, un avocat (conseiller général), un conseiller d’arrondissement, un ingénieur juif, un inspecteur primaire, un directeur d’école primaire supérieure, un enseignant tué en 1914-18, un instituteur devenu plus tard vénérable, un autre instituteur sans culture, un agent-voyer de Sète, plusieurs ruraux des environs. En somme, « une belle loge », où on travaillait dans l’amitié et la fraternité.

Un Congrès maçonnique

Le Congrès régional du Sud-est, à Pâques, prépare le Convent national de Paris. « Là, pour la première fois, j’ai senti le manque d’unité. Il y a deux maçonneries : la philosophique, ne cherchant que la Vérité et le Progrès, et la politique, n’ayant qu’un but : propagande et succès des idées avancées. » J’ai crié : Casse-cou !, mais sans l’écho espéré.

Le banquet de l’hôtel Cimiez était présidé par Camille Pelletan, ministre de la Marine. « L’Homme était infirme, avec un bras inerte. Sa tenue laissait beaucoup à désirer : chevelure léonienne en désordre ; sa serviette était aussi maculée que celle d’un bébé (il parlait beaucoup, ne faisait guère attention à ce qu’il mangeait…). Mais, quand il prit la parole, tout changea : ce fut l’orateur politique, le plus puissant et le plus documenté qu’il m’ait été donné d’entendre. »

Pourtant, je me disais : C’est encore un maçon politique Dans mon compte rendu, je ne cachais rien des satisfactions ni des désillusions.

Mon premier Convent

Forte émotion en pénétrant dans le Grand Temple. Travaux en commissions : il siège à l’enseignement : longueurs, remarque-t-il. Près de 500 délégués. Travaux par régions pour désigner les candidats au Conseil de l’Ordre et à la Chambre de Cassation : vraie cuisine électorale qui l’écœure, la première fois, qu’il supporte mieux ensuite.

Séance de clôture imposante, avec un discours remarquable d’un député-écrivain.

La Loge Égalité-Travail

A Montpellier, à côté des Vieux Fidèles, – la loge-mère – s’était créée, peu avant son initiation, la loge Égalité-Travail, en fait, à cause du frère G, directeur du Petit Littoral (lire le Petit Méridional) : « journaliste de talent, causeur merveilleux et érudit; mais l’esprit partisan l’emportait sur son esprit de fraternité. » « Devenu vénérable, il peupla sa loge de ses subordonnés, au point que nous la nommions la loge du Petit Littoral. »

D’où, jalousie, division proclamée par les journaux… « Pour effacer cette mauvaise réputation, une fête solsticiale des deux loges se prépare et réussit. Le frère G. fut Conseiller de l’Ordre pour 3 ans, remplissant d’ailleurs sa charge avec tact et mesure, mais mourut peu auprès. » Obsèques maçonniques. La 2e loge périclita ensuite.

Décadence des Vieux Fidèles

« Tous ces vieux et bons maçons, qui ornaient l’Orient et les colonnes des Vieux Fidèles, disparurent, beaucoup pour l’Orient éternel » ou par les manœuvres de la loge d’à côté, me-née par un avoué politicien, appuyé par le Fr. G du Petit Littoral.

Un incendie, aux Vieux Fidèles, leur inspira de demander aide et assistance à l’autre loge. On leur répondit de fusionner. Orateur de sa loge, Martin réussit par une réelle mobilisation de tous les ruraux moins assidus (« nous étions plus de vingt… »), par son éloquence aussi, à maintenir les deux loges distinctes.

A Béziers, l'Action Sociale

Coexistent alors deux loges sur Béziers : les Amis choisis et l’Action Sociale. Cette dernière avait été créée par un homme politique, le fr. Prude (lire Dupré), rédacteur-correspondant du Petit Littoral et, jusqu’à sa mort, le vrai maître de la loge. Par son frère, greffier à Pézenas, déjà inscrit à cette loge, Martin s’y fait affilier.

« C’était un véritable club politique : elle n’avait de loge que le nom et les décors ; hormis l’ouverture, parfois la clôture et les initiations, le reste n’avait qu’une vague teinte maçonnique. »

« Le vénérable avait du bagout, mais peu de culture… Beaucoup de clichés appris par cœur… Fougue et flamme peu ordinaires.. » La loge comptait des employés, des petits fonctionnaires, des commerçants, 2-3 enseignants, mais aucun intellectuel.., des tenanciers de maisons de jeux, croupiers, tenanciers de baraques de foire et même contrebandiers… »

« La salle humide était un vulgaire cabaret ; on y buvait, on y jouait; très souvent, les joueurs, oubliant que les travaux avaient commencé, restaient pendant toute la durée de la tenue à battre leurs cartes. »

Martin essaie, avec quelques valeureux frères, de transformer le climat – tels des « missionnaires » -. « Tant que le fr. Prude est demeuré, l’Action Sociale est restée un simple club politique. »

Les Amis Choisis

Le premier vénérable, petit propriétaire peu instruit mais très assidu, s’était donné corps et âme à la Maçonnerie. Il connaissait le rituel par cœur et en était fier. Le second, lui aussi dévoué, était à peine plus instruit. Un troisième, employé des P.T.T., plus cultivé, prononça un discours très valable retraçant le centenaire de la loge. Enfin, un instituteur, avide de promotion, devint le double du fr. Prude. « On peut dire que, pendant cette période, les deux Ateliers subirent la même impulsion, celle donnée par le Petit Littoral. »

La composaient surtout des employés ou fonctionnaires, pas d’intellectuels, hormis un ex-pasteur qui, d’ailleurs, …finit mal.

Le F. Prude

Il n’eut que de maigres résultats scolaires. A 14 ans, il devint calicot (= vendeur) dans un grand magasin de la ville ; il fut renvoyé pour avoir incité à la grève. Quelques articles sur cette grève, dans le Petit Littoral naissant… et le voilà correspondant local.., jusqu’à sa mort.

Il suivit son journal dans toutes ses sautes : opportuniste avec Ferry et Spuller, radical avec Brisson et Bourgeois, anticlérical avec Combes et Lafferre, socialiste avec Barthe. »

Il possédait un médailler superbe, collectionnant les distinctions françaises et étrangères.

Il se faisait nommer partout, au Conseil d’Administration de l’Hôpital, délégation cantonale, Caisse d’Épargne, fourneaux économiques, sociétés laïques… Il savait pérorer, débitant ses phrases toutes faites, avec une fougue toute méridionale, « devenant d’un rouge cramoisi, parfois même versant des larmes. »

Belle ascension maçonnique : membre du Conseil de l’Ordre, vice-président de ce Conseil, membre d’honneur du Grand Collège des Rites.

A Béziers, « il vivait le plus souvent dans un milieu interlope », dont il prétendait avoir besoin pour son information professionnelle.

Les deux hommes furent obligés de cohabiter… dans la même loge…

Diplômes de J.-J. Martin celui de maître (1904)
Fig. 4 Diplômes de J.-J. Martin celui de maître (1904)
Diplômes de J.-J. Martin
Fig. 5 Diplômes de J.-J. Martin celui de 31e (7-IV-1922)
Diplômes de J.-J. Martin
Fig. 6 Diplômes de J.-J. Martin celui de 32e (15-V-1922)
Diplômes de J.-J. Martin
Fig. 7 Diplômes de J.-J. Martin celui de 33e (5-III-1924)

Les tenues

Sont énumérés quelques efforts, entrepris par Martin, pour que, de club politique, l’assemblée redevienne une vraie loge. Il est devenu orateur.

Des paroles sévères

Une tenue fut particulièrement rude, à propos de l’éventuelle admission des femmes. Martin, dans son exposé préliminaire, s’y opposa. Un membre de la Grande Loge, « compagnon de fredaines du vénérable », y assistait, contrant fortement l’orateur, le traitant de rétrograde. Martin s’emporta, allant jusqu’à citer sa propre fille et… sortit écœuré.

Une tenue clôturée sans cérémonie

Un instituteur rural, nommé à Béziers, le Fr. Prude s’en attribua le mérite et l’affirma dans les colonnes de son journal. L’enquête montre que c’est inexact. La tenue, n’ayant rien de précis à l’ordre du jour, le vénérable détaille avec délectation toutes les personnalités maçonniques de Béziers sous-préfet, sous-directeur des Indirectes, inspecteur primaire, receveur des postes, tous les cadres de l’Hôpital, bureau de bienfaisance, tribunal civil, tribunal de commerce, mairie, octroi, même le nouveau receveur municipal… Celui-ci, dans l’assistance, déclare ne rien devoir au vénérable, puis l’accuse de mensonge, enfin quitte le temple. La séance s’achève dans la confusion.

Diplôme d'adoption d'un loweton
Fig. 8 Diplôme d'adoption d'un loweton
Véritable plan de la loge
Fig. 9 Véritable plan de la loge

Réflexions sur la page précédente

L’auteur précise que sa loge n’était pas composée que de quémandeurs ou de vulgaires arrivistes. Pour le justifier, il cite une lettre écrite à cette époque au président local de la Jeunesse Républicaine, où il présentait la Maçonnerie, sans doute image de la société, mais image un peu plus claire, et meilleure.

Les Ateliers Supérieurs

Création à Béziers, pour la ville, Sète, Narbonne et Montpellier, d’un Chapitre et d’un Conseil Philosophique. « Le Grand Commandeur du Collège des Rites vint l’inaugurer en installant les lumières. J’étais de celles-là. Son frère, greffier, est initié au 18e grade, celui des Rose-Croix – le plus beau des rituels maçonniques ».

Là, dans cette vraie maçonnerie, dans cette société choisie, plus âgée, il retrouve celle qu’il avait côtoyée à Montpellier. « A Béziers, mon rêve maçonnique s’était presque évanoui  au lieu de la lumière, je n’avais, semble-t-il, été que dans les ténèbres. »

Initiations au 18e, au 30e (Chevalier Kadoch). « Je fus élu Très Sage » ; « j’ai occupé ces fonctions près de 10 ans. J’ai été 31e, 32e et 33e, faisant partie du Grand Collège des Rites. » Il constate avec joie que jamais la politique n’est entrée dans les Ateliers Supérieurs.

2 cahiers d'allocutions et études maçonniques
Fig. 10 2 cahiers d'allocutions et études maçonniques

Quelques explications sur les Ateliers Supérieurs

« Je crois pouvoir écrire cela sans trahir le secret maçonnique. Les loges bleues tirent leur nom du cordon bleu que leurs adeptes portent en sautoir.

Les Ateliers Supérieurs (Chapitres 18e, Conseils Philosophiques 30e, Souverain Tribunal 31e, Grand Consistoire 32e, Suprême Conseil 33e) forment comme une maçonnerie à part. Le Grand Collège des Rites est composé de 33 membres élus à vie à l’unanimité. Il est gardien de l’esprit maçonnique, des rituels. »

Les Chapitres sont appelés loges rouges à cause du cordon rouge qui porte le bijou du grade ; les Conseils Philosophiques sont les loges noires ; les 31e, 32e et 33e forment les loges blanches pour des raisons analogues. Toutes les tenues des loges blanches ont lieu à Paris. « Passé par tous ces grades, j’ai pu constater que c’est vraiment dans ces Ateliers supérieurs qu’on faisait de la vraie maçonnerie. »

La Maçonnerie américaine

Sa nièce ayant épousé un Américain, vivait à Washington. Le neveu, avocat, blessé durant la guerre, soigné à Aix-en-Provence, y prépara une licence de droit. Démobilisé, il devint président fédéral des Anciens Combattants et Grand Maître (= vénérable) de l’atelier le plus important de la capitale.

Martin le félicita, lui adressant une Bible, dédicacée. Puis, il entreprit de réconcilier le Grand Orient avec la Maçonnerie américaine, « tentant de renouveler le pacte d’amitié », avec l’appui du Grand Commandeur. Son enquête auprès des archives voulut prouver que ce fut, non pas l’athéisme, mais l’esprit de tolérance qui avait motivé l’abandon du Grand Architecte et de la Bible.

Le neveu, fonctionnaire, fut déplacé à San Francisco. L’Assemblée Générale des loges américaines rejeta la proposition, au grand regret de Martin.

Un opuscule joint, daté du 29 juin 1925, donne des précisions sur la loge Théodore Roosevelt, n  44. Sont notés avec adresses et, éventuellement, fonctions pour les officiers, 53 membres, 14 apprentis, 3 candidats retenus. Le neveu E. Claude Babcock, est devenu Grand Maître de la loge le 22 juin 1924.

Très sage

Une fête équinoxiale se tint à Sète, en présence du Président du Conseil de l’Ordre et du Grand Commandeur, devant tous les frères du Midi, de Nice à Toulouse. « Elle se termina par la Cène, que j’avais moi-même élaborée, à partir des éléments égyptiens, grecs et chrétiens. J’y avais mis tout mon savoir-faire et toute ma foi. Les invités parisiens furent émerveillés et ne cachèrent pas leur satisfaction. » En récompense : accès au 33e grade et, l’année suivante, nomination au Grand Collège des Rites, comme membre d’honneur – à cause de l’âge : plus de 65 ans. « Mais je pus ainsi assister, à Pâques et en septembre, aux réunions générales ».

Une délégation permanente

Un ancien élève de Cournonterral, maçon, devint gérant d’un comptoir belge à Brazzaville et vénérable de la loge l’Orient du Congo. Martin fut nommé délégué permanent de cet Atelier pour le Convent des loges coloniales, puis pour le Convent lui-même.

Il bénéficia ainsi de contacts avec les délégués métropolitains de ces loges, avec « quelques coloniaux, fonctionnaires et indigènes : ceux-ci lui firent assez bonne impression, quoique beaucoup eussent dans leurs actions un but plus personnel que maçonnique ». « Je conservai cette délégation pendant une dizaine d’années ». « J’ai présidé plusieurs fois le Congrès des loges coloniales ».

Les Vrais Amis de Bédarieux

A Bédarieux, situation précaire : on fait appel aux loges voisines.

Avec quelques autres, Martin s’y fait inscrire. D’abord, il est écœuré : tout tourne, en politique locale, contre le maire et le conseiller général. « Élu vénérable, je me dépensai durant deux ans. L’honneur d’être vénérable me coûtait cher. » Ensuite, n’ayant pas été réélu, il apprit qu’une fraction – socialiste – s’était montée contre lui. Désormais, il cessa tout contact avec cette loge. Peu après, la presse annonça une condamnation de deux maçons bédariciens à 5 et 3 ans d’emprisonnement.

A la Chambre de Cassation

Comme président de l’Amicale Laïque de Béziers et de l’Union des délégués cantonaux de l’arrondissement Béziers- Saint-Pons, il suit régulièrement les congrès de la Ligue de l’Enseignement. Au congrès des loges du Sud-est à Hyères, il est chargé d’un rapport sur l’École Unique. Son travail est bien apprécié mais les suffrages de la loge-sœur de Béziers, les Amis Choisis, font défaut. Il est proposé pour deux fonctions : le Grand Collège des Rites, élection à l’unanimité requise – ce qui est fait – et à la Chambre de Cassation, où il ne recueille que 380 voix (30 lui manquent). Vexé mais obéissant, il accepte – pour un an seulement. Cet échec, il l’impute à l’Ill. F. Prude et au vénérable des Amis Choisis.

Au Grand Collège

Là, au sommet de la sélection maçonnique, il est heureux. Entré en même temps qu’un sénateur, adjoint au maire d’une grande ville, les voilà bientôt amis.

Une fête d'adoption

« Le sommeil est le temps pendant lequel un maçon se met volontairement à l’écart, de lui-même (c’est mon cas), ou bien, il y est mis par la loge. Pour moi, il s’agissait plutôt d’un demi-sommeil, car je continuais dans les Ateliers Supérieurs ».

Or, les deux loges de Béziers décidèrent de recevoir comme pupilles ou louvetons des enfants de maçons. La fête fut présidée par l’Ill. F. Gr. (lire Groussier), président du Conseil de l’Ordre. On m’invita. Je déclinai.

Un ancien élève, que Martin parraina jadis, lui demanda de parrainer sa fille. Finalement, il accepta – à condition de ne pas prendre la parole. Prude revint à la charge en lui demandant d’être l’orateur.., ce qu’il fit et, par les avis recueillis, fort bien.

Sans doute, fut-il conscient de ces tentatives de récupération… « Depuis ce jour, je n’ai plus remis les pieds dans une loge.

Mort du F. Prude

Malade, celui-ci le fit appeler. « Ce n’était plus le viveur à la mine réjouie… La mort planait autour de lui ».

« Il me tendit la main en disant : Il faut nous pardonner réciproquement. J’ai eu des torts envers vous. Mais, avouez que, parfois, dans vos allocutions, vous ne m’avez guère épargné !… Je sens que, pour moi, la mort approche et que sous peu, je serai appelé dans l’Orient éternel dont on ne revient plus… Je suis prêt. Je viens d’écrire mes dernières volontés. J’ai même ordonné mes obsèques. Je veux qu’elles soient une véritable manifestation maçonnique. Je veux que mon cercueil, recouvert de tous mes insignes de franc-maçon, passe par les plus grandes artères de la ville, accompagné par tous mes frères, avant d’être déposé dans sa dernière demeure ».

Prude lui demande de prendre la parole. Refus net : « Je ne veux pas mentir ! » « Je ne parlerai jamais devant un cercueil. Humble, j’ai vécu, humble, je m’en irai. Ni fleurs ni couronnes ni discours ! »

« Nous ne pourrons jamais nous entendre, donc, dit le malade. Restons chacun sur nos positions et séparons-nous en nous serrant la main. »

Suivirent des obsèques magnifiques : 8 discours au cimetière. Ont été célébrées diverses vertus de l’administrateur des hospices du journaliste, du mutualiste et un vibrant hommage au vice-président du Conseil de l’Ordre.

Martin, présent aux funérailles, fulmine intérieurement contre celui qui a porté grand préjudice à l’Ordre.

Désaccord avec le Grand Collège

Le F. Perdu – autre anagramme pour le même adversaire – disparu, on demande à Martin, de proposer deux 33e pour que le Grand Conseil choisisse le Grand Enquêteur de la région. Martin propose un Narbonnais et un Montpelliérain. Mais, il est profondément vexé qu’on n’ait pas fait appel à ses services, lui qui avait si souvent secondé le F. Prude, de manière désintéressée. Il écrit qu’il « juge cela peu fraternel ». Réponse lui est faite qu’il est trop âgé (il a 68 ans) ; or, le prédécesseur, le F. Perdu, en avait 80 et le nouvel élu, 67.

Désormais, sa décision est prise : il ne reviendra plus dans un atelier supérieur. C’était en 1932. Presque 10 ans après, il constate qu’il a tenu parole. Une confirmation de cette date est donnée par le 2e cahier achevant les 46 textes maçonniques, qui se clôt en décembre 1932.

Mon nom sur l'Officiel

« Le nouveau gouvernement a supprimé les sociétés secrètes, saisi immeubles et documents. C’est surtout la F.M. qui est visée. Les noms des grands dignitaires et officiers sont divulgués. »

« J’ai vu mon nom paraître quatre fois dans l’Éclair, y compris sur une liste de fonctionnaires ayant fait une fausse déclaration. »

Demande de réparation, « à la même page, même place et en caractères identiques » ; rectification parue le surlendemain.

« Je n’ai jamais été hypocrite ; je ne me suis jamais caché pour aller au Temple maçonnique ni pour aller au Temple protestant. »

Il y a 40 ans, on accusa la F.M. d’avoir fait des fiches. J’étais nouveau dans l’Ordre, mais je fus de ceux qui protestèrent contre cette manière d’agir. Aujourd’hui, le gouvernement ne fait pas autre chose contre les F.M. Il fait même plus, puisqu’il frappe même ceux qui ne sont pas fonctionnaires. Je ne puis que le regretter. »

Pour finir

« Donc, la F.M. n’existe plus. Toutes les loges, tout ce qu’elles contenaient, meubles et archives, tout a été saisi entre les mains des séquestres. Bientôt, tout sera vendu au profit d’une œuvre sociale. Souhaitons que les millions que donneront ces ventes trouvent un meilleur usage que ceux que fournirent les saisies des biens des congrégations, voilà près de 40 ans. »

Il reconnaît que le coup qui frappe la Maçonnerie ne le « surprend qu’à demi, car qui sème le vent récolte la tempête. »

Il se lance dans une rétrospective historique. Au XVIIIe siècle, l’association permettait la fraternisation de tous. Puis, l’esprit de parti a pénétré, chassant les nobles, le clergé. Elle se jeta dans les partis politiques, fut contre le modérantisme des Ferry, des Spuller, contre la radicalisation attiédie des Bourgeois et des Buisson, tous les deux F. Ill. ; elle fit même risette aux partis avancés, tendant les mains aux socialistes; ceux-ci les refusaient et conseillaient à leurs membres d’abandonner les loges, ce que beaucoup firent. On l’a même vu flirter quelque peu avec le communisme et nous avons eu la douleur d’entendre dans des ateliers soutenir des thèses bolchevistes ».

