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Description

L’exécution de quatre habitants de Fanjeaux :
Un cas d’épuration sauvage en août 1944

* Historien, enseignant

Le 26 août 1944, au moment de la Libération du département de l’Aude par la Résistance, un événement tragique va marquer durablement le village de Fanjeaux : l’exécution sommaire de quatre de ses habitants à proximité du village de Lauraguel. C’est encore avec émotion que ceux qui ont connu ce drame en parlent, cela semble rester comme une page sombre et incompréhensible de l’histoire de ce village.

Jusqu’au moment de la Libération, le village de Fanjeaux avait connu une certaine tranquillité durant l’Occupation. Certains, comme sur tout le territoire français, avaient vu en Pétain et son régime le moyen de surmonter la défaite de 1940 et se sont investis, parfois par idéologie et inconscience, dans les mouvements issus de ce régime. C’est ainsi que dans le village de Fanjeaux l’engagement de quatre hommes dans les mouvements collaborationnistes les mènera à un destin tragique au moment de la Libération. Il s’agit de René Gayde, Henri Lugagne, Gabriel Mas et Jacques Perrutel.

Des hommes engagés dans les mouvements pétainistes


Henri Lugagne (coll. privée)

René Gayde est né à Fanjeaux en 1919, son père étant mort durant la première guerre mondiale il est déclaré pupille de la Nation. En 1939 il est sergent-pilote dans l’Armée de l’air. Après l’armistice, il demande sa radiation de l’armée en accord avec sa hiérarchie afin de ne pas partir hors de France, il veut rester près de sa mère qui vient de perdre sa fille âgée d’une vingtaine d’années. Il se marie en 1943. En août 1944 il habite Toulouse, sa femme est enceinte d’un garçon.

Henri Lugagne est né en 1912. Il est issu d’une famille de six enfants. Il se marie en décembre 1941, il aura deux enfants. Il vit dans la demeure bourgeoise et familiale d’En Castel située à Fanjeaux. Il s’occupe de la propriété. En 1939, il effectue son devoir militaire. Lorsqu’il se trouve sur le front d’Alsace lors de la débâcle, avec un camarade il fait sauter un pont afin de ralentir l’armée allemande. Pour ce fait il sera décoré de la Croix de guerre.

Gabriel Mas est né en 1912 dans la commune de Saint-Gervais-sur-Mare dans l’Hérault. Il fait ses études dans un collège catholique à Ardouane où il rencontre Jacques Perrutel. Il va ensuite à la Faculté de Pharmacie de Montpellier puis finit ses études à Toulouse où il obtient son diplôme en 1939. Il se marie en 1937 avec Suzanne Brustier, médecin depuis 1935. Cette dernière s’installe à Fanjeaux en 1936, c’est Jacques Perrutel qui l’informe qu’il n’y a pas de médecin ni de pharmacie dans le village.

A l’automne 1939 Mas est mobilisé en tant que pharmacien. Peu après, en décembre, il ouvre une pharmacie à Fanjeaux. En août 1944 il est père de quatre filles.

Jacques Perrutel est né en 1911 à Castelnaudary. Il a cinq ans quand ses parents sont mutés à Gaja-la-Selve (Aude). Sa mère travaille comme receveuse des Postes et son père est percepteur. Après ses études il travaille comme clerc de notaire chez Me Séguier de Fanjeaux. Il se marie le 1er septembre 1939 le jour de la déclaration de guerre. Il est mobilisé et est envoyé au service d’Intendance d’Avignon.

L’amitié entre Mas, Lugagne, Perrutel et Julien Rigaud, fils du cafetier du village, semble les éloigner des soucis de l’Occupation. Il est vrai que tout « sourit » à ces quatre camarades. Pleins d’entrain, ils mettent en place les Compagnons de France, mouvement pétainiste, dans la région de Fanjeaux. Henri Lugagne en est le chef local et des réunions ont lieu chez Gabriel Mas. Ils organisent dans ce cadre, pour la jeunesse des environs, des compétitions sportives et des représentations théâtrales. Ce mouvement national sera dissous en janvier 1944. En 1941, Henri Lugagne devient un des vice-présidents du Comité Communal de la Légion de Fanjeaux qui a cette année-là déjà 110 membres actifs, effectif très important pour ce village. Jacques Perrutel en fait partie. Gabriel Mas, quant à lui, est vice-président du Comité Communal des « Amis de la Légion » de Fanjeaux dont Julien Rigaud est un des membres. Dans un document de la Légion, non daté, intitulé « Organisation de la Propagande, délégué technique à la propagande, Coordination des Services », Gabriel Mas est noté comme délégué cantonal. Henri Lugagne, après la démission de J. Loubès, est nommé le 14 décembre 1943 président (par intérim) chef communal (et cantonal) de la Légion de Fanjeaux. Il le restera jusqu’à la Libération. Il ressort des nombreux documents de la section communale de la Légion de Fanjeaux qu’Henri Lugagne a montré visiblement peu de zèle dans ses fonctions. Il faut noter que depuis sa création, cette section semble avoir connu des difficultés de discipline envers les ordres de la hiérarchie. Ainsi, le 19 juillet 1941, les membres du bureau et des Amis de la Légion de Fanjeaux proposent leur démission en soutien de leur président communal. Parmi eux se trouvent René Gayde, Julien Rigaud, Gabriel Mas et Henri Lugagne. Sur le document, les vingt signataires écrivent : « Les membres du bureau de la Légion, et des Amis de la Légion, se solidarisant avec leur Président Mr Béziac donnent leur démission ». Le 31 juillet 1941, dans un courrier adressé au chef communal de Fanjeaux, le président départemental de la Légion écrit : « Je vous prescris donc de reprendre en mains votre section en n’ayant en vue que la stricte application des consignes légionnaires et l’intérêt supérieur du Pays ». Deux présidents communaux vont ainsi démissionner. Le dernier envoie un courrier à Henri Lugagne deux jours avant de proposer sa démission. Il y écrit : « Par ailleurs le malaise qui existait au sein de la Légion à mon arrivée, ne s’est pas dissipé. (…) Les quelques réunions que nous avons données n’ont pas abouti, la dernière est un échec complet ». (Fig. 1) […]

Informations complémentaires

Année de publication

2017

Nombre de pages

9

Auteur(s)

Lionel COSTE

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf