Les familles négociantes protestantes,
Périer et Auriol, de Montpellier et Sète,
aux Archives départementales de l’Hérault

* Adjoint principal du Patrimoine, Archives départementales de l’Hérault.

En juillet 2017, les Archives départementales de l’Hérault ont fait l’acquisition du fonds de deux familles, les Périer et les Auriol, issues des milieux négociants protestants montpelliérains et sétois, des XVIIIe et XIXe siècles, comprenant également ceux de leurs familles alliées. Les Périer, dont les membres ont été, au XVIIIe siècle, durant deux générations, parmi les plus riches banquiers et hommes d’affaires de Montpellier, puis leurs héritiers Auriol, au siècle suivant, ont peu été étudiés. Composé de 9,50 mètres linéaires d’archives, conservé en sous-série 255 J, comprenant nombre de pièces remarquables, le fonds a été remis aux Archives départementales dans un état de vrac extrême ne permettant pas une exploitation pour la recherche historique. Un important travail de classement a été mené afin de donner une structure cohérente au fonds, et de le doter d’un instrument de recherche détaillé, le rendant désormais accessible à la recherche, depuis le début de l’année 2022. La présente communication entend présenter l’intérêt du fonds comme source sur l’histoire de plusieurs grandes familles négociantes protestantes languedociennes, ainsi que sur celle du patrimoine urbain montpelliérain, et exposer la composition de ce fonds singulier.

Une source sur l’histoire de grandes familles négociantes protestantes languedociennes

La famille Périer

Les Périer (ou Périé) sont à l’origine des marchands gantiers protestants nîmois. Installés à Montpellier dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, ils diversifient leurs activités, nouent des alliances prestigieuses et connaissent une grande ascension au siècle suivant. Ils ne doivent pas être confondus avec une famille homonyme commerçant à la même époque à Montpellier, les Périer originaires de Balaruc, propriétaires des sources thermales.

Pierre Périer, né vers 1634 à Nîmes, est le fils de Moïse Périer (décédé avant 1663), maître gantier nîmois, et de Jeanne Rousse. Lui-même marchand gantier, désormais installé à Montpellier vers le milieu du XVIIe siècle, Pierre épouse, le 3 avril 1663, dans le culte réformé, Marie de Narbonne (née vers 1635), fille de Noé de Narbonne, viguier de Faugères 1. En septembre 1685, il abjure le protestantisme ; l’acte d’abjuration le présente comme une marchand parfumeur âgé de 51 ans, père de trois enfants à cette date (deux au-dessus de 14 ans, un dernier en bas âge) 2.

Le 1er octobre 1691, Pierre Périer établit son testament devant maître Tesses, notaire de Montpellier 3. Qualifié de marchand gantier et parfumeur de Montpellier, il choisit d’être enterré au cimetière hors la Porte de la Saunerie. Outre des dons à l’hôpital général, il lègue 4 000 livres, ou une pension annuelle de 300 livres, à sa femme Marie de Narbonne ; sa fille aînée, Anne épouse Flaman, doit se contenter de ce qu’il lui a déjà donné et payé. Il lègue à son autre fille, Jeanne [I.B], 3 000 livres à son mariage, ou à ses 25 ans. Il lègue également à sa plus jeune fille, Anne, actuellement hors du royaume pour cause de religion, 3 000 livres à son mariage ou à ses 25 ans, précisant qu’elle sera privée du legs si elle continue à désobéir aux ordres du roi. Enfin, il nomme son fils François [I.A], également marchand gantier et parfumeur, héritier universel. Pierre Périer avait déjà rédigé un testament olographe sept ans plus tôt à Bordeaux, sans doute en déplacement dans cette ville pour ses activités marchandes.

Le 20 septembre 1692, les créanciers des sieurs Pierre et François Fesquet, père et fils, et Jacques Chabaud, marchands droguistes de Montpellier, vendent à Pierre Périer, marchand gantier et parfumeur de Montpellier, devant le notaire Tesses, une maison ayant appartenu à Pierre Fesquet, par lui acquise de Jean Donnadieu, receveur et payeurs des gages des officiers de la cour des comptes, aides et finances (contrat du 28 novembre 1664, devant maître Bompar, notaire de Montpellier), située dans l’enclos de Montpellier, sixain Saint-Firmin, île de la Grande Loge, rue de l’Aiguillerie, au prix de 7 600 livres 4.

Le 25 octobre 1694, Pierre Périer, marchand gantier et parfumeur, agrandit son patrimoine par l’achat à Isabeau de la Fabrière, d’une vigne située au terroir et taillable de Montpellier, tènement du Pioch de la Graille, pour 165 livres 5.

Le 4 janvier 1698, sa fille Jeanne Périer [I.B], épouse Jean Gautier, conseiller du roi, receveur du grenier à sel de Montpellier, fils de Pierre Gautier, conseiller du roi, assesseur, et de feue Jeanne Brun ; elle reçoit 5 000 livres en dot de son père et de son frère. Jean Gautier reçoit l’office héréditaire d’assesseur offert par son père 6.

Les autres filles de Pierre Périer et de Marie de Narbonne sont toutes mariées à de riches banquiers : Anne épouse Samuel Flaman, banquier de Gênes ; une seconde Anne épouse Jacques Pélissier, banquier de Marseille.

Le 3 décembre 1700, Pierre Périer donne à son fils François [I.A], alors en état de se marier, la maison acquise des créanciers des sieurs Pierre et François Fesquet, père et fils, et de Jacques Chabaud, marchands droguistes de Montpellier, située au sixain Saint-Firmin, île de la Grande Loge 7. Depuis son acquisition en 1692, Pierre Périer avait effectué des travaux de réparation, et l’avait agrandie des biens voisins du président Mariotte. Le lendemain, le 4 décembre 1700, un contrat de mariage est conclu entre François Périer, marchand parfumeur, fils légitime et émancipé de Pierre Périer et Marie de Narbonne, et Jeanne Isnel, fille d’Antoine Isnel, marchand, et de Jeanne Poussel, de Montpellier 8 ; le mariage sera célébré en l’église Notre-Dame des Tables, le 4 juillet 1701 9.

François Périer [I.A] naît à Montpellier en 1666. Membre de l’élite marchande montpelliéraine, il est premier consul et trésorier de la Bourse commune des marchands en 1714, prieur de la même juridiction en 1719. D’abord parfumeur et marchand de laine, il devient l’un des plus riches négociants, banquiers, et hommes d’affaires de Montpellier. L’historien Louis Dermigny le décrit comme un représentant de la catégorie socio-professionnelle des négociants commissionnaires qui se livrent à la fois au trafic régional, au commerce d’importation et d’exportation, à l’armement maritime et aux opérations de crédits, la distinction entre négoce et banque n’étant pas encore clairement établie 10. François Périer est propriétaire de vaisseaux qu’il arme pour le commerce depuis le port de Sète, ainsi que de magasins pour ses embarquements. Un état des marchands de Montpellier, en 1740, le présente comme un négociant en blé, vin, eaux-de-vie, liqueurs, vert-de-gris, cuivre, banque 11 ; il importe également des ballots de café du Levant.

François Périer, puis ses fils, accroissent considérablement le patrimoine familial en biens-fonds. À Montpellier, ils font l’acquisition d’un important quartier de maisons et de jardin (Fig. 1) hors de la Porte de Lattes, à l’issue d’un long contentieux. Ils élargissent géographiquement leurs possessions aux dépens d’un de leurs débiteurs, l’avocat Louis Fontanès 12. En 1739, François Périer père débute un contentieux contre Daniel de Vieussans, trésorier de France, et Louis Fontanès, propriétaire de nombreux biens notamment à Saint-Laurent-d’Aigouze (dont il est maire et greffier) et Aigues-Mortes, concernant la saisie des blés vendus par Louis Fontanès à François Périer. Cette récolte, provenant du domaine Fontanès à Saint-Laurent-d’Aigouze, devaient servir au remboursement d’une partie de la somme prêtée par François Périer à Louis Fontanès, pour l’achat par ce dernier de l’île du Môle (également nommée île Sainte-Marguerite), à Aigues-Mortes. Le contentieux ne sera achevé qu’à la génération suivante.

Plan du jardin des pauvres de l’hôpital Saint-Éloi, près la Porte de Lattes, à Montpellier, en 1700, acheté par François Périer. (Arch. Dép. Hérault, 255 J 147).
Fig. 1 Plan du jardin des pauvres de l’hôpital Saint-Éloi, près la Porte de Lattes, à Montpellier, en 1700, acheté par François Périer. (Arch. Dép. Hérault, 255 J 147).

Né catholique, François Périer père meurt protestant le 31 janvier 1754, dans sa maison de la Grand-Rue, à l’âge d’environ 88 ans 13. Il a eu cinq enfants de son mariage, en 1701, avec Jeanne Isnel : Pierre [II.A] (né en 1702) 14, marié à Madeleine Suzanne Lavit, en 1725 ; Marie (1703-1714, enterrée à la chapelle de la Madeleine, église Notre-Dame-des-Tables), François [II.B] (baptisé le 12 mai 1705 15, mort le 14 messidor an VI 16), Jeanne (née en 1706 17) et Jacques [II.C] (baptisé le 9 janvier 1709 18, mort protestant le 20 septembre 1779 19).

Très tôt, François Périer implique ses fils dans ses activités. Son fils aîné, Pierre (baptisé le 6 juin 1702, décédé vers 1731) ne paraît pas avoir été receveur des gabelles et trésorier général des finances à Montpellier, comme le prétend Pierre Burlats-Brun. Il est avant tout un négociant actif à Bédarieux, servi par son mariage en 1725 avec Madeleine Suzanne Lavit (vers 1708-1791), originaire de Clermont-l’Hérault ; Pierre apparaît également impliqué dans le négoce montpelliérain. Dans divers contentieux, il est cité comme un des directeurs du syndic des créanciers de Georges de Salasc, marchand de Montpellier, et Joseph Aribert, mais aussi dans un syndic opposé aux frères Simon et Arnail Gilly, et à Marie de Guérin, veuve de Jacques Gilly, parmi les principaux négociants montpelliérains de l’époque, propriétaire de la raffinerie royale de Sète 20. Le couple Pierre Périer et Madeleine Suzanne Lavit a trois enfants : Suzanne [III.A] (baptisée le 1er décembre 1727), Jeanne [III.B] (née en 1729 21) et Pierre François, fils posthume de Pierre Périer né en 1731 22 (décédé sans postérité après 1751).

François Périer fils [II.B], né en 1705, est associé aux affaires de son père dès les années 1740. Il le représente notamment dans des voyages qu’il fait pour défendre ses intérêts à l’occasion de contentieux. À la mort de son père, il poursuit les activités familiales dans le négoce et la banque avec son frère cadet, Jacques [II.B] (né en 1709). Les activités bancaires sont également la source de nombreuses procédures judiciaires contre les débiteurs.

Le contentieux contre Louis Fontanès reprend à la suite d’un événement tragique : l’assassinat, en octobre 1744, d’Hyacinthe Fontanès de Malherbe, trésorier de France en la généralité de Montpellier, frère de Louis Fontanès. La victime avait désigné dans son testament l’Hôpital général de Montpellier comme héritier de ses biens, au détriment de son frère, Louis, qui avait été condamné, en 1741, à payer une importante somme à Daniel de Vieussans, trésorier de France, pour une lettre de change cédée par Hyacinthe Fontanès de Malherbe. Louis Fontanès réclame la cassation du testament et son maintien dans les biens délaissés, avant d’être rapidement accusé d’avoir fomenté le meurtre de son frère. Leur mère, Gabrielle de Moinier, veuve et héritière de Jacques Fontanès, ainsi que Suzanne Fontanès veuve Colombier, et d’autres parents, réclament la succession, arguant de l’indignité de Louis Fontanès. Mais en 1754, les frères François et Jacques Périer forment opposition envers les saisies et les procédures en cours, revendiquant le droit à la succession pour deux sommes capitales que leurs devait Louis Fontanès : la première de 3 999 livres pour une obligation consentie par Louis Fontanès à leur père ; la seconde de 12 108 livres, correspondant au montant de lettres de change pour lesquelles Louis Fontanès avait été condamné par la Bourse de Montpellier en 1751. Ils produisent de nombreux documents devant la cour, se faisant expédier compoix et cadastres des communautés, pour contribuer au recensement des biens considérables des Fontanès situés pour la majeure part près des étangs. En janvier 1758, le parlement de Toulouse rend un arrêt favorable aux frères Périer qui reçoivent tous les biens saisis à Fontanès 23. Le patrimoine acquis est immense : il se compose de l’ancien collège de Mende à Montpellier, de maisons, de domaines et de terres dans les paroisses de Pérols, Marsillargues, Saint-Laurent-d’Aigouze et Aigues-Mortes (notamment la seigneurie de l’Ile du Môle). Ce jugement est la source de nombreuses procédures, dans les années qui suivent, résultant de la contestation du séquestre des biens de Louis Fontanès au profit des frères Périer 24.

Quelques années après, les Périer captent une autre succession, celle de Jacques Moinier, procureur au sénéchal de Montpellier, décédé en 1761, qui avait institué Jacques Périer, dans son testament mystique, comme son héritier universel et général. Jacques Moinier était un parent de Louis Fontanès et peut-être un débiteur des frères Périer.

Les Périer font fructifier leurs nombreuses acquisitions, louant les maisons et faisant exploiter les domaines par des fermiers. Dans leurs terres de l’Ile du Môle, ils font cultiver la farine de jonc qu’ils exportent. Les biens-fonds possédés par les frères Périer sont évalués en 1778 à 841 000 livres 25.

Pourtant, dès les années 1770, les affaires semblent moins favorables aux Périer qui connaissent certains échecs. Ils sont notamment entraînés par Antoine Lacroix Cauvy dans une entreprise coûteuse visant à la mise en navigation de la rivière Hérault et à l’exploitation du bois des forêts de Gévaudan 26. Une société est conclue entre les frères Périer, le seigneur de Saint-Sauveur, Monsieur de La Mélouze, Guillaume Périer et le sieur Cauvy, expert en construction de navire ; un mémoire est présenté aux États de Languedoc par la nouvelle compagnie qui sollicite un privilège exclusif en échange des travaux supposés rendre navigable l’Hérault et ainsi permettre d’alimenter la province en bois du Gévaudan. Les associés consentent d’importants investissements pour un projet qui connaît une faillite rapide.

À la mort de Jacques Périer, en 1779, sans postérité, sa nièce Jeanne [III.B] hérite de ses biens mais aussi de nombreuses dettes. La succession est l’occasion d’un conflit entre Jeanne Périer et son oncle François. Dans la correspondance échangée avec Jean Sabatier, son procureur, la nièce encourage son oncle à vendre les chevaux, voitures et autres mobiliers qui ne lui seront pas nécessaires, pour la liquidation des dettes de la société 27. La fin des années 1770, voit la famille Périer vendre une large part du patrimoine acquis : notamment la maison de la Grand-Rue en 1778 28, le mas du Mazet (Saint-Laurent-d’Aigouze) en 1785, la vigne de La Cavalade en 1786, et certains biens autour du canal de Sète. Les Périer banquiers empruntent désormais d’importants capitaux. En mars 1776, ils s’obligent pour une rente annuelle de 2 400 livres due au marquis de Vanmarcke, lieutenant général des troupes d’Espagne, gouverneur de Valence, en échange d’un capital de 60 000 livres 29 ; la rente est assise sur les revenus de deux maisons possédées par la famille à Montpellier, dont l’ancien collège de Mende. À la mort du marquis, la rente sera due à ses héritiers, jusqu’à son rachat par Élysée Antoine Auriol, en 1836 30.

Dans ses dernières années, à la veille de la Révolution, François Périer poursuit le négoce avec son petit-neveu, Élysée Auriol, négociant en vin de la Maison Périer à Sète. Il meurt sans héritier le 14 messidor an VI. L’héritage échoit aux filles de Pierre Périer, nièces de François et Jacques : Suzanne [III.A] qui a épousé en 1753, Jean de Gau de Frégeville, et a donné naissance à Charles Louis Joseph de Gau, marquis de Frégeville (1762-1841), qui deviendra général de la Révolution et se couvrira d’honneur à Valmy ; Jeanne [III.B] qui a épousé, en 1752, Jean Élysée Auriol (1719-1792), seigneur de Lasgraisses, Cadalens et Sieurac, en Albigeois.

Généalogie simplifiée de la famille Périer. (Schéma par l’auteur)
Fig. 2 Généalogie simplifiée de la famille Périer. (Schéma par l’auteur)

La famille Auriol

Les Auriol (ou d’Auriol, sous l’Ancien Régime) sont une famille de banquiers et de marchands protestants originaires de Castres. Les différentes branches ont essaimé à travers l’Europe, consécutivement à la Révocation de 1685 ; ces banquiers castrais ont en effet fait souche également à Lyon, Marseille, Londres, Lisbonne et Amsterdam. Les Auriol s’imposent parmi les principaux représentants du grand capital languedocien et comme des piliers de la banque internationale naissante au XVIIIe siècle.

La branche qui recueille en partie l’héritage des banquiers Périer est la branche aînée des Auriol de Lasgraisses. Elle a pour origine Jean Auriol (circa 1600-1670), marchand, ancien membre de l’Église réformée de Castres, qui épouse, en 1633, Lydie de Bel. Le couple a de nombreux enfants, dont Élysée [I.A], auteur de la branche aînée des Auriol de Lasgraisses, qui suit ; David [I.B], auteur de la branche cadette des Auriol de la Laugerie, et Izaac [I.C]. David et Izaac sont des marchands et bourgeois de Castres, associés dans une société de crépon 31.

Élysée Auriol [I.A] (ca 1636-1693) est marchand à Castres où il acquiert une grande fortune. En 1659, il épouse en premières noces Anne de la Bauve d’Arifat, puis, en 1676, en secondes noces, Élisabeth de Belloc, de Réalmont. De ce second mariage, naissent notamment Pierre [II], qui suit, ancêtre des Auriol de Sète, et Jean Louis, auteur du rameau suisse et anglais.

Pierre Auriol [II] (ca 1670-1753) est un des principaux banquiers de Castres. En 1745, il achète la seigneurie de Lasgraisses, pour 48 500 livres, à une prestigieuse débitrice, la comtesse de Poitiers, sœur et héritière d’Armand de Bourbon-Malause, seigneur de Lasgraisses. Pierre Auriol épouse, en premières noces, Rose de Léonard (morte avant 1718), et en secondes noces Marthe de Belloc, dont il a plusieurs enfants : Pierre Élysée [III.A], qui n’aura pas de postérité, et Jean Élysée [III.B], ainsi que Marie [III.C], décédée en 1749 32.

Jean Élysée Auriol [III.B] (1719-1792) épouse le 5 septembre 1752, à Montpellier, Jeanne Périer, fille de Pierre Périer et Suzanne de Lavit, héritière de Jacques et de François Périer, ses oncles. À l’occasion de son mariage, Jean Élysée reçoit en don de son père la seigneurie de Lasgraisses, et les fiefs de Cadalens et Sieurac. C’est en qualité de seigneur de Lasgraisses qu’il siège dans les rangs de la noblesse pour l’élection des députés aux États généraux de 1789. La famille Auriol perd définitivement ses titres et droits sur la terre de Lasgraisses à la Révolution. Le couple a de nombreux enfants 33 dont Marthe [IV.A] (1753-1821) qui épouse en 1781 le colonel d’infanterie Jean Louis d’Isarn 34 ; Pierre [IV.B] (1754-1835), chevalier de l’ordre de Saint-Louis, officier supérieur qui émigre à la Révolution et participe à l’expédition de Quiberon ; il sera nommé colonel de la garde nationale de l’Hérault sous la Restauration 35 ; Suzanne (1757-1824) [IV.C] 36 ; Rose (née en 1758) [IV.D] mariée, en 1783, à Paul Antoine Lavabre, fils d’un négociant de Castres 37 ; François Auriol de Castella (1762-1842) [IV.E] qui épouse Louise de Jean (ou Dejean) 38 ; Jacquette Sophie (née en 1768, meurt après 1821) [IV.F] mariée à François Malhole ; et Jean Louis Élysée dit Antoine qui suit [IV.G].

Jean Louis Élysée dit Antoine Auriol [IV.G], naît à Castres en 1769. Il s’engage pendant la Révolution ; il sert comme lieutenant lors de plusieurs campagnes. Il démissionne en 1795 à la suite d’un différend avec Saint-Just. Sa vie étant menacée, il décide de se cacher et s’établit auprès de sa mère, au domaine Périer, près de Sète. Il devient négociant en vin, à Sète, pour la Maison Périer, appartenant à son grand-oncle, le banquier montpelliérain François Périer 39. En 1806, Antoine épouse Anne Suzanne Calvairac de Latourette (décédée en 1852), dont la famille est originaire de Bordeaux 40.

Élysée Antoine gère la succession de sa mère Jeanne Périer, puis défend les intérêts de sa famille lors d’un contentieux opposant les héritiers Auriol aux consistoires des Églises réformées de Montpellier et de Saint-Hippolyte, concernant une somme qu’aurait léguée le procureur Jacques Moinier à Jacques Périer, pour la construction de deux temples dans les mêmes villes ; les Auriol héritiers des Périer seraient donc débiteurs de ces consistoires 41.

En 1816, Élysée Antoine rachète la part de l’héritage Périer, à Sète, qui avait échu à la famille de Frégeville : Charles Louis Joseph de Frégeville lui vend une maison et une vigne qui font ensuite l’objet d’un contentieux 42. En 1836, il solde la rente due par les héritiers des frères Périer à la comtesse de Cron, héritière du marquis de Vanmarcke.

Notable sétois, Élysée Antoine est membre du consistoire de l’Église réformée de Sète dès 1808, et également son trésorier en 1813 43. Il est adjoint au maire de Sète et expert en affaires maritimes auprès des tribunaux 44.

Vers 1822, il crée la société Auriol et Kruger-Hinsch (commerce en vins, eaux de vie, esprits), et à partir de 1840, la société Auriol père et fils.

Élysée Antoine meurt à Sète en 1851. De son mariage avec Anne Suzanne Calvairac de Latourette naissent trois fils : Pierre Louis Eugène (ca 1808-1887) [V.A], associé à son père et à son frère Maurice dans la maison de commerce familiale ; il épouse en 1836 Marie Caroline Benezech, dont il a un fils, Léon, qui épousera Louise Wimberg, et une fille, Louise, qui épousera Eugène Médard ; Jean Jacques Alexis [V.B] ; et Charles Maurice (1812-1889) [V.C], qui devient un important négociant sétois et reprend la société Auriol. Charles Maurice Auriol épouse Henriette Pradelles de Latour-Dejean ; leur fils Gaston (1844-1897), également négociant, épousera, en 1871, Thérèse des Hours-Farel (1850-1896), une cousine de Frédéric Bazille qui apparaît sur ses toiles La robe rose (1864) et La réunion de famille (1867).

Portrait photographique de Thérèse Auriol née Des Hours-Farel, cousine et modèle de Frédéric Bazille, représentée sur sa toile La Robe rose (1864) et la Réunion de famille (1867-1868) (Arch. Dép. Hérault, 255 J 4).
Fig. 3 Portrait photographique de Thérèse Auriol née Des Hours-Farel, cousine et modèle de Frédéric Bazille, représentée sur sa toile La Robe rose (1864) et la Réunion de famille (1867-1868) (Arch. Dép. Hérault, 255 J 4).
Portrait du général Jacques-David Martin de Campredon (1761-1837) (Arch. Dép. Hérault, 255 J 4).
Fig. 4 Portrait du général Jacques-David Martin de Campredon (1761-1837) (Arch. Dép. Hérault, 255 J 4).

Jean Jacques Alexis Auriol [V.B], né en 1810, rompt avec la tradition familiale du négoce et devient ingénieur des Ponts-et-chaussées 45 ; il est également propriétaire à Sète. Il reçoit la Légion d’honneur à la fin de la décennie 1840. Il épouse, en 1847, Julie Charlotte des Hours-Farel 46, issue d’une des plus grandes familles de notables montpelliérains, fille de François Paul des Hours-Farel (1788-1878), et de Juliette Suzanne Gabrielle Martin de Campredon (1803-1891), elle-même fille du général protestant Jacques-David Martin de Campredon,. D’ancienne noblesse militaire, riche manufacturier, chevalier de la Légion d’honneur, François Paul (dit Paulin) des Hours-Farel appartient à l’élite politique et économique montpelliéraine sous la Monarchie de Juillet ; il siège au tribunal de commerce et préside la Chambre de commerce à deux reprises, ainsi que la Société centrale d’agriculture de l’Hérault. Propriétaire du journal influant Le Courrier du Midi, il s’engage en politique, devenant conseiller municipal, puis maire de Montpellier, et enfin conseiller général de l’Hérault.

L’union d’Alexis Auriol et de son neveu Gaston Auriol avec les des Hours-Farel, lie les Auriol aux autres grandes familles protestantes montpelliéraines : Leenhardt, Vialars, Bazille, Pagézy, Tissié (banque Tissié-Sarrus), Teulon. Ce sont des membres de cette grande société bourgeoise qui sont peints par Frédéric Bazille dans son célèbre tableau La réunion de famille (1867), sur la terrasse du domaine de Méric.

L’épouse d’Alexis Auriol reçoit une partie de l’héritage des familles des Hours et Martin de Campredon, notamment des droits sur le domaine de Mézouls, ancienne propriété de sa mère, Juliette Suzanne Gabrielle Martin de Campredon, mais aussi un hôtel montpelliérain sis au numéro 5 de la place de la Canourgue 47, où est mort le général de Campredon en 1837, et le château Randon, à Celleneuve.

De leur mariage, Alexis Auriol et Charlotte des Hours-Farel ont trois enfants : Louis Jules Alexis (mort en 1887 sans postérité) 48 [VI.A] ; Rose Pauline Suzanne [VI.B] (ca 1852-1920) qui épouse, en 1876, Félix Pradelles de Latour-Dejean, magistrat et propriétaire du domaine de Mirabel, à Labruguière (Tarn) 49 ; et Charles [VI.C].

Charles David Gabriel Eugène Auriol [VI.C] naît en 1858 à Marseille. C’est en Provence qu’il passe ses premières années, auprès de ses cousins de la famille Roman, apparentés aux des Hours-Farel. Ernest Roman (né vers 1827), négociant avignonnais, avait épousé Juliette Gabrielle des Hours-Farel, sœur de Charlotte. De leur mariage, naissent cinq enfants qui resteront proches de Charles, surtout Paul Roman avec lequel il échange une correspondance régulière, après son départ de Marseille 50. Charles et sa sœur Rose resteront également toujours proches d’autres cousins apparentés aux des Hours-Farel, les Boissier, issus du mariage entre Amélie Antoinette des Hours-Farel, une autre sœur de Charlotte, et Alfred Boissier, médecin inspecteur de la station thermale de Lamalou 51.

Charles se destine à une carrière juridique. Étudiant à la faculté de droit de Toulouse, il présente, en 1884, une thèse de doctorat intitulée Du Rôle de la possession d’État en droit romain et en droit civil français. Devenu avocat, il prête serment à la Cour d’appel de Toulouse, ville où il installe son bureau rue Fermat. Quelques années plus tard, il quitte Toulouse pour la Cour d’appel de Paris. Enfin, il s’installe à Montpellier, vers 1888-1889, où il poursuit son activité d’avocat 52. Charles vit également du produit de ses propriétés à Montpellier et à Sète ; il possède dans cette dernière ville plusieurs maisons qu’il loue.

À Montpellier, Charles vit dans la maison du numéro 5 de la place de la Canourgue, où il entreprend des travaux de rénovation 53 ; il est également présent à Mézouls et au château Randon, auprès de sa mère.

En 1889, Charles Auriol épouse Henriette Caroline Madeleine Cazalis (née à Montpellier, en 1864), fille de Gaston Cazalis et d’Eugénie Louis Coralie Castelnau ; Gaston Cazalis est l’héritier d’une famille de riches industriels qui a installé dans son domaine de Lavanet, à Montpellier, une usine de produits chimiques. Les familles Cazalis et Castelnau sont apparentées aux autres grandes familles négociantes montpelliéraines : Bazille, Leenhardt, Pomier, Sabatier.

Portrait photographique de Charles Auriol, avocat, historien de sa famille et du Premier Empire (Arch. Dép. Hérault, 255 J 4).
Fig. 5 Portrait photographique de Charles Auriol, avocat, historien de sa famille et du Premier Empire
(Arch. Dép. Hérault, 255 J 4).

Charles Auriol, docteur en droit, est aussi un passionné d’histoire et notamment de l’histoire militaire du Premier Empire, période où s’est illustré son arrière-grand-père le général Martin de Campredon. Il mène une carrière scientifique et côtoie la société savante montpelliéraine. Charles souscrit aux fêtes du VIe centenaire de l’Université de Montpellier, en 1890. Dès 1891, il est élu à l’Académie des Sciences et Lettres de Montpellier, qu’il quitte en 1906. Il participe à l’exposition nationale des Sciences et des Lettres, de 1896. En 1897, la Société d’agriculture de l’Hérault l’élit membre titulaire ; il est également membre de la Société languedocienne de géographie. Sa candidature à la Société de la Grande loge de Montpellier est acceptée dès 1882. 54

En 1888, Charles publie des documents qu’il a annotés sur son ancêtre Martin de Campredon. La famille des Hours-Farel possédait en effet des notes, un journal personnel, et un journal du siège de Dantzig, qui ont été mis à la disposition de Charles Auriol pour l’élaboration de son ouvrage Défense de Dantzig en 1813, journal personnel, journal du siège et notes du général de division Campredon, commandant du génie du Xe corps, publié chez Plon, Nourrit et Cie55. Deux ans plus tard, Charles Auriol publie La Défense du Var et le passage des Alpes. Charles s’intéresse à une autre personnalité marquante du Premier Empire, Casimir Poitevin de Maureilhan (1772-1829), apparenté aux Campredon et des Hours 56. En 1904, il écrit l’ouvrage La France, l’Angleterre et Naples de 1803 à 180657.

Charles Auriol est également le conservateur des archives de sa famille, qu’il exploite pour ses travaux historiques, et qu’il met parfois à la disposition d’autres chercheurs ; il prête notamment à l’historien montpelliérain Louis Grasset-Morel les plans des propriétés de François Périer autour de la Portes de Lattes, au XVIIIe siècle. Il entreprend également des recherches généalogiques sur sa famille et échange avec des érudits intéressés par l’histoire des Auriol 58. Il correspond notamment avec Louis Mazens, notaire à Lasgraisses, ami de la famille et auteur d’une étude monographique sur l’ancien fief des Auriol 59.

Charles Auriol étant mort sans descendance en 1907, la postérité de la famille est assurée par les descendants de Maurice Charles Auriol (1812-1889) [V.C], époux d’Henriette Pradelles de Latour-Dejean. Le couple a trois fils : Gaston (1844-1897) [VI.A] qui épouse, en 1871, Thérèse des Hours-Farel (1850-1896) ; Albert Félix (1847-1922) [VI.B] marié, en 1871, à Marguerite Adèle Cormouls ; et Fernand [VI.C].

Gaston Auriol [VI.A] et Thérèse des Hours-Farel ont quatre enfants : Adrienne Madeleine [VII.A] (1872-1955) qui épouse, en 1895, Jules Eugène Albert Leenhardt (1864-1941) ; Blanche [VII.B] (1874-1957) mariée, en 1895, à Jules René Henri Cazalis (1866-1951) ; Maurice [VII.C] (1872-1942) qui épouse Yvonne de Cabrol de Mouté (1880-1943), et enfin André [VII.D].

Le couple Maurice Auriol et Yvonne de Cabrol de Mouté, a notamment François (1910-1973) [VIII.A] qui épouse, en 1937, Christiane Pradelles de Latour-Dejean (1912-1989) 60.

Généalogie simplifiée de la famille Auriol. (Schéma par l’auteur)

Fig. 6 Généalogie simplifiée de la famille Auriol. (Schéma par l’auteur)
Plan de partie du faubourg de la Porte de Lattes distribué par Monsieur de Grave à Toulouse, signé Lablottière (18 février 1726) (Arch. Dép. Hérault, 255 J 147).
Fig. 7 Plan de partie du faubourg de la Porte de Lattes distribué par Monsieur de Grave à Toulouse, signé Lablottière (18 février 1726) (Arch. Dép. Hérault, 255 J 147).

La famille Séguier de Terson

La famille Séguier est originaire d’Espérausses, en Albigeois. Plusieurs de ses membres ont exercé l’office de notaire royal. Jacques Séguier [I] est notaire royal héréditaire du lieu de Brassac, près d’Espérausses, entre 1594-1624 ; il instrumente également les actes des communautés de Gijounet, Pierre-Ségade, Berlats et Viane. À partir de 1609-1610, il fixe sa résidence à Espérausses. Son fils Jean Séguier [II], né de son mariage avec Anne Calvairac, est reçu notaire héréditaire au lieu de Brassac, le 24 avril 1634 61. Jean Séguier épouse Claude de Rey ; leur fils Abraham (meurt avant 1728) [III] est greffier aux ordinaires d’Espérausses et de Prades, puis notaire 62. Vers 1698, Abraham Séguier apparaît comme fermier de la seigneurie et des droits d’Espérausses, dont le bail lui a été concédé par les sieurs de Rozel et de la Matte 63 ; en 1719, il intervient comme expert sur l’usage des eaux des fontaines de Lacaune. Marié, en 1672, avec Louise Viala, le couple a pour enfants : Jean Séguier dit l’aîné (décédé en 1747) [IV.A], Louis [IV.B] 64, Jacques (ca 1707-1759) [IV.C], Suzanne [IV.D], qui épousera le marchand lyonnais Jean Cabrol, Henriette [IV.E] et Catherine [IV.F].

Jean Séguier l’aîné exerce d’abord la fonction de greffier aux ordinaires d’Espérausses 65. Il devient ensuite un important négociant et banquier à Castres. Associé à ses frères et à d’autres hommes d’affaires, il s’implique dans plusieurs compagnies et maisons de commerce. Vers 1734, Jean Séguier possède une société à Montpellier, avec les sieurs Prades et Duveil. Une lettre de change témoigne qu’il est en relation avec François Périer, grand négociant et banquier montpelliérain. Dans ses affaires, Jean Séguier fait souvent confiance à des parents qui représentent ses intérêts ou entretiennent un commerce avec lui : son frère Louis Séguier, à Paris et à Rotterdam, vers 1720 ; Jean Cabrol, son neveu lyonnais, vers 1730 ; son beau-frère de Terson, à Ratisbonne, vers 1734. 66

Outre sa maison de Castres, Jean Séguier possède une maison de campagne à Mirabel, dans le consulat de Labruguière. En 1736, il confie à un métayer, François Landes, l’exploitation de sa métairie de Mirabel haut 67. Il épouse Marie de Terson, dont il a au moins six enfants : Henriette (1733-1763) [V.A], Jean-Jacques [V.B], Alexandre (mort en 1749) [V.C], Madeleine [V.D], Raimond [V.E] et Philippe (1744-1822) [V.F].

Deux enfants seront mariés à des membres de la famille aristocratique protestante Pradelles de Latour-Dejean : Henriette [V.A] qui épouse Jean Pradelles de Latour-Dejean (ca 1711-1797) ; Philippe [V.F] qui se marie, en 1788, avec Madeleine Pradelles de Latour-Dejean (ca 1756-1794).

L’héritage de la famille Séguier de Terson, propriétaire du domaine de Mirabel, revient, à la fin du XVIIIe siècle, à la famille Pradelles de Latour-Dejean.

La famille Pradelles de Latour-Dejean

Les origines de la famille sont assez obscures. Jean Pradelles de Latour-Dejean, époux d’Henriette Séguier de Terson, pourrait avoir été seigneur de Lamotte. Leur fils Philippe (ca 1752-1835) épouse, en 1783, à Castres, Marie Madeleine Alquier de Bouffard. Le couple a quatre enfants : Jenny [I.A], qui se marie, en 1807, au chevalier Jean Baptiste de Gineste ; Moïse Félix [I.B] (né en 1791) ; Euphrasie (née en 1796) [I.C] qui épouse Gabriel de Lacger ; et Marie Noémie [I.D] (ca 1800-1882) qui est mariée à Barthélemy Rey-Lescure.

Moïse Félix Pradelles de Latour-Dejean [I.B] est propriétaire au Travet ; il devient maire de Castres 68. Il épouse, en 1813, sa proche parente Léa Séguier de Terson (1794-1869). Le couple a quatre enfants : Louise (ca 1814-1859) [II.A], qui épouse Pierre Henri de France-Mandoul ; Adrien (1817-1892) [II.B] ; Amélie (née en 1818) [II.C] ; et Henriette [II.D] (née en 1822) qui épouse Maurice Auriol, négociant de Sète.

Adrien Pradelles de Latour-Dejean [II.B], propriétaire du domaine de Mirabel, à Labruguière (Tarn), se marie, vers 1841, avec Nancy Françoise Cormouls, issue d’une riche famille d’industriels de Mazamet (société Cormouls-Houlès) 69. Leur fille Henriette [III.B] épouse Félix Adelson Sarrat, propriétaire du château de Vigouroux, à Sorèze (Tarn), dont la famille est active dans l’industrie du délainage à Mazamet 70 ; leur fille aînée Alice épouse Albert Marius William Bazin, tandis que la cadette Madeleine devient l’épouse d’Édouard Alfred Cormouls-Houlès.

Contrat de la vente faite à Pierre Sartre par les consuls de Montpellier et par les députés de l’hôpital Saint-Eloi, d’un jardin situé hors la Porte de Lattes, appartenant audit hôpital, en 1701 (Arch. Dép. Hérault, 255 J 126).

Fig. 8 Contrat de la vente faite à Pierre Sartre par les consuls
de Montpellier et par les députés de l’hôpital Saint-Eloi,
d’un jardin situé hors la Porte de Lattes, appartenant audit hôpital, en 1701
(Arch. Dép. Hérault, 255 J 126).
Contrat de la vente faite à François Périer par Pierre Sartre des deux jardins qu’il a acquis près la Porte de Lattes, provenant l’un de Joseph Deydé, et l’autre de l’hôpital Saint-Eloi, en 1707 (Arch. Dép. Hérault, 255 J 126).
Fig. 9 Contrat de la vente faite à François Périer par Pierre Sartre des deux jardins qu’il a acquis près la Porte de Lattes, provenant l’un de Joseph Deydé, et l’autre de l’hôpital Saint-Eloi, en 1707 (Arch. Dép. Hérault, 255 J 126).

Le fils d’Adrien Pradelles de Latour-Dejean et de Nancy Cormouls, Aimé Henri Félix (1844-1887) [III.A], se destine à une carrière de magistrat. Après avoir exercé la fonction de substitut du procureur de la République à Montauban, en 1876, il devient procureur de la République à Saint-Pons, dans l’Hérault, vers 1882. Son intérêt pour le département voisin est sans doute la conséquence de son mariage avec Rose Auriol, en 1876, de la famille des négociants sétois et montpelliérains. Félix entretient des relations étroites avec sa belle-famille héraultaise, et surtout avec son beau-frère Charles Auriol, juriste lui aussi. Félix disparaît précocement en 1887. Sa veuve Rose demeure au domaine de Mirabel, dont ses fils recevront l’héritage 71. De leur mariage, sont nés Georges Adrien Charles (ca 1877-1921) [IV.A] et Franck Louis Eugène (ca 1879-1938) [IV.B].

Georges [IV.A] Pradelles de Latour-Dejean suit une scolarité au lycée de Montpellier et entreprend des études agronomiques ; il obtient un certificat d’études physiques, chimiques et naturelles, vers 1897. En 1901, il épouse Berthe Bazin, fille d’un assureur maritime 72. Propriétaire exploitant son domaine à Labruguière 73, Georges est aussi un industriel. Il crée un commerce de peaux de mouton et de laine, à Mazamet, dont le magasin et les ateliers sont situés rue de la Vanne et à Saint-Sauveur. Après sa mort en 1921, sa veuve Berthe, et Franck Pradelles Latour-Dejean, s’associent à l’industriel Édouard Gatimel, originaire d’Aussillon, pour poursuivre les activités du défunt ; la société E. Gatimel et Cie sera dissoute en 1929 74

De leur union, Georges Pradelles de Latour-Dejean et Berthe Bazin ont trois enfants : Édith (ca 1905-1961) [V.A] qui épouse Georges Bosc ; Guy (ca 1906-1945) [V.B], qui devient le mari d’Yvonne Décamp-Larrouget ; et Christiane (1912-1989) [V.C], qui se marie avec son cousin François Auriol (1910-1989) 75.

Dessin des décorations prévues pour la maison de François Périer, accueillant Monsieur le Prince lors de son passage à Montpellier (1777) (Arch. Dép. Hérault, C 8825).
Fig. 10 Dessin des décorations prévues pour la maison de François Périer, accueillant Monsieur le Prince lors de son passage à Montpellier (1777)
(Arch. Dép. Hérault, C 8825).
Mémoire pour défendre les droits de l’hôpital Saint-Éloi dans le contentieux l’opposant à François Périer pour le jardin dit des pauvres (Arch. Dép. Hérault, 255 J 134).
Fig. 11 Mémoire pour défendre les droits de l’hôpital Saint-Éloi dans le contentieux l’opposant à François Périer pour le jardin dit des pauvres
(Arch. Dép. Hérault, 255 J 134).

La famille Reboul

La famille Reboul ne semble pas avoir de lien de parenté avec les autres familles productrices de ce fonds. Elle ne partage pas non plus l’appartenance au même groupe social, ni la profession du culte protestant.

Originaires de Mudaison, les Reboul sont des laboureurs de confession catholique, également fermiers et receveurs des impositions. Ils possèdent des biens à Mudaison, Candillargues, Baillargues et peut-être à Saint-Brès. La famille a pour origine Jean-François Reboul (né en 1672), fils de Fulcran Reboul et de Jeanne Bosc 77, lequel a pour fils Joseph Reboul [I]. Jean-François a certainement un autre fils, qui lui-même a pour héritier Jean Reboul, auteur d’un rameau montpelliérain, les Reboul habitants de la paroisse Notre-Dame-des-Tables. L’acte de mariage de Bertrand Reboul, en 1727, à Mudaison, consigne en effet la présence d’un Jean Reboul, cousin germain de l’époux, habitant Montpellier 78 ; cette mention signifiant qu’ils ont le même grand-père paternel.

Joseph Reboul [I] est laboureur et collecteur de Mudaison, en 1723-1724, avec Pierre Fontanieu. En 1727, il est fermier de la métairie de Canes, ainsi que de la ferme du sieur Astruc, professeur en médecine à Montpellier. Il épouse Claude Boulet, dont il a pour fils : Bertrand [II.A] et Joseph [II.B] (né vers 1710, mort en 1750), Antoine (né en 1717) 79, et peut-être un second fils prénommé Joseph. Les registres paroissiaux de Mudaison évoquent le mariage de son fils Joseph, en 1727, avec Marie Pinchinat, et en 1734, avec Marguerite Gilles, sans préciser s’il s’agit du remariage du même fils, ou de deux fils prénommés Joseph 80.

Affichette annonçant la mise en vente par le diocèse de Mende du collège qu’il possède, près le couvant Saint-Mathieu (1729) (Arch. Dép. Hérault, 255 J 152).
Fig. 12 Affichette annonçant la mise en vente par le diocèse de Mende du collège qu’il possède, près le couvant Saint-Mathieu (1729)
(Arch. Dép. Hérault, 255 J 152).

Bertrand Reboul [II.A] (décédé après 1771), laboureur, est fermier de divers domaines, dont ceux de Canas, Astruc (Mudaison), Bouet, Mézouls (domaine Campredon, à Mauguio), Guilleminet (Candillargues et Lansargues), Tasque (Saint-Just). En 1726 et 1727, il effectue la collecte de la taille et de la capitation, à Candillargues ; en 1730 et 1752, il collecte les tailles de Mudaison 81. En 1747, il apparaît comme enseigne de garde-côtes à Mudaison 82. Vers 1750, dans les actes, il est qualifié de bourgeois ou de ménager habitant Montpellier. Dans un reçu du paiement de droit de l’équivalent, daté de 1755, Bertrand Reboul est présenté comme cabaretier à Montpellier. Dans les années 1750, il loue une maison au sieur Claparède, et une écurie au sieur Reclot, à Montpellier. En 1756, il exerce la ferme de la boucherie de Mudaison. Marié à Jeanne Fontanieu en 1727 (décédée avant 1771), il a pour héritiers : Joseph, praticien de Montpellier, qui épouse Marie Sabatier, en 1771 83 ; Guillaume (né en 1730) 84, ménager, fermier du bénéfice et des fruits décimaux de Mudaison, en 1758, marié, en 1754, à Montpellier, à Élisabeth Deville 85 ; Jean (né en 1741), fermier du sieur Castelnau, qui épouse Marie Flore Vincent.

Son frère Joseph Reboul (né vers 1710, mort en 1750 86) [II.B], est également laboureur. Il épouse, en 1734, Marguerite Gilles 87, dont il a notamment pour enfants : Marie (née en 1734) qui épouse, en 1763, Antoine Rouvière, travailleur, puis, en 1771, Antoine Pellissier ; Joseph (né en 1737) marié, en 1767, à Marie Madeleine Vicome ; Jean (1740-1754).

Les raisons expliquant la présence des archives familiales des Reboul dans le présent fonds ne peuvent être déterminées avec certitude, tant le profil de cette famille de Mudaison diffère de celui des Périer, de leurs héritiers et de leurs alliés. Néanmoins, les Reboul ont été en relation avec des familles productrices du fonds. Bertrand Reboul a été fermier de la famille de Campredon 88, dont descendent les Auriol. Il a également été en contact avec le sieur Rampon, homme d’affaires de François Périer ; les minutes notariales de Baillargues consignent des transactions entre les Reboul et le sieur Rampon 89, concernant des terres situées autour des étangs, où les domaines Périer hérités des Fontanès, étaient principalement établis. Il est cependant à noter que Rampon possédait une ménagerie à Candillargues ; il aurait ainsi pu agir pour son intérêt propre. Une pièce de procédure évoque également une saisie et une mise en bail judiciaire des biens de Bertrand Reboul, décidée par la Cour des comptes de Montpellier 90. Le patrimoine des Reboul aurait ainsi pu être capté par des créanciers ou des intérêts liés aux Campredon ou aux Périer. Enfin, les Reboul de Mudaison pourraient partager une parenté avec les Reboul de Montpellier, héritiers d’une maison sise au numéro 350 de la Place de la Canourgue, provenant de la succession de leur aïeul Barthélemy Davranche, et vendue au général Martin de Campredon 91. Receveur des décimes et syndic du diocèse de Montpellier, maire de Marsillargues, Barthélemy Davranche (né en 1712) avait épousé Marianne Béraud. Leur fille, Marguerite Davranche, épouse, en 1771, Jean Reboul, bourgeois de Montpellier, né en 1745, fils de Jean Reboul (décédé avant 1771) et de Françoise Peyre. Dans l’acte du mariage célébré en 1771 dans la paroisse Saint-Pierre où résidait Marguerite Davranche, il est précisé que le marié, Jean Reboul, vivait dans la paroisse Notre-Dame-des-Tables 92. Or l’acte de mariage de Bertrand Reboul, en 1727, à Mudaison, évoque la présence d’un Jean Reboul, cousin germain de l’époux, habitant la paroisse Notre-Dame-des Tables ; il pourrait s’agir par conséquent du père du mari de Marguerite Davranche. En outre, les registres paroissiaux de Saint-Géniès-des-Mourgues, où vivaient des parents des Reboul de Mudaison, consignent le baptême d’un Jean Reboul, le 12 novembre 1719, qui a pour parrain un autre Jean Reboul, hôte du logis Les Quatre-Rois, habitant de Montpellier, et pour marraine Jeanne Fontanieu, parente de l’épouse de Bertrand Reboul, de Mudaison 93. En outre, les Reboul montpelliérains héritiers de Barthélemy Davranche étaient issus d’une famille d’aubergistes ; la vente de la maison de la place de la Canourgue avait d’ailleurs pour objectif de leur offrir les moyens de gérer et de rénover l’auberge du Petit-Paris, située dans la rue des Étuves, appartenant à leur père Jean Reboul, détenu pour démence 94. Des recherches plus approfondies dans les registres paroissiaux de Montpellier pourraient permettre de vérifier l’hypothèse de cette parenté. Sa confirmation expliquerait l’union des archives Reboul au présent fonds par l’acquisition faite par le général Martin de Campredon, ancêtre des Auriol, de la maison de la Canourgue, qui aurait pu abriter les archives des Reboul de Mudaison.

Une source sur l’histoire du patrimoine urbain montpelliérain

Quartier du faubourg de la Porte de Lattes

Les possessions des Périer autour de la Porte de Lattes, situés sur un emplacement correspondant en partie à l’actuelle Place de la Comédie, tirent pour une part leur origine dans l’acquisition faite, en 1594, par Jean Gaillard, bourgeois de Montpellier, d’un terrain vendu par le sieur Falcon 95. Ce jardin, qui servait habituellement de fourragère, était situé à l’angle du chemin qui le séparait des murs de la Commune Clôture, et du chemin reliant Montpellier à Villeneuve-lès-Maguelone ; il jouxtait le jardin dit des pauvres de l’hôpital Saint-Éloi. En 1621, les héritiers de Jean Gaillard perdent la propriété de ce bien, au profit de Joseph Deydé 96, ayant-droit et gendre de Marie d’Airebaudouze, veuve de Raulin de Rignac, créancière de la famille Gaillard. Procureur à la cour des comptes de Montpellier, Joseph Deydé aménage et agrandit son acquisition en obtenant, en 1624, la démolition d’un petit bastion qui servait à la fortification de la ville, ainsi que l’inféodation, par les ouvriers de la Commune Clôture, d’une avancée de quatre pans, sur le chemin séparant la maison et le jardin Deydé, du fossé de la muraille. Après sa mort, en 1637, son fils Jean Deydé (1617-1687), conseiller à la cour des comptes, consolide le patrimoine de la Porte de Lattes, notamment en achetant, en 1676, aux consuls de Montpellier, un petit espace de terre relevant du jardin des pauvres de l’hôpital, que le pouvoir consulaire jugeait inutile. Les possessions de la famille Deydé sont vendues, en 1690, par Joseph Deydé, fils de Jean, à Pierre Sartre, au prix de 500 livres 97.

Secrétaire du roi et riche banquier issu d’une famille de collecteurs et d’officiers de la cour des comptes, Pierre Sartre multiplie les acquisitions foncières autour de la Porte de Lattes. En 1696, il achète, par l’intermédiaire du sieur Mallafosse, un jardin ayant appartenu au sieur Fabre et aux intendants de l’hôpital Saint-Éloi. Le 7 juillet 1701, les consuls administrateurs de l’hôpital Saint-Éloi vendent, à Pierre Sartre, le jardin des pauvres de l’hôpital, au prix de 3 000 livres. Affaibli par la débâcle de la banque familiale, Pierre Sartre revend tous ses biens du faubourg de Lattes à François Périer, le 23 novembre 1707 98.

Contrat de la vente faite par le président Boucaud, à François Périer, d’un hôtel situé dans la Grand-Rue de Montpellier (1726) (Arch. Dép. Hérault, 255 J 154).
Fig. 13 Contrat de la vente faite par le président Boucaud, à François Périer, d’un hôtel situé dans la Grand-Rue de Montpellier (1726)
(Arch. Dép. Hérault, 255 J 154).

François Périer devient propriétaire d’un ensemble de terrains qui s’articulent principalement autour de l’ancien jardin de la famille Deydé et de l’ancien jardin des pauvres de l’hôpital. Dès 1710, il agrandit ce patrimoine par l’achat de creux à purin et de fourragères autour de la Porte de Lattes 99 ; il fait notamment construire une maison pour son jardinier, sur un creux à fumier et un terrain contigu acheté au sieur Valade, propriétaire du logis Le Lion d’Or. François Périer achète au même sieur Valade une bergerie, ou jasse, sur laquelle il fait bâtir une maison, située près de l’ancien cimetière des frères mineurs et de l’hôpital Saint-Éloi 100.

Voulant donner à ses acquisitions un alignement parfait, il fait examiner par le sieur Antoine de Niquet, directeurs des fortifications, la possibilité de demander au roi le don d’un petit espace de terre sur lequel s’élevait jadis un bastion construit en 1621, puis démoli en 1682. Niquet considérant que l’alignement projeté rendait la place plus régulière, obtient une lettre royale, le 26 février 1720, cédant en don, à François Périer, le terrain du bastion 101. Reconnaissant la valeur défensive du jardin, le roi impose néanmoins une réserve à François Périer qui doit s’engager à détruire, toutes les fois que l’exigera le bon service du roi, ses constructions et à remettre le terrain dans l’état qu’il était. Cette clause ne sera jamais revendiquée par le pouvoir royal ; François Périer peut faire construire un ensemble de maisons et de jardins qui participent à l’embellissement de la ville, au point que la maison Périer sert de cadre lors de cérémonies dont celles organisées en 1777 à l’occasion de la venue à Montpellier du frère du roi, futur Louis XVIII 102. Les Périers exploitent ce quartier en affermant les terrains, louant les maisons à des particuliers, à des artisans et à des commerçants, mais aussi à l’administration royale : un bureau pour la visite et le marquage des draps destinés au Levant y est en effet installé 103.

Ces deux acquisitions majeures, le jardin des pauvres de l’hôpital et le bastion de la porte de Lattes, vont être la source d’un très long contentieux opposant François Périer aux consuls administrateurs de l’hôpital Saint-Éloi pour les terrains achetés au sieur Sartre et au marquis de Grave, pour le don royal du terrain du bastion. À la fin du XVIIe siècle, l’hôpital Saint-Éloi, qui était confronté à des difficultés financières, possédait un jardin avec un puits à roue, hors la Porte de Lattes, lequel rapportait un très médiocre revenu, essentiellement consommé en réparations. Le 4 février 1699, les consuls prennent une délibération autorisant la mise aux enchères du jardin des pauvres et sa vente immune de tailles, afin d’attirer les acheteurs. D’abord le sieur Sartre, puis François Périer, à partir de 1707, jouissent paisiblement de cette immunité, jusqu’en 1729, date à laquelle le sieur Causse, qui prétendait détenir une traite sur le jardin, forme opposition à l’arrêt de la cour des aides de 1701. L’hôpital s’estimait également lésé par l’immunité car les consuls ne lui rendaient qu’une faible rente sur le prix de vente. François Périer est sommé par les consuls de payer les tailles, et les arrérages depuis la cessation de paiement, avançant qu’il s’agissait d’un terrain roturier qui ne pouvait être exempté de tailles. Le pouvoir consulaire cherche finalement à obtenir l’annulation du contrat de vente de 1701, au cours d’un long conflit juridique qui se conclura par un arrêt de la cour des comptes, aides et finances, en faveur de François Périer, en 1743 104.

La seconde acquisition suscite l’opposition du marquis, Henri François de Grave et de Solas qui, appelant du don royal, revendique des droits sur le terrain du bastion, au nom de la seigneurie de la Rectorie, ou Part-Antique de Montpellier, ainsi que de la baronnie de Lattes, obtenues par son père, en 1675, en récompense des dépenses qu’il avait consenties pour rendre navigable le Lez 105. François Périer obtient dans ce conflit le soutien des consuls hostiles à une extension des droits du marquis sur des terrains qu’ils estimaient relever de la directe de l’hôpital Saint-Éloi. Le contentieux prendra fin en 1731 par une sentence du sénéchal favorable à François Périer.

En 1778, la valeur des jardins et maisonnages des frères Périer autour de la Porte de Lattes est estimée à près de 100 000 livres 106.

Le Collège de Mende

Au début du XVIIIe siècle, cette maison attenante au couvent Saint-Mathieu, dans la paroisse Saint-Pierre, appartenait au diocèse de Mende, en conséquence de la fondation d’un collège faite par le pape Urbain V, originaire du Gévaudan, pour servir au logement des étudiants en médecine originaires du même pays. Cette maison présentait une façade sur la rue Saint-Mathieu et une autre sur la rue du Tricot. À partir de 1723, le diocèse souhaite vendre ce bien coûteux en tailles et en frais d’entretien : près de 100 livres sont dépensées chaque année pour les réparations de la maison dont la vétusté menace les bâtiments d’une ruine prochaine. La maison est remise en vente à plusieurs reprises, mais les candidats exigent qu’elle soit vendue exempte de tailles, condition que le roi finit cependant par accorder. En décembre 1734, l’avocat Louis Fontanès fait la soumission d’achat de la maison au prix de 10 000 livres en argent comptant ; les États de Gévaudan acceptent l’offre en mars 1735. Les 1er et 5 février 1737, un contrat de vente est conclu entre Mathieu Gros, syndic du pays de Gévaudan, et Louis Fontanès 107. Au terme du procès contre l’avocat Fontanès, en 1758, l’ancien collège de Mende entre dans le patrimoine des frères Périer, lesquels divisent la maison en appartements qu’ils mettent en location. À la mort de François Périer, en l’an VI, la maison est transmise à ses héritiers Auriol et Frégeville 108.

Tirage photographique de la maison du numéro 5 de la Place de La Canourgue, héritée du général de Campredon (Arch. Dép. Hérault, 255 J 6).
Fig. 14 Tirage photographique de la maison du numéro 5 de la Place de La Canourgue, héritée du général de Campredon (Arch. Dép. Hérault, 255 J 6).

L’hôtel Périer de la Grand-Rue

La famille Périer possédait d’autres biens à Montpellier, dont une maison dans la Grand-Rue, achetée, en 1726, par François Périer père, au prix de 26 000 livres, à Hercule de Bocaud, seigneur de Teyran, Jacou et Clapiers, conseiller du roi, ancien président de la Cour des comptes, aides et finances de Montpellier, lequel tenait cette maison en héritage de la dame de Berger. En 1778, la maison est revendue par ses fils, François et Jacques Périer, au sieur Bérard 109. Il s’agit de l’actuel hôtel Périer, situé au 11 de la Grand-Rue Jean-Moulin.

Maisons de la Place de la Canourgue

L’hôtel sis aujourd’hui au numéro 5 de la Place de la Canourgue semble avoir une double origine : d’abord l’adjudication et la vente par les héritiers Reboul, provenant de la succession de leur aïeul maternel Barthélemy Davranche, d’une maison anciennement numérotée 350, à Jean-Pierre Battut, le 30 vendémiaire an XI, au nom de son ami le général Jacques David Martin de Campredon 110, ancêtre des Auriol ; puis la vente par les héritiers de Louis Chauvet d’une maison située sur la même place à l’ancien numéro 351, par l’entremise de Jean-Pierre Battut, à Anne Sorbier, veuve Durfort 111. Les Campredon ou Auriol ont certainement réuni ces deux maisons pour donner naissance à l’hôtel actuel.

Composition d’un fonds familial singulier

Le fonds des familles Périer et Auriol est structuré en trois parties : Archives familiales (255 J 1-122), Archives des domaines et propriétés (255 J 123-171), Pièces isolées et documents sans rapport apparent avec le fonds (255 J 172-175).

La première partie, constituées des Archives familiales (255 J 1-122), est organisée en six sous-parties réunissant d’abord des documents concernant plusieurs familles (dont des albums de portraits photographiques des familles et de leurs relations, et des tirages figurant des propriétés et biens meubles, 255 J 4-6), puis les archives personnelles et familiales des Périer (255 J 7-29), de leurs descendants Auriol (255 J 30-95), des Séguier de Terson (255 J 96-104), ascendants des Pradelles de Latour-Dejean (255 J 105-119), et enfin les archives de la famille Reboul (255 J 120-122), probablement recueillies par les Périer ou les Auriol. Le classement des archives familiales a été effectué par génération, puis par couple. La numérotation des individus a été attribuée selon la génération (précisée en chiffres romains) et l’ordre de naissance dans chaque génération (précisé en lettres majuscules), II.B signifiant ainsi, par exemple, seconde génération, deuxième enfant. Pour chaque génération, sont d’abord décrites les archives personnelles et familiales d’un couple ou d’un individu (dossier généalogique, successions, procédures, correspondance et comptabilité familiales), puis les documents relatifs aux activités professionnelles ou scientifiques.

Arrêt rendu, en janvier 1758, par le parlement de Toulouse, en faveur des frères Périer qui reçoivent tous les biens saisis à Louis Fontanès (Arch. Dép. Hérault, 255 J 9).
Fig. 15 Arrêt rendu, en janvier 1758, par le parlement de Toulouse, en faveur des frères Périer qui reçoivent tous les biens saisis à Louis Fontanès (Arch. Dép. Hérault, 255 J 9).
Layette en jute ayant servi à conserver les pièces de la procédure opposant la famille Gilly au syndic des créanciers de Georges de Salasc dirigé par Pierre Périer [1728-1739] (Arch. Dép. Hérault, 255 J 14).
Fig. 16 Layette en jute ayant servi à conserver les pièces de la procédure opposant la famille Gilly au syndic des créanciers de Georges de Salasc dirigé par Pierre Périer [1728-1739]
(Arch. Dép. Hérault, 255 J 14).

Les archives de la famille Périer s’ouvrent par une sous-partie consacrée au long contentieux avec l’avocat Louis Fontanès (255 J 7-11), qui débute à l’époque de François Périer père, et est achevé par ses fils François et Jacques (Fig. 15). Le classement se poursuit ensuite selon l’ordre des générations. Les archives personnelles et familiales de François Périer père contiennent notamment des dispositions testamentaires, des pièces du contentieux avec Madeleine Suzanne de Lavit, sa belle-fille (relatif à la tutelle sur les enfants issus de son mariage avec Pierre Périer et au règlement de sa dot) et des cahiers de comptes (dont ceux consignant les gages des domestiques). Comprises dans le même article (255 J 12), ses archives professionnelles ne sont composées que de pièces éparses : notamment un compte du président de Bocaud père, pour les marchandises chargées sur le vaisseau le Marie Galère (1723) et un arrêt rendu par le lieutenant de l’amirauté de Marseille dans un contentieux opposant Joseph Callas, capitaine de vaisseau marchand, et Dominique Peyrade, aux sieurs Maraboeuf et Le Riche, négociants de Marseille (1730). Les documents concernant son fils Pierre Périer (255 J 14), ancêtre des Auriol, contiennent, outre un extrait de son contrat de mariage avec Madeleine Suzanne de Lavit, des pièces de procédures dans lesquelles Pierre Périer intervient comme directeur d’un syndic de créanciers, apportant ainsi d’utiles informations sur un procédé couramment employé par les financiers afin d’accroître leur patrimoine aux dépens de leurs débiteurs (Fig. 16).

Les archives de François Périer fils sont particulièrement complètes. Elles comprennent des pièces relatives à la gestion des affaires personnelles et familiales, et à celle des domaines et des propriétés. Sont notamment dignes d’intérêt, une publicité imprimée pour une représentation à la salle ordinaire des spectacles, près la Porte de Lattes, donnée pour la dernière fois, le 16 décembre 1769, par un « Prussien équilibriste avec sa troupe italienne de Pantomins » (Fig. 17) (255 J 15), des déclaration de revenus et rentes de François Périer et de sa nièce Jeanne Périer, des factures et des lettres isolées consignant l’achat d’instruments d’optique et mathématique auprès d’une maison londonienne (255 J 16) ; ces quelques documents épars laissent entrevoir les conditions de vie de riches banquiers du XVIIIe siècle. Un article sur les domaines et propriétés (255 J 17) est composé de documents généraux concernant la gestion par François Périer de son patrimoine, consistant en comptabilité domestique et domaniale, états estimatifs, dossiers relatifs à des biens dont la localisation est incertaine. Les activités professionnelles de François Périer fils sont détaillées par une correspondance abondante, notamment avec ses hommes d’affaires et ses représentants de commerce, mais aussi avec des parents qui sont associés à ses affaires (255 J 18-21).

D’autres documents illustrent son implication dans le commerce des vins et eaux de vie, de la porcelaine, des tapisseries et linges (255 J 22). Un dossier de contentieux témoigne également d’un certain insuccès des affaires des frères Périer, dans les années 1770, avec l’échec de la société de mise en navigation de la rivière Hérault et d’exploitation du bois des forêts de Gévaudan (255 J 24).

Publicité pour une représentation à la salle ordinaire des spectacles, près la Porte de Lattes, donnée, le 16 décembre 1769, par un « Prussien équilibriste avec sa troupe italienne de Pantomins » (Arch. Dép. Hérault, 255 J 15).
Fig. 17 Publicité pour une représentation à la salle ordinaire des spectacles, près la Porte de Lattes, donnée, le 16 décembre 1769, par un « Prussien équilibriste avec sa troupe italienne de Pantomins »
(Arch. Dép. Hérault, 255 J 15).

Les archives de Jacques Périer, frère de François, sont beaucoup moins fournies ; elles comportent principalement des pièces relatives à la succession de Jacques Moinier, procureur au sénéchal de Montpellier, décédé en 1761, qui a institué Jacques Périer son héritier (255 J 25-26).

Les archives de la famille Auriol (255 J 30-95) sont très lacunaires sur les premières générations tarnaises (255 J 30-32). Elles deviennent plus complètes à partir de la génération de Jean Louis Élysée Auriol. Parmi les dossiers et documents intéressants à signaler, il faut mentionner un carnet de naissance des enfants de Jean Louis Élysée Auriol et de Jeanne Périer (1753-1769, 255 J 33), des bulletins scolaires des fils d’Élysée Antoine Auriol (1821-1822, 255 J 40), un registre des délibérations du consistoire de l’Église réformée de Sète (1774-1808, 255 J 44), la correspondance d’affaires échangée par Élysée Antoine Auriol avec son grand-oncle François Périer (1797, 255 J 50), un cahier de cours de droit du jeune Alexis Auriol, futur ingénieur des Ponts-et-chaussées (1842, 255 J 54) et les travaux historiques de Charles Auriol (255 J 79-90).

Les archives de la famille Séguier de Terson s’ouvrent sur une sous-partie contenant des documents concernant plusieurs générations (255 J 96-100) ; il s’agit essentiellement de papiers de fonctions publiques exercées par plusieurs générations successives. Les sous-parties suivantes sont organisées classiquement par génération (255 J 101-104). Méritent d’être signalés pour leur intérêt, les documents relatifs aux travaux de réparation conduits sur le domaine de Mirabel, à Labruguière (Tarn), par Jean Séguier l’aîné (1715-1746, 255 J 102), propriété qui entre par la suite dans le patrimoine de la famille Pradelles de Latour-Dejean.

Les dossiers et documents de la famille Pradelles de Latour-Dejean (255 J 105-119) débutent à la génération de Moïse Félix Pradelles de Latour-Dejean, époux de Léa Séguier de Terson. Parmi les documents anecdotiques ou originaux, peuvent notamment être signalés les pièces relatives au domaine de Mirabel, dont une partie des terres est occupée, à partir du XIXe siècle, par la ligne de chemin de fer de Castres à Bédarieux (255 J 106, 115), les dossiers scolaires des enfants de Félix Pradelles de Latour-Dejean et de Rose Auriol (1885-1886, 255 J 109), les documents relatifs à la gestion de la société Cormouls-Houlès-Latour (1907-1929, 255 J 114). Une très large part des archives des Pradelles de Latour-Dejean consiste en correspondance familiale qui a été répartie entre les différentes générations, les couples et les individus.

Les archives de la famille Reboul clôturent les archives familiales du présent fonds (255 J 120-122). La permanence des activités professionnelles, la récurrence de certains prénoms, les incertitudes généalogiques dues aux lacunes des registres paroissiaux conservés, ont rendu impossible le classement des archives des Reboul par génération. Par conséquent, a été adopté un classement qui distingue simplement les dossiers de gestion des affaires familiales (255 J 120), de ceux résultant des activités professionnelles (255 J 121-122).

La seconde partie du fonds est constituée des Archives des domaines et propriétés (255 J 123-171). Elles sont organisées géographiquement, par département, et dans l’ordre alphabétique des communes. L’Hérault, qui concentre la quasi-totalité des propriétés, est placé en tête, puis viennent le Gard et le Tarn. Les dossiers et documents relatifs aux biens montpelliérains de la Porte de Lattes (255 J 125-148) sont les plus nombreux ; ils sont répartis en deux sous-parties : Acquisition, exploitation et estimation des propriétés (255 J 125-131), et Contentieux (255 J 132-148). La première sous-partie éclaire sur la constitution progressive d’un ensemble foncier, autour de la Commune Clôture de Montpellier, par plusieurs familles successivement propriétaires : Falcon, Gaillard, Deydé, Sartre et Périer. Méritent d’être signalées pour leur contenu parfois pittoresques les pièces relatives à l’acquisition par François Périer de fourragères et de creux à purin, ayant notamment appartenu à l’auberge Le Lion d’Or (255 J 127) ; elles dressent un portrait vivant du faubourg de Lattes au début du XVIIIe siècle. Les documents sur la construction, puis la démolition, du bastion de la Porte de Lattes, renseignent sur l’histoire des fortifications montpelliéraines (255 J 128), tandis que les pièces concernant des logements, bureaux, magasins et ateliers possédés par les Périer mettent en lumière l’exploitation d’un quartier par une famille de riches propriétaires fonciers (255 J 131).

La seconde sous-partie intitulée Contentieux permet de retracer les longs procès qui ont découlé de ces acquisitions. Les dossiers, répartis par affaires, ont été regroupés typologiquement et chronologiquement (255 J 132-144) : d’abord sont présentés les documents généraux (mémoires, inventaires, pièces justificatives antérieures aux contentieux, pièces de procédures non datées), puis des dossiers chronologiques de pièces de procédures. Les mémoires généraux sont particulièrement intéressants car ils informent sur l’origine et l’historique des procédures ; ils contiennent en outre de précieux renseignements sur l’organisation du bâti autour de la Porte de Lattes aux XVIIe-XVIIIe siècles, et sur l’emprise foncière de l’Hôpital Saint-Éloi et du marquis de Grave. Ils illustrent également les rivalités économiques et politiques concernant le paiement des tailles, opposant l’autorité consulaire, l’hôpital dont elle assurait la gestion, et le pouvoir seigneurial qu’incarnait de marquis de Grave.

Les plans dressés à l’appui des dossiers de procédures (255 J 147-148) méritent particulièrement d’être signalés pour leur intérêt, à la fois esthétique et historique. Souvent rehaussés en couleur (255 J 147), les plans donnent à voir l’organisation de l’espace, une représentation des jardins, maisons et fortifications du faubourg de Lattes, dans la première moitié du XVIIIe siècle.

Plan de partie du faubourg de la Porte de Lattes et des environs fait de la part de Monsieur de Grave [1726]. (Arch. Dép. Hérault, 255 J 147).
Fig. 18 Plan de partie du faubourg de la Porte de Lattes et des environs fait de la part de Monsieur de Grave [1726]. (Arch. Dép. Hérault, 255 J 147).

Les archives des domaines et propriétés regroupent des documents sur d’autres bâtiments majeurs du patrimoine montpelliérain, notamment le collège de Mende (255 J 152-153), l’hôtel Périer situé dans la Grand-Rue (255 J 154), les maisons de la place de La Canourgue (255 J 149-151).

La troisième et dernière partie du fonds, intitulée Pièces isolées et documents sans rapport apparent avec le fonds (255 J 172-175), réunit des documents familiaux et domaniaux épars qui n’ont pu être intégrés avec certitude au fonds. Doit être particulièrement signalé, un très beau plan représentant le chemin de Montpellier à Sète, passant par Mireval et Frontignan (1743, 255 J 175).

Les perspectives de recherches historiques sur le fonds des familles Périer et Auriol sont relativement vastes : il est possible de mener des recherches en histoire sociale (étude de l’ascension sociale de familles sur plusieurs générations, études des milieux financiers protestants montpelliérains et tarnais), des recherches patrimoniales (notamment à Montpellier, sur la Porte de Lattes dont l’emplacement servira à la construction de la Place de la Comédie, sur le collège de Mende, l’hôtel Périer, la place de La Canourgue), des recherches en histoire économique (par l’étude des activités de négociants et de banquiers), en histoire politique (étude des rapports entre le consulat de Montpellier, le pouvoir seigneurial et les établissements religieux) et en histoire militaire (étude du système défensif montpelliérain). Le fonds des familles Périer et Auriol constitue ainsi un fonds d’archives familiales tout à fait remarquable qui mérite d’être exploité et mis en valeur par la recherche historique.

NOTES

1. AD 34, 2E 57/243, f° 140.

2. AD 34, 1 MI 15/11.

3. AD 34, 2 E 57/353, f° 232.

4. AD 34, 2 E 57/354, f°469.

5. AD 34, 2 E 57/356, f°299.

6. AD 34, 2 E 57/360, f°6.

7. AD 34, 2 E 57/362, f°385.

8. AD 34, 2 E 57/362, f°387.

9. AD 34, 5 MI 1/44.

10. Louis Dermigny, « La banque à Montpellier au XVIIIe siècle », in Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, tome 93, n°151, 1981, p. 21.

11. AD 34, C 2816.

12. AD 34, 255 J 7.

13. AD 34, 5 MI 1/134, f°427.

14. AD 34, 5 MI 1/44.

15. AD 34, 5 MI 1/45.

16. AD 34, 5 MI 1/110.

17. AD 34, 5 MI 1/45.

18. Ibidem.

19. AD 34, 5 MI 1/69.

20. AD 34, 255 J 14.

21. AD 34, 5 MI 1/47.

22. Ibidem.

23. AD 34, 255 J 9.

24. AD 34, 255 J 10.

25. Louis Dermigny, op. cit., p. 22.

26. AD 34, 255 J 24.

27. AD 34, 2 J 99.

28. AD 34, 255 J 154.

29. AD 34, 255 J 16.

30. AD 34, 255 J 29.

31. AD 34, 255 J 30.

32. AD 34, 255 J 31.

33. AD 34, 255 J 33.

34. AD 34, 255 J 34.

35. AD 34, 255 J 35.

36. AD 34, 255 J 36.

37. AD 34, 255 J 37.

38. AD 34, 255 J 38.

39. AD 34, 255 J 50.

40. AD 34, 255 J 40.

41. AD 34, 255 J 41 ; 45.

42. AD 34, 255 J 162.

43. AD 34, 255 J 44.

44. AD 34, 255 J 46-47.

45. AD 34, 255 J 54.

46. AD 34, 255 J 52.

47. AD 34, 255 J 151.

48. AD 34, 255 J 64.

49. AD 34, 255 J 56-63.

50. AD 34, 255 J 67.

51. AD 34, 255 J 68.

52. AD 34, 255 J 64.

53. AD 34, 255 J 151.

54. AD 34, 255 J 64.

55. AD 34, 255 J 77-83 ; 87 ; 90.

56. AD 34, 255 J 84-87.

57. AD 34, 255 J 88.

58. AD 34, 255 J 93.

59. AD 34, 255 J 94.

60. AD 34, 255 J 95.

61. AD 34, 255 J 99.

62. AD 34, 255 J 100.

63. AD 34, 255 J 167.

64. AD 34, 255 J 104.

65. Ibidem.

66. AD 34, 255 J 103.

67. AD 34, 255 J 168.

68. AD 34, 255 J 105.

69. AD 34, 255 J 106-108.

70. AD 34, 255 J 110.

71. AD 34, 255 J 109.

72. AD 34, 255 J 111.

73. AD 34, 255 J 115.

74. AD 34, 255 J 114.

75. AD 34, 255 J 119.

76. AD 34, 255 J 118.

77. AD 34, 255 J 120.

78. AD 34, 29 PUB 1, f°84.

79. AD 34, 29 PUB 1, f°40.

80. AD 34, 29 PUB 1.

81. AD 34, 255 J 121.

82. AD 34, 255 J 120.

83. AD 34, 29 PUB 2 (1771, 7 janv.)

84. AD 34, 29 PUB 1 (1730, 23 nov.)

85. AD 34, 2E 38/106.

86. AD 34, 29 PUB 2 (1750, 28 oct.)

87. AD 34, 29 PUB 1 (1734, 4 mars).

88. AD 34, 255 J 122.

89. AD 34, 2E 48/19, f°203 et 283.

90. AD 34, 255 J 120.

91. AD 34, 255 J 149.

92. AD 34, 5 MI 1/22.

93. AD 34, 5 MI 3/13.

94. AD 34, 255 J 149.

95. AD 34, 255 J 125.

96. Ibidem.

97. AD 34, 255 J 126.

98. Ibidem.

99. AD 34, 255 J 127.

100. AD 34, 255 J 129.

101. AD 34, 255 J 128.

102. AD 34, C 8825.

103. AD 34, 255 J 130-131.

104. AD 34, 255 J 132-136 ; 147-148.

105. AD 34, 255 J 137-144 ; 147-148.

106. AD 34, 255 J 130.

107. AD 34, 255 J 152.

108. AD 34, 255 J 153.

109. AD 34, 255 J 154.

110. AD 34, 255 J 149.

111. AD 34, 255 J 150.