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Description

Le fonds de la famille de Chauliac aux Archives départementales de l’Hérault (277 J)

* Académie de Nîmes ; chercheuse associée Univ. Montpellier 3 Crises EA 4424
** Martine Berquière Le Brouster, Généalogiste familiale

Il est fréquent de croiser dans les communes françaises, au détour d’une place ou à proximité d’un cimetière, un monument aux morts. Il a été le plus souvent érigé dans les années 1920, en hommage aux nombreux morts de la Première Guerre mondiale. Depuis ce conflit, c’est le lieu des cérémonies commémoratives, en souvenir des morts pour la France de toutes les guerres. On utilise fréquemment de nos jours l’expression de « monument du Souvenir ». Saint-Gély-du-Fesc présente une originalité puisque la ville est dotée de deux monuments du Souvenir. L’un est civil et occupe un espace dans le parc de la mairie, l’autre est religieux et est apposé sur un mur dans l’église. Trente-deux des 33 noms gravés sont communs aux deux lieux et il s’agit des décédés des deux guerres mondiales du XXe siècle. Seul le monument civil porte le nom d’un mort en opérations extérieures (OPEX), en Afghanistan. Trente-trois noms de soldats, 29 de la Première Guerre, trois de la Seconde Guerre et le dernier tombé en 2012. Alors que dans une démarche parallèle nous documentions le destin de ces 33 hommes – ce qui a donné lieu à un dossier particulier et à une publication –, notre intérêt s’est porté sur le support matériel du Souvenir, les monuments 1. En rencontrer plusieurs dans une même commune de la région n’est pas rare. Outre l’intérieur des églises, on peut en mentionner dans les établissements scolaires, les gares, des temples ou des casernes. Moins banal, ici, le second a été édifié soixante ans après le premier. La plaque mémorielle de l’église a été posée entre 1920 et 1925 pendant l’exercice paroissial du curé Lauret, dont le nom y est gravé. Le monument civil a été initié par la municipalité entre 1983 et 1985.

Saint-Gély fait partie des rares communes de l’Hérault qui n’avaient pas érigé de monument public au sortir de la Grande Guerre dans le mouvement général qui s’était produit en France 2. C’était aussi le cas de Murles dans l’ancien canton des Matelles. Saint-Gély n’était ni très pauvre, ni très peu peuplé, avec ses quelques centaines d’habitants, ni épargné par la guerre puisque 29 noms sont inscrits. Le choix avait donc été délibéré. Bien plus tard, des anciens combattants ont éprouvé le désir de célébrer les cérémonies commémoratives dans un lieu civil dédié à cette fonction. Un large espace de rassemblement, mieux adapté aux protocoles récents, le complète. La comparaison de ces deux projets mémoriels permet de placer chacun dans son contexte d’origine. La statue inaugurée le 29 septembre 1985 est l’œuvre du sculpteur sétois aujourd’hui disparu, Pierre Nocca (1916-2016). Il a doté la ville, qui dépasse de nos jours les 10 000 habitants, d’un monument unique d’artiste, qui le situe parmi les réussites de ce type. À la différence de la plaque, la sculpture participe désormais de l’identité locale au sein d’un vaste espace municipal autour de la mairie.

Le premier projet de monument ravive les dissensions politiques
du début du XXe siècle

Plusieurs recherches ont amélioré notre connaissance sur la commune aux deux siècles précédents 3. Saint-Gély a été marqué par la crise du phylloxera dans les années 1870-1880. Il a connu la destruction d’une activité agricole de première importance et a vu de ce fait sa population diminuer. Quand le vignoble est reconstitué avec des plants américains, il accueille une centaine d’arrivants, dont certains pour travailler dans quatre grands domaines. Ceux-ci emploient des ouvriers agricoles souvent jeunes, venus gagner un pécule personnel et s’exercer à la pluriactivité dans ces grandes propriétés. Le village compte à la veille de la guerre environ 600 habitants.

Le maire du début du siècle, Paul de Girard, est un important responsable royaliste régional qui s’est opposé aux républicains de la première heure qu’étaient ses prédécesseurs, Léon Marès puis son fils du même nom, maires entre 1871 et 1884. Tous trois ont en commun d’être de grands propriétaires fonciers dans la commune. De Girard (1841-1925) est maire pendant un demi-siècle, finance l’école catholique de filles du village et fait en sorte que l’école publique de filles soit maintenue à l’étiage pendant des années. Pour scolariser leurs filles, les habitants sont amenés à choisir entre deux écoles, selon leurs idées politico-religieuses ou leur plus ou moins grande autonomie d’action. C’est l’époque de la guerre scolaire entre les Blancs et les Rouges, pour simplifier, les royalistes catholiques et les républicains. […]

Informations complémentaires

Auteur

Danielle BERTRAND-FABRE, Martine BERQUIÈRE LE BROUSTER

Année de publication

2023

Nombre de pages

20