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2.00

Description

Les fusillés de la Madeleine Villeneuve-lès-Maguelone,
14 mars – 10 juillet 1944 *

* Cet article est une version adaptée de la monographie du site d’exécution de Villeneuve-lès-Maguelone publié dans le Maitron en ligne et dans le Maitron des fusillés (en ligne).
** Professeur d’histoire-géographie retraité ; rédacteur du Maitron ; trésorier de l’Association Maitron Languedoc-Roussillon.

Entre le 14 mars et le 10 juillet 1944, seize résistants ont été fusillés à Villeneuve-lès-Maguelone, neuf par un peloton de GMR (Groupe Mobile de Réserve) après jugement par la Cour martiale de la Milice de Montpellier, les sept autres par des Allemands, jugés par le tribunal militaire OFK 894 de Nîmes.

La butte du stand de tir de la Madeleine située dans la commune de Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault) a été utilisée pour l’exécution de résistants provenant de divers départements de la R3 et jugés :

Les jugements

Les exécutés de la Madeleine furent condamnés à mort :

D’après Jacques-Augustin Bailly, ce fut l’intendant Pierre Marty qui choisit lui-même les détenus traduits devant une juridiction qu’il mit en place. Il s’agissait d’une justice expéditive, sans instruction ni défense. Il reste peu de traces des procès-verbaux de cette cour et de la documentation la concernant car les dossiers furent en grande partie détruits le 21 août 1944 à la fin de l’occupation allemande de Montpellier. La dernière exécution (les 5 FTPF de Perpignan fusillés le 11 juillet 1944) fut ordonnée par Charles Hornus, le successeur de Marty nommé entre temps à Toulouse. La Cour de justice de la Milice aurait dû aussi condamner Raoul Batany, du mouvement Combat et membre des CFL de l’Hérault. Le 17 août 1944, il fut abattu par deux miliciens à la caserne de Lauwe de Montpellier et sans doute enterré vivant dans une cave de cet édifice.

On remarque que les 7 condamnés par le tribunal militaire allemand le furent lors d’une seule séance alors que les 9 condamnés par la Cour martiale de la Milice donnèrent lieu à 4 procédures sommaires. Dans les deux cas il s’agit de procédures expéditives sans appel.

On peut aussi souligner que la Cour martiale a concentré sa répression sur les FTPF, alors que les Allemands ont frappé pour l’essentiel des résistants de la mouvance MUR7/AS8/CFL. Les condamnés par la Cour martiale avaient été livrés à cette juridiction par la police française ou la Milice. Ce n’est sans doute pas un hasard si les forces de répression françaises ont considéré comme prioritaire l’éradication de la résistance communiste. Cette volonté d’anéantir en premier lieu les organisations de résistance de la mouvance communiste et de ménager – très relativement – les MUR ou l’ORA a souvent été constatée dans nombre de départements de la R3 et de la R4.

Les exécutions

Les condamnés furent exécutés le jour même de leur procès ou le lendemain. Dans le cas des condamnés par l’OFK de Nîmes, ils durent être transportés depuis cette ville jusqu’à Villeneuve-lès-Maguelone, deux communes séparées par une cinquantaine de kilomètres (Villeneuve-lès-Maguelone se situe au sud-ouest de Montpellier). À moins que leur jugement ait été prononcé en leur absence alors qu’ils étaient incarcérés à Montpellier, ce qui était le cas de René Sénégas. Les condamnés par la Cour de la Milice furent exécutés par des pelotons issus du corps des GMR. Parfois, comme la chose est signalée dans certaines notices biographiques des exécutés de la Madeleine, ces pelotons étaient composés de volontaires. Lors de son exécution, Roger Menuisier, gardien de la paix à Perpignan, reconnut et interpella d’anciens collègues du GMR « Biterrois » parmi les membres du peloton chargé de l’exécuter. Le 11 juillet 1944, les GMR exécutèrent les FTPF perpignanais en présence d’officiers allemands. Nous ignorons à quelle(s) unité(s) du Heer appartenaient les soldats du peloton allemand qui procéda aux exécutions du 31 mai 1944.

Le champ de tir de la Madeleine, lieu des exécutions, se trouve le long de la route départementale qui relie Montpellier à Sète, sur les flancs du petit massif calcaire côtier de la Gardiole. Aujourd’hui, il se trouve à proximité de la prison de Villeneuve-lès-Maguelone (400 m. en contrebas). À 300 m au-dessus de la route de Montpellier à Sète a été édifiée la butte de tir où furent fusillés les seize résistants. Aujourd’hui (2016), le champ de tir ayant été désaffecté, elle se trouve au milieu d’une garrigue méditerranéenne dont la végétation s’est réinstallée sur un site que l’armée avait occupé.

Dans tous les cas, ces exécutions relèvent d’un processus de radicalisation de la répression des organisations de résistance, aussi bien de la part des Allemands que de celle menée par l’intendant de police de Montpellier Pierre Marty et son successeur Charles Hornus, deux hauts fonctionnaires de Vichy, miliciens zélés, convaincus du bien-fondé de la politique qu’il convenait de mener sans faiblesse contre les « terroristes » de toutes obédiences. En mettant en place la Cour martiale de la Milice de Montpellier, qui fonctionna pour la première fois le 14 mars 1944, Marty appliquait avec zèle les lois des 20 janvier et 11 février 1944 voulues par Joseph Darnand. Marty, d’ailleurs, participait souvent aux opérations des GMR et de la Milice contre les maquis, quelquefois de concert avec les forces allemandes, dans les deux intendances régionales de police qu’il dirigea successivement, à Montpellier d’abord, puis à Toulouse. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2017

Nombre de pages

7

Auteur(s)

André BALENT

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf