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Description

Les chantiers de jeunesse au Plan des Quatre-Seigneurs,
à Montpellier, entre 1940 et 1943

* Pierre Mazier est un ancien du groupement 24 et de l’École Régionale du Plan des Quatre-Seigneurs avant de rejoindre la Résistance et de devenir membre du Comité départemental de Libération du Gard. On lui doit de nombreuses études sur la Résistance et sur les Chantiers dont nous retiendrons, ici, L’Espelido, histoire des Chantiers de la jeunesse en Languedoc Roussillon, Nîmes, 1989. N.D.L.R.

Les chantiers de jeunesse française ont été créés par le Général de la Porte du Theil (1884-1976) le 31 juillet 1940. C’est une œuvre de circonstances. Il s’est avéré nécessaire de prendre en charge quelque quarante-mille jeunes gens du premier contingent de la classe 1940 qui, mobilisés en mai et non encore inscrits, avaient été refoulés par l’invasion et erraient par petits groupes entre la Vienne et les Pyrénées. Ils vivaient sur le pays.

Fils d’un inspecteur des eaux et forêts et riche d’une expérience de haut niveau dans le scoutisme, La Porte du Theil décide, tout naturellement, d’éloigner le plus rapidement possible ces pauvres garçons des agglomérations pernicieuses et de les régénérer en pleine nature. Des camps – tentes ou dur – sont installés à la va-vite au fond des bois ou dans des sites tout aussi isolés. Les « jeunes » vont « travailler » durement ; on va aussi tenter de les endoctriner Travail, Famille, Patrie.., et, en filigrane, le Maurras de la « divine surprise ».

Peu à peu l’organisation prend tournure elle est institutionnalisée par un acte dit loi du 18 janvier 1941 tous les Français résidant en zone non occupée doivent désormais effectuer un stage de huit mois dans les chantiers de jeunesse. À la base du système « le groupe » – cent cinquante hommes – est commandé par un chef, en général très jeune. Plusieurs groupes constituent un « groupement » (environ deux-mille hommes). À l’échelon supérieur, six régions géographiques sont commandées par un commissaire régional assisté par un État-Major et des services.

Le commissariat régional du Languedoc

La Région du Languedoc, avec ses sept groupements, totalise quinze-mille hommes. Elle est commandée par le colonel de Saint-Rémy. Muni des pleins pouvoirs, ce dernier arrive à Montpellier, dans une Citroën 11 CV noire, le 27 octobre 1940. Il installe un P.C. provisoire à l’institut de biologie du département de l’Hérault, et officier supérieur à quarante-sept ans. Comme La Porte du Theil, il fut un chef scout de haut niveau. […]

Sa tâche est immense, mais, malgré de lancinants rhumatismes, il ne manque ni d’enthousiasme, ni d’esprit d’initiative, ni de moyens. Il doit, rapidement, trouver à Montpellier un site adéquat où jouxteront les services régionaux et les bâtiments de l’École régionale des cadres. Son choix se porte sur le château des Écossais. Cette curieuse bâtisse, qui fleure bon le romantisme des landes écossaises et où rode l’ombre de Walter Scott, a été construite, d’ailleurs, par un écossais, Patrick Geddes (1854-1932). Après de brillantes études à l’Université de Dundee, ce touche à tout de génie « biologiste de formation, mais aussi urbaniste de passion et humaniste de raison » parcourt le vaste monde. Dès 1885, il a posé le pied à Montpellier et a eu un coup de foudre pour le Plan des Quatre-Seigneurs. Il y mourra en 1932. Mais entre temps, en 1920, il a créé une cité universitaire d’un genre nouveau.

Pour évoquer cette épopée nous ne saurions mieux faire que de citer un article du Midi-Libre du 10 juin 1990.

Le 3 novembre, le colonel de Saint-Rémy s’installe au château des Écossais. Il est enchanté de trouver des locaux aussi vastes dans un lieu aussi agréable. Le 4 novembre 1940, le commandant de Lavoreille vient prendre ses fonctions de commissaire régional adjoint. Décembre 1940 le commissariat régional s’organise. Quatre sections sont créées 1re section : Organisation (commissaire Picquet) ; 2ème section : Administration (commissaire Mangin) ; 3ème section : Travaux (commissaire Dussailly) ; 4ème section : Santé (commissaire Delacroix). Un repas en commun réunit autour du commissaire régional, chaque samedi à midi, tous les chefs du commissariat. Ils sont vêtus, avant même l’institution du blouson réglementaire, d’un veston droit vert forestier « type Languedoc ». Soixante-et-onze « chefs servant sous statut gravitent autour du commissaire régional ».

Février 1941 visite de Lamirand, Secrétaire d’état à la jeunesse. Septembre 1941 la première fête régionale se déroule à Montpellier, sous forme d’un grand rallye, sous la présidence du commissaire Général de la Porte du Theil. Huit groupes de cent jeunes, venus à pied de tous les groupements de la Province, défilent dans les rues de Montpellier acclamés par la foule. Ils sont présentés au Drapeau des Chantiers qui avait été solennellement remis à Vichy quatre mois plutôt par le Maréchal Pétain au commissaire général. La veillée-feu de camp, au cours de laquelle est exécuté un grand jeu scénique, réunit des milliers de spectateurs au polygone du Génie. Cette fête marque l’apogée de la Province.

Informations complémentaires

Année de publication

2013

Nombre de pages

6

Auteur(s)

Pierre MAZIER

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf