Pézenas capitale d’un Comté, sis au cœur du bas Languedoc connut tout au long de l’Ancien Régime les faveurs de la monarchie : Seigneurie royale après la réunion du Languedoc au royaume, apanage d’un Prince royal aux XIVe et XVe S., elle échut par la suite aux plus prestigieuses familles de France : les Montmorency, les Condé puis les Conti. Quel fut donc le rôle politique, économique, voire culturel, de ces illustres maisons dans la vie de la Seigneurie Piscénoise ?

Le « règne » des Princes de Conti, branche cadette de la Maison de Bourbon-Condé, s’étendant sur l’importante période 1650-1780, permet-il de saisir ces différents aspects ? 1

Plan de la Grange des Près par Fr. de la Blattière (1738)
Plan de la Grange des Près par Fr. de la Blattière (1738)
Copie du XIXe siècle. (Rep. M. Descossy)
Portrait de Louis-Armand de Bourbon, Prince de Conti
Portrait de Louis-Armand de Bourbon, Prince de Conti. Miniature sur ivoire, XVIIe Siècle, Chantilly, Musée Condé. (Photo, Giraudon)

I – Les princes de Conti et Pézenas

L’essentiel du XVIe et le début du XVIIe S. furent des périodes relativement paisibles pour Pézenas qui ressentit alors les bienfaits de l’installation des Ducs de Montmorency ; ceux-ci prirent à cœur la mise en valeur du Comté, acquérant plusieurs domaines, dont la célèbre Grange des Prés, grande métairie qu’ils transformèrent en château, et entreprirent de faire de Pézenas – non seulement un de leurs fiefs principaux – mais encore leur lieu de résidence préféré. Cette sollicitude fut récompensée par la charge de Gouverneur de Languedoc qui conférait au Duc de Montmorency une autorité nouvelle notamment lors de la tenue annuelle des États de la province. C’est ainsi que Pézenas fut entraînée, par fidélité à son Seigneur, dans la rébellion fomentée par Henry II de Montmorency contre Louis XIII. Déjà auparavant, elle s’était signalée dans la résistance fiscale à la « crue » des impôts. L’exécution du dernier des Montmorency à Toulouse, à l’automne 1632, aurait pu marquer le signal d’une vengeance exemplaire à l’égard de son fief préféré. De fait, le célèbre château féodal dit des Sept Tours, rebâti sous Henry 1er de Montmorency, fut rasé par ordre du Roi 2, les biens des ducs confisqués mais la cité elle-même fut épargnée et simplement remise dans la dépendance du Roi.

En 1640, Louis XIII renoua avec la tradition qui faisait de Pézenas l’apanage d’un prince royal, ou d’un grand Seigneur, en l’adjugeant à Henri II de Bourbon, Prince de Condé et à ses héritiers à titre d’engagement et contre la somme de 71.640 Livres. Ainsi concédé, le Comté de Pézenas comprenait, outre la Seigneurie de Pézenas proprement dite, les châtellenies de Cessenon et de Cabrières, les villes de Montagnac, Servian et St. Thibéry. Le 3 Mars 1640, le Prince recevait la soumission des consuls et de ses vassaux et prenait possession de ses domaines 3. Il faut souligner que la concession royale n’était pas arbitraire en effet le Prince de Condé se posait en héritier des Montmorency par son mariage avec Charlotte de Montmorency, sœur et légataire du dernier Duc, qui lui avait d’ailleurs apporté le domaine, non confisqué car patrimonial, de la Grange des Prés. Quoique bref, et vite suivi des troubles de la Fronde, le « règne » du Prince de Condé permit de réparer les secousses des années précédentes, une telle protection princière assurant l’ordre relatif nécessaire à l’essor économique de la région. De fait, l’extension des olivettes diversifia les spéculations agricoles et la suppression des troupeaux d’ovins (à l’exception de celui du Prince parqué dans la Grange des Prés) 4 facilita la culture des céréales et des produits maraîchers. Les obligations de chacun furent codifiées dans de nombreux règlements, tant pour les paysans que pour les artisans. Comme au XVIe S., on pouvait célébrer Pézenas pour « l’abondance des blés, des vins, des huiles et pour sa fécondité en fruits et fleurs de toutes sortes » 5.

Bien que Henry de Condé fut mort dès 1646, les troubles de la Fronde et notamment l’emprisonnement de ses deux fils, les Princes Louis II de Condé et Armand de Conti, retardèrent jusqu’au 27 Mars 1651 le partage de ses biens.

Dans le règlement final, Armand de Bourbon, Prince de Conti, reçut le Comté de Pézenas et le domaine de la Grange des Prés estimés au total à 25.510 livres 6. Les domaines de Grenade et de Beaumont de Lomagne – en Languedoc toulousain, lui échurent également. Dès sa sortie de prison, le 13 février 1651, le Prince de Conti informa les consuls de Pézenas de sa prise de possession 7 et se mit en marche pour le Midi. Après le traité de Bordeaux du 30 Juillet 1633, il quittera ses terres de Bagnols-sur-Cèze dans le courant d’Août, pour Pézenas, accompagné de sa Maison, de son intendant – le Marquis de Cosnac – de son secrétaire – le poète Sarrazin – et de sa maîtresse, Madame de Calvimont. 8

C’est alors une des plus belles périodes de son histoire qui s’ouvre pour le Comté de Pézenas. Le Prince Armand de Bourbon-Conti était, malgré les duretés du Cardinal de Retz à son égard, un personnage digne d’intérêt. S’il manquait de prestance, étant bossu, il possédait par delà la légèreté de conduite qui avait trop souvent marqué sa jeunesse, des qualités intellectuelles et morales certaines qui s’exprimèrent à la fin de sa vie dans un christianisme austère dont le testament qu’il a laissé représente un exemple émouvant. 9

Dès 1654, sa réconciliation avec la Couronne apparaissait de façon patente : il épousa la nièce de Mazarin, la délicate et bientôt austère Anne-Marie Martinozzi, devint Vice-roi de Catalogne et Généralissime en Catalogne et en Languedoc 10. Par ailleurs, il reçut le droit d’administrer les biens de son frère Condé alors au service du Roi d’Espagne 11. Le Prince de Conti s’installa à la Grange des Prés, cette ancienne métairie acquise en 1558 par Anne de Montmorency transformée en château en 1585, et qu’il fit d’ailleurs relier à son hôtel urbain grâce au percement de la Porte de Castelnau 12. En ce lieu, le Prince de Conti tint une véritable Cour, non seulement pour son agrément – il ne faut pas oublier les séjours de Molière à Pézenas – mais aussi pour des raisons politiques : les États du Languedoc se tinrent très fréquemment à Pézenas dans la seconde moitié du XVIIe S. 13, et de plus Pézenas devint le lieu de résidence officiel du gouvernement de Languedoc lors de la désignation du Prince de Conti, comme gouverneur en 1660.

Les évènements soulignent cependant la relative précarité de tous ces pouvoirs princiers, la campagne militaire en Catalogne de 1655 fut médiocre et surtout la résistance des États à toute augmentation des impôts se révéla de plus en plus évidente.

En effet, si en 1654, l’arrivée du Prince, glorifiée par Boucherat, comme descendant tant des Bourbons que des Montmorency, avait facilité le vote du « don gratuit », les années suivantes furent marquées par des troubles en 1655, il fallut menacer la province d’une intervention des troupes et, malgré cela, le vote ne fut acquis qu’en Février 1656. La persistance de cette résistance à l’absolutisme fut atténuée par la nomination le 30 Novembre 1660 du Prince de Conti comme Gouverneur de Languedoc à la mort de Gaston d’Orléans 14. Cette nomination conférait donc un réel surcroit de puissance au Prince de Conti à un moment où les Intendants n’étaient encore que de simples chefs de mission, départis de manière temporaire. Le zèle manifesté par Conti dans la défense des prérogatives royales, fut récompensé par un honneur exceptionnel : la remise à Pézenas même, dans la collégiale St Jean, le 24 Mars 1662, de l’Ordre du St Esprit, au cours d’une brillanté cérémonie présidée par le Duc d’Arpajon. Les parrains du Prince en cette occasion furent Messieurs de Brieules et du Roure 15. Louis XIV lui-même avait été reçu en 1660 à Pézenas et le Prince offrit, en son honneur, une grande fête en l’Hôtel du Baron de la Coste 16. Cette fidélité au Roi ne se démentit pas : jusqu’à la fin de sa vie, le Prince de Conti accepta de conserver sa charge de Gouverneur, malgré son désir de retraite, et alla même jusqu’à réprouver les principes Jansénistes qu’à la suite de l’Évêque Pavillon d’Alet, il avait adoptés, rédigeant à ce propos un « Traité sur la Grâce ».

Mais avant d’en venir à cette retraite princière, il faut évoquer un des moments les plus célèbres de son « règne » : la venue de Molière à Pézenas et le séjour qu’il y fit. En effet, dès 1650, la Troupe de Molière était connue sous le nom de « Comédiens de S.A.S. le Prince de Conti » 17. Les états de Languedoc tinrent également à patronner Molière ainsi que le prouvent deux quittances de subventions, l’une de 4.000 Livres en 1650 et l’autre de 6.000 Livres en 1656 18. En 1655, bien que les États eussent déjà pourvu le Prince d’une dotation de 60.000 Livres, celui-ci leur demanda d’allouer, en sus de cette somme, celle de 5.000 Livres pour ses comédiens. Ceux-ci avaient été installés en ‘Hôtel d’Alfonce, ce qui valut une déconvenue aux États de Languedoc : celle d’être reçus, le 9 Novembre 1655 par le Prince de Conti, dans le vestibule dudit Hôtel, le Prince n’ayant pas voulu faire déranger Molière qui répétait dans les appartements. 19

La vie Piscénoise, saisie au jour le jour par Molière, le plus souvent installé dans l’échoppe du barbier GéIy, fournit le thème de nombreuses farces ou pièces « Le médecin volant », « Les précieuses ridicules » ou le « Ballet des Incompatibles ». Elle inspira « M. de Pourceaugnac » ainsi que « Le médecin malgré lui ». 20

Cependant, malgré le talent du comédien-et l’admiration que lui portait le Prince, l’entente entre les deux hommes se distendit assez vite, la dévotion croissante du second le détachant de plus en plus d’un plaisir condamné par l’Église. Le 15 Mai 1557, le Prince de Conti écrivait de Lyon à son ami l’Abbé Ciron « il y a des comédiens ici qui portaient mon nom autrefois ; je leur ai fait dire de le quitter et vous pensez bien que je n’ai eu garde d’aller les voir ». L’évolution de ses sentiments à l’égard du théâtre fut telle qu’il rédigea en 1666 un « Traité de la Comédie et des Spectacles selon la tradition de l’Église » où il affirme : « le plaisir de la comédie est un mauvais plaisir parce qu’il ne vient ordinairement que de la corruption » 21. Dès la fin de 1657 d’ailleurs, Molière avait quitté Pézenas définitivement, la cité étant dès lors vouée, selon la volonté du Prince, plus aux exercices pieux qu’aux joies de la comédie. En effet, le Prince de Conti, sous l’influence de sa femme, de l’Évêque Pavillon d’Alet, du Père Talon et de l’Abbé Ciron, avait adopté une piété de plus en plus janséniste et même si, sur l’ordre du Roi, il était demeuré fidèle à l’orthodoxie, sa ferveur n’en était pas moins austère. 22

À Pézenas même, le mouvement de renouveau religieux fut encouragé par la venue de Congrégations nouvelles comme les Capucins, attirés par la Princesse de Conti ou les Pères de l’Observance. Le Collège des Oratoriens contribua lui aussi à la diffusion de l’idéal de la contre-réforme et la fondation décidée en 1659, de l’Hôpital général, installé sur la route de Montagnac, s’inscrit bien dans l’élan général de charité et de religiosité des années 1660. 23

Armand de Bourbon s’éteignit le 21 Février 1666 à la Grange des Prés. Le Languedoc, et surtout Pézenas, regrettèrent leur Gouverneur et Comte qui, bien que représentant du Roi, sut agir souvent en leur faveur. L’éloge de M. de Bezons aux États de 1666 qui affirmait : « les vertus du Prince de Conti égalaient la grandeur de sa naissance, de son attachement au service du Roi et de son affection pour la province » 24 en est un signe manifeste.

Après cette brillante quinzaine d’années, marquée à son début du sceau de la fête baroque puis, à la fin, du signe de la rigueur religieuse ; Pézenas connut une période de relatif déclin : les jeunes fils d’Armand de Bourbon, le nouveau Prince Louis-Armand de Conti et le Prince de la Roche-sur-Yon quittèrent la Grange des Près pour Paris, sous la garde de leur mère. En outre, les Conti, en raison de leur trop jeune âge, perdirent la charge de Gouverneur de Languedoc. Désormais, les Princes ne résidèrent plus dans la province et la Grange des Prés, laissée à l’abandon, fut bientôt convertie en Manufacture de drap. Déclin aussi sur le plan politique pour la cité piscénoise : les États se réunirent de plus en plus souvent à Montpellier et l’essor du pouvoir des Intendants, limitant les prérogatives tant des organes provinciaux que des gouverneurs, accentua la nouvelle dépendance à l’égard de la monarchie 25 (à titre d’exemple, on peut souligner l’augmentation des dons gratuits exigés de la province qui passent de 1,4 millions de Livres en 1662 à 3 millions en 1667). 26

Cependant, le Comté de Pézenas entendit rester maître de son administration et s’il perdit la protection directe de ses Comtes, il sut maintenir ses privilèges : ainsi les charges des nouveaux officiers royaux qui auraient pu gêner les consuls furent rachetées par la communauté urbaine; de même, il fallut un Arrêt de la Cour des Aides, en 1667, pour que la mise au compoix de la Grange des Prés et de son parc soit évitée et que ces biens soient déclarés « nobles par provision ». 27

Sur un plan plus général, on peut affirmer que la situation de la région demeura relativement florissante à la Manufacture de drap, installée à la Grange des Prés, en 1697 28, on peut ajouter celle de Villeneuvette près de Clermont-l’Hérault 29, entre autres signes de l’essor des industries textiles du Languedoc. Néanmoins, en cette fin du XVIIe S. la conjoncture rendue de plus en plus fragile par les guerres et les secousses religieuses, aussi bien liées au mouvement Janséniste – ainsi que l’expriment les luttes du Curé de Montagnac 30 – qu’au mouvement protestant, lors du tournant de la révocation de l’Édit de Nantes en 1685, laissait pressentir un avenir plutôt menacé.

Portrait de Daniel de Cosnac
Portrait de Daniel de Cosnac, gravure par Cl. de Fèbvre et P. Boulanger, XVIIe Siècle, Chantilly, Musée Condé. (Photo, Giraudon)
Portrait de Molière en Saint-Jean Baptiste, XVIIe siècle
Portrait de Molière en Saint-Jean Baptiste, XVIIe siècle. Pézenas, Musée de Vulliod-St Germain. (Photo, Lauros-Giraudon)
Le poète J.-F. Sarrasin, secrétaire du Prince de Conti
Le poète J.-F. Sarrasin, secrétaire du Prince de Conti

C’est dans cette atmosphère troublée que disparut en 1685 Louis-Armand de Bourbon ; dès l’année suivante, son frère François-Louis reçut la soumission de ses vassaux. Le nouveau prince, surnommé le Grand Conti, à cause de ses succès militaires et de son élection au trône de Pologne en 1697 – élection malheureuse puisqu’à peine arrivé dans ce royaume, le nouveau souverain se vit opposer un rival en la personne d’un Prince de Saxe et fut contraint de retourner en France – eut l’infortune de subir la méfiance de Louis XIV qui l’écarta de toutes charges importantes tant au gouvernement, qu’à l’armée et dans les provinces 31. Pendant son « règne », ses possessions de Languedoc furent agrandies par l’héritage qu’il fit de Marie-Félix de Budos (Marquisat de Portes et Baronnie de St Jean de Valrisque) et celui de la duchesse de Joyeuse qui lui apporta le Comté d’Alais 32. Son attitude à l’égard de Pézenas fut ambivalente : tantôt, il exerça une protection efficace à l’égard de la Cité – autorisation pour la communauté de ressaisir le Bd de la Coquille, accaparé par la Congrégation des Filles de l’Enfance, – obtention en 1689 de Lettres Royaux permettant aux consuls de « tenir et posséder des héritages ainsi que les droits et facultés contenus dans leur dénombrements y compris les foires de Pentecôte, St Michel et Toussaint » 33 – acceptation de renoncer à son privilège d’éleveur (le troupeau parqué à la Grange des Prés fut remplacé par les troupeaux des bouchers de la communauté qui se virent en outre concéder un écorchoir et quatre boutiques) tantôt il s’opposa aux consuls dans de nombreux problèmes mineurs de l’administration de la Cité et, notamment, dans celui des fours banaux qui ne fut réglé qu’en 1705. 34

