I. Introduction

La source qui alimente, aujourd’hui la commune de Gabian a une longue histoire. Fréquentée par les hommes depuis le Néolithique elle fut captée, au début de notre ère, par les Romains pour alimenter en eau la ville de Béziers. La deuxième moitié du IIIe siècle fut une période de troubles qui provoqua la fin de l’exploitation de l’aqueduc, faute pour la ville d’avoir les moyens — en hommes et en matériel — d’assurer l’entretien des ouvrages et de pouvoir contrecarrer les usurpations et les tentatives de destruction des ouvrages. Mais surtout, au même moment, la ville doit rassembler ses forces pour assurer sa défense par une enceinte puissante, largement faite des débris de sa splendeur passée — des pierres de l’aqueduc aérien du dernier kilomètre (fig. 15, 1) —, mais capable de protéger efficacement le castrum auquel s’est réduit l’espace utile de la colonie, comme ce fut le cas dans bien d’autres cités de la Narbonnaise (6).

La source fut à nouveau captée au Moyen Âge, son eau conduite dans un bassin (Resclauze), pour mouvoir — par éclusée (resclausar en langue d’Oc) — les meules d’une série de 5 moulins en cascade (2, 7).

ue générale de la Resclauze
Fig. 1 Vue générale de la Resclauze avant travaux (Photo J.-L. Andrieu).

II. Problématique

Notre intervention sur le site a eu pour dessein

  • d’apporter des éléments indiscutables à la connaissance du tracé en plan et en profil en long des galeries romaines et médiévales ;
  • d’essayer de préciser les dates de construction de ces ouvrages ainsi que la période de fin d’exploitation de l’aqueduc romain.

II-1. Ce que nous savions

Trois témoignages étaient en présence, dont deux concordants :

  1. E. Sabatier, en 1841, décrit cette source : « l’eau surgit dans un bassin à peu près elliptique formé de roches naturelles et de murs auquel elles ont, en partie, servi de fondement. Dans la circonférence de ce bassin, deux aqueducs. L’un, aujourd’hui bouché, se dirige au sud-ouest vers Fouzilhon. L’autre conduit les eaux vers un bassin appelé la Resclauze qui a fort longtemps alimenté trois moulins en cascade…» (5).
    Ce texte a conduit J.-L. Andrieu a adopter les assertions de Sabatier et à prendre pour origine de l’aqueduc romain le deuxième « aqueduc… qui… aujourd’hui bouché, se dirige au sud-ouest vers Fouzilhon » (1, p. 28).
  2. Cette hypothèse semblait avoir été confirmée par la campagne de recherche du parcours de l’aqueduc romain de Béziers effectué par le G.R.A.H.M.R. (Groupe de Recherche Archéologique de l’Hérault, de Montpellier et de sa Région) — par la méthode de mesure de la résistivité des sols, au début de 1988. Les résultats de ces mesures sont reportés sur le plan n° 50 (7).
    Les trois bases de mesure donnent 3 points remarquables M1, M2 et M3 qui sont — presque — alignés sur un tracé qui semble confirmer la description de E. Sabatier, reprise par J.-L. Andrieu !
  3. Mais une communication de G. Kress et J.-P. Mailhé, en 1992, fait état d’un texte de 1895 (3) qui précise que « à quelques mètres du 2e bassin vient s’embrancher un second aqueduc, se dirigeant au sud-ouest vers Fouzilhon. Cet aqueduc aujourd’hui fermé dont les traces subsistent sur un développement de près de trois myriamètres, fut construit dans le 1er siècle de notre ère, et utilisé pour conduire l’eau des sources à Jullia Biterra (Béziers)». Cette assertion, se traduit — sur le plan de la page 89 — par un tracé qui assimile l’aqueduc existant avec l’aqueduc romain — ou reconstruit sur un tracé romain (3) (fig. 50 bis).

II-2. Direction de recherche

Plan général des ouvrages.
Fig. 50 Plan général des ouvrages.

Nous nous trouvions donc en présence de deux tracés présumés :

Hypothèses 1 et 2. Sabatier (5), Andrieu (1) et G.R.A.H.M.R. (fig. 50) (7).

Sans mettre en doute les mesures de résistivités des sols — effectuées en 1988 par le G.R.A.H.M.R. — Il convient cependant de prévoir une nouvelle campagne de mesures pour vérifier si l’on retrouve, à nouveau, les trois points M2, M3 et M4 alignés — sur un tracé voisin de celui décrit par E. Sabatier, et admis par J.-L. Andrieu.

Si ce tracé était confirmé par de nouvelles mesures, un sondage serait alors nécessaire pour vérifier la présence d’un ouvrage à l’intérieur de cet alignement — profondeur du radier de l’ouvrage présumé, de 5 à 8 mètres (fig. 52).

Hypothèse 3. Mailhé

Le plan de la page 89 (3) du document publié par J.-P. Mailhé précise le tracé du « second aqueduc, se dirigeant au sud-ouest vers Fouzilhon » (fig. 50 bis).

Un sondage sur ce tracé présumé était donc nécessaire pour vérifier cette hypothèse.

Plan d'ensemble.., pour situer l'aqueduc romain et l'aqueduc du Moyen Age
Fig. 50bis Plan d'ensemble.., pour situer l'aqueduc romain et l'aqueduc du Moyen Age, publié par G. Kress et J.-P. Mailhé dans Les moulins de l'Hérault, dossier n° 12, 1992, p. 90.

III. Sondage

Après que Jean-Luc Espérou et Jean-Pierre Mailhé, eussent obtenu les autorisations nécessaires pour entreprendre ces travaux. L’emplacement du sondage, 59/93 (4) fut défini par J.-P. Mailhé sur la base de l’hypothèse 3. La fouille fut faite par J.-L. Espérou, en présence de J.-P. Mailhé et de J.-L. Andrieu (fig. 50 bis).

Nous remercions à nouveau la ville de Gabian qui a bien voulu mettre à notre disposition un tractopelle pour effectuer le décapage des sols.

Le rapport établi par J.-L. Espérou (4) donne une description précise des travaux de fouilles qui ont abouti à la mise au jour d’un ouvrage romain qui ne correspond à aucune des trois hypothèses énoncées ci-dessus (fig. 50).

IV. Plans des ouvrages

IV-1. Plan des tranchées de sondage (fig. 51, cl. 1)

Nous avons reporté sur ce plan le tracé de l’aqueduc romain mis au jour à proximité de l’aqueduc médiéval ainsi que l’emplacement des 5 tranchées T1 à T5.

On notera, entre T3 et T4, l’ouvrage de réduction de la largeur de la section d’écoulement de 0,41 m à 0,28 m. Le mur ouest de la Resclauze est parallèle à l’aqueduc romain de T3 à T5. Compte tenu de la grande proximité des maçonneries il est certain que les constructeurs de ce mur connaissaient l’existence de l’aqueduc romain, ce qui explique la tradition orale recueillie par J.-P. Mailhé (3).

IV-2. Examen des vestiges mis au jour de T1 à T5 (fig. 53)

Nous avons été très surpris de ne pas retrouver sur ce tronçon d’ouvrage les structures mises en œuvre dans les autres vestiges — mis au jour — de l’aqueduc Gabian-Béziers.

Plan des aqueducs romain et médiéval de Gabian.
Fig. 51 Plan des aqueducs romain et médiéval de Gabian.

IV-2-1. Fondation des piédroits

Il semble bien que les piédroits — de h > 1 m — aient été fondés indépendamment l’un de l’autre — ce que nous avons vérifié en T2 — sur des sols non homogènes !

Nous ne retrouvons pas en effet le radier général habituel dans ce type d’ouvrage et pas, non plus, de hérissonnage en fond de fouille !

Cette grave erreur de construction est sanctionnée par un début de renversement du piédroit Est constaté en T1 et T2 — # 0,05 m. On notera, en T2, la présence d’un mur parallèle au piédroit Est où nous avons constaté un remplissage en argile ! Contre-mur pour combattre des déperditions d’eau dues à une mauvaise qualité de la construction ?

IV-2-2. Radier

Le radier semble constitué de gros cailloux, posés entre les piédroits — largeur : 0,41 > e > 0,28 —, qui ne sont pas, ou plus, liés par un mortier. Aucune trace, au-dessus de ces cailloux, d’une couche de mortier de tuileau — 4 à 5 centimètres — que nous avons trouvé en radier des autres vestiges (du PK 6 au PK 24).

Les cotes de niveau relevées en fond de fouille de T1 à T5 sont un peu déroutantes de 165,27 N.G.F. en T2 à 165,43 N.G.F. en T5. Fort heureusement, de T3 à T5, le radier paraît plus « dur », nous avons donc retenu la cote 165,43 (en T5) comme niveau probable du fil d’eau du radier entre T1 et T5.

IV-2-3. Maçonneries des piédroits et voûte

Ces ouvrages sont construits à partir de moellons ordinaires hourdés au mortier de chaux. A noter les variations, sans raison apparente, de la largeur des maçonneries des piédroits — de 0,5 m à 0,8 m (fig. 53 et cl. 2).

On observe deux phases d’exécution caractérisées par une différence de teinte des mortiers « jaune » et « blanc ».

a – Mortier « jaune » les phases les plus anciennes.

b – Mortier « blanc » les plus récentes

  • construction d’une voûte faite à ciel ouvert du profil Ti à T3 (cl. 2 et 3) où 1 # 0,41 m, la face extérieure a été recouverte d’un enduit, ce qui confirme que l’ouvrage a été fait en tranchée et que, dans un premier temps, il n’avait pas été couvert ;
  • construction d’un contre-mur à l’Est de T2, avec remplissage d’argile entre le mur extérieur du piédroit et ce mur ;
  • modification de la partie supérieure de l’ouvrage au profil T5.
Tranchée T1
Fig. 2 Tranchée T1 (Photo J.-L. Andrieu).
Tranchée T3
Fig. 3 Tranchée T3 (Photo J.-L. Andrieu).

IV-2-4. Enduits piédroits et voûte

Contrairement aux ouvrages connus, aucun enduit constaté sur les piédroits des ouvrages mis au jour, les joints des maçonneries sont plus ou moins grossièrement lissés. Un enduit a été observé sur la face externe de la voûte en T1.

IV-3. Plan des galeries romaine et médiévale(fig. 50)

Sur ce plan, qui concerne l’ensemble de la zone Source-Resclauze, nous pouvons distinguer trois ouvrages connus ou mis au jour et un ouvrage présumé :

IV-3-1. Galerie de drainage, captage et vidange de la source

Les sondages de J.-P. Mailhé en 1975 et de A. Cornejo en 1981 ainsi que l’étude géo-archéologique de J.-E. Brochier en 1989 ont mis en évidence l’existence d’un marais sur le site de la source avant son captage par les romains (7).

La source est actuellement captée à la cote 164,2 N.G.F. et le terrain naturel au-dessus est à la cote # 169 N.G.F. soit une différence de niveau de # 4,8 m (fig. 52).

Les romains ont été obligés de drainer le marais avant de capter cette source. Seule une tranchée permettant l’assèchement du marais par gravité pouvait être efficace !, c’est d’ailleurs ce que l’on pratique toujours à notre époque. Cette tranchée faite, il nous paraît rationnel qu’un ouvrage en maçonnerie ait pérennisé cet ouvrage pour continuer l’assèchement du marais et effectuer la dérivation de la source, dans un proche thalweg, chaque fois que des travaux devaient être faits sur le canal de conduite des eaux.

Profil en travers des vestiges mis au jour.
Fig. 53 Profil en travers des vestiges mis au jour.

Nous savons que cette galerie existe sur 27 mètres, la recherche de son débouché aval n’a jamais été faite, encore une direction de recherche (fig. 50) !

A noter, qu’une longue galerie de captage est encore en service à la fontaine romaine du Thou à Magalas.

IV-3-2. Galerie romaine mise au jour en 1993

La mise au jour de ce nouvel ouvrage met donc en évidence l’existence d’un aqueduc romain à proximité de l’aqueduc qui a alimenté les moulins médiévaux (7).

Au vu de ce plan (fig. 50) on pourrait penser que ces deux ouvrages ont un point commun aux environs du regard Rv indiqué sur le plan ? Mais leurs profils en long (fig. 52) montre que l’aqueduc romain passe largement au-dessus de l’aqueduc médiéval sur l’ensemble de son tracé (de 2,1 m à 1,3 m) !

Les techniques de construction et les dimensions en œuvre de ces deux ouvrages sont aussi différentes.

Mais quel était le point de départ de l’aqueduc romain à proximité de la source ? Dans l’hypothèse, probable d’un tracé voisin de celui de la courbe de niveau du terrain naturel de ce temps-là, le raccordement de l’aqueduc romain avec la galerie de vidange pourrait se situer à l’aval – Nord-Est – du point actuel de raccordement de l’aqueduc médiéval avec cette galerie ?

IV-3-3. Galerie des moulins médiévaux

Le tracé en plan et en profil en long de cet ouvrage est maintenant mieux connu. Il se raccorde, en angle droit, sur la galerie de vidange à # 27 m de la source. Un puisard de visite, non visible actuellement, existe sur ce raccordement. Il est maintenant clair pour tous qu’il s’agit d’une galerie médiévale aménagée pour les moulins.

On peut aussi imaginer que l’aqueduc médiéval a été construit sur le tracé de l’aqueduc romain qui aurait été épierré et sa tranchée recreusée de plus de 1,3 m — au point de captage de la source ?

IV-3-4. Galerie repérée par le G.R.A.H.R.M. en 1988

Nous ne pouvons pas ignorer ce tracé dont 3 points sont alignés et qui correspond à la description de Sabatier en 1840.

L’avenir nous dira s’il convient ou non de continuer de le prendre en compte dans nos travaux !

IV-4. Profil en long des galeries romaine et médiévale(fig. 52)

Ce plan permet de comparer les profils en long : de l’aqueduc médiéval, de l’aqueduc romain mis au jour à proximité de l’aqueduc médiéval et de l’ouvrage subodoré par le G.R.A.H.M.R.

Le fil d’eau de l’aqueduc médiéval va de 164,20 N.G.F., à la source, à 163,33 N.G.F. en radier de l’actuel réservoir de l’alimentation en eau de la ville de Gabian.

Le fil d’eau de l’aqueduc romain mis au jour à proximité de la Resclauze est à la cote 165,43 N.G.F. en T5, et — si on admet une très faible pente jusqu’à la source — de # 165,45 N.G.F. au point de raccordement avec la galerie de vidange.

On voit bien qu’il s’agit de deux galeries bien distinctes.

Les documents mis au jour par J.-P. Mailhé signalaient, à proximité de la galerie médiévale, un aqueduc romain bien réel, il n’a, néanmoins, aucun point commun avec l’aqueduc médiéval (3) !

Profil en long des aqueducs romain et médiéval.
Fig. 52 Profil en long des aqueducs romain et médiéval.

Cette comparaison des profils en long nous conduit à rechercher une explication sur la différence de # 1,3 m qui existe entre les niveaux des fils d’eau de ces deux aqueducs au droit de la source ? On peut penser que les fontainiers Gallo-Romains auraient fixé à 165,5 N.G.F. le niveau du fil d’eau de départ pour pouvoir franchir le point de partage des eaux des vallées de la Léne et de la Thongue (168 N.G.F.) avec une tranchée de profondeur minimale (fig. 54). Ce qui les conduisit à laisser la source débiter dans un bassin de 1,3 m de profondeur ! Solution satisfaisante car la galerie de vidange leur permettait d’effectuer les travaux d’entretien de la source sans problème.

Quant à l’ouvrage subodoré par le G.R.A.H.M.R. nous avons tracé son profil en long en partant du même niveau que le fil d’eau de l’aqueduc médiéval — 164,2 N.G.F. — avec une pente de 1,55 m par km (fig. 54). On peut aussi admettre qu’il ait été calé au même niveau que l’aqueduc romain mis au jour soit > ou = à 165,5 N.G.F. !

Profil en long et en travers des ouvrages
Fig. 54 Profil en long et en travers des ouvrages du PK 0 au PK 6,5.

L’examen de ce profil met en évidence la réalité d’une ligne piézométrique entre la source et le réservoir de l’alimentation en eau de Gabian actuellement en service. L’eau est en effet stockée dans un premier réservoir qui, quand il est plein, déverse l’eau excédentaire dans la resclauze (fig. 54). Cette situation, curieuse, a pour effet de mettre en charge le canal d’amenée (source resclauze) qui n’est pas étanche, et de gorger d’eau les terrains alentours. Pendant les travaux de fouilles nous avons donc été obligés d’amener des pompes pour assécher les fonds de tranchée en T1 et T2.

V. Section d'écoulement des vestiges mis au jour

V-1. De Tl à T5 (fig. 53 et 56)

Les sections des profils d’écoulement du premier état des ouvrages mis au jour (fig. 56), (entre un niveau de radier estimé à 165,43 et un niveau moyen de la partie supérieure des piédroits estime à 166,23) vont de :

en Ti : S # (h # 0,8 m x 1 # 0,41 m) # 0,328 m² à en T5, après que la largeur d’écoulement soit passée de 0,41 m à 0,28 m :
S # (h # 0,61 m x 1 # 0,28 m) # 0,171 m².

Cette réduction de section est moins surprenante si l’on compare la section en T5 (PK 0,2) S # 0,171 m² avec celle du vestige du canal en béton au PK 6, S # (h # 0,35 m x 1 # 0,42 m) # 0,147 m² (fig. 8). Nous constatons, en effet, que la section du vestige au T5 est supérieure de # 0,024 m² à celle du vestige du PK 6 !

Zone de passage de 0,41 m à 0,28 m
Fig. 4 Zone de passage de 0,41 m à 0,28 m de largeur entre T3 et T4 (Photo J.-L. Andrieu).
Concrétionnement de la section

Fig. 5 Concrétionnement de la section de 1 # 0,28 m au PK 1,5 (Photo J.-L. Andrieu).

V-2. Aux PK 1,25 et PK 1,5

Nous étions curieux de savoir si le rétrécissement de section constaté du T1 au T3 pouvait être vérifié sur un vestige compris entre les profils T5 et le premier vestige connu en béton au PK 3,7 (fig. 55).

J.-P. Mailhé fit alors état d’un vestige au PK 1,25 — dans la vigne d’un de ses amis — et du vestige, connu au PK 1,5 qui pourrait, assez facilement, être mis au jour. Ce qui fut fait par J.-L. Espérou.

Nous vérifiâmes — mesurée au PK 1,5 et estimée au PK 1,25 — que la largeur de ces deux sections d’écoulement était bien de 1 # 0,29 m. L’aqueduc romain a fonctionné longtemps dans cette configuration, les concrétions, très dures, rencontrées au cours du dégagement de ces deux profils en font foi (rapport de J.-L. Espérou, fig. 55 et cl. 5).

La section d’écoulement au T5 est donc bien le point d’origine d’un type d’ouvrage de 1 # 0,28 m mais avec h variable que nous retrouverons jusqu’au PK 3.

En effet, le calcul des volumes d’eau débités par une section d’écoulement à surface libre s’écrit : Q = S x V.

Ce qui veut dire que pour un débit Q donné, dans un canal prismatique de pente P donné, la section minimum S doit rester constante (à frottement supposés nuls). Mais la vitesse V, est fonction de la pente. Pour un débit donné la section devra être plus grande si la pente diminue mais pourra être plus petite si la pente augmente (à frottement identiques).

Les fontainiers romains maîtrisaient mal ces contraintes, mais ils savaient s’y adapter ! Ils furent quelquefois obligés de surélever certains ouvrages qui étaient incapables de transiter les débits des sources captés à l’amont, le pont du Gard en est un bon exemple : il fut, lui aussi, surélevé de 0,46 m après sa mise en service (Fiches, p. 256 et 257). Ces mises au jour ont mis en évidence l’existence de deux ouvrages superposés l’un de 0,29 m de large, l’autre de # 0,5 m. En effet après colmatage de tout (PK 1,25) ou partie (PK 1,5) de l’aqueduc des travaux de construction d’un nouvel ouvrage (1 # 0,5 m et h # 0,30 à 0,35, furent entrepris (à une époque inconnue)

  • par construction d’un aqueduc sur l’ouvrage existant comme au PK 1,25 (avec la mise en œuvre d’un enduit « rose »).
  • par démolition de la partie supérieure des maçonneries et construction d’un nouvel ouvrage, comme cela semble être le cas au PK 1,5.

VI. Profil en long de l'ouvrage du PK O au PK 6,7 (fig. 54)

Pour calculer les débits de l’ouvrage dans le premier kilomètre, il était nécessaire d’établir un profil en long plus précis du PK 0 au PK 1,5.

Par hypothèse nous avons admis que les fontainiers romains auraient voulu réduire au minimum la profondeur de la tranchée de franchissement du « col » de la cote 168 (moins de 4 m) et pour cela choisi :

  • un niveau de départ du fil d’eau de l’aqueduc (165,45) 1,3 m plus haut que le niveau de captage de la source (164,2) ;
  • une pente minimum de 0,2 m au kilomètre, depuis T5 jusqu’au point de raccordement le plus convenable situé, probablement, 200 mètres à l’aval de T5, au point de rencontre avec la courbe de niveau 166.

Ensuite une pente de 1,6 à 1,7 m/km de ce dernier point vers le « col » à la cote 168.

La section de 1 # 0,28 m de l’aqueduc semble avoir été assez rapidement colmatée (voir les concrétions au PK 1,25).

Les fontainiers romains ont donc été obligés — compte tenu de la dureté des dépôts calcaires — de construire un nouvel aqueduc de 1 # 0,5 m et h # (0,3 m à 0,35 m) au-dessus de l’ancien — comme au PK 1,25 et 1,5 (cl. 3).

VII. Nouvelle approche du calcul des débits de l'aqueduc romain

VII-1. Débits moyen des sources de 1840 à 1988

Une estimation des débits moyens des sources dérivées dans l’aqueduc romain a été proposée (Andrieu, p. 36) à partir :

  1. des débits connus depuis 1840 qui s’inscrivent dans la fourchette :
  2. pour l’ensemble des sources :
    …16 litres/seconde < Q < 50 litres/seconde.
  3. pour la source de Gabian :
    …12 litres/seconde < Q < 42 litres/seconde.
  4. des indications fournies par les dépôts calcaires existants dans le tronçon de galerie enterrée en rive droite du Badaoussou au PK 6,1, qui ont pérennisé une section minimum d’écoulement de S # 0,084 m² (fig. 55). Si l’on effectue le calcul du débit correspondant — à l’aide de la formule de Bazin avec un indice de rugosité de 0,46 et une pente estimée à 1 # 0,002 ou 2 m/km — on obtient un débit de : Q # 35 litres/secondes…
    …qui s’inscrit dans la fourchette des débits connus depuis 1840.

VII-2. - Calcul des débits à l'amont et à l'aval de la zone de rétrécissement mise au jour en 1993 au PK 0,2 (fig. 56)

Nous allons effectuer deux calculs :

  1. l’un en prenant comme hypothèse que le profil en T5 à dû, à l’origine, être conçu pour évacuer la totalité du débit.
  2. l’autre considérant que le débit maximum de la source a été plus important que prévu, à l’origine, par les fontainiers romains. Ce qui les a conduits à modifier l’ouvrage, à l’aval du rétrécissement, en augmentant la largeur de la section d’écoulement et en surélevant les piédroits. Dans cette hypothèse le débit maximum possible peut être calculé sur la base de la section T3.
Plan de rétrécissement de la section
Fig. 56 Plan de rétrécissement de la section du canal au PK 0,20.

Pour calculer les débits nous utilisons la formule de Bazin avec un coefficient de rugosité des parois égal à 0,46, pas d’enduit « rose » sur les moellons. La pente dans cette zone étant très faible, nous prendrons comme valeur de I – la pente minimum de 0,2 m/km soit I = 0,0002 (fig. 54, 55 et 56).

A. Calcul des débits sur la base du profil T5 ..

Pour une section de : 0,28 m X 0,61 m ou S1 = 0,171 m² nous obtenons, un débit de : Q1 # 30 litres/secondes.

B. Calculs des débits sur la base du profil T3 (fig. 56)

Pour une section de : 0,41 m x 0,8 m ou S 2 = 0,328 m² nous obtenons un débit de : Q2 # 76 litres/secondes.

Il convient de noter qu’il s’agit là d’un débit maximum. On notera, sur la fig. 10, l’évolution des profondeurs « normales » à l’amont et à l’aval du point de rétrécissement « OR » qui montre bien que la section suffit à peine à transiter 76 1/s (élévation du plan d’eau à la verticale du point de rétrécissement) !

Nous sommes, comme on le voit, loin, très loin, de « l’aqueduc pouvant admettre un débit au moins égal à 700 l/s au droit de Fouzilhon » décrit par J.-C. Gilly dans son article de 1990 (Gilly, p. 9, 12 et 15) !

Profil en travers du concrétionnement des ouvrages
Fig. 55 Profil en travers du concrétionnement des ouvrages du PK 0 au PK 6,5.

Nous ignorons à quelle époque l’ouvrage a été remanié — état — (fig. 54, 55, 56) ? Peut-être, s’agit-il d’une modification du 1er état faite tout de suite après la mise en eau de l’ouvrage ? Peut-être est-elle contemporaine de la construction d’un nouvel aqueduc sur les structures d’un premier ouvrage comme nous l’avons constaté au PK 1,25 et 1,5 ?

C. Comparaison avec l’hypothèse J.-L. Andrieu

Il convient de rappeler à nouveau qu’une section de référence de l’aqueduc romain se situe à l’aval des principales sources au PK 6,1 (Andrieu, 1990).

Pour mémoire : cette section du PK 6,1 pouvait transiter Ca. A la mise en service sur h # 0,78 m et 1 m # 0,42 m (fig. 54) : Q # 292 litres/seconde.

Ch. Après concrétionnement de la section (fig. 55) pour une profondeur d’eau de h # 0,85 m : Q # 79 litres/seconde. Cc. En section minimum d’écoulement de h # 0,35 m (fig. 55) : Q # 35 litres/seconde.

La fourchette des débits transités par cette section devrait donc s’écrire :

15 litres/seconde < Q < 79 litres/seconde.

On voit que le débit maximum possible au PK 0,20 correspond au débit maximum constaté au PK 6,1 !

La mise au jour de ces nouveaux vestiges confirme les hypothèses émises par J.-L. Andrieu. Les débits de 30 l/s en T5 et de < ou = à 76 l/s en T3, sont du même ordre que ceux qu’il avait proposé en 1990.

VIII. Conclusions

Le bilan de cette campagne de fouilles est très positif sur quatre points :

  1. La mise en évidence de l’existence sur le site de deux aqueducs distincts : romain et médiéval, depuis la source jusqu’au bassin réservoir des moulins médiévaux – la Resclauze.
  2. Une confirmation des débits de la source à l’époque de son captage par les romains Q < ou = 75 l/s.
  3. La confirmation de la période de fin de fonctionnement de l’ouvrage romain mis au jour – milieu du IIIe – par quelques, rares, éléments recueillis dans les déblais de comblement de cet ouvrage (de T1 à T3).
  4. La mise au jour d’un nouvel aqueduc de 1 0,5 m et h # 0,3 à 0,35 m – construit sur le premier aqueduc mis en service – de 1 # 0,28 m – probablement sur les trois premiers kilomètres dont le tracé à été précisé par J.-L. Espérou.

Il reste cependant à vérifier :

  • que l’ouvrage détecté par le G.R.A.H.R.M. – entre les points M1 et M3 -, correspond bien à une réalité ? et à rechercher :
  • une probable galerie de vidange de la source (ancienne galerie de drainage du marais et de captage de la source) ;
  • le point de raccordement de l’aqueduc mis au jour avec les ouvrages de la source.

Et n’oublions pas que ce site a été occupé par les hommes depuis le néolithique et que nos recherches ne correspondent qu’à une petite partie de son histoire.

Bibliographie

  • – J.-L. Andrieu, Béziers, L’Aqueduc Romain, Les Belles Lettres, Paris, 1990, 149 p., 33 fig. 47 cl.
  • 1 bis. – M. Clavel, Béziers et son Territoire dans l’Antiquité, Les Belles Lettres, Paris, 1970, 664 p., 116 cartes et figures.
  • – G. Durand et J.-P. Mailhé, Les Moulins de Gabian, Cahiers d’Arts et Traditions Rurales, Supplément hors série, Les Moulins de l’Hérault: n° 10, p. 62 à 72, 1989.
  • – G. Kress et J.-P. Mailhé, Les Moulins de Gabian, Cahiers d’Arts et Traditions Rurales, Supplément hors série, Les Moulins de l’Hérault: n° 11, p. 179 à 184, 1990 et n° 12, p. 87 à 103, 1992.
  • – Jean-Luc Espérou, L’aqueduc romain de Gabian à Béziers, Gabian « La Rasclaouza», D.F.S. de sondage 59/93, S.R.A. Languedoc-Roussillon, 1993, 17 p., 7 fig. 6 cl.
  • – E. Sabatier, Les fontaines de Béziers, B.S.A.B., 1re série, 7e livraison, 1841, p. 35 à 65.
  • – A. Grenier, Manuel d’archéologie romaine, 4e partie, Les monuments des eaux, A. et T. Picard, Paris, 1960.
  • – P. Ambert, J.-E. Brochier, A. Cornejo, A. Durand, J.-C. Gilly, J.-P. Mailhé, C. Richard, J.-C. Richard, Le site de la source de la Resclauze à Gabian, Études sur l’Hérault, 1990, p. 9 à 26.
  • – G. Fabre, J.-L. Fiches et J.-L. Paillet, L’Aqueduc de Nîmes, 1991.