Le renouveau de l’olivier en Hérault, entre ville et campagne

* Doctorante en anthropologie, EHESS Toulouse

Au pied du causse de Larzac, les habitants de Montpeyroux récoltent les olives dans les vergers depuis des siècles, comme dans les villages voisins. L’olivier est toujours bien présent dans les terres agricoles même si son territoire s’est réduit en cinquante ans, et son fruit continue d’alimenter huileries ou confiseries alentours. Mais à cette fonction ancestrale de production, d’autres sont venues s’ajouter plus récemment, à commencer par l’ornementation : un vieil arbre a été planté sur la place il y a quelques années, de plus jeunes plants jouxtent le monument aux morts et les particuliers en ont souvent mis un ou plusieurs dans leurs jardins. Des oliviers pluriséculaires, célébrités locales, sont présentés dans la rubrique patrimoine du site internet de la commune. Le portail de l’école est même décoré d’un arbre, sans doute un olivier dont les feuilles s’envolent pour se mêler aux pages d’un livre, une colombe de la paix surplombant l’ensemble. Même dans une commune rurale, l’olivier n’est plus seulement un fruitier mais aussi une essence décorative et un patrimoine, porteur de valeurs à transmettre aux générations futures.

Si la relance culturale de l’arbre, initiée dans les années 1980, s’appuie sur différentes aides et sur une demande d’huile d’olive en forte croissance, son retour est marqué par la conquête de nouveaux territoires jusqu’alors ignorés, les espaces verts privés et publics. Quels sens faut-il donner à ce renouveau qui succède à un déclin ancien, marqué par le gel de 1956 ? Pourquoi cet arbre a-t-il été choisi ? Comment sa fonction première de fruitier s’articule-t-elle avec sa nouvelle acception décorative ? Existe-t-il des divergences entre les acteurs, particuliers, oléiculteurs amateurs ou professionnels de la filière oléicole ? Et, à travers cet arbre, peut-on saisir quelques-uns des traits d’une société en profonde transformation ? Pour ce faire, le renouveau de l’olivier en Hérault a été observé, sa présence dans le paysage contemporain analysée, et différentes personnes rencontrées, essentiellement sur Montpellier et sa périphérie, la zone de Pignan et la moyenne vallée de ‘Hérault 1.

Du déclin à la relance, entre verger et jardin

L’oléiculture héraultaise, production à la fois vivrière et de rente, à connu son expansion maximale aux XVIe-XVIIe siècles. Son déclin s’est amorcé au tournant du XVIIIe siècle, sous l’effet conjugué de la baisse du prix de l’huile d’olive dès les années 1680 et d’aléas climatiques répétés tout au long du siècle suivant, à commencer par le fameux gel de 1709. D’où le constat fait par Emmanuel Le Roy Ladurie : « L’oléiculteur après 1709 est écœuré par la catastrophe. Quand il replante, c’est en vigne, comme à Gignac » 2. Plus tard, sous le Second Empire, l’huile d’olive française subit la concurrence d’autres huiles végétales moins coûteuses et la culture de la vigne, plus rentable, gagne du terrain. L’olivier est arraché ou abandonné et, si la filière de l’olive de bouche perdure dans l’Hérault, la production d’huile d’olive décroît, ainsi que le nombre de moulins à huile (260 en 1824, 12 en 1956). Cette année-là, le gel détruit le verger presque en totalité et peu de propriétaires s’attèlent à la régénération des arbres 3. Un seul moulin à huile résiste, l’huilerie coopérative de Clermont-l’Hérault. La mécanisation – tracteurs dans les années 1950, machines à vendanger dans les années 1980 – conforte l’abandon ou l’arrachage des oliviers encore présents dans les vignes. L’arbre enlevé est utilisé comme bois de chauffe puis, avec l’émergence de l’olivier ornemental dans les années 1980, donné ou revendu à des particuliers. D’un million d’oliviers en 1939, il n’en reste plus que 644 000 avant le gel de 1956 et seulement 149 000 en 1995 4. L’arbre ne subsiste que dans certains réduits : oliveraies sur les piémonts, les terrasses ou les enclos en pierres sèches, arbres en alignement le long des vignes, plus rarement complantés avec des ceps.

Au tournant des années 1990, l’oléiculture française a été relancée, appuyée par différentes aides portant sur la remise en production d’oliveraies abandonnées, la plantation d’oliviers (74 000 sur les 98 000 arbres plantés dans l’Hérault entre 1995 et 2002) et la production d’huile d’olive ou d’olives confites 5. En Hérault, la zone oléicole s’étend sur l’ensemble du territoire à l’exception des zones les plus élevées, causse de Larzac, plateau de Somail et Espinouse. En 2004, les surfaces concernées dans le département restent faibles, 2 700 hectares (ha) d’oliveraie à comparer aux 102 000 ha de vigne cultivés ; la production héraultaise atteint 200 tonnes d’olives de table et 200 tonnes d’huile d’olive, loin des 1 200 tonnes d’huile d’olive des Bouches-du-Rhône, premier département oléicole français 6.

Lorsque cette relance de l’oléiculture débute, l’olivier a acquis depuis une dizaine d’années une nouvelle fonction, celle d’essence ornementale, qui n’a cessé de progresser depuis. Les particuliers le cultivent en pot, dans leurs jardins ou dans des vergers hérités ou achetés.

Les services communaux le plantent sur les ronds-points et au cœur des cités. Désormais, les jardineries proposent à la vente toute une gamme d’arbres, de l’olivier nain à la tige en passant par le spécimen pluriséculaire. Ce phénomène a débuté aux alentours des années 1980 : « Ça a commencé il y à 25 ans, se souvient un paysagiste héraultais. J’ai commencé à faire des jardins pour des mecs richissimes du Lubéron. On commençait déjà à sortir des oliviers du côté de Beaume-de-Venise et l’oléiculture disparaissait. Comme tout phénomène de mode, ça a d’abord envahi les grands jardins des gens riches pour se retrouver dans le petit jardin de 300 m². » À partir de cette époque, l’olivier enlevé des vergers est parfois reconverti en arbre d’ornement, transfert autorisé par sa grande capacité de reprise. Autre raison, l’habitat pavillonnaire des communes périurbaines s’est développé sur des terres agricoles. Or les oliveraies avaient été reléguées sur les coteaux moins fertiles dès le XVIIIe siècle, versants ensoleillés sans grande valeur agricole mais actuellement recherchés pour les résidences en raison de leur situation. D’abord arraché pour être remplacé par des résineux, l’olivier est, à partir des années 1970-1980, conservé in situ ou bien transplanté 7. Parallèlement, d’« espace à travailler », les oliveraies sont devenues des « paysages mémoires » sous le regard des citadins et des touristes, avec la constitution d’un répertoire d’images méridionales : oliviers, pierres sèches, lavande, etc. L’olivier ornemental, « une hérésie » pour les habitants des communes rurales jusque dans les années 1980, est progressivement devenu une évidence 8, planté dans les jardins tant privés que communaux.

L'olivier des citadins

À la périphérie de Montpellier, les rues s’étirent en de longues enfilades de pavillons, espace minéral végétalisé, entre autres, par quelques oliviers laissés sur les terre-pleins, reliquats d’une ancienne oliveraie. Derrière un mur de clôture, un bout de verger a été épargné lors de la construction d’une maison, il y a près de 40 ans :

« Moi, je trouve que c’est un superbe arbre, explique sa propriétaire. C’est magnifique, c’est vert toute l’année, ça a des feuilles de deux coloris, enfin de deux tons, c’est superbe. En plus, il donne des olives. Il est énorme, celui qu’on a devant. Il nous fait une ombre. En été, ça nous évite de mettre un parasol. C’est quand même très agréable. En plus de tout ce que ça comporte. La paix. Tout ce que ça représente. Enfin, nous, c’est surtout l’esthétique. »

En effet, l’olivier planté dans les jardins privés est d’abord apprécié pour ses qualités ornementales. Son feuillage persistant à la couleur vert/argenté procure une ombre en « dentelle » qui laisse percer le soleil, à la différence des platanes ou des mûriers. En général, ces arbres sont tenus bas, projetant une ombre peu gênante en hiver, préférée au squelette des arbres à feuilles caduques 9. Lorsque les particuliers ont la possibilité d’acheter un vieil olivier (surface suffisante, coût), l’aspect du tronc est déterminant dans le choix, préféré unique, imposant et torturé par les ans. Il s’agit alors d’un arbre antique, pour ne pas dire une antiquité, qui orne le jardin. Ces vieillards, qui peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros, rejoignent cèdres et palmiers, parmi les essences chargées d’« affirmer son rang social » comme le précise Josiane Ubaud 10.

Oliviers rurbains à Montaud
Fig. 1 Oliviers rurbains à Montaud. (Cliché A. Rossel)

Mais, même entouré d’un gazon verdoyant, cet olivier est toujours perçu comme une essence agricole. Particuliers et jardiniers communaux le taillent à la manière d’un fruitier, majoritairement en gobelet, avec une taille de fructification ou de formation qui révèle le tronc et les branches charpentières. Les tailles ornementales – en boule, en cube, en haie, etc. – sont peu pratiquées, et parfois même refusées : « C’est presque un archétype d’olivier que l’on veut, explique un paysagiste. Il faut que l’olivier soit taillé, et fruitier, sinon ce n’est pas un olivier. » Quant à la production d’olives, elle est généralement appréciée. Certains la jugent même indispensable, telle cette propriétaire, originaire du centre de la France : « On en avait planté trois derrière la piscine et un derrière la maison. […] Le Lucques a donné quelques olives juste au moment où on partait. Pendant des années [5à 6 ans], il n’a rien donné. On était prêt à l’arracher en se disant :  » Il ne donnera jamais d’olives «  Et puis, en fait, il a fini par donner des olives. » Peu de particuliers résistent à l’envie de confire des olives, ne serait-ce qu’une fois ou de manière épisodique, et quelques-uns amènent leurs olives aux moulins à huile, des apports parfois inférieurs aux 5 à 6 kilos nécessaires pour obtenir un litre d’huile. Par l’entremise de l’olivier, c’est un peu de Méditerranée agreste qui pénètre dans les jardins, et parfois dans la cuisine, des citadins.

Une taille originale d'olivier à Jacou
Fig. 2 Une taille originale d'olivier à Jacou. (Cliché P. Laurence)

L'olivier des champs

De plus en plus de personnes se pressent ainsi aux portes des moulins à huile – 5 000 Héraultais en 2004 11 -, apportant de quelques kilos à plusieurs tonnes d’olives. Cette population est hétérogène, mélange de particuliers récoltant leurs oliviers ornementaux, d’amateurs possédant une olivette de quelques ares, et de bi-actifs travaillant plusieurs hectares et en tirant un certain revenu, le mono-actif étant rare. Les gains tirés de cette activité, s’ils existent, sont majoritairement complémentaires d’un autre métier, agriculteurs dans un autre secteur (viticulture), salariés, professions libérales, retraités de l’agriculture ou non. En Hérault comme dans les autres départements oléicoles français, les professionnels, s’ils sont minoritaires (autour de 10 % des apporteurs), assurent 90 % de la production 12. Portrait dressé par un moulinier :

« En ce qui concerne le département de l’Hérault, c’est un petit peu ça. Ce sont des gens qui sont passionnés de l’olivier, qui avaient des oliviers sur l’exploitation, qu’ils avaient laissés plus ou moins à l’abandon et puis, au cours du temps, la vogue de l’huile d’olive aidant, peut-être les circonstances économiques, ça fait un petit revenu complémentaire, c’est toujours bon à prendre. Après, ça a été boosté par les néo-ruraux. C’est des gens qui ont redécouvert la campagne, qui ont un petit mas, qui ont acheté des olivettes. J’ai un client, c’est […] un avocat. Il n’était pas destiné à se lancer dans l’olivier. Il doit avoir 200, 250 oliviers. C’est des passions de fin de carrière. L’olivier de notre département, c’est un peu ça. »

Le groupe des oléiculteurs, amateurs ou professionnels, se distingue des propriétaires d’oliviers ornementaux par une perception différente de l’arbre. Dans leur discours, la capacité productive et les soins apportés sont mis en avant, à savoir la taille (qui réduit le phénomène d’alternance 13), la quantité d’olives à venir (floraison, nombre d’olives) et l’état sanitaire des oliviers. Autre élément d’importance, les variétés sont énumérées et reconnues avec une préférence habituelle pour les variétés locales, qui garantiraient une meilleure adaptation au terrain et au climat. Si les oléiculteurs professionnels cherchent à optimiser leur récolte par des traitements suivis, c’est moins le cas pour les amateurs, car l’olivier requiert peu de traitement impératif en dehors de la lutte contre la mouche de l’olive. De ce fait, l’oléiculture relève presque de l’agriculture biologique, un mode de production souhaité par nombre d’amateurs. Si les professionnels insistent sur l’économie, les amateurs situent leur activité en dehors du champ marchand, la vente d’une partie de l’huile au moulin couvrant, si possible, les frais engagés, le restant étant auto-consommé ou offert aux proches : « Je n’ai jamais eu tellement d’objectif économique dans la culture de l’olivier, explique un passionné. Je suis content que mon travail soit récompensé par les olives ».

Oliveraie en bordure du chemin de la Ramasse
Fig. 3 Oliveraie en bordure du chemin de la Ramasse, Clermont-l'Hérault.
(Cliché A. Rossel)
Cueillette d'olives vertes à Saint-Guilhem-le-Désert
Fig. 4 Cueillette d'olives vertes à Saint-Guilhem-le-Désert.
(Cliché A. Rossel)

L’intérêt pour l’olivier repose sur d’autres ressorts retrouvés, peu ou prou, chez les professionnels un intérêt agronomique (greffe, taille, variétés, etc.), la pérennisation d’un héritage familial, une activité physique via le travail de la terre, un rôle de socialisation à travers les associations d’agriculture de loisir. C’est aussi un retour à la terre pour les néo-ruraux, à rapprocher de la vogue du jardinage. D’ailleurs, certains vergers d’oliviers sont aménagés comme des jardins d’agrément avec plantation de fleurs, table, chaises, barbecue, balançoire, etc. Aux beaux jours, ces espaces ombragés deviennent des lieux de réunion appréciés avec pique-niques en plein air.

L'arbre de la Méditerranée, entre histoire et géographie

Un autre type de motivation est souvent évoqué par les producteurs, ce que Jean-Claude Richard nomme « le dialogue avec l’olivier », belle expression qui rend compte des liens tissés par les propriétaires avec leurs arbres. Comme bien d’autres plantes, l’olivier est anthropomorphisé : il a des yeux sur les branches, la souche est un pied que l’on chausse ou déchausse, on étête sa cime, etc. Être animé, « il a son petit caractère ». Son adaptation au terrain et au climat témoigne de son « intelligence ». En l’écoutant, le cultivateur devine ses besoins et lui prodigue des soins adaptés qui seront « récompensés » par des Olives 14. Ce rapport symbiotique va à l’encontre d’une vision plus technicienne et productiviste, les plantations d’oliviers en haute densité (plus de 1 000 arbres/ha), vergers en haie fruitière dont les olives sont récoltées à la machine à vendanger, une production marginale dans I’ Hérault (50 ha en 2004). « Le dialogue avec l’olivier » dépasse la simple production car l’arbre, pourvu qu’il atteigne au moins quelques dizaines d’années, devient le témoin vivant d’un passé révolu, d’un parent qui l’avait planté, et parfois d’une longue lignée familiale. Toutes les catégories d’oliviers sont concernés, productifs, ornementaux, et même ceux qui ont été laissés dans un abandon respectueux : « Les gens qui ont un olivier au bord de leur parcelle, ils le gardent même tout noir, tout teigneux, avec du sec, parce que le papet avait suspendu pendant toute sa vie la musette. Et ils n’osent pas… » Ce « sentiment généalogique », retrouvé chez quelques particuliers, est plus fréquent chez les propriétaires d’oliveraies du fait d’une fréquente transmission par héritage. À la question « Qu’est-ce que vous aimez dans cette culture ? », la réponse d’un amateur propriétaire de plusieurs oliveraies allie variétés, production et image paternelle :

Olivier au pied de la tour Babote à Montpellier
Fig. 5 Olivier au pied de la tour Babote à Montpellier (Cliché A. Rossel)

— « L’olive de table, déjà. La Lucques, j’aime bien. Et puis les variétés pour l’huile. En fait l’huile d’olive, c’est un produit que j’ai toujours aimé.

Et puis ton père, dit son épouse, il avait ça, tu as continué.

C’était une passion. D’ailleurs, mon père, il m’a aidé jusqu’au bout, jusqu’à la fin. Et jusqu’au bout, il était toujours dans les arbres. Quand c’était le moment d’ébourgeonner. Même, il allait se promener – il n’y a pas plus de vingt minutes de marche – il fallait qu’il aille voir ses arbres dans le verger qui est à côté. »

Olivier de saint Benoit à Aniane
Fig. 6 Olivier de saint Benoit à Aniane. (Cliché A. Rossel)
Olivier dAthéna à Baillargues
Fig. 7 Olivier dAthéna à Baillargues. (Cliché A. Rossel)

Certains oliviers pluriséculaires accèdent au statut d’arbres remarquables. Photographiés et filmés tels des monuments, ils sont retrouvés dans les livres, les magazines et les reportages télévisés. Leur vie passée donne lieu à toutes sortes de spéculations. Selon un organisateur de ballades, « Ce qui se dit beaucoup, c’est :  » Il à dû en voir des choses « , par exemple. C’est rigolo. Des bonnes et des mauvaises. Je ne sais pas, la guerre en mille ans. Ces arbres peuvent incarner un récit, comme à Aniane. Un olivier âgé d’environ 800 ans a été identifié par Pierre David, auteur de la monographie L’olivier de Saint-Benoît d’Aniane, comme étant celui décrit par une légende locale, même si celle-ci se déroule quelque quatre siècles auparavant. En 780, saint Benoît s’endort dans le vallon du ruisseau d’Aniane après avoir planté son bâton de pèlerin en terre. Ce bois prend racine et la tige naissante se couvre de feuilles d’olivier en une seule nuit 15. Autre usage, de vieux oliviers sont couramment transplantés de la campagne au cœur des villes ou dans des sites touristiques ces arbres, souvent associés aux cyprès, valorisent et, en quelque sorte, authentifient les vieux monuments 16, par exemple à Montpellier à l’entrée de la rue de l’Université. Des repères temporels fixes dans l’espace, sont devenus des marqueurs historiques doués de mobilité grâce à leur capacité de reprise.

Quelques spécimens accèdent à une renommée nationale, comme l’olivier de Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes), un « illustre millénaire », une « sentinelle de l’histoire » âgée d’environ 1900 à 2100 ans 17. Ces arbres permettent d’évoquer l’histoire antique, les mythes grecs et les récits bibliques. Ces références figurent dans la plupart des textes agronomiques, mais aussi dans les articles journalistiques ou les dépliants touristiques traitant de l’olivier. Les particuliers, selon leurs préférences personnelles, citent ou non ces épisodes qui sont par contre mis à distance par beaucoup de professionnels au profit de la production : « Il y a toujours des gens qui considèrent que l’olivier, c’est la Méditerranée, la Bible, la civilisation grecque… C’est très joli, c’est parfait mais c’est à la fois vrai et à la fois tout faux. C’est vrai que les oléiculteurs de n’importe quel pays – je l’ai souvent vu – ont les mêmes soucis mais ce ne sont pas les mêmes produits, ce ne sont pas les mêmes variétés. » Des deux modèles les plus cités, arbre de la paix ou arbre de l’antiquité grecque, c’est le premier qui l’emporte dans les discours et dans l’emploi ornemental. En effet, l’arbre antiquisant est moins rencontré, même s’il en existe de beaux exemples, comme à Baillargues : un vieil olivier précède une fresque murale représentant un temple grec dédié à Athéna, un encart rappelant la création de l’olivier par la déesse. L’arbre de la paix connaît, quant à lui, un succès grandissant, peint sur le portail de l’école à Montpeyroux dans une version éducative, planté à l’occasion de la journée de la paix devant la mairie de Montarnaud dans une variante commémorative. Une plaque apposée au pied de l’olivier rappelle l’événement : »Arbre de la paix planté le 12 avril 2003 avec les enfants de Montarnaud – Les amis de la Résistance – A.N.A.C.R.E. » 18 L’olivier accompagne aussi nombre de monuments aux morts, arbre de la paix parfois évident comme à Aniane 19, d’autres fois plus difficile à affirmer en raison de la distanciation des prescripteurs et de la multiplication des oliviers décoratifs. Signalons un vieil olivier commémoratif planté dans le jardin de l’Esplanade à Montpellier avec une plaque en cuivre à son pied : « À la mémoire des victimes des attentats du 11 mars 2004 – Hélène Mandroux, Maire et le Conseil Municipal – Ville de Montpellier ». Autre évolution, l’olivier est désormais planté dans les cimetières pour son esthétique mais aussi comme arbre de la paix, y concurrençant l’emblématique cyprès, autre arbre dit immortel 20. Cet usage est en accord avec l’interprétation donnée à l’épisode diluvien : le rameau d’olivier, s’il traduit la réconciliation de Yahvé avec les hommes, dit aussi la possibilité d’une renaissance, d’une vie après la mort. Cette essence est de longue date utilisée le jour des Rameaux à côté du buis ou du laurier, des essences semper virens figurant l’immortalité. Leurs rameaux accrochés sur les croix tombales voisinent avec des colombes au rameau d’olivier gravées sur les caveaux. Parfois, de petits oliviers en pot sont posés sur une tombe, et même plantés dessus 21. En raison de sa longévité et de ses capacités de régénération, l’olivier ornemental se déploie dans l’espace pour y incarner des images tirées du passé, la paix le plus souvent, mais une paix souvent sécularisée.

Du point de vue géographique, l’olivier signale l’entrée dans le Midi aux voyageurs venus du Nord, et ce, depuis longtemps. Félix Platter en faisait déjà la remarque en 1552 : « Le 26 octobre, nous atteignîmes vers midi la ville de Montélimar, et à la nuit le bourg de Pierrelatte, où je vis les premiers oliviers » 22. Son implantation a longtemps servi à délimiter le climat méditerranéen en France 23, jusqu’à devenir un emblème de cette zone, stéréotype que géographes, récits de voyages et écrivains ont contribué à établir. Si l’histoire et les mythes donnent une assise culturelle à la vogue de l’olivier, la géographie l’ancre dans un espace méditerranéen jusqu’à devenir un des emblèmes de ce Sud. Nombre de nouveaux Héraultais n’ont rien de plus pressé que d’avoir leur olivier dans leur jardin pour faire « méditerranéen » à côté de plantes aromatiques et de jarres en terre. Parfois, il est planté près de la piscine sur une nappe de gazon, en lieu et place de l’habituel palmier, association surprenante d’un point de vue botanique (en sol humide, l’olivier dépérit et parfois meurt !). Il n’est plus l’arbre des terres arides, si l’on excepte les jardins secs (en progression), mais un décor chargé de rappeler l’été et les vacances. Ainsi pour cette Bourguignonne installée dans le département : « J’ai découvert l’olivier en venant dans le Midi, et j’ai beaucoup aimé. Et en Grèce, on a vu des paysages et des paysages avec des oliviers. C’est vrai que ça nous a emballés. Ça faisait presque des vagues vu d’en haut. C’était beau. Et surtout des étendues, des hectares et des hectares d’oliviers. […] En Andalousie, c’était splendide. Mais là, en descendant sur Pignan, c’est très joli. Les oliveraies avant Pignan, elles sont très, très belles. » La contemplation de cet arbre, plaisir souvent évoqué, se répète de proche en proche, du jardin à la campagne environnante, puis de la campagne à la Méditerranée toute entière, au gré des voyages. Pour les particuliers, l’olivier fonctionne comme un objet métonymique, un arbre vaut pour tous les autres, l’arbre des villes pour l’arbre des champs, une essence sans grande attache locale et emblématique d’un grand Sud.

Cette vision de l’arbre portée par les citadins et les touristes a été progressivement adoptée par les habitants des communes dites rurales. Passé les réticences initiales, l’olivier ornemental est devenu une évidence 24, planté aussi bien dans les jardins privés des autochtones que dans les espaces verts des communes.

« Ça a démarré il y a une grosse quinzaine d’années, se souvient un moulinier.  » Avant, d’ailleurs, on n’en voyait pas sur les ronds-points. Quand je suis arrivé ici en 86, on les a plantés en 87 [devant le moulin], il a fallu que le demande l’autorisation à la Mairie parce qu’ils sont sur le trottoir. Ils ont accepté mais ça a été un peu… Et maintenant, c’est unanime. Tout le monde me dit :  » Oh ! C’est joli, les oliviers ! « …, alors qu’il y à vingt ans, il fallait presque que je pleure et que je fasse de grands discours « .

Cet arbre occupe les derniers espaces verts créés, essentiellement les ronds-points à l’entrée des villes et villages où il concurrence pins pignons et palmiers. Il est parfois planté en alignement, en lieu et place des habituels platanes ou micocouliers. On le trouve de plus en plus souvent en centre-ville sur les places ou dans les jardins publics, parfois en jardinières. L’olivier assure aussi une fonction d’arbre-porte devant les maisons, certaines mairies et autres bâtiments institutionnels, remplaçant notamment le cyprès 25. Les magasins des moulins à huile sont décorés d’oliviers, vieux ou jeunes, en pot ou en pleine terre, accompagnés ou non par des plantes méditerranéennes. Ils assurent le décorum et signalent le lieu de vente tout en éclairant les touristes, car beaucoup n’en ont jamais vu. Cette essence est également employée par la filière viticole, alors que le cep est peu utilisé dans la zone explorée. Des allées de vieux oliviers marquent ainsi l’entrée de quelques propriétés, au lieu du cèdre utilisé au XlXe siècle 26. Les caveaux privés et les caves coopératives sont décorés par un ou plusieurs oliviers donnés par un agriculteur (coopératives) ou transplantés de la propriété (particuliers) afin de donner, en association avec des plantes aromatiques, « une allure de cave du Midi ». La vigne ne suffirait pas, à elle-seule, à assurer la promotion du vin, déficit d’image qui ne semble pas, sous réserve d’une enquête plus poussée, uniforme en Hérault. Beaucoup d’oléiculteurs amateurs refusent cet usage ornemental qu’ils qualifient de « mode ». Leur référence paysagère est autre, c’est la trilogie méditerranéenne, une agriculture qui n’existe plus mais qui est souvent citée : « J’ai un souvenir d’un rond-point à Millau où ils avaient mis du blé, et puis de la vigne qui allait vers le centre du rond-point, et j’ai trouvé que c’était très beau, se rappelle un passionné. Il ne manquait qu’un olivier au milieu pour que la trilogie soit représentée et que les gens qui viennent du Nord s’aperçoivent qu’ici, il y a quelque chose de particulier. »

Ces différentes représentations sont aussi déclinées par les services des espaces verts communaux, avec trois principaux modèles paysagers : le bucolique, le sec et l’agricole. Dans le type bucolique, l’olivier est entouré de gazon, parfois complété par une couronne de fleurs, de pierres ou de pouzzolane. Associé au palmier, il devient plus maritime, attelage étrange entre littoral et arrière-pays. Le modèle sec (la garrigue) tend à se répandre, avec des pierres, du romarin, des cistes, etc. Un pseudo-lit de rivière asséché peut être figuré à l’aide de galets et un pont en réduction l’enjamber. Parfois, le pin l’accompagne et le rond-point se fait moins sec avec une prairie rustique, ou comporte une note provençale avec des pieds de lavande. C’est le rond-point méditerranéen défini par Josiane Ubaud. Le type agricole se décline en bout d’oliveraie conservée ou reconstituée et en paysage nostalgique avec, à côté des oliviers, de la vigne, des chênes verts, un muret, une capitelle en pierres sèches, ou des outils agricoles anciens (pressoir à vin). Quelquefois, le vieil olivier est tout seul sur un rond-point pavé de pierres, tel un « monarque déchu » 27.

Oliviers dans le cimetière de Castries
Fig. 8 Oliviers dans le cimetière de Castries.
(Cliché A. Rossel)

Par son substrat historique et géographique, l’olivier des espaces verts participe à la célébration d’une Méditerranée idéalisée, à l’inverse du paysage réel dominé par la vigne. C’est un arbre pittoresque ou nostalgique, qui s’apparente aux paysages emblématiques tels que les ont définis Françoise Dubost et Bernadette Lizet, constructions basées sur « la désincarnation, avec la promotion du vide et la liquidation de l’histoire sociale singulière du pays », ou sur une folklorisation à travers la sélection de quelques traits caractéristiques d’un pays ou d’une région, actuels et locaux, ou bien empruntés aux contrées voisines ou au passé 28. Si les modèles nostalgiques et pittoresques sont effectivement prédominants, le développement récent du modèle sec, les problèmes d’irrigation aidant, est plus fidèle au paysage local actuel, même si la vigne demeure assez peu représentée.

Modèle bucolique avec taureau, Villeneuve-lès-Béziers
Fig. 9 Modèle bucolique avec taureau, Villeneuve-lès-Béziers. (Cliché A. Rossel)
Modèle nostalgique à Pérols
Fig. 10 Modèle nostalgique à Pérols. (Cliché A. Rossel)

L'olivier, entre ville et campagne

Si les particuliers n’émettent aucune réserve sur l’olivier ornemental, il n’en va pas de même pour les oléiculteurs amateurs, même citadins. Selon une jeune oléicultrice montpelliéraine, « Ils sont ratiboisés, on a l’impression qu’ils sont en train de pleurer. On ne les laisse pas s’étaler. Ils ont plein de fumagine et ils ne sont pas bien entretenus. » À propos d’oliviers urbains plantés en pays de bouvine, d’autres rajoutent : « Celui de l’entrée, tout le monde y marche dessus, les chiens pissent contre le tronc » ; « les taureaux lui rentrent dedans ». La ville n’accorderait donc pas toute l’attention nécessaire à l’olivier, il y serait maltraité et ignoré, les olives ne seraient pas ramassées. Sans doute existe-t-il pour ces acteurs une tension entre les deux fonctions de l’arbre : « Il peut être à la ville à condition qu’il reste à la campagne. L’ornement, c’est bien mais il faut aussi [de la production] ». Si le discours met souvent à distance la composante décorative, quelques pratiques attestent de sa prise en compte : certains amateurs traitent leurs vergers comme des jardins d’agrément et les remises en état d’oliveraies peuvent avoir, au-delà de l’aspect productif, un objectif paysager. Pour les oléiculteurs professionnels, l’olivier des espaces verts est légitimé par son action promotionnelle et pédagogique sur le public citadin. Néanmoins, ces derniers émettent des réserves sur les pratiques des urbains :

« Pour ce qui est des villes et de cet aspect de l’olivier, du gros olivier…, soupire un technicien. Ils avaient commencé au pont du Gard – je n’avais pas trouvé ça très malin – ils sont allés chercher un énorme olivier en Espagne pour le mettre là. J’aurai préféré qu’ils mettent une Picholine ou un plant de Collias, puisque c’est son ancien nom et qu’on pense que le plan de Collias, c’est justement à l’époque où ils faisaient le pont du Gard qu’ils ont commencé à l’appeler comme ça parce que c’est à côté de Collias… C’est devenu la Picholine. Ça, c’est vraiment les racines. Mettre un olivier, autant en mettre un en plastique, j’en sais rien. Ça n’a pas grand intérêt de mettre un olivier espagnol sans le dire. C’est amoral. C’est souvent le problème. Je préférerais que les villes mettent des oliviers qui viennent de leur bassin, déjà, pour respecter une certaine continuité et de mettre plutôt des trucs petits pour qu’on voit que ça grossit. On peut mettre un gros au milieu mais après il faut avoir cette idée. Sinon pour nous, ça n’a aucun impact sinon que ça risque de finir par faire saturation. »

Pour les producteurs, la ville ignorerait l’olivier issu de son territoire, remarque qui peut se révéler infondée certains jardiniers communaux sont des passionnés, au fait des différentes variétés héraultaises, et ils s’approvisionnent dans la région afin d’avoir des arbres plus résistants au gel 29. Au-delà de l’olivier, c’est une méconnaissance de l’espace rural qui est pointée à travers le non-respect d’« une certaine continuité » entre villes et campagnes, tant spatiale qu’historique. En optant pour une vision ornementale désincarnée, les urbains oblitèreraient la production agricole qui constitue, ou plutôt constituait avant la rurbanisation, la principale activité des communes rurales. La place et la fonction données à l’olivier (ville ou campagne, ornement ou production) introduisent à une problématique plus vaste, celle de l’agriculture dans un espace périurbain soumis à la déprise agricole et à la pression foncière. Ce double phénomène a modifié la perception et l’usage de ce territoire par les autochtones :

« Le verger de la commune de Pignan n’était pas abandonné et ça permettait sûrement de lutter de manière indirecte contre les incendies dans la mesure où il avait des sols propres. […] C’était aussi un paysage ouvert où on allait partout. On savait qu’à tel endroit il y avait deux ou trois amandiers, deux ou trois figuiers, deux ou trois cerisiers aussi. On allait chaparder comme tous les gosses et on n’avait aucun problème pour traverser la garrigue et aller à ces endroits-là. À l’heure actuelle, avec le développement de l’urbanisation qui s’est faite un peu de manière sauvage depuis les années 80 un peu partout, on ne pénètre plus le milieu comme on le pénétrait avant. Le milieu est fermé. Il est devenu encore plus fermé depuis le gel de 1956 puisque là, à part certains viticulteurs, pratiquement tous les gens ont abandonné les oliveraies. »

Les mots traduisent le double sentiment d’exclusion ressenti par les natifs. D’ouvert et familier, l’espace est devenu comme fermé derrière deux barrières, un habitat en quelque sorte émietté et clôturé, une garrigue en friche et impénétrable, un double « ensauvagement » du territoire. Autre grief souvent énoncé, le monde urbain, promeneurs occasionnels ou néo-ruraux, ignorerait trop souvent les codes en vigueur dans ces communes et, plus particulièrement, le respect des terres cultivées non clôturées : « Les gens du village considèrent comme tout le monde aujourd’hui que le comportement de nos néolithiques urbains, c’est une catastrophe. Et ils ne veulent pas clôturer leurs parcelles à la fois parce que ce n’est pas leur culture de les clôturer et, en même temps, parce que clôturer une parcelle, ça a un coût. » Ce non-respect de frontières implicites ne touche pas que l’olivier et revient sans cesse dans les propos des locaux. Or les conflits sur les droits de passage et autres atteintes à la propriété privée sont loin d’être rares entre ruraux mais ils se distinguent par une quasi-absence d’anonymat, à la différence des citadins qui disparaissent après leurs cueillettes.

En résumé, les oléiculteurs (urbains ou ruraux) perçoivent les citadins comme manquant de civilité envers l’olivier des champs et des villes. La rhétorique utilisée passe par une qualification antagoniste des deux espaces, la campagne ouverte et civilisée, la ville fermée et sauvage, manière de penser que les citadins importeraient dans le monde rural avec leur habitat émietté et leur culture de la clôture. Avec la fermeture de l’espace périurbain, c’est l’avenir même des agriculteurs qui se rétrécit, ce d’autant que leur nombre ne cesse de décroître. Si les surfaces cultivées totales restent importantes (en 2000, 206 294 ha soit 33,8 % de la surface du département), le nombre de personnes vivant directement des produits de la terre est désormais marginal 30, alors même que la pression foncière draine de plus en plus de citadins vers les communes périurbaines (avec des différences selon les zones) 31. Avec la modification de la population, conceptions et usages de l’espace ne sont plus aussi consensuels : la vision paysagère désincarnée des citadins et des rurbains s’oppose à la fonction essentiellement productive dévolue par les oléiculteurs, qu’ils soient urbains, rurbains ou ruraux. Mais la présence massive d’oléiculteurs amateurs et de bi-actifs non agriculteurs dans cette filière traduit déjà l’émergence d’une catégorie intermédiaire, celle d’urbains dont le regard sur la campagne est pour partie modifié, négociant entre vision paysagère et fonction productive. Ce groupe rend encore plus sensible la fonction dévolue par les urbains aux ruraux, celle de conserver le paysage, le fameux « jardinier de la nature ». À travers cet arbre entre image et sens 32, entre paysage et production, les oléiculteurs, comme tant d’autres agriculteurs, s’interrogent sur leur avenir et leur fonction :

— « Il ne faut pas qu’un jour les vignes ne servent uniquement d’ornement comme un jardin parce que ça, c’est la mort du pays qui est peut-être en marche pour une part importante de la viticulture », explique un oléiculteur amateur.

— « D’ailleurs, répond un professionnel, il y a quelqu’un qui l’a dit à la Chambre de l’agriculture. On est en train de devenir les jardiniers de la campagne. On va être payé maintenant grâce aux primes pour entretenir la campagne. Pas dans un souci de production. »

Cette réduction de la fonction agraire au seul décorum n’est guère envisageable, y compris pour les oléiculteurs amateurs. Selon Josette Debroux, « Entretenir pour « entretenir » n’est pas recevable. « L’entretien » doit avoir une fonction sociale, au-delà de la simple mise en valeur esthétique 33. » Cette renégociation de sens ne serait-elle pas déjà à l’œuvre en ce qui concerne l’olivier si l’on considère la multiplication des fonctions dévolues à cette culture ?

L'olivier, un rurbain

Ce renouvellement des fonctions s’opère à différents niveaux (individuel, associatif, et territorial) au travers d’expériences variées menées dans l’Hérault ou dans les autres départements oléicoles. Au niveau individuel, les néo-oléiculteurs peuvent adopter une part du discours, des pratiques et des usages des producteurs de longue date. Les débutants trouvent auprès des agriculteurs-oléiculteurs, souvent des retraités, leur premier soutien technique (taille, traitements) et moral, ces derniers trouvant là une relève. Ils participent aussi aux fêtes à thématique oléicole et aux journées de formation données par les moulins et l’Afidol (Association française interprofessionnelle de l’olive). Ils y rencontrent des oléiculteurs qui adaptent les conseils donnés par la filière aux spécificités du terroir. Par exemple, la taille en gobelet se voit opposer la taille dite de Saint-Jean-de-la-Blaquière, de la commune du même nom. Les associations d’agriculture de loisir mélangent ainsi locaux et néo-Héraultais, agriculteurs et retraités des secteurs tertiaire ou secondaire, les premiers communiquant aux seconds savoirs et représentations. Ces personnes soutiennent en retour l’activité des moulins par le droit de trituration acquitté pour la transformation des olives et par l’achat d’huile ou de produits dérivés, dont ils assurent la promotion auprès de leurs connaissances. S’ils s’intègrent à la vie communale via l’olivier, ils sont lucides quant à la nature de leur activité : « Il ne faut pas se leurrer, on n’est pas du tout des paysans. On se donne l’illusion d’en être mais on n’en est pas du tout, en vérité. » Alliance objective, les agriculteurs peuvent vendre ou laisser une oliveraie à un citadin : « Un jour, le voisin nous a glissés que, comme il nous avait vus nous investir autant là-dedans, il n’avait pas voulu exercer ce droit-là [de préemption] et il nous avait laissé le terrain. […] Je pense qu’il a choisi ses voisins. » Par leur investissement dans la production et la promotion de l’olivier, certains participent activement à la filière oléicole, créant des associations, devenant membres des conseils d’administration des coopératives oléicoles, et parfois même président.

Par sa structure sociale, la filière oléicole reflète en partie la société rurbaine en cours de constitution, mélange d’agriculteurs, de locaux non-agriculteurs mais oléiculteurs, et de néo-ruraux ou de citadins qui, d’amateurs, peuvent se muer en bi-actifs au fil des ans. Cette diversité explique sans doute la multiplicité des usages nouvellement attribués à l’oléiculture. Beaucoup recourent à la notion de « patrimoine », et ce, à tous les niveaux, de l’amateur qui remet en culture une oliveraie en terrasses, jusqu’aux échelons institutionnels 34 Ainsi un technicien oléicole : « Il y a la qualité, c’est bien, mais la qualité, ça veut tout dire, et ça ne veut rien dire. Il y a l’origine, ça, ça commence à être plus particulier, et l’aspect paysager et culturel. Ça, c’est vraiment notre patrimoine. » Cette ressource est mobilisée par la filière afin de pallier le déficit concurrentiel de la France par rapport aux principaux pays producteurs (un litre d’huile d’olive français a un coût moyen de production de 10 euros contre 2,4 euros en Andalousie en 2005) 35. Cela passe par toute une série d’initiatives individuelles ou coordonnées. Les vieux oliviers pluricentenaires sont désormais inventoriés et, dans la mesure du possible, sauvegardés par les professionnels et les passionnés, tel l’emblématique olivier de saint Benoît à Aniane déjà cité, soigné par l’association Arts et Traditions Rurales. Les variétés anciennes sont conservées dans des collections privées et publiques (comme au Domaine départemental d’Ô à Montpellier), avec un programme de recherche génétique mené par l’équipe du Pr. André Bervillé (INRA, Montpellier) 36. Autre initiative, la « Route de l’Olivier » (1995-1998) avec plusieurs actions à prédominance culturelle et promotionnelle 37. Certaines oliveraies ont acquis une valeur esthétique et patrimoniale en raison de leur ancienneté, de leur localisation ou de la présence de constructions vernaculaires. Si elles ont été abandonnées, des mairies, associations ou particuliers les rénovent. Ces remises en état débutent par un débroussaillage de la garrigue qui s’apparente à des fouilles archéologiques tant le couvert végétal peut être dense. Les oliviers mis à jour sont rachitiques, des « vestiges » qui vont nécessiter plusieurs années de soins avant la moindre récolte significative. Une fois « restauré », ce « patrimoine » peut participer à la valorisation de sites, tel celui de l’église de Saint-Sylvestre-des-Brousses, rénové par Les Vieux oliviers de Puechabon, ou celui du domaine de Fondespierre à Castries, par Les Olivettes, deux associations qui pratiquent une agriculture de loisir. Ces actions patrimoniales sont menées par des amateurs ou des professionnels, les premiers essentiellement dans un but de sauvegarde et de mise en valeur de sites, ce que l’on pourrait nommer la tendance « conservation du paysage », les seconds afin de valoriser leurs produits par une plus-value esthétique et culturelle, la tendance « économique », même si la réalité est beaucoup moins tranchée sur le terrain 38. La culture de l’olivier, qui à presque disparu en France alors même que la modernisation agricole s’intensifiait, a sans doute bénéficié de cette éclipse, sa relance sur le mode d’une production « traditionnelle », en marge du système productiviste, étant en phase avec le modèle agraire nostalgique 39.

Au-delà de la « sauvegarde d’un patrimoine », d’autres raisons sont citées en faveur de cette culture. Le défrichement et l’entretien des oliveraies assurent, au-delà de l’aspect paysager, une protection contre les incendies et une ouverture du milieu pour les loisirs (promenade, chasse), la production d’olives venant ou non en sus, selon les cas. Certaines oliveraies sont incluses dans différents circuits pédestres à visée patrimoniale comme à Clermont-l’Hérault (le chemin de la Ramasse), à Ganges et sur le Sivom Entre-Vène-et-Mosson 40. Ces terrains peuvent devenir des infrastructures communales, comme à Saint-Guilhem-le-Désert, où la remise en état de vergers en terrasses, menée par la Mairie et par une association foncière agricole, s’inscrit dans une démarche plurielle : patrimoniale, paysagère, environnementale et agro-touristique avec la production d’une huile d’olive depuis 2005 visant à maintenir une activité agricole sur la commune. Autre exemple, le projet du Mas Dieu, avec pour point de départ le refus d’un projet de décharge, comporte plusieurs volets dont une part agricole avec bergerie et pâtures (242 ha), vignes (100 ha), truffières (14 ha) et oliveraies (49 ha) 41. Les variétés choisies sont locales car « on à voulu garder la spécificité du terroir et des huiles d’ici. » Le projet, basé sur un multiusage de l’espace, agrège une agriculture vécue sur le mode patrimonial, un « poumon vert » pour les rurbains avec des chemins de promenade, et des techniques novatrices (bergerie « haute qualité environnementale »). Là-encore, il s’agit de conforter l’identité rurale et méditerranéenne des communes concernées tout en conciliant agriculture et développement local. Des aménagements de ce type sont aussi menés dans la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, sans doute parce que l’olivier, en alliant économie, patrimoine, paysage et environnement, permet d’élaborer des projets synergiques aux objectifs pluriels (lutte anti-incendie, réhabilitation paysagère, maintien d’agriculteurs, contrôle de l’urbanisation), autour desquels s’agglomèrent d’autres initiatives (sentier botanique, réinsertion, etc.) 42.

Abandonné dans la garrigue, puis retrouvé tel un vestige de l’ancienne agriculture, l’olivier accède au statut de « patrimoine rural » qu’il convient désormais de conserver et de protéger à l’image d’autres activités agricoles qualifiées de traditionnelles. En retour, cet arbre valorise les sites par son image méditerranéenne, il maintient des terres agricoles tout en assurant de nouvelles fonctions, environnementales ou autres. Le renouveau de l’olivier ne serait-il pas un des signes témoignant d’une agriculture méditerranéenne en profonde recomposition, une activité rurbaine entre production, aménagement du territoire et gestion paysagère 43 ? La modification de l’espace et de la société rurale impose des renégociations de sens et d’usages entre vision délocalisée à tendance paysagère et perception à dominante productiviste. Dans ce contexte, les oléiculteurs amateurs sont des intermédiaires culturels entre ruraux et citadins, faisant circuler plus que de l’huile ou des olives, des représentations et des pratiques.

Quant à l’olivier ornemental, il permet, avec d’autres plantes, d’affirmer le caractère méditerranéen de l’Hérault, une identité double, à la fois locale et délocalisée, agricole et ornementale, une image démultipliée remplaçant même le platane en alignement, d’où cette question déjà posée par Josiane Ubaud en 1997 : « Lorsqu’il y aura des oliviers vieux partout, qui auront saturé le regard, seront-ils alors remplacés par un concurrent plus à la mode ? » 44. Autre question, pourquoi cet arbre a-t-il été choisi plus qu’un autre, dans les années 1980-1990 ? Pour le géographe Philippe Bachimon : « La grande vogue de l’oliveraie rurbaine vient sans doute du fait qu’elle fonctionne comme un « reliquat vivant » d’une civilisation qui était plus proche de la nature, mais qui n’était pas la nature. Il y a là plus qu’une nuance par rapport à l’utilisation précédente des pins dans les années 1960 dans le cadre d’un retour à un idéal forestier et plus sauvage qui avait donné le stéréotype paysager de la Riviera. » 45 Les années 1960 étaient alors peu favorables à l’émergence d’un nouvel olivier, car le verger portait les marques du gel de 1956, l’huile d’olive était un produit déprécié, et la campagne ne faisait pas encore rêver les citadins dont beaucoup venaient de partir. La relance actuelle a bénéficié du retour en grâce de l’huile d’olive avec la promotion du « régime méditerranéen » tout en s’inscrivant dans le cadre des productions agricoles artisanales. Enfin, le passage du pin à l’olivier traduit un rapport différent à la « nature », du sauvage forestier à une nature cultivée, à rapprocher de la vogue du jardinage. Alors que le rural disparaît au profit du « rurbain », ce vestige aux racines méditerranéennes porte la nostalgie d’une campagne bucolique, d’un monde révolu et idéalisé. Ce bien commun hérité du passé, ne serait-il pas idéalement polysémique, suscitant une diversité de représentations et de pratiques allant du local productif au délocalisé ornemental ?

Remise en production d'oliveraies, Saint-Guilhem-le-Désert
Fig. 11 Remise en production d'oliveraies, Saint-Guilhem-le-Désert. (Cliché A. Rossel)

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— UBAUD Josiane. Des arbres et des hommes. Architectures et marqueurs végétaux en Provence et Languedoc. Aix-en- Provence, Édisud, 1997.

Notes

1.Cet article est basé sur une recherche ethnologique réalisée en 2005 dans le cadre de l’Atelier de Rencontres et de Recherches Comparatives en Ethnologie. Cette étude a bénéficié d’un financement de la part du Conseil général de l’Hérault et de la Direction régionale des affaires culturelles du Languedoc-Roussillon. Les témoignages oraux sont rapportés entre guillemets et en italique. Que toutes les personnes qui ont accordé leur temps et leurs savoirs soient ici vivement remerciées.

2.Le Roy Ladurie, 1966, pp. 517-526.

3.La régénération consiste à couper la partie gelée (tronc, branches charpentières). L’arbre émet des rejets que le cultivateur sélectionne dans un second temps.

4.Rozier, 2002, p. 153 ; Duriez et coll., 2004, p. 14.

5.Un premier plan de relance (1987 à 1991) a été suivi par un « Plan de rénovation oléicole » (1995 à 2002) avec des aides à la plantation d’oliveraies et à la restructuration de vieux oliviers (Durbiano, 2000, p. 21). Sur l’histoire de l’olivier en Languedoc et l’actuelle relance, cf. Ricciardi-Bartoli et Catoire, 1998.

6.Duriez et coll., 2004, p. 8. À l’échelle mondiale, la France est un petit producteur d’huile d’olive (0,2 %), loin derrière les deux principaux pays oléicoles, l’Espagne (46 %) et l’Italie (20 %).

7.Ce phénomène a été précédemment décrit par Philippe Bachimon (2001, pp. 25-27).

8.Sur cette modification du regard, observée dans le Finistère, cf. Simon, 1995.

9.Bachimon, 2ool, p. 26.

10.  Ubaud, 1997, pp. 11-32. Il sera souvent fait référence à Des arbres et des hommes. Architectures et marqueurs végétaux en Provence et Languedoc, livre de Josiane Ubaud essentiel quant à l’étude des arbres dans le sud de la France.

