Le tambourin : L’histoire singulière d’un sport de tradition régionale

* Professeur agrégé. Docteur en sociologie

Le jeu de balle au tambourin fait partie de la richesse patrimoniale des jeux « sportifs » du département de l’Hérault, et il serait tentant d’en relever quelques traits spécifiques à la culture méridionale afin de poser définitivement les traces d’une origine indiscutable. Mais la réflexion nous engage à nous préserver des évidences et à rechercher, au-delà de la mémoire des hommes d’aujourd’hui, quelques éléments plus significatifs. En effet, il importe de mieux saisir les fondements d’une activité 2 qui participe de la construction identitaire d’une population.

La naissance du tambourin

Nous savons que ce jeu, ce sport devrions nous écrire, car il est officiellement reconnu comme tel par les instances nationales du Comité Olympique Français depuis 1953, s’implante dans le département de l’Hérault au cours de la seconde moitié du XIXème siècle (Fig. 1). Edmond Roques, auteur en 1923 d’un Manuel du jeu de ballon au tambourin 3, nous rapporte qu’en 1861 « l’équipe des tonneliers de Mèze vint jouer à Pézenas avec des tambourins composés d’un assemblage de cercles de bois mince (…) sur (lesquels) était tendue, d’un seul côté, une peau de porc tannée » 4.

Joueurs de tambourin de Baillargues
Fig. 1 Joueurs de tambourin de Baillargues et leurs instruments en 1910.
Collection : A. Simar

L’usage d’un nouvel instrument de jeu, l’innovation technique que représente le tambourin, ne peut se comprendre que par l’utilisation de balles adaptées très différentes du … »ballon » utilisé jusqu’alors dans le jeu… de ballon dont nous donnons un bref aperçu ci-dessous. En effet, la technique de fabrication de la balle et les rebonds qu’elle autorise grâce à son élasticité ne peuvent être dissociés de l’analyse du jeu. Dans les premiers temps du tambourin, on peut raisonnablement penser que c’est la balle de la longue paume qui est utilisée, car elle est immédiatement disponible. La mémoire des anciens fait état de l’apparition d’une balle en caoutchouc après la guerre de 1870 5. Cette indication est à rapprocher de la meilleure maîtrise de ce matériau par sa vulcanisation 6 et sa rapide diffusion, à cette époque, en Europe. Cette technologie, qui va permettre de fabriquer des balles performantes en caoutchouc creux 7, a toutefois été précédée de balles constituées de fines bandes de caoutchouc découpées directement sur les « poires en latex coagulé » 8. Ces bandes étaient enroulées autour d’une âme de liège ou de bois et recouvertes d’un fil de laine pour constituer une pelote protégée par une enveloppe de cuir.

Il est étonnant que les historiens de ce jeu aient oublié de décrire la texture de la balle des premiers temps pour ne parler que de l’instrument qui permet de la frapper pour la propulser dans les airs 9. Pourtant, l’un, le tambourin, ne peut aller sans l’autre, la balle. En effet, les balles employées dans la région, appelées précédemment ballons, étaient dures 10, relativement grosses 11 et ne pouvaient être renvoyées qu’à l’aide d’un instrument particulièrement résistant : le brassard. Ce dernier était en bois et ressemblait à un manchon à l’intérieur duquel on glissait la main pour saisir une tige transversale (Fig. 2). La surface de l’objet était sculptée en pointes de diamant afin de permettre un meilleur effet sur le ballon au moment de la frappe. Ce jeu avec brassard, dont la trace subsiste dans l’appellation de rues ou de places de nos villages sous le nom de jeu de ballon, appliquait les règles de l’antique jeu de longue paume, tout au moins en ce qui concerne le décompte des points et la délimitation de l’espace du jeu 12. Ce sont ces règles que reprend le jeu de balle au tambourin.

Brassard héraultais
Fig. 2 Brassard héraultais. Collection Christian Guiraud

Le premier texte faisant référence aux règles du jeu de balle au tambourin est à rechercher dans un ouvrage édité en 1894 13 qui indique que ce jeu dénommé également « la paume au tambourin » se déroule sur une aire de 100 m x 30 m, séparée en deux par une ligne médiane appelée basse, sur laquelle deux équipes de quatre joueurs 14 au moins s’opposent. La partie « se joue en quatre, cinq ou six jeux. Chaque jeu se compose de soixante points en comptant par quinze. Quand les deux camps ont chacun quarante cinq points, le premier camp qui regagne quinze points ne marque pas soixante, mais reste à quarante-cinq et c’est l’autre camp qui redescend à trente. Cette règle est applicable autant de fois que les deux camps ont chacun quarante-cinq ». Ce règlement prenait en compte la notion de chasse dont il donne la définition suivante : « On appelle chasse une ligne imaginaire, parallèle aux petites lignes de l’arène et perpendiculaire aux grandes lignes, qui passe par le point où la balle, lancée correctement par les joueurs d’un camp, a été arrêtée par les joueurs du camp adverse après avoir touché terre deux fois au moins ». Pour simplifier on dira qu’il y avait, à un moment du jeu, déplacement de la ligne de séparation des deux camps pour avantager celui qui bénéficiait de la chasse, mais il fallait ensuite gagner le point. L’auteur de l’article précise que « le jeu de paume au tambourin comporte exactement les mêmes règles que le jeu de paume à la raquette, en tenant compte toutefois de la différence des instruments employés ». C’est ainsi que la mise enjeu se faisait avec un battoir, toujours du même côté et face au vent. Sachant que cette description se situe à Paris où l’on joue « tous les jours aux Tuileries », nous sommes placés devant une interrogation majeure : comment ce jeu s’est-il inscrit dans la culture méridionale pour y devenir un élément de sa construction identitaire ?

En 1923, Edmond Roques précisait que « si l’on marquait autrement, ce ne serait plus le jeu de tambourin que nos ancêtres nous ont légué. Il faudrait lui donner un autre nom. Ce qui fait l’originalité de ce jeu, ce sont les chasses 15 et on ne peut concevoir les chasses qu’avec les marques par jeux ». Cette considération nous conduit à décrire en quelques lignes les éléments fondamentaux de ce premier règlement tout en soulignant que les adaptations locales, liées aux interprétations et au contexte ethnographique de chaque lieu de pratique, ont pu engendrer de nombreuses manières de faire.

Vers 1860 16, les premiers joueurs de tambourin s’affrontent sous la forme de défis en mettant en jeu des sommes plus ou moins importantes, comme cela a été relevé dans la plupart des jeux traditionnels. On remarquera qu’il n’existe pas de mot pour désigner l’ensemble des joueurs comme on le fait avec les footballeurs ! N’ayant pas l’usage d’un tel vocabulaire, on peut penser que les mentalités locales valorisaient en priorité l’excellence d’usage du corps par l’habileté ou la force individuelle aux dépens de la relation aux autres 17. Le modèle du champion était alors celui de l’homme fort. Ce qui comptait, c’était la performance dont il était capable. On était admiratif envers les individus capables d’envoyer, au moment de la mise enjeu, appelée batterie, la balle à plus de 105, voire 110 mètres 18 ! Pour cela, l’instrument utilisé était le battoir (Fig. 3) dont l’origine est à rechercher dans la longue paume.

Joueurs avec battoirs sur le jeu de Gignac
Fig. 3 Joueurs avec battoirs sur le jeu de Gignac et Tambourin-Club vers 1901.
ADH, 2 FICP 1337
Le batteur Paulou Bellas
Fig. 4 Le batteur Paulou Bellas le 13 août 1955.
Collection : Léopold Bellas

Edmond Roques souligne que l’on « jouait beaucoup au tambourin dans l’Artois et dans les Flandres » 19 Un regard actuel permet de retrouver la trace d’un « jeu de battoir » en Picardie 20 au sein des villages dont les rues ou les places en portent encore le nom. Cet instrument se présente aujourd’hui sous la forme d’un petit tambourin muni d’un long manche semi-rigide, mais sa forme avait à l’origine celle d’une petite raquette au long manche et dont le tamis était recouvert de parchemin 21. La photographie ci-contre permet de souligner la grande élégance du geste technique qui permet de l’utiliser (Fig. 4).

Si l’on peut affirmer que le jeu de balle au tambourin, tel qu’il est pratiqué dans l’Hérault, a pour origine la longue paume, dont l’aire de diffusion a couvert une grande partie du territoire français, il est impossible en l’état actuel des connaissances de préciser le lieu exact d’invention de l’instrument tambourin. En effet, une étude comparative des usages en Italie du Nord et dans le Midi de la France 22 montre que cet instrument a été utilisé pour la première fois, entre 1848 et 1865, dans cette large zone géographique, tout comme, précédemment, le brassard du jeu de ballon que nous connaissons en Hérault.

Les travaux de Filippo Piana 23 situent l’origine du jeu au début du XIXème siècle dans un petit village 24 de la province de Vérone. Selon les sources de cet auteur, le tambourin des premiers temps était tendu d’une peau de veau ou de porc. La balle était constituée d’une enveloppe de cuir remplie de crin de cheval et de terre. La forme du tambourin n’est pas précisée si ce n’est qu’il s’agit d’un châssis en bois. Doit-on rapprocher cette indication de l’architecture du battoir de la longue paume ? Cette hypothèse est fortement plausible en raison du rappel, par cet auteur, de l’implantation initiale de la longue paume dans cette région.

Selon l’explication donnée, la diffusion du tambourin (dit tamburino) se réalise après 1850 et gagne le Piémont, la Lombardie et d’autres régions italiennes. Est-ce une origine identique pour la Provence et le Bas-Languedoc ?

L’incertitude de la recherche demeure car ce même auteur signale qu’un document d’archives de l’École Royale Pie de Savone 25 présente « il Giocco della palla col tamburello » comme une activité propre à élever le corps et l’esprit. L’historien en retient la date de 1848…, ce qui permet de constater l’antériorité italienne du jeu de balle au tambourin par rapport à la France. Toutefois, il importe de souligner que la fabrication à grande échelle des instruments de jeu (balles, tambourins et battoirs) figure en bonne place dans le catalogue de la Manufacture de Saint-Étienne de l’année 1910 26.

Le débat sur les origines de l’instrument est loin d’être clos car les archives ne nous apportent pas toutes les réponses attendues. Parmi les certitudes à retenir, il faut considérer que l’aire culturelle du jeu de balle au tambourin avec la règle des « chasses« , donc de la longue paume, s’étend sur un territoire qui couvre le Bas-Languedoc, la Provence, la Ligurie, le Piémont, la province de Mantoue et la Vénétie. Les autres régions d’Italie utilisent la règle dite du « cordino » (corde), initiée dans des temps plus anciens par le jeu de ballon d’origine toscane 27[27].

Dans l’Hérault, la rapide diffusion du jeu dans la continuité de l’ancien jeu de ballon (règles et espace territorial) en zone rurale, tout comme en milieu urbain, témoigne de sa totale appropriation par la population méridionale. Son organisation sous forme de défis et de concours en fait un spectacle local fort apprécié dans les mois qui précèdent les vendanges.

Un jeu en harmonie avec le mode de vie du viticulteur héraultais 28

En 1922, le félibre Adrian Fédière, dirigeant d’une première Fédération Française du Jeu de la balle au tambourin, a écrit, en langue occitane, le texte d’une chanson qui nous plonge dans les représentations d’une pratique « sportive » particulièrement ouverte aux valeurs d’un régionalisme omniprésent dans la défense de la viticulture et de l’identité méridionale (Fig. 5). En voici deux extraits :

« Tus, garruda jouvença       « Toi robuste jeunesse
De noste Lengadoc,       de notre Languedoc
Mentén amb valhença       maintiens avec vaillance
Noste grand e bèu joc !       notre grand et beau jeu !
Pinta bu jus de trelha       Bois le jus de la treille
Qu’es el que t’ensourelha,       c’est lui qui t’ensoleille
Que te dona lou van       et te donne l’élan
E das Latins lou sang !       et le sang des latins »

« Visca lou joc das reires !       « Vive le jeu des aïeux
Aquestaires ! Bateires !       Acquèteurs et batteurs
Qu’avès au foun dau cor       Qui avez au fond du cœur
La flamba d’estrambord,       La flamme de l’enthousiasme,
Aubouras sus soun ala       Élevez sur son aile
La raça miejournala !… »       La race du midi !… » 29

Cette robustesse de la jeunesse se décline en termes précis : « C’est un sport qui exige non seulement de la souplesse, une agilité déliée, mais encore une force peu commune ».

La cansou dau tambournet per Adrian Fédiére
Fig. 5 « La cansou dau tambournet per Adrian Fédiére ».
Collection : Christian Guiraud

La résistance au pouvoir central parisien transparaît dans toutes les justifications d’une identité méridionale : « Si Paris ignore à peu près ces parties homériques, par contre les bords de l’Hérault retentissent de hourrahs qui accompagnent les exploits des joueurs » 30. Mais s’il s’agit de décrire l’essence de ce sport méridional et l’idéal corporel qu’il accompagne, un universitaire montpelliérain 31 écrit en 1922 : « … il est grand, il est blond, leste, bien découplé avec des gestes mesurés et précis, peu de paroles et un bon sourire dans ses yeux bleus… sa moustache pendante. Quand suivant son équipe qui change de camp, il remonte vers la batterie ou descend vers le fond de son pas léger, assuré, il ressemble sous le chaud soleil qui flamboie par dessus les grands platanes, au génie de notre terroir. C’est avec la même force tranquille qu’il doit conduire sa charrue, du même pas alerte et mesuré qu’il doit guider les ouvriers de sa vigne ».

Incontestablement, le joueur de tambourin, confondu dans le propriétaire-viticulteur, appartient à la race des seigneurs. Son habitus corporel en fait un aristocrate qui maîtrise totalement son corps et sa parole. Il est maître de ses actes et rejette la brutalité des sports anglais ! Il veille également à son apparence, comme en témoigne l’instauration d’un prix d’élégance dans les concours. Mais cette description n’est-elle pas quelque peu faussée par la tonalité d’un discours militant ?

Il semble bien que la population des joueurs de tambourin ne soit pas seulement celle des propriétaires viticulteurs et que de nombreux ouvriers agricoles 32 soient également sollicités en raison de leurs qualités sportives. La population urbaine ne semble pas exclue (Fig. 6), même si la majorité des pratiquants est partie prenante du champ économique de la vigne.

Le poète Max Rouquette a magistralement décrit ce jeu et les mœurs de ses pratiquants dans une nouvelle pleine d’émotions qui situe les rivalités villageoises d’antan. Nous y relevons seulement la description d’un comportement de joueur : « Basile Sauvagnac était un grand joueur. Svelte, agile, mobile comme le vif-argent, avec un regard de pie, capable de voir, au seul geste du batteur, dans la mise enjeu, à sa seule façon de frapper la balle, où elle irait tomber, à droite ou à gauche, en volée basse ou haute. Bondissant comme un chevreau, il se jetait sur la balle et allait la frapper bien avant à l’avant d’où il aurait pu l’attendre, ce qui surprenait ainsi ses adversaires pas encore revenus à leur juste place. Il avait « la vista » comme l’on dit chez les toreros. Et il savait aussi, tout en frappant la balle, garder l’œil sur le trou, l’espace le plus large entre deux joueurs, pour y diriger sa frappe, telle une épée dans un cou de taureau » 33.

Partie de Tambourin, place des Arceaux
Fig. 6 Partie de Tambourin, place des Arceaux à Montpellier :
la convivialité du jeu - 1964. Collection : Robert Souchon

Les premiers concours régionaux et le spectacle des héros locaux

Les premiers concours de Jeu de balle au tambourin sont organisés avant la Grande Guerre et se poursuivent, après une interruption au cours du premier conflit mondial, jusqu’à la fin des années 1930. Ils concernent, entre autres, les villes de Gignac (1901), Pézenas (1903), Bessan (1906), Béziers (1908) 34. Montpellier organise un concours à partir de 1921. Ces rencontres sportives sont organisées par des comités qui définissent les règles particulières à appliquer au cours des épreuves.

Le concours de Pézenas (Fig. 7) est l’un des plus prestigieux et n’est concurrencé par celui de Montpellier qu’après la Grande Guerre. Ces deux concours offrent des prix assez intéressants. Le concours de Pézenas est à l’origine, avant 1914, du regroupement des meilleurs joueurs au sein d’équipes devenues ainsi plus concurrentielles. Ce phénomène s’accentue au cours de la récession économique des années 30. Cette stratégie permet de mieux figurer au palmarès et, ainsi, de récolter les sommes mises en jeu. 

Le concours de Pézenas
Fig. 7 Le concours de Pézenas sur la place du 14 juillet. ADH, 2 FICP 2014

Ce comportement a un effet négatif sur le développement du jeu de balle au tambourin, car de nombreuses équipes de villages disparaissent en l’absence de leurs meilleurs éléments en l’absence de leurs meilleurs et du petit nombre de rencontres officielles organisées en dehors des places de Montpellier et Pézenas 35. Toutefois, les rencontres de ces équipes d’élite favorisent un spectacle de qualité auquel des milliers d’Héraultais participent si l’on en croit la presse locale. Pour autant, il ne faut pas oublier les effets du professionnalisme qui gagne, à cette époque, les sports « importés » comme le football et le rugby et dont il serait utile d’étudier l’incidence sur les sports régionaux.

Selon Guy Laurans, qui étudie la logique interne du concours de Pézenas 36, l’organisation des rencontres s’inscrit dans une modernité sportive qui vise à écarter les aléas des défis et à rechercher les modalités qui prêteront le moins à contestation dans la recherche du meilleur champion. Cette interprétation originale permet de dépasser la vision, communément admise par les historiens du sport, qui trace une rupture entre la nature des jeux corporels traditionnels et celle des sports importés d’Outre-manche à la fin du XIXème siècle.

S’il y a une continuité propre au défi, c’est dans la dotation de prix 37 remis aux vainqueurs du concours qu’il faut la rechercher, mais aussi dans la représentation symbolique de leur communauté d’origine. Mais, considérant l’intérêt soulevé par les rencontres qui mobilisent des foules très importantes 38 et l’émergence, de ce fait, de « passions exacerbées », il convient « de chercher des modes de régulation susceptibles de freiner les débordements intempestifs en réduisant les occasions de litiges et de contestations » par des modalités d’organisation plus rationnelles. Guy Laurans explique comment, à l’image des sports anglais, les organisateurs, pris dans « une logique apparemment contradictoire » d’une représentation symbolique du village, du quartier ou de la ville et celle de présenter les meilleures équipes possibles par un recrutement extérieur à ces limites, vont construire, comparativement au football et au rugby, un modèle préservant l’intérêt sportif 39. Si dans un premier temps c’est le tirage au sort qui détermine les rencontres, il devient rapidement nécessaire de créer des catégories de valeur sportive afin d’équilibrer les affrontements au sein de « séries » différentes. Ces transformations se réalisent progressivement, avec quelques hésitations qui conduisent parfois à la reprise d’une formule ancienne. Ce modèle sportif se développe au cours des années 1909 à 1914. Ainsi, le concours de Pézenas devient « la première manifestation sportive en Languedoc à présenter une compétition d’une telle ampleur », le football et le rugby n’ayant pas encore atteint le développement qu’on leur reconnaîtra dans la période d’après-guerre.

Toutefois si certains aspects du sport moderne ne sont pas encore présents, comme « un calendrier construit des compétitions », les prémisses d’un entraînement rationnel et l’appropriation d’une « culture sportive » diversifiée par les joueurs de tambourin sont identifiables. Pour cet auteur, le tambourin d’avant la Grande Guerre illustre bien « la faible différenciation (qui existe) entre les jeux traditionnels et les sports modernes ». Ces pratiques corporelles participent, en s’influençant, à la construction de nouveaux repères 40 dans l’usage social du corps. La presse 41 participe à la diffusion des idées en accordant un écho de plus en plus important aux différentes manifestations et permet de mesurer l’évolution des pratiques. L’information par voie d’affiches constitue également un bon indicateur des modalités d’échanges entre les organisateurs de rencontres et les participants.

L'institutionnalisation de la pratique sportive

A l’origine du regroupement des sociétés de tambourin au sein d’un même organisme, on doit mentionner la création, en 1922, du premier Championnat du Languedoc 42 par le journal royaliste l’Éclair qui dote l’épreuve de 3 700 francs de prix. Ce championnat connaît un vif succès et, sur leur lancée, les organisateurs tentent de mieux structurer cette pratique sportive.

