Le volley-ball

* Docteur en sociologie. – ** Ancien président de la FFVB

Contrairement à beaucoup de sports dont l’origine indécise permet d’imaginer toutes les filiations depuis l’antiquité, voire la préhistoire, les rares historiens du volley-ball se sentent tenus de lui assigner une origine précise, et un acte de naissance clairement repérable. Il serait pourtant possible, comme pour le football ou le tennis, de trouver au volley quelque antécédent formel, prestigieux parce qu’ancien, tel ce jeu de ballon pratiqué en Italie, dans le Trentin, qui lui aussi se base sur la présence d’un filet identique ou d’une corde (rete ou cordino). Mais non, le volley-ball tient à sa modernité, peut-être parce qu’elle est américaine 1.

Il fait partie du petit nombre de sports que les États-unis ont réussi à largement diffuser de par le monde, au même titre que le basket-ball, dont il est un cousin. En effet, ils émanent tous deux des innovations pédagogiques menées à la fin du XIXe siècle dans les collèges relevant de l’YMCAYoung Men Christian Association – organisation protestante très active internationalement.

Invention et diffusion d’un nouveau sport

En 1895, William Morgan, jeune professeur d’éducation physique à Holyoke, dans le Massachusetts, imagine ce qu’il nomme la « Mintonette » : c’est une sorte de mixte entre le tennis (le principe d’un filet séparant deux équipes) et le basket, qu’il à découvert lorsque il était étudiant au collège voisin de Springfield, où il rencontra James Naismith, créateur du basket-ball en 1891.

Nommé en 1894 directeur de l’éducation physique à l’YMCA de Holyoke, Morgan eut l’opportunité d’établir, de développer et de diriger un vaste programme d’exercices et des classes de sport pour les adultes masculins. Ayant implanté le basket dans son école, il constata que ce sport ne convenait pas à tous les étudiants et particulièrement aux businessmen qui fréquentaient l’école le matin. Il chercha donc un jeu davantage récréatif, un jeu où les contacts avec l’adversaire seraient exclus (moins de risque de blessure) mais qui demanderait un engagement physique suffisamment intense : « A la recherche d’un jeu approprié, le tennis se présenta à moi, mais cela nécessitait des raquettes, des balles, un filet et autre équipement. Il fut alors éliminé mais l’idée du filet semblait être bonne. Nous le hissions à une hauteur d’environ 6 pieds, 6 pouces (1 m 98) du sol, juste au-dessus de la tête d’un homme de taille moyenne. Puis nous fûmes amenés à faire fabriquer un ballon en cuir avec vessie en caoutchouc, pesant entre 9 et 12 onces (de 255,15 grammes à 340, 20 grammes) ».

Grâce à ses directeurs de l’éducation physique, l’YMCA adopta la pratique de ce nouveau sport dans toutes ses associations à travers les États-unis et, en 1897, sur la proposition du professeur Halsted, la mintonette devait être rebaptisée volley-ball, un nom qui rappelait le lien de parenté avec le basket et faisait davantage référence à la trajectoire de la balle durant la phase active du jeu.

L’YMCA véhicule alors le volley-ball dans le monde – Canada (1900), Cuba (1905), Chine-Japon (1908), Porto Rico (1909), Philippines (1910) Uruguay et Inde (1912), Brésil, Mexique, Europe, plus certains pays d’Afrique (1917). Cette expansion originelle fait d’ailleurs qu’aujourd’hui, le volley-ball est l’un des sports les plus pratiqués dans le monde 2.

Il n’est pas sans intérêt de noter que cette diffusion du volley-ball s’accompagne de nombreuses hésitations et variantes dans la structure et les règles du jeu, pendant une longue période. A l’origine, Morgan avait prévu de le faire jouer par des équipes de 9, sur trois lignes distinctes, et sur un terrain qui pouvait mesurer jusqu’à 11 mètres de large sur 22 de long. Le nombre de passes entre partenaires, les règles admises au filet, tant dans l’attaque que dans le contre, fluctuèrent longtemps, et donnèrent lieu à des règles occidentales qui se distinguèrent jusque dans les années 50, de celles adoptées en Asie 3.

Lors de la Première Guerre Mondiale, en tant que secrétaire de la cellule de travail en temps de guerre de l’YMCA, le Dr Georges T. Fischer intégra le volley-ball au sein d’un programme de camp d’entraînement militaire aux États-unis. En effet le corps expéditionnaire était constitué d’un fort pourcentage de Californiens pour qui le volley-ball, complément idéal des baignades et des jeux de plage, était déjà très populaire.

Effectivement le volley-ball convenait parfaitement à la mobilité des unités, par le peu de matériel et d’installation nécessaires, ainsi que pour l’organisation des moments de détente de l’Armée et de la Marine.

Et c’est par ce biais que le volley-ball fit ses premiers pas en France. En 1918, les Américains avaient installé un immense terrain d’aviation tout près de Juvisy au sud de Paris (l’actuel aéroport d’Orly) et pour maintenir et acquérir les qualités physiques nécessaires, l’entraînement sportif battait son plein et le volley-ball était pratiqué pendant des heures : les terrains étaient occupés tous les jours par des équipes se relayant régulièrement.

Les Américains proposèrent donc d’introduire le volley au programme des Jeux inter-alliés tenus à Vincennes en 1919, l’équipe française étant constituée en partie par des moniteurs de l’École militaire d’éducation physique de Joinville.

Après cette phase « militaire » liée directement à la guerre, le volley-ball se fait connaître du grand public au Stade de Colombes, comme sport de démonstration en 1924 lors des JO de Paris. Conséquence directe de cette manifestation ou coïncidence curieuse, c’est à cette époque que le volley-ball apparaîtrait également sur les plages françaises, comme loisir estival, ainsi que dans les milieux naturistes.

Au plan international, dès 1928, des contacts s’établissent entre universitaires de différents pays d’Europe. Puis pas à pas en 1934 est créée à Stockholm une commission technique du volley-ball au sein de l’Association Intersyndicale de la balle à la main. En 1936 durant les JO de Berlin, cette commission adopta les règles américaines comme internationales. Seule l’Asie conserva ses propres règles, ce qui rendit plus difficile les échanges internationaux lors des grandes compétitions.

En France, le volley-ball serait resté longtemps un simple jeu de plage sans la présence des réfugiés baltes et russes entre les deux guerres, à la suite des bouleversements géopolitiques que connaît alors l’Europe orientale. Ces immigrés ont été secourus par un grand nombre d’associations philanthropiques, dont l’YMCA, ou plus précisément l’UCJG – l’Union Chrétienne des Jeunes Gens, version française de l’YMCA – qui les fait participer à ses programmes de loisirs sportifs. Leurs qualités physiques et leur engagement vont contribuer à l’essor du volley-ball en France, grâce à la formation de l’encadrement et à la mise en œuvre de compétitions. L’Association Sportive Russe fut l’un des meilleurs clubs de la région parisienne jusque dans les années d’après-guerre.

Ce n’est pourtant qu’en 1936 que se crée la Fédération Française de Volley-ball, à l’initiative de trois anciens membres de la Fédération de Tennis de Table qui veulent s’investir dans un nouveau sport. Le 2 février 1936 ils créent la FFVB, sous la présidence de Félix Castellant. Il fallut beaucoup de temps pour contrôler l’ensemble de la pratique en France et, en 1938, la Fédération organise le premier championnat de France de volley-ball avec 4 équipes, toutes parisiennes. Le PUC, le grand club universitaire, fait la loi lors de ces premières années de compétition.

Dans la foulée, une équipe de France joue une première rencontre internationale, contre la Grèce, le 3 décembre 1938 (la Grèce vainqueur 3 sets à 2).

En 1941 est lancé le premier championnat de France féminin, que remporte la Villa Primrose de Bordeaux.

Malgré son faible développement, le volley-ball français joue un rôle international majeur – comme dans beaucoup de sports – en contribuant à l’organisation du premier Congrès International à Paris en 1946, et en créant la Fédération internationale de Volley-ball le 18 avril 1947. Son premier Président en sera Paul Libaud qui laissera le poste aux JO de 1984 à Los Angelès après avoir tout fait pour que le volley-ball masculin et féminin soit admis aux JO, ce qui fut obtenu en 1964 à Tokyo.

Le volley-ball de plage

C’est la caractéristique du volley-ball d’avoir laissé peu de traces de son implantation dans le département. Outre les établissements scolaires, qui ont dû commencer de proposer le jeu aux collégiens, il faut se tourner vers les patronages protestants pour recueillir quelques minces témoignages de sa présence.

A la Gerbe de Montpellier, patronage de la rue Chaptal, un filet de volley est installé après la guerre, qui autorise des parties, plus peut-être que de véritables matchs, si l’on en croit des photographies mettant en scène des équipes disparates 4 : « Les activités sportives et les jeux proposés dans le bulletin de la Gerbe étaient très nombreux. Il y avait du tennis, du billard, du ping-pong, du football, mais aussi du volley-ball, du basket-ball (un terrain a été aménagé à cet effet en 1923) et de l’athlétisme. Le bulletin de janvier de la même année publiait un article sous forme de bande dessinée expliquant les règles du volley-ball qui venait d’être introduit à la faculté de théologie. Lors de la rencontre avec les UCJG de Nîmes en mai, l’accent fut mis sur le sport et il fut proposé des rencontres de basket-ball, de volley-ball, une course de relais de 400 m et une course de 1 500 mètres… » 5. Une confirmation de la présence du volley en milieu protestant est donnée par un entrefilet du Petit Méridional 6 qui nous apprend que dans le Gard, l’équipe de Lézan a battu celle de Mialet au Wolley-Ball (sic), et que l’on souhaite le rétablissement du championnat pour 1931, au bon vouloir de la Commission ad hoc. Cet embryon de compétition en milieu cévenol aurait débuté en 1928, avec des hauts et des bas 7, et c’est la seule référence régionale que nous ayons trouvée à ce jour, avant 1930.

Volley-ball familial à Palavas dans les années 30
Fig. 1 Volley-ball familial à Palavas dans les années 30. Collection : Suzy Brioudes

Pourtant, la pratique doit s’étendre, peu à peu. Ainsi en 1931, un article de presse présente sommairement les installations du nouveau stade municipal de Lodève, route de Bédarieux. A côté du terrain de football, figurent aussi des aires de jeu plus réduites mais qui laissent augurer de pratiques nouvelles : des terrains de tennis, de basket, mais aussi de volley, et même un fronton de pelote basque (ce sport est alors fortement implanté un peu plus au sud, autour de Montagnac). Mais il est difficile de savoir s’il s’agit d’un projet en cours, déclinaison locale de « stades-types » que diffusaient alors les services de l’État en charge de l’Éducation physique, ou d’une réalisation effective.

Indépendamment du foyer protestant, le volley confirme son statut initial de loisir avec une pratique très spécifique qui va faire la renommée du Département : le volley de plage.

Le site officiel de la Fédération affirme, de façon lapidaire, que dès 1924 (donc au moment des JO de Colombes) le volley fait sa première apparition sur les plages françaises. Peut-être existe-t-il des sources qui font mention d’un tel loisir sur les plages atlantiques, à La Baule ou Royan, lié à la création des clubs de plage. Les vacanciers de Palavas auraient commencé à s’y adonner dès 1924 ou 25, sans que nous ayons trouvé d’indice probant de cette innovation.

Quelques repères, toutefois :

Des photographies, datées de 1931, illustrent des phases de jeu sur la plage de Palavas. Partie familiale, à coup sûr, qui fait côtoyer adultes et jeunes gens. Mais le filet mal tendu qui est probablement un filet de pêche, et les poteaux montrent qu’un minimum d’installation existe alors, peut-être dû à la diligence des cafetiers du front de mer ou du casino.

Deux ou trois ans plus tard, à ces jeux familiaux viennent se superposer des compétitions sous forme de tournois, dont le degré d’organisation est tel que la presse locale s’y intéresse.

La première mention de quelque consistance date de l’été 1934. Un grand tournoi est annoncé, à Palavas, à l’initiative de trois professeurs d’éducation physique, M. Eychene, enseignant au Lycée de Toulouse, et MM Paulet et Vallière, qui dirigent un Centre d’éducation physique situé sur la rive droite, face au Casino. S’adjoint à eux Melle Bonjour, en prévision d’une participation féminine.

Durant l’été 1935, un tournoi féminin se déroule à Carnon. Le fait est assez significatif pour figurer dans la rétrospective sportive de L’Eclair du 1er janvier 36 signe d’une dynamique nouvelle qui retient l’attention. Au printemps suivant, L’Eclair mentionne la création, en ville, d’un Volley-Club de Montpellier. Cette nouvelle association sportive a pour but de développer un « sport de plage attrayant et organiser des tournois ». Le secrétaire en est Robert Sibelly, 5 rue d’Alger, d’une famille de commerçants en grains et farines.

Dès juillet, le Volley-Club est à l’œuvre à Palavas. Un tournoi met aux prises des équipes aux noms « folkloriques » Mickey, Dorades, Soles, Houle, Linots, Matelots, Crabes

On imagine bien l’improvisation de ces équipes d’un jour, mais en finale, les Linots contre les Matelots sont tous membres du Volley-Club de Montpellier.

Parmi les joueurs cités, certains sont appelés à faire carrière, tel Jean Jourdan futur président de la Fédération dans les années 60, mais qui entame dans le volley-ball une seconde carrière sportive, puisqu’il est alors professionnel de football au SOM, tout en vivant de la fabrication de brandade de morue dans son magasin de la rue Saint-Guilhem. Les joueurs de plage ne sont donc pas nécessairement des adolescents pratiquant un loisir nouveau, mais il y a parmi eux des sportifs confirmés, aux qualités athlétiques affirmées, et sachant ce qu’est un entraînement régulier.

Dans la foulée, un autre tournoi palavasien se joue sous l’emblème de la Coupe Capiani : les volleyeurs ont trouvé un sponsor, fabricant d’apéritif et d’anisette de Marseille. La Coupe réunit 250 joueurs et joueuses au mois d’août. Devant le succès, le Casino met sur pied un match en nocturne, à la lumière de 6 projecteurs, qui oppose les Linots, vainqueurs du Capiani au VC Sète mené par Vailhé, Bourrasset et Mandayot.

Au mois d’août, les tournois se déportent à Sète, sur les plages de la Corniche, et les bains de mer Sauvaire offrent une coupe au vainqueur. Les demi-finalistes sont l’équipe locale du Volley-Club Sétois, les Crabes et les Linots du V-C Montpelliérain, et les Goélands de Palavas. Puis, la semaine suivante, le tournoi annuel de Carnon patronné par L’Eclair, et qu’organisent le Dr Menard, Tirat, Verdier, Causse, et Moutet, moniteur de gymnastique. Sur la plage, 5 terrains sont aménagés, pour une vingtaine d’équipes, Hommes, Dames et Mixtes.

Durant le même été 1935, on trouve aussi mention de volley-ball à Valras-Plage. L’Étoile sportive Valrassienne organise une fête sportive le dimanche 30 juin. Au programme : course cycliste, épreuves d’athlétisme, course de périssoires, épreuve de yachting, et des matchs de basket-ball et de volley-ball avec la participation des équipes féminines de Valras et de Pézenas. Toutes ces festivités avec le concours de la Municipalité, du Casino et du Syndicat d’Initiative. A noter que l’ES Valras adhère à la FSGT 8, et qu’elle joue aussi l’hiver (match amical de basket perdu contre l’USM en mars 36). La FSGT est également présente à Montpellier au même moment avec la création de la Jeunesse Sportive Jean-Jaurès qui met en place des sections basket, boules, cyclotourisme et natation 9. La FSGT, comme les Patronages, a une conception des sports tournée davantage vers le loisir que la compétition, ce qui correspond assez à l’image que le volley-ball présente alors localement.

Des plages à la ville

Les jeunes gens qui vont de tournoi en tournoi sur les plages d’été se retrouvent à Montpellier, l’hiver venu.

Nous ne savons trop quelle activité réelle fut celle du VC Montpellier, d’ailleurs bien isolé. Mais en 1943, le MUC, grand club estudiantin omnisports, qui s’était fait connaître jusqu’alors par ses titres en football, ouvre une section de volley-ball. S’y retrouvent les meilleurs joueurs palavasiens, mais le passage d’un volley de plage, aux règles très souples, à un volley encadré et orthodoxe, bouleverse pas mal d’habitudes.

Un article de presse analyse très finement les conditions de jeu qui étaient celles du volley dans l’immédiat après-guerre 10. Il mérite d’être largement cité :

« Depuis 1925, sur les plages voisines de Montpellier, les estivants de cette région pratiquaient déjà un volley-ball avec passes illimitées, et dont les règles étaient très simples ; les balles tenues, poussées, doublées, étaient, en effet, très largement tolérées. Ce sport prit rapidement un essor considérable. (…) Ainsi se formèrent à Montpellier un lot de joueurs de qualité, pratiquant il est vrai un volley-ball peu orthodoxe, mais très spectaculaire, où la touche de balle était fort négligée, puisque le nombre de passes n’était pas limité, et où la puissance et l’efficacité de l’attaque, la vitesse et la sûreté de la défense étaient au contraire particulièrement mises au point. (…) L’équipe première du MUC se composait alors de trois joueurs d’attaque et de trois joueurs spécialisés dans les passes et doués dans la défense basse. Elle remporta cette année-là [très probablement 1944] le Championnat du Languedoc et enleva à l’AS Cannes le titre de Champion de France zone sud. Opposée ensuite au Paris Université Club dans la finale interzone, elle fut facilement battue par 3 sets à 0. Les Montpelliérains tirèrent la leçon qui convenait de cette défaite où ils éprouvèrent pour la première fois l’efficacité du contre à trois et même à quatre joueurs. Ne désirant pas adopter une tactique qui à leur avis ne convenait pas à leur tempérament, ils s’efforcèrent de trouver le moyen de rendre le contre à plusieurs joueurs inefficace.

1er mai 1946 - Dans la cour du collège Legouvé
Fig. 2 1er mai 1946 - Dans la cour du collège Legouvé, le MUC bat l'équipe de France ! Collection : Suzy Mondes

Les joueurs de petite taille qui n’étaient pas susceptibles d’attaquer avec succès furent remplacés par des smasheurs. La nouvelle formation eut des débuts assez pénibles. Peu entraînés à la deuxième passe, les joueurs eurent de grosses difficultés à servir leurs camarades dans de bonnes conditions et surtout à smasher correctement sur des chandelles médiocres, aussi l’attaque devint moins incisive dans ses shoots mais gagna tout de suite en souplesse et variété.

Les changements d’ailes, les passes croisées, les passes renversées, les passes directes, les feintes et les lobs furent étudiés constamment. L’équipe qui était restée fidèle à la formule du contre à un et à la défense basse, et qui, par ailleurs, avait perfectionné son attaque en fonction du mur adverse, rencontra dans un tournoi de Noël en 1945, la sélection de Guyenne, le Paris Université-Club et l’équipe représentative des Pyrénées. Elle battit ces trois formations.

Ainsi la tactique des Mucistes pouvait engendrer le succès. Ils se rendirent compte aussi qu’il leur fallait améliorer leur touché de balle et leur deuxième passe. Par la suite, le MUC battit le Bordeaux EC et disputa deux matches contre l’Equipe de France qu’il défit une fois. Il tira de ces rencontres les mêmes enseignements: conserver sa méthode de défense, travailler la touche de balle, améliorer le smash et s’attacher à varier l’attaque. »

Cette réflexion technico-tactique menée par les joueurs mucistes devait rapidement porter ses fruits. Le premier coup d’éclat de la jeune équipe montpelliéraine fut le double match amical contre l’équipe de France en 1946. L’Équipe nationale avait conclu une tournée en Tunisie et il fut décidé par la Fédération qu’avant de franchir la Méditerranée, elle se produirait à Montpellier. Et là, l’incroyable eut lieu : l’équipe de France était battue par 3 sets à 1 par cette équipe montpelliéraine. Ce qui fit admettre qu’une sélection nationale ne pouvait plus être le fait des seuls joueurs parisiens L’Hérault avait réussi à concurrencer Paris !

Cette victoire eut un grand retentissement dans les milieux de la Fédération et mit en évidence plusieurs joueurs du MUC qui furent dès lors conviés à jouer en équipe nationale. Ce fut tout particulièrement le cas d’André Dulon 11, le capitaine, qui profita de ses expériences internationales pour étudier les styles des équipes étrangères et importer de nouveaux choix tactiques. On peut s’en apercevoir dans le compte-rendu d’un tournoi joué à Toulouse à Noël 1946 : « Le M.U.C. devait gagner et gagna. La première surprise fut son contre à trois, trouvaille de l’ami Dulon, à Prague, qui s’annonça très efficace. Méfiez-vous, grandes équipes parisiennes, le qualificatif « rigolos » pourrait fort bien changer de club et j’aimerais tant voir un liseré tricolore sur les maillots d’une équipe athlétique, homogène, très disciplinée, et surtout si sympathiquement sportive sur le terrain. » 12

Souhait prémonitoire, puisque le MUC remportait son premier titre de champion de France au printemps 1947.

Il n’est pas sans intérêt de noter les caractéristiques physiques de cette équipe, qui témoigne d’une époque révolue : « Les équipiers premiers Mucistes ne sont pas grands, ce sont des joueurs de détente, leur taille varie entre 1 m. 80 et 1 m. 70. Ceci leur permet de défendre avec plus de facilité.

Voici les principaux joueurs :

Demotte René, taille 1 m 70, joueur possédant une très belle détente, très rapide, excellent en défense, sert des chandelles très précises, son attaque courte et croisée fait très souvent le point.

Delousteau Roger, taille 1 m 76, le meilleur attaquant de l’équipe, a beaucoup de facilité, très bon sauteur, peut passer au-dessus du contre adverse grâce à une attaque de la balle haute très rapide.

Brioudes Pierre, taille 1 m 76, attaquant de qualité, a un smash puissant et placé assez près du filet.

Manayonni, taille 1 m 78, attaquant astucieux, ses feintes et ses balles placées font souvent le point, bon en défense.

Claparede Alphonse, taille 1 m 72, joueur athlétique très sûr en défense, a un smash puissant et long.

Brioudes André, taille 1 m 76, joueur susceptible de faire un attaquant de premier rang, contre efficacement.

Dulon André, taille 1 m 72, capitaine de l’équipe, pratique le Volley-Ball depuis longtemps, joue volontiers l’attaque qu’il s’efforce de varier le plus possible. » 13

1947, l'équipe du MUC lors de son premier titre national
Fig. 3 1947, l'équipe du MUC lors de son premier titre national. Debout de gauche à droite : Jaumel, Villemin, Jacques Vabre, André Mondes. Accroupis de gauche à droite : Deloustau, Dulon (capitaine), Claparède, Demotte. Collection : Suzy Brioudes

Par rapport à l’avant-guerre, la situation du volley-ball dans le département a considérablement évolué. Certes la région ne figure pas encore au premier plan du volley-ball national, puisque la Ligue du Languedoc n’apparaît qu’en 1946, après celles de Côte d’Azur ou de Midi-Pyrénées créées pendant la guerre. Mais derrière le MUC qui joue très efficacement le rôle de locomotive, le nombre de clubs affiliés à la Fédération prend de l’ampleur. Pour le championnat de France 1947, la Ligue du Languedoc est représentée par (au moins) 14 clubs 14, qui donnent ainsi une idée assez précise de la géographie régionale du volley-ball d’après-guerre.

En dehors des deux clubs gardois de l’Entente Sportive de Nîmes et de la Stella Olympique de Congeniès, tous les clubs inscrits dans la compétition sont héraultais.

Les trois premiers sont aussi les plus importants : le MUC, suivi de l’ASPTT Montpellier et du Volley-Club Montpelliérain, toujours en activité. L’ASPTT, qui va devenir l’un des fleurons du volley-ball féminin, est déjà un club structuré, qui participe au tournoi toulousain déjà cité.

Deux clubs représentent Sète, et sont les héritiers du volley de plage de la Corniche : l’Alliance Volley-Club Sétois, et le Basket-Ball Club de Sète.

Reste une pluralité de petits clubs, d’origine diverse, qui sont certainement tous implantés dans le chef-lieu du département : Patrie Sports, l’AS des Etudiants en Pharmacie, le Volley-Ball Olympique, le Comité Sportif Interbancaire, Dominos, l’AS des Jeunesses Laïques et Républicaines, et enfin Jeunesse et Sport. Soit les prémices d’un volley-ball aux horizons multiples, prospérant aussi bien dans le milieu des Fédérations affinitaires ou d’Éducation populaire, que dans les organisations corporatives ou dans le volley-loisir.

Malgré le statut sportif acquis rapidement par l’équipe du MUC, les conditions d’existence sont fragiles. Tous les matchs ont lieu en plein air, faute de salles adaptées. Le collège Legouvé, en bordure du Verdanson, offre son terrain de sport en terrasse, celui-là même qui vit la rencontre avec l’équipe de France. Le MUC utilise aussi le stade Sabathé, qui accueille également les basketteurs, ou les installations de la cité Benoît en contrebas de la gare de Palavas, ouvertes à de multiples sports 15.

Par la suite, au cours des années 50, les succès de l’équipe du MUC suscitèrent la création d’autres clubs, notamment à Sète, avec le Club du Foyer d’Éducation Populaire, ou les anciens élèves de l’École Arago, dans des patronages catholiques ou protestants, comme l’Étoile de Mer, ainsi qu’à Béziers, avec une section volley à l’ASB ; apparurent aussi des clubs sportifs liés à des services administratifs tels les ASPTT de Montpellier ou de Béziers, ou les associations sportives des Cheminots. Des clubs de quartier comme l’ASBAM ou la Croix-d’Argent de Montpellier ont atteint des niveaux sportifs élevés tout en formant des générations de jeunes volleyeurs, et témoignent de la densité de la pratique dans les villes du département.

La suprématie montpelliéraine

Ce premier titre de 1947 est le point de départ d’une épopée sportive qui place Montpellier au premier plan du volley-ball national pendant une trentaine d’années.

Plusieurs remarques s’imposent, à propos de cette suprématie montpelliérine.

  • Aussi bien le MUC que l’ASPTT ont brillé par leurs équipes tant masculines que féminines. Au palmarès national, le MUC fut champion de France chez les garçons en 1947, 1949, 1950 et 1951, tandis que l’équipe féminine remportait sept titres entre 1949 et 1962. Cette concomitance est très certainement à mettre à l’actif du volley-ball de plage, qui permettait aux filles de pratiquer à l’égal des garçons. Palavas a créé l’émulation entre les sexes, tout en favorisant la création de couples nombreux sur la base de l’activité sportive. Ainsi l’équipe masculine du MUC s’est vite doublée d’une équipe féminine, d’un niveau équivalent 16.
  • Une seconde vague de succès nationaux est apparue dans les années 1970, après une phase de repli. Mais la configuration du volley-ball montpelliérain s’est modifiée, avec une crise au MUC Féminin qui a dispersé l’équipe. Les meilleures joueuses, dont Françoise Spinosi, emblématique internationale et entraîneur, sont alors passées à l’ASPTT qui a collectionné les titres de championne de France féminine à sept reprises à nouveau, de 1970 à 1977; dans le même temps, le MUC masculin revenait au sommet sous l’impulsion de son président Jean Blain, avec trois titres en 1972,73 et 75.
  • L’Hérault a joué, et continue de le faire, un rôle important dans la gestion du volley-ball national et même international. Deux présidents de la Fédération sortent des rangs héraultais, le pionnier Jean Jourdan, au milieu des années 1960, et Jacques Shaw, qui venu d’Algérie, et arbitre international, occupa le poste de 1999 à 2004. Surtout, Montpellier fut choisi en 1983 pour abriter un Centre national du Volley-ball qui fut installé dans les locaux du CREPS. La convention signée entre l’État et la Fédération assignait à ce Centre des missions de préparation des équipes nationales, de formation des cadres techniques, et de reconversion des joueurs de haut niveau. Montpellier joua donc un rôle névralgique dans la formation technique des volleyeurs, qui se continue avec ses promotions d’une trentaine de jeunes joueurs sélectionnés dans tous les clubs français (CNVB) et engagés dans les championnats nationaux 17.
  • Depuis les années 1980, le volley-ball départemental (il faut joindre aux deux grands clubs montpelliérains, l’Arago de Sète, qui se maintient dans l’élite depuis plus de 40 ans et qui remporta la Coupe de France en 1988, ainsi que le Gazélec Volley-Club de Béziers en féminines) n’a plus remporté de titres majeurs en équipes seniors. Cette période de relatif déclin semble bien avoir été provoquée par l’instauration du professionnalisme 18, et la difficulté pour les clubs régionaux à se maintenir au plus haut niveau dans ce nouveau contexte économique. Désormais, les budgets des clubs professionnels atteignent un seuil difficilement compatible avec les capacités financières des possibles entreprises-sponsors régionales, comme des collectivités territoriales contraintes de limiter leurs subventions, dans un contexte de concurrence vive entre disciplines sportives.

Ainsi, alors que le MUC, l’ASPTT et même l’Arago de Sète, ont formé un grand nombre de joueurs et joueuses internationaux, depuis les années 1940, il est devenu difficile de constituer des équipes très compétitives avec les seules ressources locales et l’apport d’étrangers de niveau moyen, seuls accessibles financièrement.

  • Pour autant, l’implantation ancienne du jeu dans le département a permis, malgré des résultats moindres dans l’élite, d’y ancrer une « culture du volley ». C’est tout à la fois une mémoire collective, des compétences techniques et des savoir-faire, un goût pour le jeu, qui se traduisent aussi bien par le nombre de clubs et de licenciés qui continuent de faire de l’Hérault l’un des départements majeurs pour la Fédération 19, que par le niveau élevé des résultats obtenus dans les compétitions de jeunes ou dans des formes diversifiées de pratique. Les résultats en attestent tout au long des années 80 et 90, avec la mise en évidence de clubs nouveaux, tels que le VBC Castries en 1985, le Foyer Léo-Lagrange d’Agde en 1989, St Jean de Védas en 91, et surtout le club corporatif d’IBM Montpellier qui accumule les récompenses dans sa catégorie et chez les jeunes entre 1980 et 1994. Aujourd’hui, par exemple, l’Arago de Sète présente un brillant palmarès en équipes de jeunes 20, et peut être considéré comme étant à la pointe de la réflexion et de l’innovation en matière d' »école de volley-ball ».

Un volley-ball rural

C’est cette culture héraultaise du volley-ball qui se manifeste dans la densité de l’implantation du jeu, en-dehors même des centres urbains. Le volley de village – à la manière dont on parle souvent du rugby de village – a été une réalité dans le dernier demi-siècle, sous l’égide de la Fédération des Sports en Milieu Rural (FSMR) particulièrement présente dans le département, grâce au réseau serré des Foyers Ruraux.

Cette aventure du volley-ball rural a été menée par un instituteur en poste à Pouzols, Fernand Soucailies, qui a impulsé et organisé les activités sportives au sein des Foyers Ruraux du département 21. A côté de jeux traditionnels tels que les boules ou le tambourin, Soucailles a imposé le volley- ball, pour lequel il s’était enthousiasmé lors de son passage à l’École Normale 22, et dont il a fait le sport de référence des nombreuses associations villageoises réunies au sein de la Fédération des Foyers Ruraux. En même temps, il mobilisait les instituteurs pour initier au volley les enfants – garçons et filles – dès l’école primaire, et les lançait dans des compétitions organisées par l’USEP (la fédération sportive de l’enseignement primaire). En quelques années, le volley-ball fut pratiqué par les villageois de tout âge, et dans des cadres institutionnels multiples, en fonction du niveau atteint et du degré d’implication des équipes formées. Le volley-ball rural figura ainsi aussi bien dans les épreuves de la Fédération de Volley-ball, qu’au sein des fédérations dites affinitaires (l’USEP, dans le cadre scolaire, l’UFOLEP comme mouvement d’éducation populaire, ou la FSMR qui organise ses propres compétitions et rassemblements nationaux 23).

Un match de l'équipe de Pouzols sous l'œil de la télévision
Fig. 4 Un match de l'équipe de Pouzols sous l'œil de la télévision dans les années 70/80 le village baigne dans le volley-ball. Collection : Monique Soucailles

La place de l’USEP est également très importante car elle a joué un rôle pionnier dans l’apprentissage du volley-ball chez les jeunes enfants. Jusque dans les années 80, il était généralement admis que le volley-ball ne pouvait que difficilement être appréhendé par les enfants en dessous de la catégorie Cadet. Les difficultés psychomotrices auraient été trop grandes pour permettre un apprentissage efficace. L’expérience à grande échelle menée par Fernand Soucailles avec les instituteurs ruraux, depuis les années 50, allait à l’encontre de ce qu’ils considéraient comme un préjugé. La pratique courante du volley dans les classes du premier cycle avec des enfants de moins de 10 ans, allait trouver un appui institutionnel considérable avec l’arrivée à la tête de la Ligue régionale d’un autre ancien instituteur, Raoul Michau, qui avait de son côté expérimenté avec succès le volley-ball dans le cadre scolaire de l’USEP 24. L’Hérault devint ainsi le département pionnier, au sein même de la Fédération, dans la mise en place et le développement d’une politique pédagogique de diffusion du volley auprès du public Jeunes.

Le grand développement du volley en dehors des villes est donc dû à la conjonction de plusieurs acteurs qui ont su mettre en synergie des organisations sportives distinctes. Le rapprochement entre les organes de la Fédération, comité départemental et ligue régionale, et les organisations affinitaires, au premier rang l’USEP et la Fédération du Sport Rural 25 a été rendu possible par ces quelques personnalités qui ont œuvré simultanément dans l’ensemble des institutions sportives 26.

Le club de Pouzols est exemplaire dans son illustration d’une dynamique collective liée à l’action de quelques individus persévérants. Au début des années 90, le club réunissait une cinquantaine de volleyeurs de tous âges pour une population de 450 habitants. Pour en arriver là, le FR Pouzols s’était fait connaître en participant dès le début des années 60 au championnat régional de la Ligue de volley, ainsi qu’au championnat UFOLEP, en tenant tête aux clubs de Sète, Montpellier, Béziers, Agde ou Millau. Son équipe réserve jouait contre les autres foyers ruraux, et donnait l’exemple aux joueurs de la vallée de l’Hérault, des petites villes telles que Lodève et Clermont aux minuscules villages de Salasc ou Ceyras. C’est ainsi que le volley rural s’étendit progressivement depuis cet épicentre de la moyenne vallée de l’Hérault : en 1965, la compétition entre FR réunissait 13 clubs, mais 15 ans plus tard, une quarantaine de foyers étaient représentés. 27

Dans les années 1990, le FR Pouzols était devenu la figure de proue nationale du volley-ball en milieu rural. A partir de 1984, un Critrérium national de Volley-ball du sport rural fit jouer ses phases finales dans les diverses régions françaises. Pouzols y représentait le plus souvent le Languedoc 28, et remporta l’épreuve sans interruption de 1988 à 1992. En 90, les finales étaient organisées à Pouzols même, avec l’appui de tout le village mobilisé.

Depuis cette période faste, Pouzols a disparu des sommets, mais les Foyers du département continuent de participer à ces phases finales du Critérium national, et on y voit tour à tour des équipes de Magalas, Roujan, Comeilhan, Abeilhan ou Saint-Martin de Londres.

Assez significativement, il faut constater que le volley-ball est aujourd’hui à peu près absent des activités sportives proposées dans les autres départements de la région par la FSMR : l’Hérault a bien une spécificité, qu’il maintient indépendamment des réussites au plus haut niveau du sport d’élite comme du volley de village.

Retour à la plage...

L’un des secteurs les plus dynamiques du volley-ball est aujourd’hui le Beach Volley. Pratiqué depuis les années 20 sur les plages californiennes, relayées par les plages brésiliennes, le Beach se joue en équipes de 2 x 2, ce qui le différencie du volley de plage traditionnel qui privilégiait les équipes de 3 ou 4 joueurs. Longtemps jeu spontané et peu organisé, son officialisation par la Fédération Internationale (la FIVB) sous la direction de son président, le Mexicain Ruben Acosta en 1989, qui instaure immédiatement un championnat du Monde professionnel sur un modèle de sponsoring américain, est suivie très rapidement de son entrée aux JO d’Atlanta en 1996. Désormais, de multiples tournois organisés en Series mondiales ou européennes, sur le modèle du golf ou du tennis professionnel, ont créé une offre de spectacles parallèle à celle des championnats de volley traditionnel. Quand on consulte le site internet officiel de la Fédération Française de Volley-ball, on voit bien par la place accordée au Beach que celui-ci fait figure, sinon de sauveur, du moins d’instrument de relance de la discipline en visant un nouveau public plus proche des sports de nature. Plusieurs joueurs de la région, habitués aux tournois estivaux de Palavas, se sont reconvertis dans la nouvelle discipline, tel Christian Penigaud ancien joueur du MUC, qui fut le premier champion d’Europe de Beach, ou le Sétois Fabien Dugrip, ou encore Stéphane Canet et Mathieu Hamel qui ont fondé le Montpellier Beach Volley.

Montpellier VUC : défense à trois au filet
Fig. 5 Montpellier VUC : défense à trois au filet. Tournoi de la Ligue Nationale de Volley, septembre 2009, Castelnau-le-Lez. Collection : FFVB. Cliché : F. Pillaud

Mais dans leur logique de professionnalisation, les organisations de Beach ont « décontextualisé » le volley de plage pour en faire un volley de sable en plein air 29, adaptable à tous les lieux d’accueil possibles. Ainsi les centres villes voient s’installer des stades temporaires, comme c’est le cas à Montpellier avec le Montpellier Beach Masters qui depuis 1995 occupe pendant quelques jours de printemps la place de la Comédie.

Ainsi le volley-ball apparaît-il comme un véritable fait culturel dans le département une tradition née peut-être par hasard (pourquoi les plages héraultaises plutôt qu’atlantiques ?), mais que quelques hommes ont su enraciner. Même si le volley a toujours autant de difficultés à se médiatiser, il reste ici un élément familier de notre paysage sportif.

Notes

   1.A défaut d’ouvrage de fond en français sur l’histoire du volley-ball, plusieurs sites internet, dont celui de la Fédération française, proposent des pages rapides. L’un des documents, historique et technique, les plus intéressants se trouve à l’adresse : http://aurillacvolley.free.fr/AVB/Images/technique/Historiqueduvolley.pdf (lien obsolète).

   2.La Fédération internationale (FIVB) estimerait à 500 Millions  le nombre de joueurs dans le monde (étant entendu que le volley-ball est l’un des sports largement pratiqués par des non-licenciés).

   3.Cette variété des règles, que chaque pays ou organisation accommode selon ses goûts, rapproche curieusement cette pure invention moderne qu’est le volley-ball des jeux traditionnels tels qu’ils sont généralement définis. Preuve supplémentaire, s’il en était besoin, que la partition sports / jeux est largement infondée.

   4.Valdo PELLEGRIN et alii : Une jeune centenaire la Gerbe – 1906-2006, Presses du Languedoc.

   5.Ibidem, pp 109-114.

   6.Le PM du 4 mai 1931.

   7.Valdo PELLEGRIN, op. cit., p. 110 : « Le sport n’était pas considéré à la Gerbe comme une fin en soi, mais plutôt comme un moyen d’épanouissement. La plupart du temps on jouait sans faire de compétitions. Toutefois, l’UCJG participait au championnat inter-unioniste, comme celui de basket en 1924 et celui de Volley en 1928 ».

   8.L’Eclair du 28 juin 1935.

   9.Le PM du 23-01-35.

   10.  Il pourrait s’agir d’un article de Midi Libre, en 1946, avant que le MUC n’obtienne son premier titre national.

   11.  André Dulon peut être considéré comme l’acteur le plus important de la phase d’institutionnalisation du volley-ball à Montpellier. D’une famille de commerçants de la rue du Courreau, il était cadre administratif à la Compagnie Républicaine de Sécurité (CRS 56) casernée chemin de Moularès, et son bureau servait de siège à la Ligue régionale naissante. Il fut en 1946 le premier président, puis le secrétaire général de cette Ligue, tout en jouant et dirigeant l’équipe du MUC, et en participant aux matchs de l’équipe de France.

   12.  Volley-Ball, organe officiel de la FFVB, n° 26 février 1947.

   13.  Dans l’article déjà cité.

   14.  Le championnat de France se déroule alors en deux phases : dans la première, chaque Ligue régionale (comme celle du Languedoc) fait disputer une épreuve qualificative, sous forme de poule entre les clubs inscrits, ou de championnat d’Excellence si le nombre des clubs régionaux est trop important et nécessite plusieurs niveaux de compétition. Chaque Ligue envoie en seconde phase de championnat national proprement dit, le vainqueur de la compétition régionale (éventuellement, la Fédération peut accorder plusieurs représentants aux Ligues les plus importantes). Pour le championnat 1947, 14 clubs languedociens figuraient sur une première liste d’engagement, ce qui n’interdit pas de penser qu’il y eut peut-être des retardataires en surnombre. Volley-Ball, n° 27 – mars 1947.

   15.  A Montpellier, la construction de salles de sport est finalement récente. Dans ses grandes années, le MUC passa de gymnases en salles inadaptées, et trouva longtemps refuge dans le gymnase du lycée Joffre, peu propice à l’accueil du public et… aux recettes.

   16.  C’est ici l’occasion de remercier vivement Mme Suzie Brioudes, veuve de l’un des premiers joueurs du MUC et président du PUC Volley, elle-même ancienne joueuse, qui, outre les documents photographiques illustrant cet article qu’elle nous a volontiers permis d’utiliser, nous a apporté en entretien nombre de renseignements précieux, et l’évocation du milieu des jeunes volleyeurs de Palavas au lendemain de la guerre.

   17.  Cf. le site du CNVB : http://cnvb.ffvolley.org/2007/to-pic1/index.html (lien obsolète).

   18.  Comme dans tous les sports où existent des équipes professionnelles, la gestion des sections pros est confiée à une Ligue professionnelle distincte de la Fédération continuant à organiser les compétitions amateurs et administrer les équipes nationales. Au volley-ball, une Ligue promotionnelle a été mise en place dès 1987 pour gérer les clubs de 1re division masculine, puis de Pro B masculine et de Pro A féminine elle s’est transformée en Ligue Nationale en 1999.

   19.  Le département avec plus de 3 500 licenciés est un des plus actifs et dynamiques de tous les comités départementaux de la Fédération qui compte environ 100 000 licenciés.

   20.  Voir le site du club : http://www.aragodesete.fr/histoire.

   21.  Madame Monique Soucailles nous a très aimablement fourni souvenirs personnels et documents de toutes sortes sur l’action de son père au sein du mouvement sportif. Qu’elle soit ici remerciée pour sa parfaite disponibilité.

   22.  L’EN de Montpellier, dès l’après-guerre, a été particulièrement attentive à la place du volley-ball dans la formation des instituteurs aux activités sportives.

   23.  La journée finale du 1er critérium national de volley-ball, organisée par l’Union Sportive Nationale du Milieu Rural (USNMR, fondée en 1983) s’est déroulée le 10 juin 1984 à Bessilles près de Montagnac. 5 régions étaient représentées et les vainqueurs furent des Héraultais (Thézan-les-Béziers chez les féminines et Lavérune chez les hommes)… dans un esprit « Foyer Rural » ; (Extrait du n°67 de la revue Animer mon village, mon pays, Août-Septembre 1984). Selon R. Vergne, Vice-président de la FNFR, ces activités se mesurent en connaissances réciproques, en partages, en vie plus communautaire dans les villages et pays (même référence, article « le sport en milieu rural »).

   24.  Raoul Michau, d’abord instituteur dans la Meuse, où il contribua à organiser le Comité départemental de Volley-ball, trouva lors de son arrivée à Montpellier en 1973 les conditions favorables à la poursuite de cette politique en direction des enfants.

   25.  Les Assises nationales du Volley-ball, tenues à Lyon en 2008, préconisent le renforcement des liens et de la coordination avec les pratiques affinitaires, jugées insuffisantes. L’Hérault a réussi ce rapprochement il y a déjà 40 ans.

   26.  Fernand Soucailles en particulier a occupé des postes clés à la fois au comité départemental de la FFVB, à l’USEP, et à la FSMR, réalisant ainsi une coordination optimale des efforts dans la diffusion du jeu.

   27.  Selon Théo PLATEL : Les Foyers Ruraux et l’animation de la campagne de l’Hérault après 1945, Annales du Milieu Rural, FNFR, 1987. Cette progression dans les années 60-70, qui fait du réseau des Foyers ruraux la plus importante organisation du volley-ball départemental, coïncide avec la présidence de Fernand Soucailles à la tête de la fédération 34 et sa politique constante en faveur des activités sportives de loisir.

   28.  Le FR de Lattes-Maurin remporta l’épreuve en 1986, le FR du Bousquet d’Orb fut finaliste en 91, et chez les filles le FR de Maraussan fut couronné en 1989 et 1992, avec plusieurs participations à des finales.

   29.  Selon un processus voisin de celui de certains sports de plein air tel que l’escalade, qui remplace les roches du Caroux par des murs artificiels en salle à Montpellier. Cf l’article de Christian Guiraud « Du naturisme à l’écologie humaine » ci-après.