11.  Duriez et coll., 2004, p. 8.

12.  Même constat fait en Provence par Philippe Bachimon (2001, p. 28). Une étude réalisée en 1998 par la Chambre d’agriculture de l’Hérault montrait que l’oléiculture était le fait de passionnés pratiquant cette activité par amour de l’olivier dans 6 % des cas, d’oléiculteurs entretenant le patrimoine familial dans 21 % des cas et d’oléiculteurs professionnels dans 14 % des cas (Étude diagnostic de la filière oléicole préalable à la Route de l’Olivier, juillet 1998, cité par Mulin, 2003, p. 13).

13.  L’olivier a tendance à faire des rameaux une année et des olives l’année suivante. La taille cherche à réduire ce phénomène.

14.  Cet « échange » vécu par les oléiculteurs rappelle, par exemple, le discours des paludiers traditionnels sur les marais salants (Delbos, 1983).

15.  David, 1996, pp. 39-40. Ce trait hagiographique est présent dans la vie d’autres saints avec, pour modèle, le rameau d’Aaron (Nombres 17, 16-26).

16.  Remarque déjà faite par Josiane Ubaud (1997, pp. 91-92).

17.  Robert Bourdu, L’olivier de Roquebrune-Cap-Martin. Illustre millénaire, Forêts, mai-juin 2003, n° 1, p. 94.

18.  Association nationale des anciens combattants de la Résistance.

19.  Le monument aux morts d’Aniane est un des monuments pacifistes de l’Hérault. Un texte en occitan y est inscrit : « La guerra qu’on vougut – Es la guerra a la guerra – Son morts per nostra terra – Et per touta la terra », « La guerre qu’ils ont voulue – C’est la guerre à la guerre – Ils sont morts pour notre terre – Et pour toute la terre ». Le monument est encadré par un résineux à droite et un jeune olivier à gauche qui voisine avec une seconde plaque accrochée sur le mur : « À Sébastien Cornut, auteur du texte pacifiste – À Jean Joullié, maire adjoint et à la municipalité de 1933. ALAMPAH – 17.11.2002 » (Association laïque des amis des monuments pacifistes et contre la guerre de l’Hérault).

20.  Sur le cyprès, cf. U baud 1997, pp. 64-68.

21.  D’autres valeurs sont associées à l’olivier, l’amitié et la solidarité devant la salle de réception de l’Hôtel du Département, la langue occitane devant le Pavillon populaire, situé sur l’Esplanade à Montpellier.

22.  Platter et Platter, 1991, p. 20.

23.  Les biogéographes préfèrent actuellement l’aire du chêne vert et son cortège floral pour caractériser cette zone en France (Lieutaghi, 2006, pp. 110-113).

24.  Sur cette modification du regard dans le Finistère, cf. Simon, 1995.

25.  Sur le cyprès gardien, cf. Ubaud, 1997, pp. 68-73.

26.  Ibid., pp. 14-15.

  27.  Ibid., 1997, p. 94. J. Ubaud (ibid., p. 93) avait déjà relevé l’association olivier/cyprès/gazon. Sur les ronds-points, lire l’entretien et l’analyse de J. Ubaud parus dans Nos ronds- points sont fantastiques, La Gazette de Montpellier, 19-25 août 2005, n° 896, pp. 28-33.

28.  Dubost et Lizet, 1995, pp. 229-231.

29.  Une offre locale existe pour les tiges et les jeunes arbres mais presque plus pour les vieux spécimens, généralement importés d’Espagne.

30.  En Hérault, la population agricole familiale est en net recul (40 380 personnes, -36 % par rapport à 1988). Dans un contexte démographique très dynamique, elle ne représente plus que 4 % de la population totale contre 8,1 % en 1988 et plus de 30 % en 1955 (Recensement agricole 2000. Premiers résultats, Agreste Hérault, numéro 12, juin 2001).

31.  Globalement, les surfaces cultivées se maintiennent sur les dix-neuf communes périurbaines de Montpellier, la conversion de terrains agricoles en terrains à bâtir étant compensée par la reconquête agricole d’autres terrains. La viticulture se maintient et même progresse sur certaines communes alors qu’à d’autres endroits, elle ne peut résister à la pression foncière (Jarrige, 2003).

32.  Ubaud, 1997, p. 61.

33.  Debroux, 1995, p. 217.

34.  Sur cette notion complexe, cf. l’article Patrimoine rural et campagne acteurs et question d’échelle de Michel Rauten bery et coll. (2000). Sur le patrimoine comme moyen de transmission et d’invention, cf. Laurent-Sébastien Fournier, 2004a.

35.  Duriez, 2005, p. 15.

36.  La collection nationale d’oliviers est située à Porquerolles au Conservatoire botanique national méditerranéen.

37.  Parmi les initiatives menées entre 1996 et 1998 : une exposition Amellau, Olivière, Verdale… la culture de l’olivier dans le département de l’Hérault de Catherine Ferras pour les Rencontres Méditerranéennes organisées par l’Office départemental d’action culturelle (1997) un tableau de la filière oléicole héraultaise dressé par Félicienne Ricciardi Bartoli dans le rapport Relance de l’oléiculture dans l’Hérault (1998) et dans le livre La route de l’olivier. Pays d’accueil du Salagou, Clermontais-Lodévois, Vallée de l’Hérault (1998) ; création du sentier de la Ramasse à Clermont-l’Hérault, etc. (Mulin, 2003, pp. 38-59). D’autres routes de l’olivier existent dans le Sud-Est (ibid., pp. 30-37).

38.  Cette même inflexion a été relevée par Laurent-Sébastien Fournier à propos de la fête des olives vertes de Mouriès (2004b).

39.  Selon Yves Luginbühl (2001, pp. 8-12), au début de la décennie 1990-2000, les paysages considérés comme agraires s’imposaient dans la plupart des groupes sociaux français pour ensuite être dépassés par ceux dits naturels. Mais le modèle agraire ne s’est pas pour autant effacé avec une nostalgie et une idéalisation de la campagne d’autrefois comparée à l’agriculture productiviste marquée par les problèmes environnementaux et de sécurité alimentaire.

40.  Anna Lassalvy, PAT Salagou et Sophie Daumas, mairie de Clermont-l’Hérault, Balades en famille dans le Clermontais, p. 3 ; À la découverte d’une oliveraie abandonnée, plaquette réalisée par le syndicat d’initiative de Ganges et par les élèves de sixième du collège Louise Michel ; le guide 9 balades entre Vène et Mosson édité par le Sivom Entre-Vène-et-Mosson propose quatre tracés comportant la découverte du patrimoine oléicole (balades n° 2, n° 6, n° 7, n° 9).

41.  D’autres volets sont envisagés, maison de la nature et des énergies renouvelables, une maison des produits du terroir, une maison de la chasse, un parc public, des sentiers de promenade et un jardin des découvertes sur le thème des explorateurs naturalistes montpelliérains.

42.  Cf. plusieurs exemples provençaux donnés et explicités par Claudine Durbiano (2000, pp. 24-27) et le cas d’Eygalières en Provence exposé par Coline Perrin (2005, pp. 107-113). André Fleury analyse plus globalement le problème de l’agriculture méridionale en citant quelques expériences objectivant un renouvellement des pratiques et des représentations citadines (2003, pp. 48-53).

43.  Sur l’agriculture dans le sud de la France, cf. Fleury, 2003 et Jarrige, 2003.

44.  Ubaud, 1997, p. 94.

45.  Bachimon, 2001, p. 29.