C’est ainsi qu’à l’image des autres sports, une Fédération Française du Jeu de la Balle au Tambourin est déclarée le 3 novembre 1922. Elle est dirigée par un banquier protestant, André Bazille, dont les liens avec les milieux royalistes de la ville ont été démontrés 43. Cet homme joue un rôle rassembleur déterminant 44 vis à vis des responsables des Comités de Pézenas et de Montpellier (dont Edmond Roques 45, vétérinaire à Pézenas) qui avaient tenté de mettre en place, respectivement, une Fédération Nationale du Tambourin et une Fédération Française du Tambourin dans le but de préserver leurs acquis. Il est assisté d’un secrétaire, Camille Serres, représentant de commerce et président du Tambourin Association de Montpellier 46, rival du Tambourin Club de Montpellier, pilier du comité d’organisation du Concours de Montpellier. Le trésorier de cette fédération est le félibre majourau Adrien Fédière, membre du Tambourin club de Montpellier, entrepreneur en carrelages. Les vice-présidences sont attribuées aux responsables des concours de Pézenas (E. Roques cité ci-dessus) et de Montpellier Q. Amal). Ces hommes, très motivés par leur action en direction de la jeunesse rurale, organisent dès 1923 le premier championnat de France de jeu de balle au tambourin. C’est un succès indéniable car les rencontres rassemblent 143 équipes réparties sur les jeux de la région entre Narbonne et Marseille.

Après quelques années de fonctionnement, cette fédération entre en conflit avec les comités organisateurs de concours et la majorité des joueurs, pour disparaître du champ sportif entre 1931 et 1938. Les raisons de cette rupture sont à identifier.

La crise des années 30, selon Max Rouquette, serait due à un manque d’organisation et de propagande. Il ne cite pas l’ancienne fédération, mais regrette la concurrence établie entre les deux comités de Pézenas et Montpellier dont l’action n’a jamais pu être coordonnée car « chacun travaillait pour son compte ». Ce manque d’organisation impliquait également l’absence d’un règlement, suffisamment précis et crédible, applicable à l’ensemble des associations et joueurs. Pour la propagande, il semblait important de faire reconnaître le jeu de balle au tambourin comme un sport à part entière en lui donnant toute sa place dans la presse régionale. Il est vrai que les sports régionaux subissent à cette époque la forte concurrence médiatique du rugby et surtout du football. Vers la fin des années 30, le jeu de balle au tambourin est de moins en moins pratiqué dans les villages de la vallée de l’Hérault et tend à disparaître.

Pierre Lasalle 47, secrétaire du Club de Saint-Georges (d’Orques), écrit, dans une série d’articles rédigés en 1932 48, que la crise est due à « deux causes principales (…) d’abord l’éliminatoire adopté par les concours et ensuite la cherté de ce sport ». Il explique qu’un des effets « du tirage au sort défectueux ou autre » conduit, « par malchance » à éliminer de nombreuses équipes au premier tour, ce qui entraîne la fin de leur saison. Pour cet auteur, si cela se répète deux fois, trois fois, ces équipes se désintéressent totalement du tambourin et ne le pratiquent plus. Il pense qu’avec une fédération 49 la saison sera plus longue, plus passionnante, en organisant un championnat « primé » et par « poules ». Au sujet de la cherté de ce sport, il constate qu’il est surtout onéreux si on le pratique seul car « tout le monde n’a pas les moyens nécessaires de payer tous les frais que demande le tambourin ». La conséquence est que celui qui ne parvient pas à se classer dans les prix, pour compenser en partie la dépense, abandonne ce sport. Cela semble être le cas dans « beaucoup de localités qui pourtant eurent leur moment de gloire ». Il faut donc créer des sociétés qui puissent trouver les ressources nécessaires à la vitalité du tambourin. Il donne l’exemple du Sport Club Saint-Georgien qui offre à ses joueurs « d’innombrables avantages » tels les battoirs, les peaux, les ballons, les déplacements, les équipements, les consommations et « chose appréciable » une assurance contre les accidents… « tout cela pour la modique somme de deux francs par mois ! ». Il indique les moyens susceptibles de pallier ce manque de ressources propres des sociétés en citant les tombolas gratuites, les séances récréatives, les jeux de quilles, etc.

Max Rouquette, rénovateur du Jeu de Balle au Tambourin

Pour comprendre l’action du Docteur Max Rouquette, il est nécessaire de mieux cerner l’engagement d’un homme qui était le rédacteur en chef de la revue Occitania au moment de la fondation de la nouvelle Fédération Française de Jeu de Balle au Tambourin déclarée le 18 janvier 1939 50. C’est également un des membres fondateurs de l’Institut d’Études Occitanes créé en 1945. C’est un homme sensible aux usages traditionnels des villages du Languedoc, sans en avoir toutefois une perception figée. Il n’est qu’à citer un passage de son livre Vert Paradis qui témoigne de la logique de cet attachement à la culture rurale et à ses origines personnelles : « elle m’a nourri, créé, façonné et même si j’en suis sorti, je reste à elle (…) Elle est le lieu du langage. Celui qui a perduré envers et contre tout. Elle est le support du langage. Elle s’y assimile tellement qu’elle en est le double (…) face à la société moderne, mon attitude n’est pas refus ni opposition systématique (…) » 51 Selon cet auteur « le Languedoc a si bien transformé le tambourin qu’il ne lui a gardé que bien peu de termes français. Il y a un mot d’oc pour chaque pièce du matériel, pour chaque nuance de jeu » 52. Les pratiques corporelles rurales seraient-elles aussi porteuses d’un « langage » révélateur de la profondeur d’une culture et de sa sensibilité particulière ? La réponse est contenue dans le fait que « ce jeu, essentiellement populaire (…) tire sa force vitale, sa vertu essentielle, de cette fidélité (du peuple qui le pratique), comme le trésor incomparable des contes populaires d’Occitanie, s’est gardé, préservé, affiné, dans la ferveur et le secret de la seule tradition orale » 53.

Lorsque Max Rouquette publie son premier livre sur le tambourin, il choisit en guise d’illustration une photographie de Fernand David, batteur de Montpellier, et la commente de la manière suivante : « Aérien, souple et nerveux comme un danseur, il effleure à peine le sol dans le vol de ses espadrilles : c’est le batteur, dont le coup de fouet cingle, à ras de terre, la dure balle de caoutchouc noir ».

Inauguration de la place Max Rouquette
Fig. 8 Portrait de Max Rouquette. Inauguration de la place Max Rouquette (ex-Arceaux) - De gauche à droite : M. Guibal, Conseiller Général Montpellier 1, Mme Mandroux, Maire de Montpellier, Mme Rouquette, 6 mai 2006. Cliché : Christian Guiraud

C’est le poète qui s’exprime dans la justesse d’une émotion esthétique. Il donne toute sa dimension à une culture corporelle… intemporelle. Il ne s’agit, bien sûr que d’une interprétation, mais nous sommes loin du culte de la force largement attribué aux pratiques rurales traditionnelles. Il y aurait, dans le jeu de balle au tambourin, l’expression d’une manière d’être différente de ce que l’on observe par exemple dans les joutes sétoises, plus proches des valeurs de la société de gens de mer. Cette manière de valoriser l’adresse, l’agilité, la vitesse, voire la légèreté du corps qui se libère de ses attaches terrestres 54, rapproche le tambourin de l’évolution des sports modernes.

Militant culturel, il avait également une vision moderne du développement sportif dans le sens où il prônait de « chercher à retrouver et à perfectionner ce que le tambourin a de séduisant et de spectaculaire » afin d’engager les mutations indispensables. Il se posait la question de savoir « ce qui plait au public et l’emballe » et en tirait la conclusion qu’il fallait « plus de précision et de mobilité dans le jeu ».

Les années 1950 lui permettent d’engager les transformations nécessaires. Avec le concours des dirigeants de la Fédération Française, il entame un long dialogue avec les partenaires italiens chez lesquels la palla col tamburello est particulièrement développée, mais aussi très différente dans le matériel et les règles du jeu 55. C’est cette difficulté qui avait amené Camille Serres, alors secrétaire général de la première fédération de tambourin, à ne pas donner suite aux premiers contacts pris avec les dirigeants italiens à Gènes et Turin au cours des années 1920-1921 56. Lorsque Max Rouquette redécouvre, en 1953, le tambourin italien au cours d’un voyage à Rome, il semble bien que la mémoire collective des joueurs héraultais ait oublié les premiers contacts des années 20. Pourtant, l’écrivain avait déjà indiqué qu’il avait eu, dès 1939, un tambourin italien entre les mains : « il était rond comme les nôtres. La différence résidait dans une courroie de cuir fixée sur un côté du cadre, sous laquelle la main engagée est solidement assujettie. Il était (…) tendu de peau de porc » 57. Il ajoutait que les balles étaient plus petites et plus dures que celles utilisées en Languedoc… ce qui rendait impossible l’usage des tambourins tendus de peau de chèvre, beaucoup trop fragiles.

En 1954, une Assemblée générale extraordinaire de la Fédération prend l’option d’adopter le « jeu italien ». Les grandes modifications portent sur l’abandon des chasses, l’augmentation du nombre de jeux (19) et l’obligation de n’utiliser le battoir qu’à la mise en jeu 58, le batteur devant ensuite utiliser un tambourin pour jouer la balle. Les parties sont désormais plus vivantes et plus spectaculaires.

On remarquera que la fédération italienne de l’époque est en pleine crise et est dirigée par un administrateur provisoire 59. En effet, les instances dirigeantes sont vivement mises en cause en raison de leur incapacité à lutter contre la tricherie et la désaffection du public 60. Les rencontres internationales ont elles aussi permis de reconquérir une crédibilité perdue ?

Les rencontres et organisations internationales à partir de 1955

En octobre 1954 61, les Italiens effectuent des parties de démonstration sur le jeu des Arceaux à Montpellier. Une première rencontre avec les Français est organisée en présence du meilleur joueur italien nommé Mara. Le public est nombreux et la partie doit commencer. Mais les joueurs italiens tardent à se mettre en place car Mura demande à être payé pour jouer ! Stupeur des responsables français qui menacent d’informer les spectateurs par micro et indiquent aux dirigeants italiens que la foule sera furieuse, risquant d’agresser ce joueur. Après un moment de réflexion, l’équipe italienne se présente et entame le match. Au début de la partie, Mura ne joue aucune balle et garde son tambourin caché derrière le dos. Les Français engrangent rapidement les points pour mener 11 à 0 ! A ce moment, Mara, qui est invectivé par la foule, écarte ses partenaires et joue seul contre les Français. Il marque tous les autres points de la rencontre, laissant les Français à leur marque initiale de 11 points Cet exploit personnel a profondément marqué la mémoire des acteurs de l’événement. 62

L’année 1955 voit les premières rencontres internationales officielles organisées à Vérone, en Italie, au mois de juin, puis au mois d’août en France, sur le légendaire jeu de la place des Arceaux à Montpellier. Au cours de ces premiers échanges internationaux l’Italie s’impose par les scores respectifs de 19 à 13 et 19 à 15, ce qui est très honorable pour les jeunes français néophytes dans le jeu dit « ouvert« .

Le souci d’améliorer la spectacularité par une accélération des échanges débouche, en concertation avec les Italiens 63, sur une modification du règlement qui réduit la longueur du « jeu », une première fois de 100 m à 90 m en 1978 et une seconde fois à 80 m en 1979. De nouvelles balles, plus grosses et plus lourdes, sont adoptées. Ces modifications, le plus souvent prises à l’initiative des Italiens, ne sont pas sans effet sur l’attitude, voire la résistance, des joueurs les plus âgés. Comme ce fut le cas en 1955 au moment de l’abandon du jeu de châsses, un trouble profond envahit le monde des plus vieux joueurs… qui sont rapidement remplacés par une nouvelle génération plus ouverte à la nouveauté. Mais l’attitude dominatrice des Italiens est parfois difficile à accepter, comme leur décision de faire obligatoirement bitumer les aires de jeu officielles et dont la remise en cause, quelques années plus tard, par eux-mêmes, met à l’écart ces terrains devenus inadaptés, selon eux, à l’évolution technique du jeu. C’est ainsi que le symbolique jeu de Gignac est écarté pour un temps des compétitions !

Les relations avec les Italiens se compliquent parfois dans des échanges hors des aires de sport et aboutissent à des conflits financiers à caractère guignolesque, comme ce sponsor italien qui établit un chèque de remboursement de frais à l’ordre de la FFJBT et le récupère en faisant dérober le portefeuille et les papiers de Max Rouquette Cette affaire entraîne une rupture des relations entre les deux fédérations durant plusieurs années. 64

Par ailleurs, la Fédération française ouvre ses portes à la pratique féminine en 1982 65 et participe à l’organisation d’une coupe d’Europe en 2001, remportée par l’équipe de Notre-Dame-de-Londres. Un championnat de France féminin est enfin créé en 2005.

La Confédération Internationale des Jeux de Paume 66

Une Confédération internationale des Jeux de Paume est fondée le 30 novembre 1980 par les organismes suivants : Fédération Française de Balle au poing, Fédération Française du jeu de balle au tambourin, Fédération Française de longue paume, Fédération Française du Jeu de paume, Fédérazione Italiana Palla Tamburello, Fédérazione Italiana Pallone Elastico, Fédération Royale Néerlandaise de Balle Pelote Paume, Fédération Royale Belge de Balle Pelote Paume. Cette confédération est présidée par Max Rouquette. Elle est rapidement mise en sommeil en raison de la difficulté à établir des objectifs communs et de la méfiance réciproque entre les protagonistes. Il s’agissait, initialement, d’accompagner les différentes fédérations nationales dans leur processus de sportivisation et d’obtenir une reconnaissance par le CIO 67.

Max Rouquette considère que cet échec incombe à la volonté « d’avoir voulu trop embrasser.., (il y avait) trop de disciplines différentes, trop d’intérêts locaux dissemblables et rivaux, trop de situations acquises, soudain menacées... » 68. Cette analyse se complète du constat humoristique que « l’on ne fait pas un ensemble cohérent, harmonieux et efficace en traitant à égalité et comme semblables une langouste, un traité de paix et une machine à coudre. Le Tambourin doit se souvenir et ne jamais perdre de vue qu’il est une discipline de longue paume. Il doit le rester. Ou disparaître » 69.

Fort de cette expérience, il s’oriente vers un projet plus modeste, celui de réunir les fédérations italiennes et françaises, dans l’espoir d’attirer d’autres pays d’accueil du tambourin.

La Fédération Internationale de Balle au Tambourin 70

Une première réunion avec les dirigeants de la fédération italienne de tambourin, en octobre 1987 à San Remo, permet de formaliser l’intérêt commun de cette structure et les modalités de sa mise en place. Max Rouquette, initiateur du projet avec le Docteur Robert Souchon, développe la nécessité « d’une fédération internationale (…) qui s’impose à tous les sports pratiqués dans plusieurs pays (…) pour que chacun réalise qu’il n’est pas isolé dans un sport ou dans un jeu folklorique, régional ou minoritaire (…) pour que soit réalisée une unification des règlements, constamment révisable, chaque fois que l’intérêt du Tambourin semblera l’exiger (…) pour organiser et normaliser les échanges entre les diverses fédérations adhérentes, ainsi que leurs rapports, leur propagande ou leur défense (…) pour diffuser, assurer et favoriser le développement de ce sport sur les 5 continents (…) pour organiser un tournoi mondial lorsque le nombre de pays pratiquant ce sport le permettra (…) pour obtenir, dès que les conditions seront réunies, la reconnaissance olympique de notre sport » 71.

Les partenaires français et italiens s’entendent sur les objectifs annoncés et déclarent la Fédération Internationale de Balle au Tambourin auprès des autorités italiennes en 1988 à Mantoue 72″. Max Rouquette en devient le premier président.

Le jeu de balle au tambourin aujourd'hui 73

Afin de donner plus d’intérêt à la pratique, de nouvelles épreuves ont vu le jour dont un championnat en salle 74. La fédération regroupe actuellement 3 niveaux de championnats nationaux pour les hommes et un niveau national pour les femmes. Il existe également une coupe de France chez les hommes et les femmes. Au plan international, il existe une coupe d’Europe des clubs pour les hommes et les femmes. Une coupe d’Europe en salle est également ouverte aux équipes de clubs masculines.

Au terme de cette approche, le jeu de balle au tambourin apparaît, dans ses structures, comme un sport neuf qui se transforme rapidement afin de s’adapter à l’évolution de nos sociétés 75. Est-ce nécessairement au prix du sacrifice du battoir, seul vestige intact du jeu de balle au tambourin des origines 76 auquel tenait particulièrement Max Rouquette dans ses différents écrits ? En guise de réponse, citons ce paragraphe du préambule de son dernier livre qui semble avoir anticipé notre question : « Les jeux sont comme le fruit de la terre : ils ne s’élaborent que lentement. La longue maturité des siècles leur est nécessaire pour arriver à ce stade où un équilibre s’établit, en accord avec les normes de l’époque. Les rythmes de vie, les modes, les goûts changent, et une mise au point en perpétuel devenir, remet en cause ce qui paraissait définitif. » 77

La modernité du terrain de jeu de Notre-Dame-de-Londres
Fig. 9 La modernité du terrain de jeu de Notre-Dame-de-Londres.
Collection : M. Charles, FFJBT, 2008
Inauguration de la tambourithèque à Gignac
Fig. 10 12 mai 2010 - Inauguration de la tambourithèque à Gignac - A gauche : Bernard Barral, Président de la FFJBT, à droite, Louis Villaret, Conseiller général. Cet espace retrace l'histoire de ce sport, cher aux héraultais, et en marque l'enracinement au coeur du département. Photo : Christian Guiraud

Notes

   1.Max ROUQUETTE, Le livre du Tambourin. Un sport international en plein essor, Montpellier, CRDP, 1986. Nous reprenons la terminologie de tambourin qui semble beaucoup plus dans le souhait de cet auteur que celui de jeu de balle au tambourin.

   2.Max ROUQUETTE, « Le Sautarel », in Jeux, Sports et Fêtes, de l’antiquité à nos jours en Languedoc et Roussillon, Actes du 65e congrès de la Fédération historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon, p 160 : « Un des principes essentiels du jeu : la convention (…) admise de tous, elle devient la loi (…) le rectangle d’en face est, sans conteste aucun, la terre de l’ennemi, qu’il faut envahir et marquer de sa prise de signe (…) d’une balle ou d’un ballon ».

   3.Edmond ROQUES, Manuel théorique et pratique du jeu de ballon au tambourin, Pézenas, édition d’auteur, 1923. Pour cet auteur le terme de ballon est plus moderne que celui de balle. L’étymologie du mot nous renvoie à la langue italienne…

   4.Par la suite on utilisera la peau de chèvre ou de cheval au rendement mécanique supérieur.

   5.Les premières balles en caoutchouc arrivent sur le marché italien vers 1880.

   6.La vulcanisation du caoutchouc a été inventée par l’américain Charles Goodyear (1800-1860) en 1839.

   7.Edmond ROQUES, Ibid. Cet auteur confirme bien l’apparition de la balle en caoutchouc et son association à un tambourin « tendu d’une peau de chèvre ». En effet, la peau de porc, trop raide, ne permettait pas de bien renvoyer la balle.

   8.Gilles PETITET et Michel BARQUINS, Matériaux caoutchouteux : morphologies, formulations, adhérences, glissance et usure, Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2008 : « …Depuis 1825, on commence à fabriquer en Angleterre des jouets en caoutchouc, essentiellement des balles directement à partir des poires en latex coagulé venant du Brésil découpées en fines lanières enroulées sur elles-mêmes de manière à constituer une pelote dont la sphéricité est quasi parfaite ». Cette fabrication est réalisée par un atelier, précurseur des Usines Michelin à Clermont-Ferrand, dès 1832.

   9.L’Éclair, 7 avril 1882. « Suite au défi Saint-André – Gignac, on parle du Jeu de Pézenas ou Montpellier. Il y a discussion sur le choix des ballons et proposition de jouer avec des ballons de Pézenas. L’enjeu devra être de 100 francs par tête au moins ». Cet article montre bien qu’il n’y avait pas encore une norme reconnue pour le diamètre des balles et leur poids !

   10.  Max ROUQUETTE, Le jeu de la balle au tambourin, Toulouse, Institut d’études occitanes et Paris, librairie Maisonneuve, 1948. Ces balles étaient en cuir, remplies « d’un mélange de blanc d’œuf et de vinaigre dont la coagulation leur conférait une dureté de pierre ».

   11.  Leur diamètre est estimé à 10 cm soit deux fois le diamètre de la balle du jeu de paume.

   12.  Christian GUIRAUD et Sylvain OLIVIER, « Au temps où le jeu de ballon n’était pas encore un jeu d’enfant : essai de représentation d’un jeu qui a marqué l’espace social héraultais », Montpellier, Études Héraultaises, 2009.

   13.Philippe DARYL, Jeux de balle et de ballon. Football, Paume, Lawn-tennis par un juge du camp, Librairies-imprimeries réunies, Paris, 1894.

   14.La norme héraultaise de 5 joueurs par équipe est antérieure à 1882. L’Éclair du 5 mars 1882 indique bien cela : « Cinq joueurs de tambourinet de Gignac acceptent la partie d’intérêt proposée par cinq amateurs de Saint-André-de-Sangonis, s’adresser pour traiter à Albin Revel, tonnelier à Gignac… »

   15.Voir plus haut dans le texte une explication de ce terme.

   16.Demande d’autorisation d’ouverture d’un jeu de tambourin en 1864 par Ulysse Dupin, âgé de 32 ans, tenancier d’un débit de boissons à l’enclos Reynes à Montpellier (Archives Municipales de Montpellier).

   17.Edmond ROQUES, 1923, op. cit. « Ce jeu… est sans brutalité, sans violence, sans danger ; il développe l’adresse, le coup d’œil, l’agilité, la force, l’endurance ».

   18.Michel SABATERY, historien de la FFJBT, entretien du 4 avril 2006, « Ce qui ne donnait pas le point car la balle qui était close, c’est à dire hors des limites du jeu, ne comptait que si elle était renvoyée par un joueur adverse ». Ce qui implique, au-delà de la force, une grande précision dans la trajectoire de la balle. A ce sujet, cet historien de la FFJBT, nous raconte l’anecdote suivante : « Emile Vernières, batteur du village de Bessan, avait parié avec les joueurs de son équipe d’atteindre la girouette du château d’eau… la balle frôla l’objectif au premier essai et se sectionna, à la second tentative, sur la tranche de l’objet métallique ! ». La mémoire de l’exploit situe l’intérêt porté par le public aux qualités de force et d’adresse des joueurs.

   19.Edmond Roques parle peut-être des jeux issus de la paume ou de la longue paume d’une manière générique. Voir Marie CEGARRA, « Les jeux de balle en Picardie : les frontières de l’invisible », in Pierre ARNAUD, Thierry TERRET, Le sport et ses espaces XIXe XXe siècles, Éditions du CTHS 1998, p 80 : « le jeu de balle au tambourin. Cette variante du jeu de paume se pratique uniquement dans l’Hérault et le Nord de l’Italie ». Lire également Arthur DINAUX, Archives historiques et littéraires du nord de la France, et du midi de la Belgique, Valenciennes, 1850, troisième série, tome 1, p. 366. L’auteur réfute la thèse de l’emprunt du jeu de paume aux Espagnols car ce jeu existait avant le XVème siècle dans les Pays-Bas, bien avant leur conquête par ces derniers.

   20.Jan TOLLENEER, Roland RENSON, Éric De VROEDE, « La Flandre Française et sa tradition des jeux », in : Pierre ARNAUD, Thierry TERRET, Le sport et ses espaces XIXe-XXe siècles, Éditions du CTHS, 1998, p. 140 : « On trouve dans la région Picarde (…) quatre types de jeux liés à la famille des jeux de balle (…) longue paume, le ballon au poing, la balle à la main, et la balle au tamis... »

   21.Yves CARLIER et Thierry BERNARD-TAMBOUR, Jeu des rois roi des jeux, Paris, Réunion de musées nationaux, 2001. Le catalogue de cette exposition réalisée par le musée national du château de Fontainebleau présente en page 52 un battoir du XVIIème siècle.

   22.Christian GUIRAUD, « Contribution à une socio-géographie du sport. L’exemple du département de l’Hérault », Travaux et recherches en EPS, Paris, INSEP, 1985.

   23.Filipo PLANA, Storia del gioco del tamburello, Ovada, Accademia Urbense, 1995.

   24.Quaderni.

   25.En Ligurie.

   26.Information communiquée par Guy Laurans. Catalogue de la Manufacture Française d’Armes et Cycles, 1910, p. 457.

   27.Ce jeu utilise un ballon beaucoup plus gros que celui de notre région et n’adopte pas la règle des chasses. Les règles sont proches de celles du tennis.

   28.Christian GUIRAUD, 1985, op. cit. Les propriétaires-viticulteurs sont majoritairement représentés dans cette pratique sportive.

   29.Traduit par Max Rouquette le 4 novembre 1983. Il s’agit d’une première traduction manuscrite antérieure à la publication de son second livre sur le tambourin (collection C. Guiraud).

   30.Journal L’étendard Piscénois du 30 avril 1927.

   31.Article de Claude Peyras, pseudonyme de Louis Thomas, maître de conférences à l’Université de Montpellier, dans le journal l’Éclair du 23 août 1922.

   32.Guy LAURANS, http://www.lelanguedocsportif.org/articles/histoire-du-sport/ (lien obsolète)..

   33.Max ROUQUETTE, « La rose et les épines », Membrança de la vida ordinària, Chroniques de la vie ordinaire, Biarritz, Éditions Atlantica, Pau, Institut Occitan, 2000. Ce texte est d’une très haute valeur littéraire.

   34.Michel Sabatery, entretien du 4 avril 2006 : « Les dates mentionnées sont relevées dans la presse locale et constituent la première trace de ces concours, qui, à leurs débuts, ont été éphémères (Bessan, un seul concours !) ou irréguliers (Pézenas, annualité du concours à partir de 1909) ».

   35.Ces concours reposaient sur la volonté et l’action de deux hommes énergiques : Valat pour Montpellier et Vergnes pour Pézenas.

   36.Guy LAURANS, le concours de tambourin de Pézenas, http://www.lelanguedocsportif.org/articles/histoire-du-sport/ (lien obsolète).

   37.En effet, le défi implique une mise enjeu qui donne du sens à la rencontre. Ce sont les joueurs qui sont directement concernés. Dans le cas du concours, c’est essentiellement le commerce local qui offre la dotation.

   38.Il est fait état, dans la presse, de plusieurs milliers de spectateurs !

   39.Qui implique l’incertitude du résultat.

   40.L’Echo de l’Hérault, 12 avril 1913. Il est proposé d’appliquer aux parties de tambourin une mi-temps « comme au rugby ».

   41.L’Echo de l’Hérault, édité à Pézenas, permet de suivre les annonces des défis entre les équipes et leur suivi à partir de l’année 1886 (Marseillan contre Florensac). L’Éclair et le Petit Méridional, imprimés à Montpellier, en ont fait de même dès 1882.

   42.Journal l’Éclair, 1923, « Le vainqueur de cette épreuve a été, en 1re série, Montarnaud suivi de Bouzigues et Pignan. En 2e série le vainqueur a été Pézenas. En junior Saint-Paul et Valmalle ».

   43.Christian GUIRAUD, 1985, op. cit.

   44.L’Éclair, 6 janvier 1923, réunion à Montpellier des délégués de la Fédération Française de Tambourin et de la Fédération Nationale de tambourin en vue de leur fusion. Cette réunion sera suivie par l’élection du bureau de la nouvelle Fédération Française de Tambourin dans la salle du conseil municipal de Montpellier.

   45.Il sera un éphémère vice-président de la FFJBT.

   46.Déclaré en 1895.

   47.Dans une série d’articles manuscrits, Pierre Lassalle se propose la créer « un organisme officiel, c’est-à-dire une fédération agréée près du gouvernement, subventionnée par les pouvoirs publics, aidée par la presse (…) pour assurer au tambourin (…) une place respectable dans notre région méridionale où il a son origine ». Il assure ne pas être un adversaire des concours et reconnaît leur intérêt pour le tambourin.

   48.Archives de Léopold Bellas, dit « Paulou ».

   49.Cette observation nous permet de constater que la première fédération de tambourin a cessé de fonctionner avant 1932.

   50.Fondée en 1938.

   51.Max ROUQUETTE, Vert Paradis, Le Chemin vert, Paris, 1980, pp. 310-311.

   52.Copie d’une lettre de Max Rouquette au Préfet datée du 25 Juin 1941. Collection de l’auteur. Max Rouquette y demandait la reconnaissance officielle du tambourin comme jeu régional et sa participation à l’activité régionale. Il souhaitait que la Fédération Française de Tambourin accompagne le « renouveau régionaliste ». Il proposait également qu’un organisme de « propagande » soit mis en place pour faire connaître les manifestations régionalistes « à l’extérieur ».

   53.Max ROUQUETTE, Le Jeu de la Balle au Tambourin, op. cit., p. 15.

   54.Max Rouquette joue lui même avec une expertise reconnue. Robert Souchon a en mémoire des souvenirs de sa jeunesse : « C’était sur le jeu de Gignac. (…) un homme mince, vêtu de blanc, pantalon et chemise, ceinture large, d’espadrilles chaussé et batteur de son équipe (…) marchant et courant, presque sans toucher le sol, aérien, avec des gestes précis et élégants (…) il était un batteur non puissant mais d’une adresse diabolique pour l’adversaire… ».

   55.Le début des années 1950 est marqué par une crise profonde du jeu de balle au tambourin en Italie. En effet, une polémique met en doute la crédibilité de la Fédération Italienne (FIPT) à la suite de parties « truquées » dans le cadre du « pari mutuel ». Le public se désintéresse du championnat et du tambourin. Afin de rendre le jeu plus spectaculaire, les Italiens introduisent un cinquième homme dans chaque équipe. Cette modification a pour résultat de donner plus de mobilité au jeu. Voir Filippo PIANA, ibid. p. 72, 73.

   56.Cité par Robert Souchon, ancien président de la FFJBT, dans son hommage à Max Rouquette au cours de l’inauguration le 6 mai 2006, de la place Max ROUQUETTE (Ancienne place des Arceaux à Montpellier). Ce contact est rappelé en pages 12 et 13 du livre édité en 1948 !

   57.Max ROUQUETTE, Le Jeu de la Balle au Tambourin, op. cit. p. 1.

   58.Il est intéressant de noter que ce sont les Italiens qui vont insister pour que les Français conservent le battoir en raison de l’aspect esthétique qu’il donne à la « batterie ». (Entretien du 4 avril 2006 avec Robert SOUCHON).

   59.Le tambourin s’institutionnalise plus tôt en Italie : Le premier championnat de niveau national est organisé en 1898 sous l’égide de la Fédérazione ginnastica italiana (FGI) qui héberge le tambourin. Un premier règlement général est promulgué en 1903 (3 joueurs contre 3 pas de « mandarino » (serveur de la balle extérieur au jeu) ; pas de tremplin pour prendre de l’élan au service ; pas de filet pour séparer les camps). Une fédération spécialisée est fondée en 1926 (FIGT), puis prend le nom de Fédération Italienne del Pallone e Tamburello en 1927. Cette dernière officialise la formation d’équipes à quatre joueurs. Il faudra attendre 1953 pour que les équipes soient composées de cinq joueurs.

   60.Filippo PIANA, ibid, La crisi della F.I.P.T., p. 74.

   61.Le journal Midi Libre du 25 octobre 1954 relate une démonstration de jeu à l’italienne et une démonstration du jeu à la française à Pézenas devant les dirigeants des deux fédérations. Le journaliste insiste sur la suppression des « chasses » et des balles « closes » dans le jeu italien. Il est mentionné que ce jeu italien tient beaucoup du tennis et, qu’en 1937, une tentative fut faite, à Pézenas, de placer un filet sur la basse…

   62.Entretien du 5 avril 2006 avec Robert Souchon, ancien Président de la FFJBT (1963 à 1996).

   63.Ces derniers avaient transformé les règles du jeu en 1953 afin de le rendre plus attrayant en privilégiant « l’agilité et le coup d’œil » à la puissance des coups.

   64.Dossier contentieux France-Italie 1968-1970. Il s’agit d’un chèque de 350 000 lires signé par un grand industriel de Lago di Codana.

   65.Les femmes jouent sur un terrain aux dimensions réduites : 80 m x 18 m.

   66.Archives du docteur Robert Souchon.

   67.Comité International Olympique.

   68.Max Rouquette écrit, avec une pointe de regret : « Avec un peu plus de bonne volonté, les objectifs limités que nous nous étions donnés auraient pu être atteints. La déloyauté belge en a voulu autrement. Passons. »

   69.La candidature du Brésil via sa Federaçao de tamboréu présente le risque de dénaturer le tambourin européen en raison d’un règlement de jeu très différent (marque des points et aire de jeu). Il existe deux autres fédérations concurrentes dans ce pays et leur demande d’adhésion à la FIT vise à imposer leur manière de jouer (1 contre 1 ou 2 contre 2 sur un terrain de 34 m x 10 m) et leur poids démographique dans les délibérations…

   70.Archives du docteur Robert Souchon.

   71.Extraits d’un document manuscrit de Max ROUQUETTE intitulé « San Remo – 25 octobre 1987 ».

   72.Ville de Mantova au sud de Vérone, en Italie du nord.

   73.Le Président actuel est Bernard Barral. C’est seulement le quatrième président depuis 1938 !

   74.Michel Sabatery (entretien du 4 avril 2006) : « Il s’agit d’une nouvelle étape dans la modernisation du jeu. Le jeu en salle va permettre de jouer au tambourin dans toute l’Europe, alors que le jeu en extérieur n’est praticable que dans les pays du sud (France et Italie). Cela va également faciliter, en cours d’année, l’accueil des jeunes scolaires et favoriser un recrutement ultérieur dans le jeu traditionnel. Cela permet également d’assurer une pratique hivernale alors que la saison traditionnelle ne couvrait que la période de mai à septembre ». Le tambourin en salle a été créé au début des années 1980 à partir d’une suggestion du président du CNOSF, Nelson Paillou, à Robert Souchon. L’ancien président de la Fédération Française de hand-ball avait procédé ainsi pour sortir ce sport de son isolement hivernal.

   75.Le comité départemental de la FFJBT est créé en 1982.

   76.Le règlement actuel ne rend plus obligatoire l’usage du battoir pour la mise en jeu.

   77.Max ROUQUETTE, 1986, op. cit. Pour donner raison à cette perception de l’évolution des pratiques, les dirigeants actuels explorent la possibilité d’implanter et de développer un tambourin « de plage », à l’image de ce qui existe déjà au Brésil.