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2.00

Description

Les premiers Clermont seigneurs de Paulhan,
d’après des chartes inédites des Templiers de Pézenas

* Archives Municipales de Montpellier

Le fonds de Malte aux Archives départementales de la Haute-Garonne (série H) renferme le chartrier de l’ancienne commanderie templière de Pézenas. Cet ensemble de documents, quasi vierge de la main de l’historien, représente plus de six cents parchemins répartis dans vingt-quatre liasses, couvrant la période du XIIe au XVIe siècles. Il constitue une source majeure pour la connaissance du Centre Hérault au Moyen-Âge. Les Templiers ont en effet pris le contrôle dans la deuxième moitié du XIIe siècle d’une partie du terroir de Pézenas (Bébian, Lestang et Séténières) et de la seigneurie d’Abeilhan plus au sud mais excentrée par rapport à leur implantation piscénoise. Cependant, à la suite des donations de Pierre de Pézenas et de ses proches autour de 1190, leur extension territoriale s’est faite principalement vers le nord, dans la plaine alluviale du fleuve : Lézignan-la-Cèbe, Cazouls-d’Hérault, Usclas-d’Hérault et Vareille alias Valeilhes (commune de Paulhan), la seconde forme étant plus proche du nom médiéval de la villa de Vallellis aujourd’hui recouverte par l’autoroute A75 et dont il ne subsiste que l’église en élévation, l’ermitage Saint-Jean de Vareille.

La liasse 15 dite des « Titres de Paulhan et Saint Jean de Valeilhes » est ou plutôt était la plus exceptionnelle pour son intérêt historique. Elle rassemble les documents parmi les plus anciens du chartrier, tous originaux. Mais elle a aussi subi les lacunes les plus importantes. Seuls les inventaires des archives de Pézenas de 1604, 1653 et 1704 permettent de combler ces pertes. La deuxième pièce, aujourd’hui en déficit, est ainsi décrite dans l’inventaire de 1704 :

« Permission et concession donnée par le viscomte de Bessiers et Aselande (sic) vicomtesse son expouse en faveur des Templiers à tous hommes et femmes de sa Vicomté de donner de biens et fiefs ausdits Templiers, excepté les chasteaux et dominations d’iceux. Et ceux qui leur sont donnés et seront donnés à l’avenir dans toute sadite Viscomté, ils les possederont allodialement. En date de l’an 1135. En parchemin. Cotté n°2. »

Ce privilège accordé par le vicomte de Béziers Raimond Trencavel peut être considéré comme la charte de fondation de la commanderie de Pézenas. S’il ne marque pas le point de départ de l’installation des Templiers dans le secteur – ils reçoivent en effet une première donation en 1131 de la famille de Conas –, il a permis néanmoins le développement de l’établissement piscénois. Le choix de classement de cette charte peut paraître archivistiquement incongru en fin de série, mais il dénote l’importance des documents réunis dans cette liasse, du moins par la qualité des protagonistes. C’est ainsi que la pièce n°1 datée de 1128 nous donne la première mention d’un seigneur de Clermont, et par voie de conséquence la plus ancienne attestation de la ville-même de Clermont-l’Hérault, jusque-là inconnue des historiens, érudits, toponymistes ou autres généalogistes. Et les quelques chartes des seigneurs de Clermont conservées dans cette liasse nous permettent de préciser, si ce n’est de réécrire, l’histoire de ce puissant lignage languedocien issu de l’aristocratie carolingienne aux XIIe et XIIIe siècles.

Le lien entre les seigneurs de Clermont et les Templiers de Pézenas se noue en 1264. Cette année-là, Brenguier Guilhem IV, maître de Clermont de 1249 à 1275, se départit de tous les droits seigneuriaux qu’il détient encore à Paulhan au profit de la Maison de la Milice du Temple de Pézenas. L’acte daté du 18 juin 1264 détaille les vingt-sept honores que possède le seigneur de Clermont dans cette localité. Cette cession, ignorée elle aussi des historiens, est à mettre en relation avec la vente de la villa de Liausson faite quelques temps auparavant, le 23 janvier 1264, par ce même Brenguier Guilhem aux Hospitaliers de la commanderie de Nébian. Il faut sans doute ajouter la même année, une troisième vente dont l’acte n’a pas été conservé ni laissé de trace dans les inventaires, celle des droits seigneuriaux d’Aspiran à l’abbaye d’Aniane. Le seigneur de Clermont, en proie à des difficultés politiques et financières, est contraint d’abandonner une partie de son patrimoine, tandis que par cette acquisition, les Templiers consolident leur position dans la zone de Vareille et d’Usclas. Ces aliénations à répétitions furent préjudiciables pour Brenguier Guilhem et causèrent son discrédit auprès de l’administration royale. Accusé de dilapider son patrimoine et de vendre des droits seigneuriaux à des établissements religieux sans l’accord de son suzerain, ce qui est prohibé par la coutume languedocienne, il est dépossédé de sa terre par le sénéchal de Béziers et ses biens sont placés sous séquestre au nom du roi. Ces aléas de fortunes ne remirent pas en cause la vente de Paulhan aux Templiers. On ne trouve plus trace de droits des Clermont à Paulhan, comme à […]

Informations complémentaires

Année de publication

2018

Nombre de pages

13

Auteur(s)

Pierre-Joan BERNARD

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf