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2.00

Description

Les Maires de Montpellier depuis 1790

* Professeur honoraire d’histoire contemporaine, Université Paul Valéry de Montpellier

Inaugurée sous l’impulsion de Philippe Wolff en 1970 avec l’Histoire de Rennes, dirigée ensuite par Jean Sagnes, la série d’ouvrages collectifs consacrés aux villes par les éditions Privat a donné en fin de chaque volume, la liste des maires depuis 1790. L’appellation de maire n’était certes pas ignorée de l’Ancien Régime qui l’appliquait au premier des six consuls de Montpellier, mais le bouleversement des cadres institutionnels invite à se limiter aux maires qui se sont succédé depuis 1790. Rien ne serait pourtant plus éloigné de la vérité que d’attribuer à l’ensemble de ces derniers, les caractéristiques du XXIe siècle. Pour le citadin actuel, le maire d’une grande ville apparaît comme le chef d’une administration pourvue d’un personnel important, souvent l’un des premiers employeurs de la commune. Avec le scrutin majoritaire, en vigueur depuis 1959, il se trouve choisi directement par la population qui s’est prononcée pour la liste qu’il conduisait. La première réunion du conseil municipal qui procède officiellement à son élection, ne constitue plus à cet égard qu’une formalité comparable au vote par lequel les délégués désignés par l’ensemble des citoyens, confirment le président des États-Unis.

À la différence du président de la République française, le maire n’est pas seulement le chef de l’exécutif ; il dirige aussi les travaux du conseil municipal. Transposé à l’échelon national, ce cumul confierait au chef de l’État, dépourvu de premier ministre, la présidence du parlement. Représentant de la ville, le maire est aussi responsable de l’application des lois, notamment en matière d’ordre public : le pouvoir central ne dispose pas, au niveau communal, d’un délégué comparable au préfet pour le département, le commissaire du Directoire exécutif n’ayant pas survécu à la constitution de l’an III. Faut-il par ailleurs évoquer son rôle dans l’intercommunalité ? Avant même la création de l’agglomération en 2001, le district qui regroupait 12 communes dès 1965, montait à 15 sous les présidences des maires successifs de Montpellier, François Delmas et Georges Frêche. Ce dernier allait prendre la tête de la réunion des 31 communes constituant l’agglomération, les vicissitudes politiques apportant après sa mort la responsabilité de la nouvelle institution à Jean-Pierre Moure. Significativement, ce maire abandonnait Cournonsec pour briguer en 2014, sans succès d’ailleurs, la conduite de la ville principale.

Concrétisés ici dans le départ de la place de la Canourgue, siège de la municipalité de 1813 à 1975, et l’édification de deux nouveaux hôtels de ville, l’extension des compétences et l’alourdissement des tâches suffiraient à distinguer les maires des XXe et XXIe siècles de ceux du XIXe, si les différences n’étaient pas moindres dans les modes de désignation.

Dix années d’instabilité

Les administrations successives de la décennie révolutionnaire n’ont pas toutes procédé de l’élection. Président en la cour des comptes, aides et finances, l’institution judiciaire la plus prestigieuse de Montpellier, Jean Jacques Louis Durand, porté à la tête de la localité début 1790 par le suffrage restreint, est confirmé fin 1792, après la chute de la royauté, par l’unique expérience de suffrage universel au niveau municipal. Mais la radicalisation politique abat l’homme qui incarne la transition entre l’Ancien Régime et la République. Frappé par un décret de la Convention du 9 juillet 1793, il se rend à Paris pour se justifier, en fait pour se voir conduire à la guillotine le 12 janvier 1794 après condamnation par le tribunal révolutionnaire. La municipalité formée entre temps par le représentant en mission Boisset, a pour chef de file Gas, que remplace après la chute de Robespierre, un autre homme de loi, Montels. Suivent d’autres nominations au gré des fluctuations de la politique nationale, une instabilité à laquelle ne mettent pas fin les élections municipales d’octobre 1795 au suffrage restreint. Entre la révocation de Durand en 1793 et l’installation de Louis Granier le 6 juin 1800, Montpellier n’a pas vu porter moins de 15 personnalités à sa tête, par les autorités ou par le vote des habitants, les titulaires n’exerçant pas nécessairement la fonction plus longtemps que les provisoires. Ne totalisant pas 22 mois de 1795 à 1798, les trois présidences non consécutives du pâtissier Pierre Moulinier, ou l’alternance entre Dumas (Fig. 1) et Thibal, accentuent encore la discontinuité que n’arrête pas immédiatement le coup d’État du 18 brumaire (9 novembre 1799).

Parmi ces hommes pour la plupart nés dans la ville et demeurés obscurs, Gas avocat à Marseille, probablement dès avant la réorganisation de la profession en 1810, fait carrière au chef-lieu des Bouches-du-Rhône. Le négociant Fargeon, à Paris sous le Consulat, meurt conseiller à la cour royale en 1831 à Nîmes, où son fils Frédéric, avocat, assurera l’intérim de la mairie en 1848. Cinq au moins sont intégrés dans les institutions napoléoniennes mises en place dans l’Hérault après l’arrivée du préfet Nogaret, le 25 mars 1800. Né en 1759, le protestant André Verdier, vite éloigné du négoce paternel, ne reste pas trois mois président de l’administration municipale, appellation en vigueur depuis 1795. Nommé le 30 mars 1800 au conseil de préfecture créé par la loi du 27 février, il est révoqué le 16 juillet 1815 pour son rôle actif aux Cent Jours. Après une présidence à peine plus longue début 1800, Poitevin du Bousquet, ancien membre du corps des ingénieurs du roi, retiré capitaine du génie en 1791, professeur de mathématiques à l’école centrale de l’Hérault inaugurée le 21 octobre 1796, entre dans une nouvelle voie, celle des juridictions d’exception. L’un des deux citoyens désignés […] (extrait d’article : 2 pages sur 10 (8 illustrations))

Informations complémentaires

Année de publication

2018

Nombre de pages

10

Auteur(s)

Roland ANDRÉANI

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf