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2.00

Description

Les établissements Fouga
à la lumière des archives des dommages de guerre

Construction et reconstruction d’ateliers modèles

* Chercheur, chargée de l’inventaire du patrimoine industriel, Région Languedoc-Roussillon,
Service du Patrimoine régional, Secteur de l’Inventaire général du patrimoine culturel
(caliste.lisa@cr-languedocroussillon.fr)

En 1948, 2240 ouvriers travaillent dans les ateliers biterrois de la Plaine Saint-Pierre. Ce sont les ateliers des établissements Fouga et Cie, entreprise née au lendemain de la Première Guerre mondiale et qui est devenue un des employeurs les plus importants de l’Hérault. Dès les années 1920, elle a concentré une importante main-d’oeuvre dans un département où le tissu industriel est, à l’image du territoire national, avant tout fondé sur de petites ou moyennes entreprises. Elle a suscité l’intérêt de ses contemporains par son histoire sociale riche et tumultueuse : en 1936 puis en 1938, les employés dont 1450 métallurgistes se mettent en grève ; en septembre 1944, un Comité de Libération s’impose à la tête de l’usine obligeant les membres du conseil d’administration à comparaître devant une commission d’épuration. Perçue comme singulière, l’histoire de l’entreprise a été compilée par les anciens employés, puis retracée par Raoul Balso, en 2002, dans une communication réalisée dans le cadre du 10e colloque de l’Association pour l’histoire des chemins de fer qui a regroupé les spécialistes autour de la question des ateliers et des dépôts du matériel ferroviaire.

Plus récemment, Philippe Marassé a consacré un article aux établissements Fouga, éclairant notamment la variété de leurs productions, de la réparation des locomotives à vapeur à la fabrication de l’avion à réaction Fouga Magister, élaboré sur le site d’Aire-sur-Adour (Landes). Si l’histoire des établissements Fouga a été retracée, l’architecture de leur usine biterroise n’a pas focalisé l’attention. Pourtant, l’inventaire du patrimoine industriel, mené sur le département de l’Hérault depuis 2010, permet aujourd’hui de souligner l’originalité des constructions. De plus, la récente mise à disposition des fonds des dommages de guerre par les Archives départementales de l’Hérault offre de nombreux et rares documents, en particulier iconographiques. S’il est important de retracer le contexte qui a donné naissance à un ensemble bâti de près de 40 000 m² couverts et d’énoncer les caractéristiques des dossiers des dommages de guerre, cet article s’attache avant tout à présenter des documents d’archives inédits qui éclairent à la fois la construction et la reconstruction des ateliers, transposition spatiale d’un système de production.

Un contexte favorable pour l’implantation d’ateliers de réparation du matériel ferroviaire

Un paysage industriel biterrois dominé par la vigne et par le rail

Dans l’Hérault, comme ailleurs en France, les premières voies ferrées sont d’abord des moyens de circulation marchande et sont envisagées, dès leur conception, comme un « prolongement de la voie d’eau ». Dès les années 1830, la fonction de ce nouveau mode de transport consiste, le plus souvent, à désenclaver un bassin houiller en amenant le charbon à un axe fluvial. En Languedoc, le canal du Midi apparaît comme le débouché incontournable des centres miniers cévenols car il permet d’atteindre le marché méditerranéen via Sète et le marché atlantique via Bordeaux. Dans une lettre émise par la compagnie minière Usquin en 1845, cette dernière dénonce le manque de « voies de communication rapides et économiques » dans le département héraultais, alors devancé par son voisin gardois : « Les mines de La Grand Combe, favorisées dans leur développement par l’établissement des chemins de fer de Beaucaire et de Montpellier à Cette, font arriver le charbon par le canal de Beaucaire, à peu de frais, sur le canal du Midi, où elles nous rendront bientôt impossible, sur les marchés de Cette, Agde, Béziers, Narbonne etc. la lutte que nous soutenons si péniblement en ce moment, n’ayant à notre disposition que des routes ordinaires, très mal entretenues ». Il faut en effet attendre 1858 pour que soit mise en service la ligne reliant le bassin houiller de Graissessac à Béziers et son port dit Le Port Neuf. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2014

Nombre de pages

12

Auteur(s)

Lisa CALISTE

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf