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Description

Les mutineries de 1917 dans les témoignages héraultais

*Professeure agrégée d’histoire, doctorante en histoire contemporaine, Université Paul Valéry-Montpellier 3, CRISES

De l’extrême fin du mois d’avril à la fin du mois de juillet 1917, l’armée française est affectée par un vaste mouvement de désobéissance collective qui accompagne d’autres formes de protestations. Chaque jour, au moins une dizaine de régiments engagés sur le front connaissent sur l’arrière-front des manifestations de soldats qui refusent de se battre, réclament la paix, selon des expressions et des modalités très variées. Ces mutineries dans l’armée française – et au-delà – ont fait l’objet d’études conséquentes. André Loez, qui a récemment revisité cette question en utilisant les outils de la sociohistoire pour se placer au plus près des acteurs souligne qu’aujourd’hui encore, parmi les « deux seuls courts textes qui racontent l’expérience de l’intérieur d’une mutinerie » publiés, se trouve celui de Louis Barthas, le tonnelier du Minervois, mobilisé dans le 296e RI cantonné à Béziers dans lequel se trouvaient beaucoup d’Héraultais. Ce témoignage a par ailleurs démontré de façon implacable l’importance des écrits des soldats en tant que source d’informations factuelles aux côtés des sources militaires comme les JMO (Journal de marche des opérations) puisque dans la thèse de Guy Pedroncini, parue en 1967 qui était la première à faire des mutineries un objet d’étude, aucun régiment méridional, à l’exception du 143e RI de Carcassonne-Castelnaudary, n’était cité parmi ceux qui s’étaient révoltés ce qu’infirma le témoignage du caporal socialiste.

Dans le contexte singulier des opportunités créées par le Centenaire concernant l’accès inédit à de nouvelles sources privées, il devenait alors tentant de se pencher sur d’autres témoignages inédits d’Héraultais pour aussi éventuellement déterminer s’il existait une spécificité méridionale. Cette étude s’appuiera donc sur un corpus aussi précis que très limité de traces parvenues jusqu’à nous. Entre expériences, échos et silences, que disent ces écrits du « moi » et quels éclairages peuvent-ils apporter ?

Élaboration et présentation du corpus

Puisque toute source à la limite peut constituer « un témoignage », il s’agit d’abord de définir le concept. Ici, il s’agira de tout écrit ou récit personnel relatif à la guerre, dont les événements relatés ont été vécus par leurs auteurs et visent à documenter volontairement les évènements dans un souci de véracité, qu’ils soient donc, pour reprendre l’expression de Charlotte Lacoste, « porteurs de l’intention de témoigner de la part de l’auteur » dans l’espace public ou privé. Ont donc été retenues ici des Mémoires (Pierre Justin Bellet, Philomen Mioch, Jacques Victor Robert) rédigées plus ou moins longtemps après le conflit, des carnets de soldats (Pierre Caizergues, Jean Cros, Émile Jourdan) et des correspondances (Jean-Étienne Gout, Joseph Sigal).

Le deuxième critère utilisé pour l’élaboration du corpus a donc été celui du lien géographique des auteurs au département de l’Hérault. En plus de quelques bribes traquées dans la thèse de Jules Maurin, seuls les récits de Philomen Mioch et de Justin Pierre Bellet ont été publiés à une échelle départementale. Les autres sont conservés dans les fonds d’archives. Profitant des initiatives lancées à l’échelle nationale par la Mission du Centenaire et notamment du succès de la Grande Collecte organisée à partir de 2013-2014, le second vivier se trouve sur le site des archives départementales de l’Hérault qui ont mis en ligne de riches collections numérisées classées par auteur et par unités sous le titre « Guerre 1914-1918 ». Pour lancer la quête, ont donc été entrées les occurrences de recherche : « mutineries » et « mutin », « défaitisme », « révolte », « rébellion », « 1917 », « désertion » et « insoumission », puis ont été effectués quelques sondages aléatoires supplémentaires dans vingt-huit récits en privilégiant les régiments de fantassins, de génie et d’artilleurs. Il en est ressorti quatre récits (Jacques Victor Robert, Pierre Caizergues, Jean Cros et Émile Jourdan). Enfin se sont rajoutées la correspondance échangée par l’ouvrier Joseph Sigal avec son épouse Marie ainsi que les quatre lettres envoyées à sa sœur par le capitaine au long cours, Jean Étienne Gout, qui forment deux lots privés déposés aux archives municipales d’Agde. C’est dire si la collecte a été limitée mais elle n’a pas été totalement vaine, d’autant qu’il apparaît qu’en 1917, beaucoup de correspondances se sont déjà arrêtées pour diverses raisons : le soldat a été tué ou a été réformé ou encore hospitalisé, le fonds est en partie incomplet, le témoignage s’arrête sans raison explicitée. Mais on constate également que de nombreux soldats héraultais sont à ces dates en permission, peut-être non sans raison, en formation, ou en Orient, front pour lequel où ne trouve d’ailleurs aucune trace héraultaise de récit des mutineries mais où les Héraultais ont été très nombreux à être envoyés. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2019

Nombre de pages

11

Auteur(s)

Christine DELPOUS-DARNIGE

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf