Les Prieurés Grandmontains du Rouergue : Comberoumal et Le Sauvage

* 22A, Impasse Fino Bricka 34000 Montpellier

Le Rouergue a le privilège de posséder deux celles grandmontaines, Comberoumal et Le Sauvage, assez peu connues du grand public comme des médiévistes. Comberoumal est sans nul doute une des plus complètes et la plus représentative de cette architecture 1.

Ces deux fondations s’inscrivent dans le grand mouvement de réforme monastique du XIIe siècle. Cisterciens et Chartreux reviennent à l’austérité de la règle bénédictine et connaissent un succès prodigieux qui les fait essaimer dans toute l’Europe. Les Grandmontains au contraire, originaires du Limousin, auront une expansion plus modeste, conséquence de leurs statuts très particuliers 2. Le Rouergue sera largement touché par le mouvement cistercien, six abbayes verront le jour entre 1136 et 1163 3. Dans le dernier tiers du XIIe siècle et avant l’arrivée des ordres mendiants, les Grandmontains prendront le relais de ce mouvement ascétique qui commence à s’essouffler. A partir de 1189, date de la canonisation d’Etienne de Muret et de la multiplication de ses miracles, les grandmontains quitteront leur zone de prédilection, le Limousin et le Sud-Ouest, pour s’installer en Languedoc. Cette période correspond aussi en Rouergue, à la fondation d’hôpitaux ou de lieux d’accueil sur les grands axes routiers qui traversent la province. L’implantation des grandmontains n’est peut-être pas étrangère à cette orientation hospitalière des comtes et des vicomtes 4. D. Grezillier et plus récemment M. Ph. E. Permentier ont mis l’accent sur le rôle des Grandmontains dans l’accueil des pèlerins et des pauvres.

COMBEROUMAL

Historique 5

Le prieuré de Comberoumal est situé 17 km au nord-ouest de Millau, sur la bordure méridionale du Levézou, près de Saint-Beauzély. Selon une habitude chère aux Grandmontains, il est établi non loin de la voie romaine reliant Millau à Rodez et plus largement le Languedoc au Massif Central.

Peu avant 1200, deux guérisons miraculeuses attribuées à saint Etienne de Muret ont lieu dans le diocèse de Rodez. Elles signalent la présence d’une maison de Saint-Michel, la celle située aux confins des diocèses de Lodève et de Rodez, des châteaux de Roquetaillade et de Saint-Beauzély, et du lieu d’Aura Ventosa 6. Ces miracles semblent donc centrés sur le Rouergue méridional. Depuis la publication de l’ouvrage de D. Rey, l’« ermitage d’Aura Ventosa », aménagé dans l’anfractuosité d’une falaise au-dessus de la vallée de la Muse, est traditionnellement présenté comme le site ayant accueilli les premiers grand-montains avant qu’ils ne s’installent â Comberoumal 7. Cette hypothèse séduisante n’a pourtant aucun fondement. La toponymie n’a pas conservé pour ce site le souvenir d’« Aura Ventosa » mais celui de « grotte des Fadarelles ». Rien n’interdit de penser que l’Aura Ventosa de Combe romal cité dans le miracle de 1192 se trouve à proximité du site actuel du prieuré 8.

La celle de Comberoumal aurait été fondée à l’extrême fin du XIIe siècle par la famille des comtes de Rodez, dans une zone très boisée mais abritée de la bordure du Levézou. Deux actes d’hommage tardifs (1313 et 1418), signalent le don du terrain à titre d’aumône ainsi que les droits de ban et de chasse 9. En 1193, Alphonse II, roi d’Aragon et vicomte de Millau, donne aux religieux de Notre- Dame de Grandmont, le ruisseau de Vézoubies, depuis sa source jusqu’à son embouchure avec le Tarn et les moulins qui y sont bâtis 10. Cette cession sera confirmée en 1194 et 1196 par son successeur, Pierre d’Aragon. En 1206, ce dernier place sous sa sauvegarde les maisons de Comberoumal et de Montaubérou. Tous ces actes, dont les originaux ont disparu, semblent indiquer le moment d’implantation des Grandmontains et la constitution de leur temporel. En 1225 encore, ils reçoivent en donation le mas de Salsac, en amont de Saint-Beauzély, mais en bordure de leur domaine.

Le XIIIe siècle est pauvre en renseignements. Pour subvenir aux dépenses générales du chef d’Ordre, Comberoumal est imposé pour 50 sols (1240), et ce, jusqu’à la suppression de l’ordre au XVIIIe siècle. En 1271, dans son testament, Hugues IV, comte de Rodez, lègue aux deux maisons grandmontaines du Rouergue, une somme de 100 sous. Bien que leur règle le leur interdise, tout au moins à son origine, les Grandmontains doivent engager plusieurs procès pour préserver leurs biens 11. La décadence semble proche sinon latente, il n’y a plus en 1295 que quatre religieux. En 1317, le pape Jean XXII réorganise l’ordre, le chef d’ordre devient une abbaye, trente neuf celles sont érigées en prieurés conventuels, les autres sont réduites à de simples annexes. Comberoumal devient une annexe du prieuré Saint-Michel-de-Grandmont, au diocèse de Lodève 12.

Il est difficile d’évaluer l’importance du domaine de Comberoumal 13. Selon les prescriptions primitives de la Règle, les celles devaient être dotées de terres pauvres et boisées situées a l’intérieur d’un périmètre restreint autour des bâtiments, d’un moulin et d’un four 14. Cette règle semble transgressée des le XIIIe siècle. Les Grandmontains ont en effet reçu en don du vicomte de Millau plusieurs moulins sur le ruisseau de Vezoubies, à la périphérie de Millau et donc assez loin de leur monastère. De même, ils obtiennent du comte de Rodez, des la fin du XIIe siècle, des franchises sur leurs terres. Le bétail primitivement prohibé a permis à Comberoumal d’augmenter ses revenus et ce, plus particulièrement à partir du XIVe siècle, dés son annexion à Saint-Michel de Lodève. Depuis le XIe siècle au moins les abbayes languedociennes se sont assurées des zones de pâturages d’été en Rouergue. Plusieurs actes notariés du XIVe siècle font état de transactions pastorales chez les grandmontains de Comberoumal (cheptels d’ovins essentiellement). Ils possédaient aussi des vignes dans la vallée du Tarn (Millau, Candas), des jardins (un a Millau, des 1371 au moins), plusieurs moulins, ceux de Vezoubies dont ils se dessaisiront en 1289 au profit des consuls de Millau, et ceux plus proches du monastère, sur le ruisseau des Moulis et au Monteilla, et enfin d’immenses fôrets qu’ils n’hésiteront pas à monnayer en abattant des arbres pour la fabrication de charpentes. II n’est pas interdit de penser qu’ils ont exploité de manière rationnelle Les fôrets en leur possession. Ils détenaient aussi des maisons a Millau et Saint-Beauzély. En 1335, Béranger de Vailhauquez, abbé de Nant, fonde une chapelle Saint-Michel au prieuré de Lodève et legue 6 000 sous a Comberoumal. Cet argent sera aussitôt converti en une rente annuelle auprès de Bernard de Levézou, établie sur la seigneurie de Compregnac. Deux siècles plus tard, Antoine et Jean de Vezins, rachètent cette rente en donnant aux religieux de Comberoumal le moulin de Salgue et quelques autres pièces de terre situées dans la juridiction de Saint-Beauzély 15. Cet exemple montre que l’obtention de rentes, en argent ou en nature, deviendra une pratique courante chez les Grandmontains et ce assez rapidement. Des le XVe siècle, ce domaine estimé à 250 ha au moment de sa vente en 1791, sera régulièrement affermé mais les tenanciers seront tenus de faire célébrer la messe un certain nombre de fois dans l’année.

Selon le chanoine Touzery 16, le monastère aurait été pillé par les Routiers, on sait seulement qu’il était sous la protection d’Arnaud de Roquefeuil qui y séjourna en 1356. En 1507, Notre-Dame de Comberoumal reçoit la visite de l’évêque de Rodez, François d’Estaing. Il « visita le monastère, donna la confirmation et la tonsure dans le cloître du monastère et prêcha dans l’église aux prêtres assemblés » 17. En 1552, Comberoumal, avec 400 livres de revenu annuel, fait pale figure à côté de Silvanès qui en a 2 000, Nant 3 ou 4 000, et surtout Nonenque, 10 000 18. Les bâtiments sont sans doute délaissés, le prieur commendataire y résidant épisodiquement. Les guerres entre catholiques et protestants ne semblent pas avoir touché le monastère 19. Au XVIe siècle, le prieur de Saint-Michel, Louis de Clermont du Bose, adopte la réforme de l’Étroite Observance et réorganise le prieuré 20. En 1668, lors de la visite pastorale de G. Voyer de Paulmy, Comberoumal est à l’abandon 21. La situation empire au XVIIIe siècle. En 1737, le prieur se réserve le droit de faire abattre si bon lui semble les greniers et cave qui sont dans l’église pour la bienséance d’icelle… » 22 et, à la fin du siècle, l’église « était dans un état d’indécence à ne pouvoir y faire aucun service… » 23. A la suppression de l’ordre en 1772, Saint-Michel de Lodève et son annexe sont attribués au chapitre cathédral de Lodève.

Le 8 avril 1791, le monastère est vendu, avec ses terres, à H. de Pegayrolles pour la somme de 39 000 livres 24. Il le gardera jusqu’en 1820, date à laquelle le prieuré passera dans la famille qui le possède encore. Les descendants actuels, Ch. et P. Bastide, ont entrepris depuis 1972 d’importants travaux de dégagement et de restauration 25. Inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis le 25 juin 1929, Comberoumal est un des ensembles médiévaux les plus attachants du Rouergue.

Étude monumentale

« La celle grandmontaine est un modèle réduit du type général adopté par la majorité des ordres cénobitiques au XIIe siècle » 26. A Comberoumal, les bâtiments sont établis dans un quadrilatère (38 m au nord x 48 m à l’est), dont le centre est occupé par le cloître et le côté nord par l’église (Fig. 1). La totalité de l’aile orientale a été conservée, les ailes sud et ouest ont beaucoup plus souffert mais permettent cependant de restituer les dispositions primitives. Le monastère était selon l’usage grandmontain, entouré d’un enclos dont on peut encore voir des vestiges au sud et à l’est ; ces murs en pierres sèches délimitaient peut être à cet endroit une basse cour. Le cimetière était situé au chevet de l’église.

A l’image des autres constructeurs, les Grandmontains ont bâti leurs celles en matériaux locaux, ici le grès. Dans cette zone de transition entre les massifs anciens et les causses majeurs, sur la partie inférieure du versant du Levézou, les gros bancs de grès ont été de tout temps exploités 27. Le grès est ici à gros grain et à patine plutôt sombre 28. Ce matériau idéal à tailler a été employé dans tous les bâtiments.

Plan du prieuré de Comberoumal
Fig. 1 Plan du prieuré de Comberoumal, d'après un relevé de Pierre Bastide

L'église

L’église est le cœur du monastère. Comme chez les Cisterciens, elle n’est pas ouverte aux étrangers et n’a pas, du moins au début, de fonction paroissiale. Pour M. J.-R. Gaborit, la construction des églises commençait presque toujours à l’ouest. A Comberoumal, l’homogénéité des parements ne permet pas d’en juger, ils sont tous en moyen appareil, bien assisés et à joints fins. Bâtie au nord, l’église présente un plan et des élévations fort simples. La nef unique et étroite (6.40 m x 24.50 m) est voûtée d’un berceau brisé continu, la vouta plana typique des églises grandmontaines. Sa naissance est marquée par un cordon en quart de rond destiné primitivement à supporter les cintres de bois ; il se poursuit au revers de la façade. La lourdeur de cette voûte a entraïné la construction de murs très épais (1,80 m) et la rareté des ouvertures. En l’absence de transept, la nef se termine à l’est par un sanctuaire en hémicycle légèrement plus large et plus haut. Le décrochement à angle vif est de 0,35 m. L’abside, de 6,20 m de profondeur pour 7,30 m de large, est voûtée d’un cul-de-four dont la base est soulignée par un cordon prolongeant celui de la nef. Cette abside, surélevée d’une marche, a reçu quelques aménagements liturgiques. Au sud, une niche abrite deux lavabos carrés ; au nord, un placard couvert d’un arc brisé, bordé d’une feuillure, devait servir de sacristie tandis qu’une petite niche, située derrière l’autel, à l’est, a pu faire fonction de réserve eucharistique 29. L’autel primitif a été retaillé. On ne sait pas si une clôture séparait le chœur de la nef. A Comberoumal comme dans d’autres celles, Fontblanche, Chavanon, Breuil-Bellay ou Châteauneuf, une crédence, aménagée ultérieurement, est creusée dans le mur goutterot sud, presqu’en face de la porte d’entrée septentrionale. S’agit-il d’un autel secondaire, hors de la clôture, destiné aux convers ou aux serviteurs ? 30.

Dans toutes les églises de l’Ordre, l’éclairage est parcimonieux. La nef, semi-obscure, a reçu, sur le mur ouest, une longue et étroite fenêtre restituée récemment dans sa disposition première. Le chœur, au contraire, est l’espace le plus lumineux (Fig. 2). Pour leur donner plus d’ampleur, les trois baies, longues et étroites, légèrement brisées, au cintre taillé en éventail, mordent sur l’amorce de la voûte. De même, pour accrocher la lumière, les ébrasements se rejoignent à leur base, à 1,90 m du sol actuel 31. Selon la coutume de l’Ordre, deux portes sont percées dans la nef. L’une au nord-ouest, la porte des fidèles, permettait aux familiers d’accéder à l’église hors du temps des offices, l’autre au sud-est, la porte des moines, donnait accès au cloître. Elles n’ont à l’intérieur aucun décor mais restent cependant très sobres du côté extérieur. Elles sont dépourvues de tympan. La porte des fidèles, au nord, est la plus riche (Fig. 3). Les trois voussures (deux tores et une gorge), de profil brisé, reposent sur quatre colonnettes monolithes, surmontées de chapiteaux d’angle ornés sur leur corbeille tronconique de feuilles d’eau stylisées ou d’un motif géométrique en demi-cercle résultant d’un épannelage particulier : un tronc de cône et un tronc de pyramide superposés. La voussure intérieure en forme de tore se poursuit sans interruption sur les piédroits. Cette porte est très pro-che des autres exemples grandmontains, en particulier Saint-Michel de Lodève. La porte des moines est un modèle réduit de la précédente. Les deux voussures reposent sur deux colonnettes à chapiteaux d’angle taillés dans le même bloc de pierre que le piédroit.

Comberoumal. Le chœur vu depuis la nef
Fig. 2 Comberoumal. Le chœur vu depuis la nef
Comberoumal. La porte des fidèles percée dans le mur nord de l'église
Fig. 3 Comberoumal. La porte des fidèles percée dans le mur nord de l'église

Ce parti de rigueur et d’austérité se retrouve l’extérieur de l’église. L’épaisseur des murs n’a pas nécessité la présence de contreforts, mais au nord, au niveau du décrochement intérieur entre nef et chœur, les constructeurs ont ressenti le besoin d’épaissir le mur sur 2,50 m de haut et 0,30 m de large, comme à Breuil-Bellay par exemple. Au sud, l’aile orientale des bâtiments conventuels contrebutait efficacement l’édifice. Les murs goutterots, en belle pierre de taille, sont couronnés par une corniche très simple soutenue par des modillons chanfreinés. Au nord, la porte des fidèles était précédée par le porticum, portique destine à abriter les personnes étrangères désirant entrer en contact avec les frères et constituant une particularité de l’Ordre. Ce porticum a la plupart du temps disparu puisqu’il s’agissait généralement d’un appentis en bois s’appuyant contre l’église. A Comberoumal, on peut encore voir la rangée des sept corbeaux en pierre à un mètre environ de la corniche, et la rangée correspondante de trous, le tout soutenant la charpente. Cet appentis occupait approximativement les deux tiers de la longueur de la nef et avait une largeur de 3 m environ. La base du mur bahut portant des colonnes ou des poteaux en bois est toujours en place. Les traces d’un enduit blanchâtre sont encore visibles sur le mur de l’église. A l’extérieur, le chevet présente cinq pans dont les angles sont renforcés par des colonnes engagées se terminant, au niveau de la corniche, par des chapiteaux trapus, de forme légèrement tronconique, sans décor. Les fenêtres du triplet sont sans ébrasement et chanfreinées. Ces colonnes-contreforts, remplacées parfois par des contreforts plats, semblent jouer un rôle plus décoratif que structurel. Si ce parti se rencontre dans les chevets grandmontains du Sud-Ouest, dans le Rouergue méridional c’est en plus un parti architectural adopté pour de simples églises paroissiales (Ségur, Lavernhe, Lapanouse-de-Séverac). On ne saurait donc dire si l’ensemble de Comberoumal appartient en propre à une tradition grandmontaine ou locale.

Il n’est pas impossible qu’il y ait eu postérieurement, contre la façade nord de l’église, une chapelle pour les fidèles, réutilisant en partie les structures du porticum. Des vestiges d’un mur, dans le prolongement du mur bahut déjà signalé, et des trous de boulin, à l’extrémité est, correspondant peut-être à l’encrage d’une charpente, sont toujours visibles. A Saint-Michel de Lodève, une chapelle a été construite au même endroit en 1335.

Le cloître

Excepté celui de Saint-Michel de Lodève, les cloîtres grandmontains ont tous disparu. Il s’agissait sans doute, dans la plupart des cas, de constructions légères en bois. A Comberoumal, il ne reste plus que son aire de plan rectangulaire, au sud de l’église, dépourvue de toute structure mais dont les aménagements récents restituent l’ambiance. Il est entouré de trois corps de bâtiments : l’aile du chapitre subsiste dans son état médiéval sur les deux niveaux, l’étage de l’aile sud a été reconstruit au début du siècle, l’aile occidentale enfin, a le plus souffert, toute l’élévation sur le cloître ayant été rebâtie, peut-être dès le XVIIe siècle.

Le cloître a définitivement disparu au XIXe siècle. En 1837-1838, l’abbé Ravailhe écrit à son sujet : « une cour intérieure, qui possédait un péristyle à plusieurs colonnettes, groupées quatre à quatre, sert de demeure aux oiseaux de basse cour, bien entendu que le péristyle a été abattu, que les colonnettes ont disparu ; c’est à peine si l’on en trouve un groupe qui soutient une crèche » 32. Mais les vestiges du couvrement des galeries sont encore en place au nord et à l’est. Le mur sud de l’église possède les corbeaux en pierre à encoche, de forme arrondie, destines à porter les sablières. Le dernier corbeau au nord-ouest est maintenant masqué par le mur ouest du bâtiment occidental. Il est donc permis de penser que lors de la construction de l’église, un cloître de plan carré, selon l’usage le plus répandu chez les grandmontains, avait été envisagé. Le projet primitif a-t-il été exécuté ou abandonné faute de moyens ? En l’absence de traces d’arrachement de voûtes sur tous les murs latéraux, il semble à peu près certain que ce cloître a toujours été charpenté et que le plan carré envisagé au début des travaux a été abandonné au profit d’un espace un peu plus restreint, de plan rectangulaire.

Les propriétaires actuels ont recueilli les ultimes souvenirs de ce cloître, présentés aujourd’hui dans le préau. Il s’agit de quatre fragments de piliers, de six chapiteaux en bon état et de fragments divers (colonnettes, chapiteaux…). Les arcs, (en plein cintre ?), reposaient sur des piliers carrés (0,50 m x 0,50 m), places aux angles et peut être au centre de chaque galerie, en alternance avec les colonnettes. Cette alternance de piliers et de colonnettes est employée au cloître de Saint-Michel de Lodève. Chaque pilier était cantonné de quatre colonnettes réunies par de larges bandeaux, avec bases et chapiteaux à feuilles d’eau. Ces chapiteaux d’angle, de petite taille (20 cm), étaient ornés sur chacune de leur face d’une rangée de trois feuilles lisses de même hauteur, sans relief. Ce type de support se rencontre chez les Grandmontains à Charbonnières et au Châtenet, dans le cloître ou la salle capitulaire, mais aussi chez les Cisterciens. Les six chapiteaux, de forme tronconique (hauteur moyenne, 30-35 cm), sont différents de ceux de l’église et accusent un style plus gothique (Fig. 4, 5). Quoique de décor toujours très sobre, deux sont ornés de feuilles d’angle à pointe recourbée avec disque sur la partie médiane, deux autres de feuilles d’angle épaisses, bien détachées de la corbeille, un autre de feuilles pointues, à nervure centrale, se terminant par des boules proéminentes, le dernier enfin, décoré de feuilles de fougères très nervurées sur la partie inferieure et de crochets feuillagés dans les angles. Au vu de cette sculpture, qui s’apparente à celle des Cisterciens dans la première moitié du XIIIe siècle, il est probable que le cloître de Comberoumal a été édifié après l’église et l’aile orientale.

Comberoumal. Fragments de colonnes et chapiteaux
Fig. 4 Comberoumal. Fragments de colonnes et chapiteaux reposant sur la base d’un pilier, le tout provenant de l'ancien cloître
Comberoumal. Deux chapiteaux de l'ancien cloître
Fig. 5 Comberoumal. Deux chapiteaux de l'ancien cloître

Les bâtiments conventuels

L’aile orientale, perpendiculaire à l’église, abritait, au rez-de-chaussée, le passage ou couloir des morts, la salle capitulaire, la salle des moines et le vestibule ; à l’étage, se succédaient, d’est en ouest, une petite pièce au-dessus du passage, le dortoir de la communauté et une terrasse (Fig. 6).

Le passage, étroit (3,20 m x 6,10 m), voûté d’un berceau brisé appareillé, s’ouvre à l’ouest sur le cloître et à l’est sur l’ancien cimetière et dépendances de la celle. Les deux portes, d’une facture très simple, sont surmontées d’un arc brisé à larges claveaux. La petite pièce au-dessus, elle aussi voûtée d’un berceau brisé, perpendiculaire à l’église, est surélevée de trois marches par rapport au dortoir avec lequel elle communique par une porte rectangulaire percée dans l’angle nord-est. Cette pièce était éclairée, à l’est, par une baie étroite à fort ébrasement intérieur. Ce système de voûtes superposées semble avoir joué un rôle dans le contrebutement de l’église. Cette impression est confirmée à l’extérieur, cette partie de l’aile orientale faisant office de croisillon de transept. Elle fait corps avec l’église dont elle reprend la même corniche 33. La destination de ces deux salles superposées n’est pas bien assurée. Selon J.-R. Gaborit, celle de l’étage aurait pu servir de cellule au correcteur ou de chartrier. Il n’y a pas chez les Grandmontains de pièce affectée à la sacristie. Une simple niche située dans le cloître, entre la porte du passage et celle du chapitre, a pu servir d’armarium pour déposer les livres, sans doute peu nombreux (Fig. 7). Cette disposition se rencontre chez les Cisterciens, en particulier à Sylvanès.

Comberoumal. L'aile orientale des bâtiments
Fig. 6 Comberoumal. L'aile orientale des bâtiments conventuels et l'église
Comberoumal. Porte du passage vers le cimetière
Fig. 7 Comberoumal. Porte du passage vers le cimetière et niche servant de sacristie

La salle capitulaire, de plan carré (6,70 m x 6,70 m), est couverte d’une croisée d’ogives toriques dont l’intersection est marquée par une clé en forme de X, sans décor (Fig. 8, 9). Les nervures retombent dans chaque angle sur trois blocs parallélépipédiques d’une hauteur de 0,80 m, placés presque au niveau du sol 34. Cette petite pièce est éclairée par deux fenêtres en plein cintre, à simple ébrasement, qui occupent tout le mur oriental. Côté cloître, le mur du chapitre est percé de trois baies en plein cintre d’égale hauteur : une porte centrale séparée des deux baies latérales par une file de trois colonnettes posées sur un mur bahut. Ces baies sont placées sous un grand arc de décharge appareillé, en plein cintre, occupant toute la largeur du chapitre (Fig. 10). Les six chapiteaux présentent un décor stylisé de feuilles d’eau ou de motifs géométriques semblables à ceux des portes de l’église. Tant par le plan, le mode de voûtement ou son élévation, la salle capitulaire de Comberoumal présente de profondes analogies avec celles de Saint-Michel de Lodève et du Sauvage.

Comberoumal. Intérieur de la salle capitulaire
Fig. 8 Comberoumal. Intérieur de la salle capitulaire avec les deux baies orientales
Comberoumal. Salle capitulaire
Fig. 9 Comberoumal. Salle capitulaire, détail de la retombée d'une ogive, dans un angle de la pièce
Comberoumal. Angle nord-est des bâtiments conventuels
Fig. 10 Comberoumal. Angle nord-est des bâtiments conventuels sur l'ancien cloître. Photo du début du siècle (Rodez. Collection Société des Lettres de l'Aveyron)

Au-delà de la salle capitulaire venait la salle des moines. Cette longue pièce (19 m x 6,70 m) est divisée en trois travées voûtées d’ogives toriques séparées par de larges arcs doubleaux brisés. Latéralement, ces ogives prennent appui sur des consoles insérées dans les murs et placés très bas. Ces consoles portent la retombée en fuseau des ogives, saillantes, et le départ du doubleau (Fig. 11). Aux quatre angles, en l’absence d’arcs formerets, les ogives effilées pénètrent directement dans le mur. Cette forme si particulière de retombée n’est pas sans rappeler les modèles cisterciens de la fin du XIIe siècle, Silvanès, Flaran, Lescale-Dieu, Fontfroide… Comme dans ces modèles précoces, il n’y a pas de clé sculptée. Chaque travée est éclairée à l’est par une fenêtre étroite à large ébrasement intérieur. L’accès se faisait par une porte percée à la jonction de l’aile est et sud, sous l’escalier montant au dortoir.

Dans le prolongement de la salle des moines, une petite pièce carrée (6 m x 6,70 m), en saillie sur le quadrilatère des bâtiments monastiques, était destinée, selon J.-R. Gabarit, à servir de resserre pour les outils ou de vestibule. Elle communiquait largement avec l’extérieur par trois partes dont deux sont toujours en place, l’une à l’est (2,20 m de large), l’autre à l’ouest (2,30 m de large), et avec la salle des moines (passage de 2,20 m de large). Son voûtement a disparu. Elle est couverte d’une terrasse, disposition qui semble ancienne.

La salle capitulaire et la salle des moines étaient surmontées du dortoir des clercs et des convers, vaste salle commune peut-être divisée en cellules par des cloisons légères. Contrairement aux dispositions cisterciennes, le dortoir ne communiquait pas avec l’église. On y accédait par un escalier droit extérieur, s’appuyant sur le mur occidental de l’aile du Levant. A Comberoumal, il est éclairé, à l’est uniquement, par une rangée de treize fenêtres étroites, en plein cintre (0,16 m de large x 1,46 m de haut), à large ébrasement intérieur et appui droit servant éventuellement de tablette 35 (Fig. 12). Une autre fenêtre était percée sur le mur pignon sud (0,20 m de large x 0,65 m de haut). Le dortoir est couvert d’une simple charpente apparente portée sur des fermes ; des tirants métalliques font fonction d’entraits. Il est difficile de lui attribuer une date, plusieurs détails laissent penser que cette charpente a été reconstruite. Le dortoir communique aujourd’hui avec la terrasse et l’étage de l’aile méridionale. Il n’y a pas trace des latrines qui devaient se situer au bout du dortoir, au sud.

Comberoumal. Salle des moines
Fig. 11 Comberoumal. Salle des moines, détail de la retombée latérale des ogives et du doubleau
Comberoumal. Les baies orientales du dortoir
Fig. 12 Comberoumal. Les baies orientales du dortoir, côté intérieur

De l’aile sud, fortement remaniée, il ne reste que quelques vestiges du réfectoire et de la cuisine, au rez-de-chaussée, l’étage a été reconstruit en 1925 pour abriter un corps de logis. L’accès au cloître et aux bâtiments monastiques se fait maintenant par un passage ménagé dans l’ancien réfectoire.

Le réfectoire (10 m x 6 m), à l’est, parallèle à la galerie, a été mutilé mais la porte primitive en plein cintre ouvrant sur la galerie méridionale du cloître, est encore en place, à droite du passage actuel. Les fenêtres de l’élévation sud, ainsi que les voûtes dont on voit des arrachements au nord, ont disparu. Il n’est pas impossible qu’il ait reçu des voûtes d’ogives toriques comme les deux pièces voisines du rez-de-chaussée. Un passe-plat percé dans une crédence à tablette débordante, à 0,85 m du sol actuel, faisait communiquer la cuisine avec le réfectoire. Ce dispositif se voit aussi dans les cuisines grandmontaines du Châtenet et de Fontcreuse. Le lavabo permettant aux moines de faire leurs ablutions avant les repas n’a pas été localisé.

La cuisine, vaste pièce de plan rectangulaire (10,10 m x 6 m), possède encore deux portes primitives : au nord, celle qui la reliait au passage de l’aile ouest (1,35 m de large), au sud, celle qui donnait dans la cour où était bâti le four (1,30 m de large). Elles appartiennent au modèle le plus courant dans la celle : arc surbaissé côté intérieur, arc brisé côté extérieur. Des niches avaient été aménagées dans les murs latéraux pour déposer vivres et ustensiles. Il en reste deux au nord, bordées d’une feuillure, d’une profondeur moyenne de 0,80 m, et une au milieu de l’élévation ouest (1 m de large pour 0,60 m de profondeur). La cheminée d’origine, la seule dans toute la celle, n’a pas laissé de traces. A une époque indéterminée, une cheminée est bâtie contre le passe-plat.

L’aile ouest enfin, s’appuie contre le mur goutterot sud de l’église. Elle abritait primitivement des locaux dont la destination n’est pas connue avec précision : hôtellerie, infirmerie, cellier… Avec l’instauration de la commende, elle est souvent devenue la résidence du prieur, et a subi de ce fait de nombreuses transformations. Tout le mur est a été reconstruit, au XVIIe ou au XIXe siècle 36, sur les fondations médiévales. L’élévation opposée est toujours en place, mais tout le rez-de-chaussée est masqué, à l’extérieur, par des remblais de terre. S’il y a eu des voûtes, elles ont disparu aussi bien au rez-de-chaussée qu’à l’étage.

Ce rez-de-chaussée était composé d’une vaste salle rectangulaire se terminant au sud par un passage étroit qui communiquait avec le cloître, la cuisine et l’extérieur. Il y avait généralement un passage symétrique au nord, mais il a disparu à Comberoumal. Lors des travaux de dégagement, les propriétaires ont muré une porte percée dans le mur nord de cette aile et ouvrant jadis au devant de la façade de l’église. L’étage ne forme plus aujourd’hui qu’un seul volume desservi par une large porte charretière au nord. Les petites baies étroites qui l’éclairaient autrefois subsistent du côté ouest (Fig. 13). La belle cheminée en pierre de taille bâtie au centre de l’élévation occidentale, signalée à l’extérieur par un conduit cylindrique assez élevé, est sans doute une adjonction de l’époque gothique 37. En effet, une petite baie a dû être bouchée lors de son installation. Des cheminées de ce type ont existé aux XIIIeXIVe siècles dans l’architecture civile du Midi, au Minier (Aveyron), non loin de Comberoumal, à Millau (aujourd’hui disparue), à Saint- Michel de Lodève, à Figeac (Lot).

Comberoumal. Élévation occidentale de l'aile sud
Fig. 13 Comberoumal. Élévation occidentale de l'aile sud (étage)

LE SAUVAGE

Historique 38

Le site choisi pour l’implantation du monastère du Sauvage était situé à 14 km au nord-ouest de Rodez et 1 km au sud de Capdenaguet, dans une gorge sauvage, au cœur du vallon verdoyant de Marcillac, dominé, à l’est, par le Causse Comtal. Des axes de circulation importants passaient à proximité : l’ancienne voie romaine de Rodez à Albi, au sud, et l’estrade panadeza longeant le Dourdou, au nord-est. Un chemin de terre à usage agricole conduit aujourd’hui aux ruines du prieuré envahi par la végétation.

Selon la volonté du fondateur de l’Ordre de ne pas posséder d’archives, sa date de création n’est pas exactement connue. D’après la liste des celles publiée par L. Guibert 39, Le Sauvage existait en 1191. La tradition attribue sa fondation à un comte de Rodez. Des chartes de l’abbaye cistercienne de Bonnecombe, possessionnée dans les environs, mentionnent plusieurs témoins appartenant au monastère delz Salvatgues, en particulier, en 1202, un Bernard de la Roca dal Salvatges 40. Mais le plus ancien document concernant le temporel du Sauvage est de 1208 41. Dans son testament établi à Montrozier, en 1271, le comte de Rodez, Hugues IV, n’oublie pas les maisons grandmontaines du Rouergue, il lègue à chacune d’elle 100 sous melgoriens. Vingt ans plus tard, Mascaron-ne de Comminges, femme du comte de Rodez, Henri II, fait à son tour un legs à la domui de Salvatgues, ordinis Grandimontis 42. Devant tant de sollicitude de la part de cette dynastie, il n’est pas interdit de penser qu’un de leurs ancêtres a donné le terrain nécessaire aux Grandmontains pour leur installation. Cette hypothèse pourrait être confirmée par un accord sur les limites des bois, passé en 1265 entre les frères du Sauvage et le comte de Rodez 43. Les possessions du Sauvage s’étendaient sur la bordure ouest du Causse Comtal depuis Valady au nord jusqu’à Druelle et Caissiols aux portes de Rodez, c’est-à-dire entre les vallées du Dourdou et de l’Aveyron 44. Cette zone de vallonnements bocagers, très fertile, propice à l’élevage et aux cultures céréalières, était déjà occupée par d’autres ordres religieux, les cisterciens de Bonnecombe et les bénédictins de Conques. La famille comtale de Rodez y était aussi possessionnée. A travers les nombreuses donations des XIIIe et XIVe siècles, souvent le fait de la petite noblesse locale, apparaït un domaine diversifié où bois, prairies, jardins et terroirs cultivés, permettaient aux frères de vivre en autarcie, selon leur Règle. Quelques moulins sont signalés, l’un sur « le ruisseau du Sauvage », les autres à Valady. Mais le vallon de Marcillac est réputé depuis le Moyen Age pour ses vignobles que les moines de Conques ont acquis et développés. Les frères du Sauvage ne resteront pas en retrait et à leur tour obtiendront un terroir de vignes à Capdenaguet, confrontant celui de Conques. Cette production, consommée au prieuré, a pu aussi être commercialisée 45. Outre ces possessions, affermées dès le XIIIe siècle, les grandmontains avaient reçu des rentes en nature (blé, seigle, orge, bétail), plus rarement en argent.

Lors de la réorganisation de l’Ordre en 1317, la celle du Sauvage devient avec celles du Peyrou (Lot), et de Montesargues (Gard), une annexe de Montaubérou, près de Montpellier 46. Une quinzaine d’années plus tard, l’église du Sauvage est en ruine mais aucun document ne nous en donne les raisons 47. Le 9 mai 1445, l’évêque de Rodez, Guillaume de la Tour, consacre la nouvelle église du prieuré, dédiée à la Vierge et à saint Etienne. Il accorde 40 jours d’indulgence à tous ceux qui, au jour de l’anniversaire, visiteront le prieuré et y feront une aumône 48. Mais au début du XVIe siècle, l’église ne semble pas être affectée au service paroissial 49. Le XVIIe siècle sera une période troublée pour le prieuré. Un religieux, Guillaume Busquélay, représentant le prieur commendataire de Montaubérou, s’intitule d’office prieur (1626), et établit un corps de garde dans les bâtiments. Bien que révoqué en 1632, puis excommunié par l’abbé de Grandmont, il continuera de faire régner la terreur jusque dans les années 1650 50. Une visite du prieur des Jacobins de Rodez, A. Bertrand, en 1647, nous apprend que « la maison était tout à fait ruinée et sans aucune provisions dans une disette générale de toutes choses, que l’église était sans vitres et sans ornement, ouverte de tous cotés ne s’y disant ni messe ni office » 51. Lors d’une transaction passée entre le prieur de Montaubérou et les deux religieux résidant au Sauvage, ces derniers seront tenus d’assurer le service religieux et de payer 100 livres de pension au prieur. Pour les rentes non dénombrées, la moitié sera affectée au prieur, « le surplus sera employé à la réparation dud Sauvage… ». Devant l’urgence des travaux à réaliser, une partie des revenus du Peyrou, au diocèse de Cahors, sera affectée « aux réparations dud Sauvage » 52. Des travaux ont effectivement eu lieu, un linteau de fenêtre de l’aile orientale des bâtiments conventuels porte la date de 1662. Mais en 1682, le couvent est toujours déclaré à l’abandon 53.

A la suppression de l’ordre de Grandmont, en 1769, la maison du Sauvage ne comptait plus que trois religieux 54 ; elle est réunie au Séminaire de Rodez et ses revenus affectés à des bourses. Le Séminaire sera tenu de célébrer une messe solennelle pour les fondateurs et bienfaiteurs du Sauvage, le jour de saint Etienne de Grandmont et de donner une pension de 1 000 livres à l’ancien prieur et une de 800 livres pour un religieux, le second s’étant retiré dans sa famille 55. Le 10 avril 1793, le domaine du Sauvage « consistant en maisons, terres, près, bois, devois, vignes, cabaux, vaisselle vinaire et meubles… », estimé à 61 155 livres, est adjugé à J. Guizot de Balsac pour 102 000 livres 56. Les rentes seront vendues un peu plus tard et le mobilier le 6 mai 1793. Le prieuré deviendra alors un domaine agricole et servira de carrière. Selon la tradition, l’église aurait été démolie à ce moment-là pour édifier la maison de maïtre construite quelques centaines de mètres plus haut. Le cadastre de 1812 fait état de « bâtiments ruraux dit le couvent ». Tous les bâtiments, laissés à l’abandon, se sont lentement dégradés. Une tentative de restauration a eu lieu en 1967 à l’initiative du Club du Vieux Manoir, mais elle s’est soldée par un échec 57. Le destin de ce prieuré grandmontain semble malheureusement irréversible.

Plan du prieuré du Sauvage
Fig. 14 Plan du prieuré du Sauvage

ÉTUDE MONUMENTALE

Les vestiges du Sauvage se réduisent à l’aile orientale des bâtiments conventuels, à demi ruinée, et à quelques portions de murs de l’aile septentrionale (Fig. 14). Des glissements de terrain, du côté sud, masquent totalement l’espace de l’église et une partie de l’élévation est. Comme à Comberoumal, le matériau local, le grès rose, a servi dans toute la construction encore debout. Sa beauté et sa taille régulière expliquent sans doute son réemploi au XIXe siècle 58.

L'église

De l’église du Sauvage, élevée au sud des bâtiments monastiques, il ne reste plus rien. Cet emplacement n’est pas le plus fréquent dans l’Ordre, J.-R. Gaborit en dénombre 26 exemples contre 68 où l’église est au nord 59. Des raisons d’ordre topographique n’expliquent pas ici ce choix excepté si l’on admet que l’église, bâtie au sud, était située au pied de la colline orientée sud-nord, et qu’ainsi les bâtiments conventuels jouissaient d’une vue dégagée.

De l’église du Sauvage, élevée au sud des bâtiments monastiques, il ne reste plus rien. Cet emplacement n’est pas le plus fréquent dans l’Ordre, J.-R. Gaborit en dénombre 26 exemples contre 68 où l’église est au nord 59. Des raisons d’ordre topographique n’expliquent pas ici ce choix excepté si l’on admet que l’église, bâtie au sud, était située au pied de la colline orientée sud-nord, et qu’ainsi les bâtiments conventuels jouissaient d’une vue dégagée.

Un petit dessin à la plume, dans la marge d’un plan daté de 1745, nous permet de connaître l’allure extérieure de l’église reconstruite au XVe siècle 60 (Fig. 15). La nef unique, très élevée, est éclairée à l’ouest par une longue fenêtre, et sur le mur goutterot sud, par deux baies plus petites. La présence de ces deux baies s’explique sans doute par la date tardive de la reconstruction, à un moment où la Règle n’est plus respectée. Un portail s’ouvre latéralement au sud, la porte des fidèles selon l’usage grandmontain. Le porticum a disparu mais un épaississement du mur dans la moitié inférieure de l’élévation méridionale pourrait correspondre au support de l’ancien auvent. Si cette hypothèse s’avérait exacte, nous pourrions être en présence de l’église primitive dont on aurait réutilisé toutes les parties basses.

Le Sauvage. Dessin du XVIIIe siècle
Fig. 15 Le Sauvage. Dessin du XVIIIe siècle (Archives Départementales de l'Aveyron)

Faute de perspective, il n’est pas possible de connaître le dessin du chevet. Il semble surmonté d’un clocher étroit, éloigné de la Règle. L’église est couverte de lauses et couronnée, sur le pignon ouest et sur le clocher, d’une grande croix. Dans le prolongement, le dessin figure un réduit. Ne s’agit-il pas tout simplement de la chapelle des fidèles accolée au sud de l’église et destinée à remplacer le portique, comme à Saint-Michel de Lodève ? 61

Le cloître

Il a complètement disparu, mais on peut encore voir dans l’angle nord-est la base d’un pilier carré. Dans les années 1970, ce pilier était encore surmonté d’une base polygonale 62. L’absence d’arrachements sur le mur oriental laisse supposer l’existence d’une couverture en charpente reposant sur des piles maçonnées. Les galeries avaient 3,45 m de large environ. Il n’y a pas trace de lavabo dans le préau.

Les bâtiments conventuels

L’aile du Levant est encore intacte au rez-de-chaussée. Elle comporte, près de l’église, le passage (5,80 m de long x 2,75 m de large) qui faisait communiquer par deux portes en arc brisé, très simples, le cloître avec le cimetière. Il est couvert d’une voûte en berceau légèrement brisé qui prolonge, sans cordon, les murs latéraux. A l’entrée, côté cloître, une niche, encadrée d’une feuillure, servait sans doute à déposer des livres. Une seconde, plus grande, était creusée dans le mur entre la porte du passage et celle du chapitre, elle faisait fonction d’armarium.

Dans le prolongement, la salle capitulaire, de plan carré (5,80 m x 5,90 m), est voûtée d’une croisée d’ogives, sans arcs formerets. Les nervures toriques, partant très bas dans les angles, se croisent sur une clé ornée d’une fleur à douze pétales d’assez petite dimension (Fig. 16). A la différence de Comberoumal, ces ogives retombent dans les angles sur de courtes colonnes monolithes (0,85 m de haut), sans chapiteaux, mais avec bases identiques à celles de l’entrée, et double socle (Fig. 17). Ce procédé assez maladroit illustre les tâtonnements des Grandmontains pour construire ces voûtes d’ogives. La pièce est éclairée à l’est par deux étroites fenêtres à large ébrasement intérieur dont la base est seulement à 0,50 m du sol primitif. La salle du chapitre communique avec le cloître par trois arcades en plein cintre – une porte flanquée de deux baies – dont les arcs, très profonds, prennent appui sur deux groupes de quatre colonnettes posées sur un mur bahut (Fig. 18). Il ne reste plus aujourd’hui que cinq des huit chapiteaux dont le décor est identique à ceux de Comberoumal. A un astragale en boudin très épais fait suite une corbeille tronconique ornée de feuilles d’eau disposées dans les angles ou de motifs géométriques (Fig. 19). De part et d’autre du passage, les quatre chapiteaux sont réunis par un tailloir commun chanfreiné. A l’extérieur, côté cloître, on notera l’absence d’arc de décharge.

Le Sauvage. Clef de voûte sculptée
Fig. 16 Le Sauvage. Clef de voûte sculptée de la salle capitulaire
Le Sauvage. Salle capitulaire
Fig. 17 Le Sauvage. Salle capitulaire. Colonne d’angle recevant une ogive
Le Sauvage. Entrée de la salle capitulaire
Fig. 18 Le Sauvage. Entrée de la salle capitulaire, côté cloître
Le Sauvage. Chapiteaux d'une des baies de la salle capitulaire
Fig. 19 Le Sauvage. Chapiteaux d'une des baies de la salle capitulaire

La salle des moines et/ou cellier, vaste salle rectangulaire de 12 m de long sur 6 m de large, a reçu un lourd berceau en plein cintre, sans doubleaux, construit en belle pierre de taille en gres 63. Le départ du berceau est marqué par une série de trous de boulin régulièrement espacés. Cette pièce est éclairée à l’est par trois fenêtres étroites à fort ébrasement intérieur, aujourd’hui a demi enterrées. Un jeu savant de découpes est donné aux moellons pour épouser la forme de la baie pénétrant dans la voûte (Fig. 20). Le cloître communique avec cette salle par une petite porte située à l’angle nord-est, dans un massif de maçonnerie servant de palier à l’escalier du dortoir (Fig. 21). Cette porte est couverte d’un arc plein cintre à larges claveaux bien taillés. Un portail (2,15 m de large) ouvrait au nord sur une petite salle (6 m x 4 m), aujourd’hui en ruine et très remaniée. Ce vestibule, ouvert à l’est et à l’ouest par deux grandes portes, faisait saillie sur l’aile nord. Seules, les parties basses sont contemporaines de l’aile du Levant, il n’y avait peut-être pas d’étage à l’ origine.

Le Sauvage. Une baie orientale de la salle des moines
Fig. 20 Le Sauvage. Une baie orientale de la salle des moines
Le Sauvage. Entrée de la salle des moines
Fig. 21 Le Sauvage. Entrée de la salle des moines et porte murée de l'aile nord

L’étage autrefois occupé par le dortoir est totalement en ruine : quelques pans de murs subsistent à l’est et au nord-ouest. Selon la tradition grandmontaine, il était desservi par un seul escalier, sans doute en bois, plaqué contre la façade de la salle capitulaire. L’escalier s’appuyait dans l’angle nord-est de la galerie du cloître, sur un mur saillant dégageant un palier, et débouchait à l’étage, sur la porte du dortoir, toujours en place. Ce dortoir était éclairé par une rangée de petites fenêtres-meurtrières visibles seulement sur l’élévation est. Il en reste deux intactes et la moitié d’une troisième (Fig. 22). Elles semblent disposées régulièrement mais plus espacées qu’à Comberoumal par exemple. Elles sont d’une forme fréquente chez les Grandmontains, un linteau monolithe échancré sur des piédroits appareillés, avec un large ébrasement intérieur, ici à appui plat 64. Une fenêtre de plus grande taille (1,05 m) est percée au milieu de l’élévation orientale. Aucune baie ne subsiste côté ouest, excepté les deux portes identiques, en arc brisé : celle où débouche l’escalier du dortoir et une seconde, communiquant autrefois avec l’aile nord. Cet étage a été fortement remanié par la création de nouvelles ouvertures et de cloisons intérieures délimitant de petites pièces avec cheminée. Il était primitivement couvert d’une charpente comme à Comberoumal.

Le Sauvage. Fenêtres de l'étage du dortoir
Fig. 22 Le Sauvage. Fenêtres de l'étage du dortoir, côté est

De l’aile nord, parallèle à l’église, ne subsiste plus aujourd’hui qu’une portion du mur fermant le cloître (15 m de long), en belle pierre de taille de grès grenat provenant, semble t’il, d’une autre carrière 65. On peut observer une reprise générale à l’étage, dans un matériau plus grossier. Le rez-de-chaussée devait abriter, côté est, le réfectoire,  ouvert sur la galerie par une porte étroite en plein cintre mais sans fenêtres, et côté ouest, la cuisine, totalement ruinée, dont ne subsistent que quelques caves voûtées, inaccessibles maintenant 66. Au prieuré de Pinel (Haute-Garonne), les fouilles ont mis au jour, sous la cuisine et le réfectoire, plusieurs caves et silos 67.

L’aile du couchant a complètement disparu. Seul le dessin de 1745 permet d’en connaïtre les principales dispositions. A l’intersection de l’aile nord et ouest, un pigeonnier domine « l’entrée du couvent », il faisait peut-être pendant au vestibule nord-est. L’aile ouest est percée de deux portes au rez-de-chaussée et de trois fenêtres à l’étage; le tout est couvert d’un toit à double pente. Les deux portes semblent correspondre aux deux passages reliant le cloître et la basse cour, selon l’usage le plus fréquent chez les Grandmontains.

Les deux celles grandmontaines du Rouergue présentent les caractéristiques de l’Ordre : simplicité du plan et des élévations, modestie des proportions, sobriété du décor, stéréotypé. Pour J.-R. Gaborit, cette étroite parenté architecturale est due à la forte centralisation de l’ordre jusqu’au milieu du XIIIe siècle, à sa rapide expansion dans une zone limitée et à un recrutement essentiellement limousin des convers, les véritables responsables de la construction 68. Il est cependant difficile d’attribuer certaines formes (le berceau brisé, la nef unique, les portes latérales dans l’église, la fenêtre à linteau monolithe échancré et fort ébrasement…) à une quelconque influence limousine. Au même moment, la nef unique et l’absence de transept seront aussi une constante chez les Chartreux 69. Les seuls éléments vraiment originaux seraient, dans l’église, la vouta plana et le décrochement entre la nef et le chœur, plus large, dont il est difficile de connaïtre l’origine 70. La taille réduite de ces monastères, issus de l’érémitisme, et la responsabilité des convers, d’extraction modeste, dans la construction de ces édifices, ont sans doute contribué à une certaine uniformité. Les bâtisseurs se sont fortement inspirés de l’architecture religieuse du milieu rural dans lequel ils évoluaient 71. Ainsi, à quelques traits à peu près constants, s’ajouteront des particularités architecturales s’inspirant de traditions régionales, ici méridionales : les colonnes engagées au chevet de Comberoumal, l’abside semi-circulaire à l’intérieur et polygonale à l’extérieur, par exemple.

Conformément aux habitudes de pauvreté de l’ordre, la sculpture est représentée par des chapiteaux à feuilles d’eau ou simplement épannelées dont les modèles semblent peu nombreux et confèrent une certaine monotonie. Les chapiteaux à feuilles d’eau, d’une extrême simplicité, sont à rattacher au courant cistercien languedocien de la seconde moitié du XIIe siècle. Les exemples sont nombreux à Silvanès, Flaran, Lescaledieu, Grandselve… Mais un autre type semble avoir eu la faveur des Grandmontains, celui présentant un tronc de cône et un tronc de pyramide posés l’un sur l’autre, et délimitant à leur jonction un arc de cercle. Cette forme bien particulière est à rechercher dans le berceau de l’Ordre, en Limousin, et sur ses marges, le Quercy en particulier 72. Les Grandmontains l’auraient importée en Rouergue où elle n’a pas connu un large succès. Il n’est pas interdit de penser que cette sculpture d’accompagnement a été fabriquée en série, soit par des ateliers de convers limousins exportant leur production sur les chantiers des celles en construction, soit par le déplacement des mêmes convers, de chantiers en chantiers. M. J.-R. Gaborit a montré l’importance des convers laïcs dans les constructions grandmontaines. Il est par contre difficile, à travers les textes, de savoir si des équipes d’ouvriers locaux ont participé aux travaux. Les exemples des celles languedociennes tendraient à prouver la présence de ces équipes locales.

La clef de voûte de la salle capitulaire du Sauvage appartient au monde cistercien. Prenant modèle sur les clefs de voûte de la salle capitulaire de Fontenay, les cisterciens du Midi ont propagé les clefs ornées de fleurs plus ou moins stylisées 73. On pourrait rapprocher celle du Sauvage de celles de l’abbaye de Belleperche, bien qu’ici le modèle soit plus épuré : une seule rangée de pétales autour du bouton central 74.

Mais l’apport majeur, l’ogive torique, employée exclusivement dans les bâtiments conventuels, en particulier dans les celles du Languedoc (Le Sauvage, Comberoumal et Saint-Michel de Lodève), viendra des Cisterciens. « Occupant le premier rang de l’Église méridionale les Cisterciens en sont, bien sûr, les premiers bâtisseurs au cours de la seconde moitié du XIIe siècle et dans la première partie du XIIIe. » 75. Dans le Midi, l’ogive torique apparaït dans leurs bâtiments monastiques, dans les années 1180-1190, d’abord sur de petites surfaces : salles capitulaires ou des moines, puis dans leurs églises (Silvanès, Fontfroide, Flaran, Lescaledieu…). Il s’agit d’une importation d’origine bourguignonne qui fera figure de véritable nouveauté. Depuis les chantiers de leurs abbayes, les cisterciens propageront ces ogives constituées de gros tores ; les exemples les plus connus hors de leur congrégation sont les salles capitulaires des cathédrales d’Auch et de Tarbes, et de l’abbaye bénédictine de Saint-Savin de Lavedan. Les salles capitulaires du Sauvage et de Comberoumal, la salle des moines de Comberoumal, avec ses ogives retombant maladroitement dans les angles, sans arcs formerets et sans clef de voûte sculptée, s’inspirent sans aucun doute d’un modèle proche géographiquement et précoce dans l’architecture cistercienne : Silvanès 76. Celui-ci est d’ailleurs considéré comme un des plus anciens exemples en terres méridionales. Ces similitudes permettent de proposer une date postérieure à 1190 pour nos deux prieurés grandmontains 77. Il n’est pas interdit de penser que l’équipe de maçons de Silvanès s’est déplacée en Rouergue sur le chantier des celles, se mêlant à l’équipe des convers grandmontains, et à travaillé sur les trois chantiers de Comberoumal, Le Sauvage et Saint-Michel de Lodève, dont les constructions sont très proches stylistiquement et chronologiquement. La salle capitulaire du Sauvage, du fait de sa clef de voûte ornée d’une rose, serait un peu plus récente et bénéficierait peut-être aussi de sa proximité avec les abbayes cisterciennes de Loc-Dieu et Beaulieu 78.

Dans les deux prieurés grandmontains du Rouergue, les structures romanes côtoient les nouveautés gothiques, la voûte d’ogives et le berceau brisé, l’arc plein cintre des fenêtres du dortoir et l’arc brisé des portes… Dans cette période charnière des années 1190-1230, les Grandmontains ne joueront aucun rôle dans la diffusion du gothique et feront même preuve de conservatisme. Mais leur architecture très dépouillée annonce celle des ordres Mendiants, au XIIIe siècle.

Notes

1. Les études sur l’architecture grandmontaine sont peu nombreuses et dispersées. L’ouvrage de référence reste la thèse, inédite, de J.-R. Gaborit, L’architecture de l’ordre de Grandmont, Thèse de l’École Nationale des Chartes, 1963, 2 vol. texte, 1 vol. planches. L’auteur en a donné un compte-rendu : J.-R. Gaborit, L’architecture de l’ordre de Grandmont, Position des Thèses de l’École des Chartes, 1963, p. 67-73. Dans notre travail, nous nous réfèrerons toujours à la thèse. Il faut y ajouter : Dr Grezillier, L’architecture grandmontaine, Bulletin Monumental, t. CXXI, 1963, p. 331-358.

2. L’historien de l’ordre est Dom Jean Becquet, on se reportera à ses nombreuses publications indiquées dans la bibliographie, en fin de l’ouvrage. Nous ne développerons pas ici l’aspect historique du mouvement grandmontain, celui-ci étant largement traité dans les communications précédentes.

3. G. Durand, Les abbayes cisterciennes de l’ancienne province de Rouergue, Découverte du Rouergue méridional/5, Annales de l’UPSR, 1988/1989, Millau, Nove, 1991, p. 361-372.

4. J.-R. Gaborit, op cit, p. 114 : « Si les monastères grandmontains cherchent la solitude, on peut observer qu’ils s’élèvent cependant souvent à faible distance d’une voie de passage importante, soit pour des raisons très normales de commodité, soit de façon moins certaine, pour remplir des devoirs d’hospitalité ».

5. Comberoumal, Commune de Saint- Beauzély, Aveyron. La bibliographie ancienne est signalée dans l’ouvrage suivant : C. Couderc, Bibliographie Historique du Rouergue, Rodez, Carrère, 1931, L. I, p. 264-265. On y ajoutera des études plus récentes: R. Ardourel, Les églises d’origine romane du Rouergue méridional, D.E.S. Histoire, Faculté des Lettres de Montpellier, 1966, p. 164-169 ; P. et C. Bastide, Le prieuré de Comberoumal, Bulletin Monumental, t. 144, 1986, p. 47-50 ; J. Bousquet, Le Rouergue aux XIe et XIIe siècles. Les pouvoirs, leurs rapports et leurs domaines, thèse complémentaire, Université de Toulouse, 1971, chap. V, p. 335-338 ; A. Debat, Vestiges romans du département de l’Aveyron, étude dactylographiée, I, p. 96, 101-102 ; P.E. Vivier, Un cahier de reconnaissances féodales de Comberoumal, Revue du Rouergue, n° 152, 1984, p. 305-309. Pour l’étude historique, nous avons largement emprunté nos informations à l’ouvrage de D. Rey, Le prieuré de Comberoumal en Levézou, Rodez, Carrère, 1925, 88 p. Pour la toponymie du lieu, deux hypothèses peuvent être envisagées : « la combe broussailleuse » (D. Rey) ou « la combe des pèlerins » (J. Bousquet). Nous tenons ici à exprimer notre plus vive gratitude à Ch. et P. Bastide qui nous ont toujours chaleureusement accueillis en nous faisant part de leurs propres observations et en mettant leur documentation à notre service.

6. J Bousquet, op cit, p. 335; D. Rey, op cit, p. 21-27.

7. En effet, le premier miracle, en 1189, se déroule dans le château de Saint-Beauzély. L’épouse du seigneur du lieu protégeait les frères grandmontains d’Aura Ventosa. En 1192, l’épouse ressuscitée du seigneur de Roquetaillade rend visite aux grandmontains établis dans le voisinage, à « Aura Ventosa de Combe romal ».

8. Pour P. et Ch. Bastide, « Aura Ventosa » a pu être la celle originelle, puis un ermitage pour des retraites de moines pendant et/ ou après la phase de construction du prieuré. L’expression de Ventosa ne convient pas à Comberoumal qui est à l’abri des vents.

9. D. Rey, op cit, p. 28-29. Ces deux actes signalés pour la première fois en 1874 par l’abbé Rouquette, n’ont jamais été retrouvés.

10.   J. Artières, Documents sur la ville de Millau, Millau, Artières et Maury, 1930, p. 4, 99-100, 511-512, et Archives communales de Millau, BB 14, 1313 17.

11.   D. Rey, op cit, p. 32-33.

12.   Voir l’étude de R. Saint-Jean sur le prieuré de Saint-Michel de Lodève dans ce volume. J.-R. Gaborit avance plusieurs hypothèses quant au choix de ces 39 prieurés mais celle qui lui paraït la plus plausible est économique, Jean XXII ayant privilégié les monastères qui avaient les meilleurs revenus.

13.   Carrière, Notes paroissiales. Comberoumal, Journal de l’Aveyron, 1er août 1926 ; D. Rey, op cit, p. 35-45.

14.   Les Avants-Causses où sont bâtis les deux prieurés font partie des secteurs les moins déshérités du Rouergue. Ce sont des zones occupées depuis longtemps, et les grandes abbayes médiévales y sont présentes (Conques, Bonnecombe, Saint-Victor de Marseille…).

15.   Archives de la Société des Lettres, Rodez, Notes sur Saint-Beauzely recueillies par A. Carrière, 1907. Comberoumal, p. 39-40.

16.   Chanoine J. Touzery, Les bénéfices du diocèse de Rodez avant la révolution de 1789. État dressé par l’abbé de Grimaldi, Rodez, Imprimerie Catholique, 1906, p. 701-702.

17.   C. Belmon, Visites pastorales du Bienheureux François d’Estaing, Revue Historique du Rouergue, t. IV, 1924, p. 45.

18.   J. Bousquet, Enquête sur les commodités du Rouergue en 1552. Procès avec l’Agenais, le Quercy et le Périgord, Toulouse, Privat, 1969, p. 99.

19.   A l’heure actuelle il n’y a pas trace de remaniements de cette époque pourtant l’abbé Rouquette affirme que « le cloître aurait été endommagé ainsi que les dépendances ». Abbé Rouquette, Notice sur Notre-Dame de Comberoumal, prieuré de l’ordre de Grammont, près de Saint-Beauzely (Aveyron), Congres scientifique de France, Rodez, 1874, p. 301-306.

20.   Selon l’abbé Rouquette, ce prieur aurait relevé les lieux claustraux et rétabli la conventualité.

21.   A. D. 12, G 108, fol 8 v°.

22.   Carrière, art cité.

23.   A. D. 12, G 437, Mémoire concernant les biens que jouissent les religieux de Grammont de Lodève sur la paroisse de Saint-Beauzély, diocèse de Rodez. L. Lempereur, État du diocèse de Rodez en 1771, Rodez, Louis Loup, 1906, p. 255, 259, 273 ; D. REY, op cit, p. 44.

24.   P.-A. Verlaguet, Vente des Biens nationaux du département de l’Aveyron, Millau, Artières et Maury, 1932, t. II, n°3432.

25.   P. et Ch. Bastide, art cité, p. 49-50. Le prieuré avait été transformé, depuis le XIXe siècle au moins, en bâtiment agricole. Il a été définitivement désaffecté en 1969.

26.   Dr Grezillier, L’architecture grandmontaine, Bulletin Monumental, t. CXXI, 1963, p. 333.

27.   J. Delmas, Carte des meulières de l’Aveyron, Procès-verbaux de la Société des Lettres de l’Aveyron, 1975, p. 134-150. « En Aveyron….les meulières sont aussi les carrières des meilleures pierres de construction ». A partir d’une enquête sur les moulins, en 1808-1809, l’auteur dresse une liste des carrières, valable pour le XVIIIe siècle. « Les carrières de Saint-Beauzély, dont la renommée est la plus grande, intéressent tout le Millavois, le Levézou et le Ségala Oriental jusqu’à Naucelle ». (p. 136-137) « Le pays est la patrie des tailleurs de pierre et des bâtisseurs, qui ont parcouru tout le Rouergue, de chantiers en chantiers » (p. 148). Cette exploitation devait exister depuis le Moyen Age.

28.   J. Rouire, La constitution géologique du Rouergue méridional, Découverte du Rouergue Méridional/1, Annales de l’UPSR, 1984/1985, Millau, Nove, 1986, p. 7-52.

29.   La première mesure 1,06 m de large pour 1,045 m de haut et 0,65 m de profondeur ; la seconde, 0,80 m de large pour 1,90 m de haut et 0,83 m de profondeur.

30.   Selon la Règle, il n’y avait pas de séparation entre les clercs et les convers qui vivaient ensemble dans les mêmes beaux.

31.   Ces fenêtres ont 0,70 m de large pour 4,20 m de haut, la largeur de l’ébrasement est de 2,25 m.

32.   Abbé Ravailhe, Combe Roumal, Mémoires de la Société des Lettres, t. I, 1837-1838, p. 263. En 1925, D. Rey signale aussi les vestiges : « Le cloître dégradé pendant les guerres de religion, a totalement disparu, faute d’ailleurs d’entretien… non voûté, mais recouvert en charpente… La charpente reposait sur des arcades à plein cintre portées par de simples colonnettes accouplées deux par deux, dont les fragments existaient encore au dernier siècle et dont nous avons retrouvé quelques débris. Toute l’arcature s’appuyait sur une murette… formant les limites du préau… » D. Rey, op cit, p. 59-60.

  33.   A l’extérieur, côté est, le rez-de-chaussée a des murs plus épais que l’étage. Des pierres d’attente, sur toute la hauteur de l’étage, montrent un changement de parti, le mur ayant été reconstruit en retrait.

34.   A Comberoumal, ces trois blocs remplacent les fûts de colonnes, sans chapiteaux, de Saint-Michel de Lodève ou les colonnettes du Sauvage.

35.   Côté ouest, la charpente du cloître, bien trop haute, empêchait tout percement.

36.   Une des portes charretière porte sur sa clé la date de 1839.

37.   Cette cheminée a pu être élevée au moment où Comberoumal est passé sous le contrôle de Saint-Michel de Lodève, quand le prieur a décidé d’y résider et donc de rendre son séjour plus agréable.

38.   Le Sauvage, commune de Balsac, Aveyron. Pour la bibliographie ancienne voir : C. Couderc, Bibliographie Historique, op cit, t. II, p.58-59. On y ajoutera : J. Bousquet, Le Rouergue aux XIe et XIIe siècles, op cit, chap V, p. 339-341 ; A. Debat, Vestiges romans du département de l’Aveyron, op cit, II, p. 85-86 ; P. Lançon, Aux portes de Rodez. Le monastère grandmontain du Sauvage, Rouergue Magazine, n° 117, 1982, p. 15-16. A. D. 12, 10 G 1, Inventaire des papiers du couvent du Sauvage. XVIIe siècle (après 1657).

39.   Louis Guibert, Une page de l’histoire du clergé français au XVIIIe siècle. Description de l’ordre et de l’abbaye de Grandmont, Bulletin de la Société Archéologique et Historique du Limousin, t. XXIII, 1874, (1875), p. 5-160, 1874, (1876), p. 197-304, t. XXIV, 1876, p. 1-368.

40.   J. Bousquet, op cit, p. 339. Ces chartes concernent la grange d’Is.

41.   A. D. 12, 10 G 1, Fonds du Séminaire de Rodez, Inventaire des papiers…, fol 70. Les archives du prieuré du Sauvage sont actuellement regroupées dans le fonds du Séminaire de Rodez qui est entré en sa possession au XVIIIe siècle. L’étude de ces 29 liasses (10 G 1 à 10 G 29) concernant essentiellement le temporel, permettrait sans doute de mieux cerner son pouvoir économique et par là son évolution historique.

42.   D. Rey, op cit, p. 66.

43.   J. Bousquet, op cit, p. 340.

44.   A.D. 12, 10 G 1, Brevet raisonné des papiers du Sauvage. 1755. Pour les actes les plus anciens nous avons aussi consulté : 10 G 2, Titres de propriété. Actes du XIIIe siècle, et, 10 G 3, Titres de propriété. Pièces du XIVe siècle.

45.   Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, « le vignoble du Sauvage est partagé entre 18 ou 20 tenanciers… » (A. D. 34, G 4386) et dans un inventaire de la même époque, le matériel vinaire est important (A.D. 12, G 436).

46.   Voir la communication de J. Nougaret dans cet ouvrage. Lors du recensement de l’Ordre en 1295, il n’y avait plus que cinq religieux au Sauvage.

47.   Archives de la Société des Lettres, Rodez. Fonds du chanoine J.-L. Rigal, Cahier manuscrit, p. 70, acte extrait des Archives du Vatican, Registres d’Avignon, Innocent VI, ms. 473, fol 571 v°. Dans cet acte du 31 juillet 1363, l’église du Sauvage est déclarée « en ruines » depuis trente ans environ.

48.   C. Belmon, Visites pastorales de Guillaume de la Tour, Revue Historique du Rouergue, juillet 1915, p. 306.

49.   M. Prou, Ch. Perrin, J. de Font-Reaux, Pouillés de la Province de Bourges, Paris, Imprimerie Nationale, t. 1, 1961, p. 304. Fouillé de Pomarède (1510) : « Item prioratus sine cura de Salvagues est in parrochia (Balsac), valet 100 Ib., et consistit in nemoribus et bonis et confertur per abbatem Grandimontis… »

50.   D. 12, 10 G 21. En 1641, ce religieux « fait brûler la plus belle grange du prieuré » et spolie les deux religieux qui vivent au Sauvage.

51.   A. D. 12, 10 G 21.

52.   A.D. 34, G 4351.

53.   A. D. 12, 10 G 21.

54.   Il n’y avait plus que 72 moines pour tout l’Ordre. A. D. 12, G 436 : un inventaire du couvent est dressé à cette occasion, il y a dans l’église: « une lampe d’argent, deux calices, une croix, un ostensoir très beau, deux chandeliers d’argent doré, autres de laiton, à peu près huit, deux aubes neuves… Il y a dans le cabinet de D. Thibault quantité de livres très bons… les cheminées sont toutes garnies… ».

55.   Chanoine Touzery, op cit, p. 191-192 et, L. Lempereur, op cit, p. 423, 437, 444-445, 640.

56.   P.-A. Verlaguet, op cit, t. I, n° 287.

57.   Centre Presse, 19 juillet 1967.

58.   J. Delmas, Carte des…, art cité. A la limite de terrains calcaires et gréseux, le lieu de Balsac fut le berceau d’un grand nombre de tailleurs de pierre expérimentés. (p142).

59.   J.-R. Gaborit, op cit, p. 137. Dans le Midi, l’église de Montesargues était aussi au sud.

60.   D, 12, 10 G 24, Bois du Sauvage (1745-1785), deux plans dont un de 1745.

61.   A Saint-Michel, cette chapelle a été construite au XIVe siècle grâce aux libéralités de Bérenger de Vailhauquez, abbé de Nant.

62.   Abbé Debat, op cit, p 86. En 1925, D. Rey écrivait : « le cloître, en charpente, s’appuyait sur des piliers hexagonaux dont quelques-uns ont été employés â la clôture d’un jardin ». D. Rey, op cit, p. 67.

63.   Les assises sont décroissantes depuis le sol jusqu’ au sommet de la voûte.

64.   Dimensions de ces fenêtres : 0,16 m de large pour 1,15 m de haut.

65.   L’aile nord est en ruine au moins depuis le milieu du XVIIe siècle, Une fenêtre rectangulaire donnant à l’intérieur de cette ancienne aile porte la date de 1662 sur son linteau.

66.   Centre Presse, 19 juillet 1967.

67.   J. Falco, Le prieuré de Notre-Dame de Pinel (ordre de Grandmont) à Villariès, Dossiers Histoire et Archéologie, n° 120, 1987, p. 101-103.

68.   J.-R. Gaborit, op cit, p. 300-305.

69.   J.P. Aniel, Les maisons de Chartreux des origines à la Chartreuse de Pavie, Genève, Droz, 1983, p. 28-32.

70.   Le choix du berceau brisé pour couvrir les nefs uniques, en l’absence de contreforts extérieurs, impliquait des murs très épais mais surtout une largeur réduite de cette nef. Le berceau brisé a été largement adopté par les Cisterciens pour leurs églises.

71.   Cette austérité commune à toutes les celles et cette uniformité apparente, ont peut-être simplement pour cause des moyens financiers réduits, à l’inverse d’ordres plus riches comme les Cisterciens ou les Chartreux. J.-R. Gaborit fait remarquer qu’à l’origine, à quelques exceptions près, ce sera la petite noblesse rurale qui gratifiera les celles.

72.   J. Maury, M.-M. Gauthier, J. Porcher, Limousin roman, Collection Zodiaque, La Nuit des Temps, 11, 2e édition, 1974.

73.   J.-L. Biget, H. Pradalier, M. Pradalier- Schlumberger, L’art cistercien dans le Midi toulousain, Cahiers de Fanjeaux, n° 21, Toulouse, Privat, 1986, p. 346-350.

74.   A. L. Napoléone, Les réserves lapidaires médiévales du Musée Ingres de Montauban, Actes du XLIe Congrès des Sociétés Académiques et Savantes de Languedoc-Pyrénées-Gascogne, Montauban, 20-22 juin 1986, p. 111-128, voir en particulier, p. 119-123.

75.   J.-L. Biget, H. Pradalier, M. Pradalier- Schlumberger, op cit, p. 315.

76.   G. Durand, L’abbaye cistercienne de Sylvanès, Revue du Rouergue, n° 6, 1986, p. 141-172.

77.   J.-L. Biget, H. Pradalier, M. Pradalier- Schlumberger, op cit, p. 344 : « Le groupe le plus ancien de croisées d’ogives est constitué par celles aux retombées fuselées dont l’extrémité demeure saillante sur le tas de charge. Entrent dans cette catégorie les voûtes de la salle des moines et de la croisée du transept de Silvanès, et celles du chœur et de la salle capitulaire de Fontfroide… on doit les dater des années 1175-1200, en accordant peut-être l’antériorité à la salle des moines de Silvanès…

78.   Nous avons étudié les relations entre Grandmontains et Cisterciens dans le Midi de la France lors du colloque de Flaran de juin 1990 : L’architecture grandmontaine dans le Midi languedocien entre 1150 et 1250 (à paraïtre).