Pourtant, Martin défend la Maçonnerie. « Les 40 ou 50 000 maçons que comptait la France ne sont pas seuls la cause de la défaite, pas plus que les 100 ou 150 parlementaires maçons de la Chambre des Députés ou du Sénat. Parmi les présidents du Conseil qui, depuis 30 ans, ont gouverné la France, on ne voit qu’un seul F.M., Chautemps. Les Clemenceau, Sarraut, Herriot, Daladier, Blum ou Reynaud, n’ont jamais appartenu à notre Ordre. » De plus, bien peu travaillaient aux ministères de la Guerre, de la Marine ou de l’Air, ou au Conseil Supérieur de la Guerre, ou étaient généraux commandants d’armées.

« J’appartiens aux plus hauts grades. J’ai trouvé toujours à mes côtés le plus pur patriotisme. »

« La F.M. a été durement frappée. Sera-t-elle à jamais détruite ? L’Histoire nous apprend que les religions ou les principes philosophiques n’ont jamais été complètement détruits. Les martyrs ont été les plus grands propagateurs de la foi. »

« Mais, avant de terminer ces pages, qu’il me soit permis de demander à Dieu de donner à notre pays la Paix et la Justice, afin qu’il devienne le pays que j’ai rêvé et pour lequel j’ai toujours travaillé » (15/12/41).

On peut compléter le profil maçonnique de J.-J. Martin en joignant quelques citations, tirées de ses deux cahiers de discours et allocutions prononcés en loge. Achevés en décembre 1932, ils présentent chacun 23 textes, classés et répertoriés en deux volumes égaux, visiblement recopiés après usage, dans une intention didactique. Il s’agit d’une somme de la connaissance maçonnique, telle qu’il l’a vécue et transmise. Le ton est serein, sans réserve ou critique majeure.

Le titre, « Quelques rameaux d’acacia », est explicité par une préface personnelle et lyrique :

« Comme l’acacia, l’arbre maçonnique, qui pousse sur le tertre où les trois mauvais compagnons avaient caché le corps d’Hiram qu’ils venaient d’assassiner, puise par ses racines le suc nourricier dans cette terre fertilisée par les restes du grand architecte du Temple, et donne ainsi ses longues et belles feuilles aux folioles jumelées qui sont le symbole même de la fraternité et ses superbes grappes fleuries aussi blanches que la neige et aussi parfumées que le lys, qui sont le symbole de la pureté et du travail. Comme cet acacia, dis-je, pour écrire les quelques pages qui vont suivre, j’ai puisé, afin de mieux développer ma pensée, afin de la rendre plus claire, dans de nombreux auteurs maçonniques. Qu’ils ne m’en veuille pas, car je n’ai, comme eux, qu’un seul but : instruire nos ff., faire connaître notre association, montrer sa beauté.

Ces pages n’ont pas été écrites pour en tirer un profit ou une gloire quelconque. Ce sont des allocutions prononcées pour fêter l’initiation d’un nouveau fr. Ce sont de simples causeries sur des questions posées par le Convent. »

Les diverses allocutions évitent précautionneusement de citer la moindre personne, à l’exception d’une « Leçon maçonnique », où il est fait mention de deux dynasties biterroises, à l’occasion de l’initiation de l’un des leurs : Malbosc et Causse.

« Malbosc, dont le père est un des piliers de la maçonnerie biterroise, le choyé de la loge « la réunion des Amis Choisis » ; tout jeune encore, il fut mis à la tête de sa loge ; essai confirmé, car il a été nommé d’aussi nombreuses fois que nous-mêmes. Il préside, oui, mais il travaille, il éduque. Ayant entendu récemment un rapport sur l’esprit laïque, il le compléta magnifiquement. En haut lieu, ce vénérable porte le cordon bleu de 31e.

Pour Causse, son père fut initié, ici-même par Martin ; il a le 2e maillet. En plus, le grand oncle, Louis Tissière, ami de Martin, logeait celui-ci lors de chaque Convent. C’est « un modeste, reçu chez Madame Arnaud de l’Ariège, où il rencontra les grands hommes de la IIIe République : Gambetta, Goblot, Ferry, Floquet, Littré. Il n’a jamais eu la légion d’honneur. Il fut vice-président du Conseil de l’Ordre, puis au Grand Collège des Rites, 6 ans le Très Puissant Grand Commandeur ». Les derniers rituels des ateliers symboliques et des ateliers supérieurs lui doivent beaucoup.

L’itinéraire de J.J. Martin s’éclaire encore à partir de son livre de vie, rédigé en 1926, pour son petit-fils, alors âgé de 4 ans.

Un chapitre bref, mais synthétique, décrit l’essentiel. « Après la mort de mes 3 premiers enfants (sur les 4), j’avais perdu la foi (ici, au crayon, rectification postérieure – une des rarissimes sur tous ces cahiers) j’avais perdu un peu de la foi huguenote dans laquelle j’avais été élevé… A cette époque, je me mis à lire les philosophes du XVIIIe siècle, que je connaissais mal. Mon âme était avide de vérité, avide de justice. C’est alors que je pensai à entrer dans la Maçonnerie…

« Admis à la loge les Vrais Fidèles de Montpellier, je pense que cette loge a été pour moi une véritable école ».

« Car ton pépé a aimé passionnément la Maçonnerie et lui a donné toutes ses forces, toute son intelligence. Rien, jamais, n’a pu le détacher de cette association », malgré déboires et ennuis.

« Ayant lu ces lignes, tu seras un vrai franc-maçon, même sans avoir été initié. »

Ces notes permettent de suivre une pensée qui, tout en demeurant attachée au libre-examen, à la dénonciation des dogmes (« prisons de l’esprit », les dogmes immuables rendent les fidèles « esclaves »), garde une certaine foi chrétienne. Le langage sonne chrétien, avec l’insistance sur l’Amour, sur la foi. « Nous vous donnerons la foi, la foi dans la vérité, dans la justice, dans l’amour, c’est-à-dire la vraie foi maçonnique, sans laquelle il n’est pas de vrai maçon ». « On nous accuse d’être une école d’athéisme, de déchristianiser le monde. Nous sommes loin d’être les adversaires du christianisme primitif, fait d’amour, d’égalité, de fraternité. » « Tous les Dieux peuvent avoir leur autel dans nos Temples, mais qu’ils ne soient pas jaloux si nous en élevons un plus haut, plus grand, plus beau, en l’honneur du Dieu maçonnique par excellence, en l’honneur de l’Amour. Car nous devons tous être des fervents de ce Dieu, fait de justice et d’amour, de fraternité et de progrès, de pardon et de paix ». Toutes ces citations, antérieures à 1932, proviennent de prises de parole en loge.

Pendant le « sommeil » de l’activité maçonnique, après 1932, J.-J. Martin a vécu des difficultés familiales : décès du gendre, liquidation d’une entreprise de distillerie secouée par la crise ; après 70 ans, il redevient chef de famille, avec une fille et un garçonnet à élever. Alors, il se rapproche plus visiblement de l’Église Réformée de sa jeunesse, jusqu’à y occuper des responsabilités paroissiales – ce que confirment les souvenirs familiaux. Mais, il faut souligner que, durant de longues années d’activité maçonnique – et de hautes responsabilités – son engagement au G.O. a coexisté avec une foi chrétienne. Le cas mérite d’être signalé, d’autant plus que l’époque (1901-1932) a vu la Maçonnerie, surtout au G.O., mener des luttes anticléricales, voire antireligieuses, assez vigoureuses. Selon les termes d’A. Combes (Histoire des F.M. en France), souvent, on glissa de l’anticléricalisme à l’irreligion ». Il n’est pas mauvais qu’on sache, dans les rangs des obédiences ; mais, surtout, hors des loges, que cette double raison de vivre a pu se rencontrer même aux époques apparemment les plus difficiles.

Évoquer l’existence de J.-J. Martin, modeste mais si bien remplie, exigeait qu’on ne taise pas ses principes moteurs. D’abord, c’est la conjugaison d’une foi protestante et d’un engagement maçonnique, malgré problèmes et variations. Surtout, c’est le rôle stimulant de la Maçonnerie, entre 39 et 70 ans, école efficace de formation d’adultes.

Note

   1. Publiées avec l’aimable autorisation de René Fournier, professeur honoraire au lycée technique de Béziers. Certains compléments viennent de la tradition familiale.