Un autre problème fut posé à l’administration Comtale par les réformes de l’intendant Bâville, instaurant deux conseils municipaux – conseil politique et conseil général – afin de permettre le renforcement du droit royal de nomination des maires et consuls et, par là même, de restreindre les privilèges des communautés. Le Prince de Conti tenta de pallier cette limitation des droits communaux en créant en 1708 un corps de 30 conseillers municipaux, divisés en 4 classes. 35

La question ne fut définitivement tranchée que par un règlement de Marie-Thérèse de Bourbon, veuve de François-Louis et mère du nouveau Prince de Conti : Louis-Armand II (1709), qui soumettait l’élection des consuls à l’approbation des Princes – mesure qui allait malgré tout à l’encontre des privilèges de la Cité qui durent être expressément confirmés en 1715/1716. 36

La terrible révolte des Camisards épargna Pézenas qui apparut ainsi comme un flot de relative prospérité ainsi qu’en témoigne l’activité des industries textiles, soutenue par les subventions des États. Néanmoins, les Princes de Conti se contentent le plus souvent d’un rôle de simples « rentiers » tant pour leurs domaines que pour leur manufacture de la Grange des Prés. Un autre exemple pourrait être fourni par la cession des fours banaux – symbole de la suzeraineté féodale – contre une rente de 2.600 Livres par an et pour une durée de 10 ans. 37 On saisit là un des processus du passage d’un régime seigneurial traditionnel à un système d’exploitation plus moderne, on n’ose encore dire « capitaliste ».

L’accession en 1727 d’un nouveau Prince : Louis-François de Bourbon marqua le début d’une période beaucoup plus active de la présence princière 38. Louis-François de Bourbon 39, un des plus brillants Princes du sang du XVIIIe S., général victorieux en Italie et en Flandre, directeur du Secret du Roi sous Louis XV, habile frondeur aux côtés des Parlements au temps de Louis XVI, sut s’intéresser à ses collections et à ses châteaux (cf. le tableau intitulé « le Thé à l’anglaise chez le Prince de Conti » peint dans le cadre de la Commanderie du Temple à Paris), mais aussi à ses domaines fonciers dont il entreprit la réorganisation, cherchant à constituer de vastes ensembles autour des seigneuries privilégiées : Pézenas, qu’il visita lui-même en 1730, devint ainsi le pôle principal des possessions des Conti en Bas-Languedoc. 40

En 1747, afin d’affirmer sa totale prééminence sur ses terres, il régla le problème de l’engagement de 1640 en négociant avec Louis XV l’échange qui lui permit d’obtenir la possession patrimoniale de ses domaines languedociens (19 Septembre 1747). 41

Parmi ses acquisitions, on peut citer l’achat fait auprès du Marquis de Polastron, en date du 12 Mai 1765, qui lui apporta les fiefs de St. Pons, Lavagnac et Rosquemangarde dans le diocèse d’Agde et, ceux de Bélarga, de Montagnac et de Plaissan, dans le diocèse de Béziers 42. En outre, il étendit la justice de la Seigneurie de Pézenas à l’ensemble du Comté et y réunit les justices vacantes d’autres Seigneuries comme celle de Tourbes en 1760 43. Cette extension des privilèges seigneuriaux se heurta parfois à l’opposition des consuls qui, en 1770, par exemple, refusèrent de verser 3 ½ lods en échange de la cession des murailles et des fossés de Pézenas, faite par le Prince. 44

Le redressement de la conjoncture économique valut à Pézenas un réel essor qui se manifesta également sur le plan culturel et spirituel par le rétablissement de l’Oratoire, en 1760, à qui le Prince concéda une partie des bâtiments de la Grange des Prés contre un droit d’entrée de 2.550 Livres et une albergue de 150 Livres par an et rachetable 45. (Il s’agit du parc et de quelques bâtiments non vendus en 1738).

Néanmoins, le temps de la présence des Conti à Pézenas était sur le point de s’achever. En effet, après la mort de Louis-François en 1776, son fils Louis-François-Joseph se trouva aux prises avec une succession très lourde et, pour combler les dettes paternelles, il fut contraint de vendre de nombreux domaines avant de liquider l’ensemble de ses possessions terriennes en 1783.

Les domaines des Princes de Conti dépendants du Comté de Pézenas
Les domaines des Princes de Conti dépendants du Comté de Pézenas

Ainsi, en 1777, le château de Pézenas fut cédé au Comte de Barral d’Arènes pour 58.500 Livres 46 ; la même année, le Comte d’Alais – pourtant riche en mines de charbon – était vendu pour 600.000 Livres au Marquis de Castries 47. Enfin, le 7 Octobre 1783, le Comté de Pézenas et le reste des dépendances languedociennes faisaient partie de l’ensemble des biens que le Prince de Conti cédait au Roi, moyennant la somme de onze millions de Livres, le dit Louis XVI confiant aussitôt les biens Languedociens, ainsi récupérés, au Comte de Provence à titre d’apanage 48.

Désormais, Pézenas eut donc une nouvelle « dynastie » de Comtes, très vite renversés par la Révolution 49. L’abolition des apanages, puis la division du Languedoc en départements mirent fin à la situation privilégiée de la seigneurie piscénoise. 50

On a donc bien, entre 1651 et 1783, une unité temporelle assez vaste, au cours de laquelle le rôle des Conti peut être assez aisément analysé : la période la plus favorable demeure, sans conteste, celle d’Armand de Bourbon qui fit de Pézenas la résidence principale et conféra à la Cité un grand luxe politique et culturel ; cependant, même si les autres Princes ne firent que des apparitions dans leur Comté on ne peut dire que leur rôle fut négligeable. De fait, et jusqu’à la fin, les Conti exercèrent dans la Cité des fonctions multiples : à la fois Seigneurs banniers et justiciers, détenteurs d’une autorité qui leur venait de leur place dans la hiérarchie féodale ainsi que de leur rang dans la hiérarchie polirique du temps, comme membre de la famille royale et propriétaires fonciers donc par là même en mesure d’exercer un rôle « d’entraînement » pour l’économie régionale.

II – Les possessions seigneuriales et domaniales des Conti dans le comté de Pézenas

La constitution des domaines Languedociens des Princes de Conti présente trois strates bien définies : les domaines du Comté de Pézenas – tels qu’ils se présentaient à la mort du dernier des Montmorency et qui passèrent à titre d’engagement au Prince de Condé – les acquisitions de ce dernier et, enfin, les biens obtenus par héritage ou par achat par les Princes de Conti. En outre, étant donné la subtilité des distinctions juridiques en vigueur dans ce pays de droit romain sous l’ancien régime, il convient de distinguer deux entités nettement différentes : le Comté de Pézenas – dont le Seigneur-Comte est le Prince de Conti et qui commanda plusieurs fiefs et dont dépendent de nombreux droits féodaux d’une part et, d’autre part, les domaines patrimoniaux des Princes, situés dans le dit Comté et dont la Grange des Prés représenterait un bon exemple.

En premier lieu, nous considérerons le domaine seigneurial tel qu’il a été constitué par les Montmorency et les Condé jusqu’au partage de 1651 51. Nos guides en la matière seront, outre l’ouvrage du Chanoine Delouvrier 52, deux états des biens et des domaines des Princes de Conti, datés de 1752 53.

Après l’énumération des terres princières du Bassin Parisien, on trouve l’ensemble des domaines du bas Languedoc et notamment le Comté de Pézenas « consistant en haute, moyenne et basse justice, lods, ventes, albergues, quints et requints, fours banaux, halles, places, poids, mesures, vaccans, boucheries, leudes, péages, passages, rivières, isles, islots, amendes, confiscations, bois, taillis, garennes ; il n’y a que les droits ci-dessus et lieux de Montagnac, Cessenon, Cabrières, St Thibéry et leurs dépendances qui sont compris dans le contrat d’engagement du dit Comté de Pézenas fait à Henri de Bourbon, Prince de Condé le 25 Février 1640. Ce domaine engagé à M. le Prince de Condé en 1640 et échu à S. A. S. Armand de Bourbon Prince de Conti par partage fait le 27 Mars 1651, appartient aujourd’hui patrimonialement à S. A. S. par l’échange fait avec le Roi le 19-9-1747 ». 54

On trouve en outre un ensemble de fiefs dépendant dudit Comté et, apparemment, hors de l’engagement : la Censive de Pézenas et Conas (les deux villes ayant alors fusionné), les fiefs du Commandeur de St Jean de Jérusalem, du Commandeur de Grezan, de l’Église de Cassan, de l’Abbaye de Valmagne, de l’Abbé d’Aniane, du Chapitre de Pézenas et le fief de Loubatières. Toujours dans le domaine « féodal » on trouve ensuite un ensemble de droits et de seigneuries, réunis au Comté de Pézenas par les Princes de Condé, et qui échappent au domaine engagé. Ils sont de deux types : en premier lieu, les domaines et droits acquis ou achetés « la Seigneurie de Fraise, portion du domaine de Pézenas rachetée par le Prince de Condé des Sieurs Jean Carquet et Guillaume de Comer, par acte du 12 Septembre 1640, le contrôle des Greffes royaux de Pézenas et de Bagnols-sur-Cèze ensemble d’un haussement du droit de présentation et doublement du petit scel des justices des dits lieux acquis par le Prince de Condé des Commissaires du Roi pour l’aliénation de ses domaines par acte du 19 Janvier 1641 », « domaine et forêt du Bousquet rachetés 4.950 Livres le 26 Août 1641 ».

On peut y ajouter les Seigneuries de Premian et de Maders obtenues par retrait en 1640 et 1641, le Greffe civil, criminel et commissionnel de la ville et juridiction de Cessenon retiré par le Prince de Condé des Sieurs Diffre, notaires, le 19 Mai 1644, le Greffe civil, criminel et commissionnel, place de Me Clerc et Scel de la Cour royale de Pézenas, retiré des Sieurs Berger et Fabri le 28 Octobre 1641 ; en second lieu une masse de seigneurie et de droits rattachés au Comté par le biais de donations volontaires des habitants de ces lieux. Nous avons là un mode original de réunion seigneuriale : la communauté des habitants se cotisant pour offrir au prince l’argent nécessaire au rachat de la Seigneurie contre la promesse d’être effectivement réunis au Comté de Pézenas.

Cette liste comprend :

  • la Seigneurie de Montblanc « donation faite au dit Seigneur Prince de Condé, par les habitants du dit lieu, de la somme de 4.893 Livres, 5 sols pour être employée au rachat de ladite Seigneurie et être réunie au dit Comté à laquelle somme se montait le prix de l’acquisition d’icelle, faite des Commissaires du Roi par le Sieur Malfosse. La dite donation datée du 9 Juillet 1640 ».
  • La Seigneurie de Roujan « donation du domaine, Justice et Seigneurie de Roujan par acte du 9Juillet 1640 ».
  • la Seigneurie de Valros, réunie au Comté de Pézenas moyennant 2.765 Livres, le 9 Juillet 1640.
  • la Seigneurie de Vendres, contre 10.400 Livres, le 24 Novembre 1640.
  • la Seigneurie de Giriestas, pour 3.465 Livres, le 30 Janvier 1645.
  • fours banaux et garrigues de Pézenas, donation au Prince le 23 Juillet 1640.
  • la Seigneurie de Caussé comprenant le domaine et la Justice de ce lieu, après rachat par les habitants auprès des Commissaires du Roi, et réunie au Comté de Pézenas par acte du 14 Juin 1640.
  • la Seigneurie de Ferrières comprenant également le domaine et la Justice, réunie le 7 Septembre 1640.
  • la Seigneurie de Caux comprenant aussi le domaine et la justice et réunie le 9 Juillet 1640.
  • la Seigneurie de St André de Prouilhan et N.D. de Volveles à Magalas « donation faite au Prince de Condé par les habitants de Magalas de la somme de 900 Livres pour être employée au rachat de la Haute, Moyenne et Basse Justice desdits lieux, par acte du 5 Décembre 1640 ».
  • la Seigneurie de Puissalicon « obligation faite au dit Seigneur Prince, par les habitants dudit lieu, de la somme de 3.000 Livres pour être employée au rachat de la justice desdits lieux, par acte du 27 Février 1642 ».
  • la Seigneurie de Mus-les-Murviels, rachat de la Haute, Moyenne et Basse Justice, fief, directe et domaine dont le Sieur Pierre Dumas de Soutre jouissait par engagement au dit lieu de Mus-les-Murviels comme appert par acte du 8 Septembre 1643 et contre la somme de 6.400 Livres » (il semble cependant que la réunion au Comté de Pézenas n’ait point été faite en ce cas. 55

Toujours dans l’ensemble des domaines hérités ou acquis avant 1651 nous trouvons maintenant la masse des biens patrimoniaux. Ces derniers consistent en « 608 sétérées de terres à Pézenas 56 situées dans la Grange N.D. des Prés comprenant « un moulin sur la rivière de l’Hérault, un manoir et bâtiments, 400 sétérées tant terres, prés, vignes que jardins et droits seigneuriaux. Le tout à plein déclaré dans le cadastre des habitants de Pézenas. En plus, deux maisons situées dans la ville de Pézenas, acquises par Henri de Montmorency, du Chapitre de Lodève, moyennant la somme de 19.222 Livres par contrat du 5 Janvier 1588. Il n’est pas du domaine engagé » 57. La différence entre les deux chiffres cités ci-dessus provient d’une contestation sur le statut juridique des terres ; en effet, les 400 sétérées étaient situées dans l’ancien fief de Loubatières et les Seigneurs de Pézenas entendaient les faire considérer comme biens nobles, or, les consuls de Pézenas avaient tenu à y voir des biens roturiers et, ce, dès 1260. En 1311, les domaines de la Grange furent exemptés de taille mais en 1633 le Prince de Condé dut protester contre la mise au compoix de la Grange et de son parc ; le débat ne fut finalement tranché que par un arrêt de la Cour des Aides de 1667 déclarant « nobles par provision – l’Église et l’ancienne maison claustrale de la Paroisse de N.D. des Près, le moulin d’Aumes et ses dépendances désignés dans le contrat de bail fait au Chapitre de Lodève le 4 des Ides de 1290 et, de plus, la quantité de 100 sétérées de terres faisant partie de 400, situées dans l’ancien fief de Loubatières » 58 ; les autres dépendances du domaine de la Grange, soit donc près de 500 sétérées de terre, furent déclarées roturières.

Malgré ces contestations, nul ne discute le charme et l’agrément du domaine de la Grange, ainsi que le confirme une description du XVIe S. : « la beauté de ses parterres et de ses grottes, jointe à la magnificence de ses palissades d’orangers, de grenadiers, de lauriers de toutes sortes et de cyprès la font estimer de tous ceux qui la voient comme le plus beau lieu qui soit dans la province. Elle a pour aspect : du côté de l’orient, la rivière de l’Hérault et, du côté du Midi, on voit la ville de Pézenas qui est le plus agréable séjour du royaume tant à cause de la bonté et politesse du peuple qui l’habite que pour la beauté de son assiette et des bâtiments qui la composent ». 59

On trouve aussi parmi ces biens patrimoniaux « le château du Parc, bâtiments, terres, bois, olivettes, jardins, pressoirs et cuves, le tout situé ès- territoires de Pézenas et de Caux, acquis par le Prince de Condé du Sieur Henri Despineau, moyennant la somme de 26.293 Livres, par contrat du 27 Novembre 1640. Il n’est point du domaine engagé ». Ce domaine fut cédé le 24 Février 1763 au Marquis de Gléon en échange des Seigneuries de Coursan, Cuxac et Ouveillan. 60

On peut enfin ajouter « la maison de l’auditoire de Pézenas, acquise par le Prince de Condé des Demoiselles Jeanne et Grezin de Hérail, par acte du 27 Novembre 1640 » et qui se trouve hors du domaine engagé. 61

Ainsi se présentent les différents domaines lors du partage de 1651 par lequel ils échoient à Armand de Conti. En fait, si l’on excepte la vente de la Grange des Prés en 1738 on peut dire que, jusqu’en 1777, les grandes lignes des possessions princières dans le Comté de Pézenas sont à peu près fixées : les Princes de Conti se procédèrent qu’à un minimum d’acquisitions qui n’altérèrent pas la physionomie des domaines telle qu’elle se présentait au milieu du XVIIIe S. En effet, les autres grands domaines du Languedoc échus par partages comme Bagnols-sur-Cèze ou Beaumont de Lomagne ou acquis par héritages-comme le Comté d’Alais, le Marquisat de Portes ou la Baronnie de St Jean de Varrisque, sont indépendants du Comté de Pézenas et se trouvent par là même hors de notre étude. 62

Les acquisitions des Princes de Conti consistent en :

  • « la moitié de la forêt des Albières, située en la Chatellenie de Cessenon, acquise par Mgr. François-Louis de Bourbon du Sieur François le Clerc, moyennant la somme de 1.200 Livres par contrat du 9 Novembre 1676. Cette moitié n’est point du domaine engagé ; elle est seulement en paréage avec le Roi ». 63
  • « les fiefs situés à Montblanc, Tourbes et Valros, acquis par S.A.S. Louis-Armand de Bourbon de Joseph Alphonse de Combes, moyennant la somme de 12.000 Livres, par contrat du 4 Février 1720. Ne sont point du domaine engagé ».
  • « domaine rural, droit de barque et de courtage de la ville de Cessenon, acquis par S.A.S. le Prince de Conti du Sieur Jean-Jacques Dartouse par acte du 8 Avril 1730, N’est point du domaine engagé ».
  • « la Seigneurie d’Holonzac et d’Homs, donation faite au Prince de Conti par les habitants des dits lieux, de la somme de 12.610 Livres et intérêts d’icelle, qui était dûe aux habitants par le Roi pour raison du retrait que S.M. avait faite dudit domaine sur lesdits habitants. Le dit don fait à la charge que la dite somme serait employée par S.A.S. au rachat dudit domaine et être réuni et incorporé audit Comté de Pézenas – ce qui n’a point été exécuté ».
  • « les Seigneuries de Courssant, Cuxac et Ouveillant situées en la Vicomté de Narbonne, faisant partie du domaine engagé et appartenant au Prince de Conti par l’échange du 24 Février 1763, par lequel le Prince de Conti céda au Marquis de Gléon le château du Parc, le domaine de Cessenon, les bois de Frigoullet et les Albières plus 1.500 Livres de rentes audit Marquis et 2.000 Livres envers le domaine du Roi ». Les domaines cédés auraient été récupérés par les Conti en vertu d’un acte ultérieur du 12 Mai 1765. 64

Au total, donc, un ensemble de possessions assez vaste qui assure aux Conti une prééminence incontestée parmi les Seigneurs du bas-Languedoc. L’évènement qui a le plus affecté l’organisation de ces domaines fut l’échange conclu entre Louis-François de Bourbon et Louis XV, le 19 Septembre 1747, par lequel le Prince de Conti fut autorisé à posséder ses biens Languedociens à titre patrimonial et non plus à titre d’engagement. Ce droit fut acquis contre l’abandon des Baronnies d’Ivry et de Garennes en Normandie, dont le revenu s’élevait à 43.000 Livres. 65

Si la physionomie des domaines ne fut modifiée que par quelques acquisitions échelonnées de 1650 à 1750, par contre leur liquidation fut extrêmement rapide. En effet, si l’on excepte la vente de la Grange des Prés aux États de Languedoc contre la somme de 27.000 Livres en 1738 66, cette liquidation fut l’œuvre de Louis- François-Joseph de Conti et fut inspirée par un ensemble de motifs convergents : les dettes dont la succession de son père était chargée, la diminution des revenus fonciers par suite du retournement de la conjoncture dans les années 1770 ; enfin, par le désir du Prince, sans héritier, de disposer d’une large masse financière aisément mobilisable pour toutes sortes de spéculations. En 1777, le Château de Pézenas fut vendu au Marquis de Barral d’Arènes pour 58.500 Livres (contrat du 2 Août 1777) ; la même année, la justice de Puissalicon était cédée pour 3.000 Livres à Madame Gaulezac 67. Le reste des domaines du Comté de Pézenas fut vendu à Louis XVI le 7 Octobre 1783, en même temps que toutes les autres possessions des Princes, contre la somme énorme de 11 millions de Livres 68. Le Roi, qui désirait pourvoir l’apanage de son frère le Comte de Provence, lui attribua le Comté de Pézenas. Un acte en date du 16 Décembre 1788 témoigne du transfert des archives de Pézenas entre le dépôt du Prince de Conti et celui du Comte de Provence 69. Dès le début de la Révolution d’ailleurs, ces biens intégrés dans l’apanage du Comte de Provence furent transférés à la Nation (une loi du 13 Mars 1790 prévoyait ce retour pour le 1er Janvier 1791). 70 Par la suite, la division du Languedoc en départements et l’abolition du système seigneurial privaient Pézenas de sa situation privilégiée et la réduisaient au rôle de simple chef-lieu de canton.

Tels qu’ils ont été constitués les domaines des Conti en bas-Languedoc représentent le second groupe dans l’ensemble de leurs possessions après celui du Vexin français centré autour de la Baronnie de l’Isle-Adam 71. On peut noter cependant que l’emprise princière y est demeurée relativement limitée; en effet, il existe un divorce entre les possessions seigneuriales assez vastes – où le Prince demeure un suzerain respecté mais lointain – et les propriétés personnelles dont la mise en valeur dépend directement de l’administration des Conti mais qui ne couvrent qu’une faible surface. De là, un amoindrissement du rôle d’exemple qu’auraient pu jouer les domaines princiers à l’égard des autres seigneuries, notamment en ce qui concerne l’essor économique. En outre, la non-résidence des Princes après 1666 dans leur Comté, en laissant une plus large initiative à leurs agents, tant dans l’exploitation des domaines fonciers que dans l’exercice des prérogatives seigneuriales, accentua le relatif isolement de leurs possessions languedociennes en regard surtout de leurs domaines du Bassin Parisien beaucoup mieux contrôlés et exploités.

III – Gestion, revenus et capital foncier

Après cette description des biens des Princes de Conti en Bas-Languedoc, il convient d’examiner maintenant deux problèmes principaux : d’une part, les revenus et les charges de ces possessions ainsi que le capital qu’elles représentent et, d’autre part, la gestion et l’attitude « économique » que les Princes ont eu à leur égard.

Si l’on s’attache dans un premier temps à l’examen de cette gestion il nous faut revenir tout d’abord sur le problème du régime des terres. En effet, c’est lui qui conditionne et le statut juridique et la situation économique. Jusqu’à la fin du XVIIIe S. les domaines furent répartis dans les états des biens selon leur place dans la hiérarchie féodale (fiefs, chatelleries, seigneuries, comté) le tout sous l’autorité du Prince et la souveraineté suprême du Roi. Ces distinctions juridiques, d’origine médiévale, ont conservé jusqu’à la fin une existence réelle : sur le plan fiscal, elles justifient la perception de nombreux droits – et l’on vit même les Princes payer la taille pour leurs terres roturières – comme sur le plan judiciaire et administratif les princes contrôlant l’élection des Consuls 72, procédant à la nomination de nombreux officiers locaux et faisant rendre justice en leur nom dans les nombreux cas mineurs qui relevaient de leur titre Comtal. Seule la mise en valeur économique échappe à ces réalités féodales puisque, nous le verrons, elle relève d’un type d’organisation particulier qui est celui de la ferme.

Au point de vue administratif, les terres se trouvent sous la dépendance du Conseil princier 73 qui comprend, outre le Prince lui-même, l’intendant et le trésorier et de nombreux secrétaires et avocats. Cette institution joue un rôle comparable à celui du Conseil des Dépêches auprès du roi. Le Conseil statue sur toutes les sortes de problèmes qui se posent à propos des terres (baux, inféodations, ventes, mises en valeur, revenus, droits) comme des bâtiments (constructions, réparations, locations…) 74.

Ces problèmes sont soumis au Conseil par les Administrateurs locaux dont l’autonomie semble très relative dans la mesure où de très petits faits sont transmis à l’administration centrale mais qui, en réalité, disposent d’une liberté d’action effective beaucoup plus grande : ainsi les adjudications de baux, qui sont officiellement conclues par le conseil princier, ont été au départ organisés sur le plan local. À ce niveau, l’Administration comprend un Intendant des domaines, entouré d’un ensemble d’officiers spécialisés. Un exemple de cette organisation peut être trouvé dans la série des registres renfermant les Arrêts du Conseil : nous avons choisi l’année 1745 qui correspond à une époque où Pézenas ne représente qu’un domaine de moindre importance dans l’ensemble des possessions princières, pour mieux marquer la constante préoccupation administrative du Conseil à l’égard des domaines.

Ainsi le premier Juillet 1745 75, le Conseil procède à la nomination d’un Procureur à Pézenas et à celle d’un Officier de présentation à la Cour des Aides de Montpellier, pour représenter le Comté de Pézenas ; le 7 Octobre de la même année il nomme également un Officier-Lieutenant particulier et un Officier-Lieutenant criminel (cette nomination demandée par M. Goussert Juge Chatelain à Pézenas, par conséquent représentant du Prince). Le même jour, un office administratif est pourvu à Valros. Il apparait donc bien qu’il existe un encadrement local suffisamment nombreux et spécialisé, répondant aux différentes fonctions incombant à leur charge : administration, justice, fiscalité et mise en valeur. Pour ce dernier point en effet les administrateurs locaux préparent les projets de baux et d’inféodation, ainsi le 24 Mars 1745 76, le Conseil examine l’éventuelle concession de la Seigneurie de Montblanc ; d’autres exemples confirment cette répartition des tâches.

Enfin, c’est de l’administration locale que relèvent les investissements et les dépenses nécessitées par les domaines (par exemple, le 10 Février 1729, le Conseil approuve les dépenses engagées pour le Comté de Pézenas qui s’élèvent à la somme de 2.963 Livres) 77.

Le dépôt des archives centrales des Princes de Conti ne permet guère, malheureusement, d’apprécier le rôle exact de ces administrateurs sur les domaines : leur identité, leur origine, la formation requise pour leur recrutement, leur lieu de résidence restent encore obscurs ; seuls des sondages dans les archives locales de l’ancien Comté permettraient peut-être de préciser ces différents points.

Cet encadrement que nous venons de décrire et qui couvre l’ensemble des Seigneuries manifeste d’une manière très rigoureuse 78 l’emprise princière sur le Comté de Pézenas ; cependant l’exploitation des domaines personnels des Princes est confiée à un autre type d’institution : la ferme générale. En effet, les Conti ont opté pour une régie indirecte de leurs domaines, le seul obstacle à ce mode d’exploitation étant représenté par les clauses de l’engagement de 1640 qui furent abrogées par l’échange de 1747 (ainsi dans le cas de l’inféodation de Montblanc, les conditions de l’engagement ne permirent d’affermer que quelques rentes et albergues.)

Comme les administrateurs locaux, les fermiers demeurent sous la tutelle du Conseil princier : leurs baux, en général conclus pour 6 ou 9 ans, leur imposent des conditions de mise en valeur déterminées à l’avance, un respect des droits seigneuriaux et des communautés paysannes très strict et des redevances, en général, importantes – l’énorme part des reprises (sommes dûes et non payées au terme échu) dont la comptabilité princière souligne cependant de manière évidente les difficultés du contrôle par les agents princiers ainsi que les aléas de la perception des revenus fonciers notamment en période de conjoncture difficile. Quelles furent alors les grandes lignes de la mise en valeur des domaines princiers réalisés par l’administration ?

Au travers des inventaires des biens et des descriptions des domaines, on constate qu’une attention toute spéciale fut accordée à l’agriculture. Déjà le Prince de Condé avait fait entreprendre l’extension de la culture de l’olivier 79 (et l’inventaire du Château du Parc mentionne non seulement les olivettes mais aussi les pressoirs et cuves destinés à l’huile d’olive). Les céréales et la vigne formaient des spéculations traditionnelles de l’agriculture méditerranéenne furent encouragées notamment par la lutte contre les ravages des troupeaux d’ovins. Le Prince de Condé avait obtenu l’élimination de tous les troupeaux de la région sauf le sien propre à condition qu’il fût parqué à la Grange des Prés et ne comptât que 500 têtes soit 400 pour lui et 100 pour le berger 80. En 1693, « par délibération des consuls et habitants de la ville de Pézenas en date du 12-11, il a été arrêté que la communauté paierait chacun an à Monseigneur le Prince de Conti la somme de 600 livres pour que S.A.S. se désiste du droit qu’elle avait d’entretenir un troupeau de 5 à 600 bêtes à laine qui ne pourrait être parqué que sur les terres de S.A.S. . Cette délibération a été confirmée par un acte du 18 Juillet 1712 et le troupeau appartenant à S.A.S a été vendu en 1694 moyennant la somme de 1.167 Livres, néanmoins il ne paraît pas que S.A.S. jouisse de cette rente » 81. Peu après, d’ailleurs, François Louis de Conti confia ses terrains aux bouchers de Pézenas qui y élevèrent leurs propres bêtes. En outre, on leur loua pour 150 Livres un écorchoir sur le boulevard de la Coquille et 4 boutiques en la demeure de M. de Juvenel pour 66 Livres 82. Cet élevage ovin, quoique règlementé étroitement, assurait outre une alimentation carnée à une bonne partie de la ville, une matière première de qualité aux industries textiles de la région dont la manufacture de la Grange des Prés établie en 1697 était un des éléments fondamentaux.

D’autres spéculations agricoles, comme l’arboriculture (cf. les orangers, grenadiers… mentionnés dans la description du domaine de la Grange des Prés) sont attestées dans la région; elles contribuent à faire de la région Piscénoise un véritable jardin.

Il est malheureusement malaisé de connaître l’effet d’entraînement des domaines des Conti sur l’économie régionale. Il est probable que la vertu d’exemple a du jouer un rôle important dans une contrée déjà prospère, ainsi que le prouve le succès de ses différentes foires 83. Pézenas, « petite huerta des ports de la Peyne » apparaît comme le principal centre commercial du bas Languedoc et le Genevois Horngacher peut noter en 1789 « c’est le jardin de la France, un ciel pur, le plus heureux climat. L’on y vit à très grand marché » 84. Ces propos du Genevois à la fin du XVIIIe Siècle font écho à ceux de l’inconnu qui décrivait la Grange des Prés au XVIe Siècle. Continuité donc dans la prospérité mais aussi probablement extension de toutes ces spéculations rendues encore plus rentables par l’accroissement de la demeure et la forte conjoncture du XVIIIe S. Cet essor agricole s’accompagne curieusement d’un relatif abandon par les Princes de la mise en valeur de leurs terres. Nous avons vu en effet que les Conti optèrent, avec le système de la régie indirecte pour une gestion très prudente qui faisait d’eux des rentiers du sol plus que des innovateurs. Très vite, par exemple, les fours bannaux obtenus par la donation de 1640 85 furent affermés : en 1655, ils furent concédés contre un droit de 1 pain sur 35 86 ; en 1725, le bail était conclu pour 2.600 Livres par an et pour 10 ans 87. Ce fait illustre, outre les aléas de la conjoncture (baisse au XVIIe Siècle accompagnée d’une perception en nature, hausse importante au XVIIIe permettant une perception en numéraire) les avantages que les Princes pouvaient retirer, sans excessives préoccupations, du régime de la ferme générale.

Le cas de la Grange des Prés est également révélateur de ce type de mise en valeur : les biens fonciers étaient affermés pour 12.934 Livres 88 ; en 1697 89, les bâtiments furent transformés en manufacture de drap pour laquelle, en 1700 le Sieur Barthe reçut 20.000 Livres comme subvention des États de Languedoc 90.

En effet, dès 1655, les États avaient tenu à s’assurer le contrôle des industries textiles qu’ils protégeaient par des avantages fiscaux et par d’importantes subventions. En 1705, les locataires de la manufacture de la Grange étaient Jean et Antoine Pélatan, également directeurs de la Manufacture de Villeneuvette 91. Or, malgré les succès de cette industrie, les Conti préférèrent vendre leurs bâtiments aux États pour 27.000 Livres le 27 Mars 1738, la Manufacture n’étant plus alors qu’une caserne d’étape pour les troupes royales 92. Il serait intéressant de savoir si c’est le déclin économique de la manufacture, la non rentrée des redevances ou le simple désir d’obtenir des liquidités, qui a motivé une telle liquidation.

D’autres Seigneuries se sont également spécialisées dans les industries textiles : londrins, à Cessenon – draps plus communs à Prémian – tissages locaux en d’autres lieux ; cependant là aussi la fin du XVIIIe Siècle est marquée par un net déclin des productions. 93

Les autres formes d’industries comme les exploitations minières ou la métallurgie sont peu présentes sur le territoire du Comté de Pézenas, (on ne peut éviter de mentionner que les princes de Conti possédèrent jusqu’en 1777 le Comté d’Alais riche en mines de charbon). On peut tout de même signaler des découvertes de gisements de houille à Cabrières en 1774 et à Cessenon en 1784 94. Néanmoins, là encore, l’activité princière reste très limitée l’exemple le plus net demeure la vente en 1777 au Marquis de Castries du Comté d’Alais à un moment où les industries extractives connaissaient un essor décisif 95. (Celles-ci considérées simplement comme une partie du « domaine »).

Ainsi, au travers des activités qui animent leurs domaines on peut mieux cerner les grands traits de la gestion princière : développement et amélioration des spéculations agricoles traditionnelles ou récemment implantées comme l’olivier ou les produits maraichers, avec un souci réel de rentabilité (un arrêt du Conseil en date du 2 Septembre 1745 sur la « réparation et la protection des prés » 96 qui se marque par l’utilisation du système d’exploitation indirect ; par contre, le conservatisme de la gestion apparaît comme très net dans les autres formes de mise en valeur économique qu’il s’agisse de la manufacture de la Grange des Prés ou de la concession de l’exploitation des droits seigneuriaux, fours bannaux, droits de péage de Pézenas ou bacs de Florensac. La seule exception au système de la ferme pourrait être trouvée au temps d’Armand de Bourbon alors résidant à la Grange des Prés et pratiquant un type de régie semi-directe.

Nous pouvons en venir maintenant au second temps de l’étude que nous avions envisagée plus haut : les revenus et le capital qu’ils expriment. Il faut souligner une fois de plus ici la disparité des sources qui ne permet pas d’avoir une vision totale et sérielle de l’évolution de ces revenus. Nous possédons les registres comptables jusque vers 1685 97 mais pour le XVIIIe Siècle, seuls quelques états de partages et notamment celui de 1752 98 nous fournissent des données utiles. Il en est de même pour l’évaluation du capital des domaines tantôt fondée sur un chiffre précis donné lors d’un partage tantôt sur une simple extrapolation à partir du chiffre des revenus (les moulins et la plupart des droits seigneuriaux étaient affermés au denier 15, le reste au denier 20).

Pour ce qui est des revenus, nous disposons pour le XVIIe Siècle de trois chiffres relativement sûrs :

  • 1655, Comté de Pézenas – y compris la Grange des Prés – revenus de 12.000 Livres 99,
  • 1671, Comté de Pézenas – y compris la Grange des Prés – revenus de 23.000 Livres 100,
  • 1682, Comté de Pézenas – y compris la Grange des Prés – revenus de 21.000 Livres 101.

Pour le XVIIIe Siècle, les chiffres donnés par le partage de 1752 ne concernent que le seul Comté de Pézenas et font mention d’un bail rapportant 27.000 Livres en augmentation de 2.000 Livres par rapport à celui qui était en vigueur en 1735.

Après 1760 on pourra y ajouter les 2.510 Livres dues par les Oratoriens pour la location du parc de la Grange des Prés 102. Cette courbe de revenus reflète assez fidèlement la ligne générale de la conjoncture : baisse des prix et des revenus à la fin du XVIIe Siècle et reprise au cours du XVIIIe Siècle. Cependant, si l’on tient compte des variations monétaires et de l’inflation qui s’est étendue jusqu’à la stabilisation de la Livre en 1726 il apparait que la hausse des revenus de Pézenas au XVIIIe S. demeure assez limitée surtout en regard de celle qui caractérise les revenus des Seigneuries du Bassin Parisien. Le Chanoine Delouvrier donne un état des revenus nobles vers 1776 qui permet de préciser le détail de certaines sources de rentrées financières 103 :

La plupart de ces revenus sont en général affermés et par là même perçus en numéraire; cependant, certains – destinés à souligner l’emprise du seigneur sur ses domaines – continuent d’être versés en nature : à titre d’exemple le détail des 113 Livres 3 sols de la Censive de Pézenas et Conas (3.059 articles).

… 4 onces de poivre, 3,5 jelines, 4/51e de perdix 3/4 et 5/24e d’un chapon, plus 37 Livres 17 sols. La faiblesse des terres domaniales explique la relative modicité et surtout la part très importante des droits féodaux dans les revenus (jusqu’à près de 50 %) alors que dans les revenus généraux des Princes leur part n’est plus que de 10 %.

Il faut cependant souligner que ces revenus n’arrivent pas directement entre les mains des agents du Prince : souvent perçus en nature par les fermiers généraux, ils sont ensuite transformés en numéraire par ceux-ci lors de la vente des récoltes avant d’être remis, en général au début de l’automne, aux agents du Prince ; l’énorme part des reprises, qui peut atteindre de 15 à 30 % des revenus, grève notablement les rentrées annuelles, privant les Princes de liquidités qui pourraient être consacrées à une meilleure mise en valeur de leurs terres. Ainsi, on le voit, le système de la ferme générale, s’il assure des ressources en numéraire aisément percevables, ne présente cependant pas tous les avantages de la sécurité et de la rentabilité.

Si l’on passe au niveau du capital, on retrouve la même courbe que précédemment : en effet, le Comté de Pézenas était estimé à 71.640 Livres dans le contrat d’engagement fait au Prince de Condé en 1640 (104), il ne l’était plus qu’à 25.510 Livres dans le partage des 1651 104 ; par contre, vers 1735 105, il était évalué à plus de 400.000 Livres et en 1752 106, après les déductions de la finance due au Roi pour l’engagement, à 230.973 Livres, sinon le chiffre eut été de 480.000 Livres, Il aurait été intéressant de connaître le prix de vente lors de la cession au Comte de Provence en 1783 pour constater l’éventuelle augmentation des évaluations. On peut tout de même affirmer en analysant les chiffres ci-dessus que le capital a augmenté selon une courbe extrêmement ascendante sans rapport avec celle des revenus, indice très net de la faim de terres du bas Languedoc comme de la surenchère foncière, qui marque le XVIIIe S. Ces chiffres concernant le Comté de Pézenas demeurent encore assez faibles par rapport à ceux des estimations établies pour les autres domaines : 900.000 Livres pour le Duché de Mercœur, plus d’un million pour la Baronnie de l’Isle Adam 107. Ceci peut s’expliquer par la relative faiblesse des domaines patrimoniaux des Princes de Conti dans le Comté, par le caractère trop conservateur de la gestion et aussi par le fait que le Bas-Languedoc connut une prospérité à peu près constante au cours des XVIIe et XVIIIe S. qui n’amena pas une hausse spectaculaire des revenus fonciers à la fin du dernier siècle.

On peut donc affirmer, au terme de cette étude, que la place des Princes de Conti à Pézenas s’est avérée considérable, principalement dans les années 1650-1670, la Seigneurie jouant alors un rôle fondamental, au niveau du Languedoc tout entier, dans le domaine politique, militaire à un niveau plus élevé encore sur le plan du prestige : présence et résidence d’une branche de la famille royale, séjour d’hommes comme Molière ou Massillon. Tout au long de ces deux derniers siècles de la monarchie, la puissance des Princes est demeurée très importante, fondée sur leur place dans la société du temps et étayée par des possessions territoriales qui faisaient d’eux à la fois des seigneurs et des propriétaires fonciers. Mais cette puissance ne fut pas exploitée de la meilleure façon : une gestion trop traditionnelle et peu novatrice se traduisit par un niveau de revenus inférieur à celui que les virtualités de la région eussent autorisé. Les Conti ont donc bien réussi à maintenir leur assise à Pézenas grâce à l’administration solide et une sollicitude constante (malgré les aléas de la conjoncture et la non-résidence des Princes) mais leur souveraineté ne peut être séparée du cadre social, politique et économique de l’Ancien Régime qui détermina non seulement ses caractères mais encore son existence même.

Notes

  1 Cette étude inspirée par le Mémoire de maîtrise de l’auteur sur « LA FORTUNE DES PRINCES DE CONTI Aux XVIIe ET XVIIIe S. » utilise les archives contenues dans les Dépôts parisiens où l’essentiel des documents, intéressant non seulement les Princes mais encore leurs domaines, est conservé; néanmoins, des sondages dans les archives de l’Hérault et dans celles de Pézenas permettraient de compléter avec fruit ces indications.

  2 A. P. ALLIES : Une ville d’États Pézenas aux XVIe-XVIIe, Livre II, Chapitre XII, 1908.

  3 A. DELOUVRIER : Histoire de Pézenas, Livre III, Chapitre XXI, p. 266 – 1900.

  4 A. DELOUVRIER : op. cité Livre III, Chapitre XXI, p. 270.

  5 A. P. ALLIES : op. cité Livre II, Chapitre II, p. 93.

  6 ARCHIVES NATIONALES Série R3 (Princes de Conti) numéro 98 – 4ème liasse.

  7 A. DELOUVRIER op. cité Livre III, Chapitre XXII.

  8 A. DELOUVRIER op. cité Livre III, Chapitre XXII.

  9 ARCHIVES NATIONALES R3 270.

  10 A. DELOUVRIER op. cité Livre III, Chapitre XXII.

  11 ARCHIVES NATIONALES registre des Comptes R 3 257 à 261.

  12 A.P. ALLIES op. cité Livre II – Chapitre III.

  13 A.P. ALLIES op. cité Livre II – Chapitre VII 43 fois aux XVIe-XVIIe S.

  14 ARCHIVES NATIONALES K 570 – Pièce Numéro 7.

  15 A. DELOUVRIER op. cité Livre III – Chapitre XXII.

  16 P.A. ALLIES op. cité Livre III Chapitre V.

  17 P.A. ALLIES Molière à Pézenas Chapitre I.

  18 P.A. ALLIES Molière à Pézenas Chapitre I.

  19 G. PILLEMENT : La France Inconnue – Tome 1er – p. 195 à 199.

  20 P.A. ALLIES Molière à Pézenas Chapitre VIII.

  21 P.A. ALLIES Molière à Pézenas Chapitre XI.

  22 A. DELOUVRIER op. cité Livre III – Chapitre XXII.

  23 A. DELOUVRIER op. cité Livre III – Chapitre XXII.

  24 A. DELOUVRIER op. cité Livre III – Chapitre XXII p. 289.

  25 Ph. WOLFF et al. Histoire du Languedoc 1970 Chapitre X p. 356.

  26 A. DELOUVRIER op. cité Livre III – Chapitres XXII-XXIII.

  27 A. DELOUVRIER op. cité Livre III – Chapitre XXX p. 290.

  28 DUC DE LA FORCE, LE GRAND C0NTI, 1922 – chapitre XI, p. 246.

  29 C. ALBERGE Villeneuvette, une Manufacture en Bas-Languedoc in Études en Pézenas numéro 3, p. 17 à 41.

  30 A. DELOUVRIER Chapitre XXII.

  31 DUC DE LA FORCE LE GRAND CONTI Paris 1922.

  32 ARCHIVES NATIONALES R3 98, État des Biens des Princes de Conti.

  33 A. DELOUVRIER op. cité Livre III – Chapitre XXIV p. 300.

  34 Idem p. 307.

  35 A. DELOUVRIER op. cité Livre III – Chapitre XXIV p. 307-308.

  36 Chapitre XXV.

  37 Chapitre XXV.

  38 Chapitre XXVI.

  39 G. CAPON et R. YVE-PLESSIS – Vie privée de Louis-François de Bourbon Prince de Conti 1907.

  40 C.E. ENGEL Un individualiste au XVIIIe : L.-F. de Bourbon Prince de Conti. 1965.

  41 G. CAPON et R. YVE-PLESSIS op. cité Chapitre V.

  42 ARCHIVES NATIONALES R3 87 – et R3 96.

  43 A. DELOUVRIER op. cité Livre III – Chapitre XXVI.

  44 Chapitre XXX p. 329.

  45 Chapitre XXX p. 330.

  46 ARCHIVES NATIONALES R3 13, petit extrait.

  47 Idem grand extrait.

  48 G. CAPON et R. YVE-PLESSIS op. cité Chapitre X.

  49 A. DELOUVRIER Livre III Chapitre XXXII.

  50 P. WOLFF et al. op. cité Chapitre XI p. 438 à 442.

  51 ARCHIVES NATIONALES – R3 98 4e liasse.

  52 A. DELOUVRIER op. cité Livre III Chapitre XXXI p. 331-332.

  53 ARCHIVES NATIONALES – R3 87 et R3 98.

  54 R3 87.

  55 Toutes les citations ci-dessus sont tirées de l’État des Biens R3 87.

  56 A. DELOUVRIER op. cité Livre III Chapitre XXXI p. 332.

  57 ARCHIVES NATIONALES R3 87.

  58 A. DELOUVRIER op. cité Livre III Chapitre XXIII p-291.

  59 P.A. ALLIES – Une ville d’États – Livre II – Chapitre III – p 94 et Ch. PONSONAILHE : Pézenas et la Grange des Prés.

  60 ARCHIVES NATIONALES R3 87.

  61 R3 87.

  62 ARCHIVES NATIONALES R3 87 : 1651 pour Beaumont, 1693 pour Portes, 1696 pour Alais.

  63 R3 87.

  64 R3 87.

  65 G. CAPON et R. Yve-Plessis op. cité Chapitre V.

  66 A. DELOUVRIER op. cité Livre III Chapitre XXVI.

  67 ARCHIVES NATIONALES R3 13 Petit extrait.

  68 G. CAPON et R. YVE-PLESSIS op. cité Chapitre X.

  69 ARCHIVES NATIONALES Pièce 17.

  70 B. HYSLOP – L’apanage de Philippe Égalité, 1965- IIIe partie -chapitre VIII – paragraphe 2.

  71 ARCHIVES NATIONALES R3 87 et R3 88.

  72 A. DELOUVRIER op. cité Livre III Chapitre XXV.

  73 ARCHIVES NATIONALES. R3257- Registre comptable de 1655 permettant de connaitre la composition du Conseil.

  74 Cf. la série des Registres des Arrêts du Conseil. A.N. R3 206 à 256.

  75 ARCHIVES NATIONALES R3 256.

  76 R3 256.

  77 R3 250.

  78 Surtout pour l’époque, les Intendants disposant d’un personnel plus réduit et plus important.

  79 A. DELOUVRIER op. cité Livre III Chapitre XXI p. 270.

  80 A. DELOUVRIER op. cité Livre III Chapitre XXI p. 270.

  81 ARCHIVES NATIONALES R3 87.

  82 & DELOUVRIER op. cité Livre III Chapitre XXIV.

  83 P. WOLFF et al. op. cité Chapitre X p. 413.

  84 P. WOLFF et al. P. 395.

  85 ARCHIVES NATIONALES R3 87.

  86 A. DELOUVRIER op. cité Livre III Chapitre XXII.

  87 Chapitre XXV.

  88 Chapitre XXXI p. 332.

  89 DUC DE LA FORCE – LE GRAND CONTI Chapitre XI p. 246.

  90 A. DELOUVRIER op. cité Livre III Chapitre XXIV p. 304.

  91 DUC DE LA FORCE – LE GRAND CONTI Chapitre XI p. 246.

  92 DELOUVRIER op. cité Livre III Chapitre XXIV p. 304.

  93 DELOUVRIER op. cité Livre III Chapitre XXIV p. 304.

  94 Chapitre XXVI.

  95 P. WOLFF et al. op. cité Chapitre X p. 404.

  96 ARCHIVES NATIONALES R3 256.

  97 257 et suivants.

  98 122.

  99 257.

  100 273.

  101 109.

  102 A. DELOUVRIER op. cité Livre III Chapitre XXX P. 330.

  103 DELOUVRIER op. cité Livre III Chapitre XXXI p. 331-332.

  104 A. DELOUVRIER op. cité Livre III Chapitre XXI p. 266.

  105 ARCHIVES NATIONALES R3 98 4e liasse.

  106 122.

  107 122.