Le prieuré grandmontain N.-D. de Montaubérou à Montpellier (Hérault)

* Conservateur du Patrimoine – Inventaire général, Languedoc-Roussillon.

Vue aérienne prise du sud-est
Fig. 1 Vue aérienne prise du sud-est

Le lieu choisi pour l’implantation du monastère était situé à égale distance de Montpellier (5 km environ) – que l’on quittait en franchissant, à l’est, le fleuve côtier du Lez par le gué Juvénal, remplacé par un Pont en 1267 – et Mauguio, siège du conté de Melgueil.

Ce vaste plateau de cailloutis villafranchiens de 56 m d’altitude était jusqu’au XIXe siècle, époque du développement de la vigne dans ce secteur, un site essentiellement boisé, relevant de la zone du maquis, avec prédominance du chêne vert. Cette station botanique, a la flore aujourd’hui fort appauvrie, était considérée par les botanistes montpelliérains, a partir du XVIe siècle, comme un très important objet d’études.

L’édifice actuel (église et ancien prieuré), appelé depuis le XIXe siècle, « château de Grammont » (Fig. 1), est précédé à l’ouest d’un grand et beau parc ouvert au public 1.

Le contexte historique

On situe généralement vers 1180 l’installation des premiers religieux, ermites de Grandmont, attires par le conte de Toulouse et de Melgueil, Raymond V, au lieu dit de Monte arbedone (Montaubéron ou Montaubérou), relevant du chapitre cathédral de Maguelone et situé dans la dîmerie de Montaubérou, sur le territoire de la paroisse rurale St-Pierre 2.

Raymond V leur concède alors, causa elemosine (à titre d’aumône perpétuelle, c’est-a-dire sans exiger de services) un vaste terrain et une rente annuelle de dix setiers de blé, à prendre sur les revenus du comté de Melgueil. Des documents postérieurs situent en 1189 ou 1190 la date d’octroi de cette rente 3.

A la même époque, en juillet 1190, Guillaume, fils de Mathilde, seigneur de Montpellier (Guilhem VIII), (abandonne à la communauté, représentée, lors de la passation de l’acte, par un de ses membres, Jean de Charrot, un cens annuel de 20 sols sur les entrées et sorties du four dit del Castel, qu’il possédait à Montpellier, dans le quartier du Peyrou, près du château 4. Par son testament du 4 novembre 1202, il léguera domui Grandis montis de Montarbezon la somme de Mille sols 5.

En 1206, Pierre d’Aragon et Marie de Montpellier, sa femme (fille de Guillaume), nouveaux seigneurs de Montpellier, placent sous leur sauvegarde le monastère de montealbeone, avec tous ses biens, les frères et les hommes de Grandmont 6, ainsi que la domum de Comharamal 7. Leur successeur, Jacques 1er d’Aragon, le Conquérant, renouvellera plus tard cette protection.

A partir de 1220, on enregistre quelques donations particulières en faveur de Grandmont, comme le don du moulin du Roc, sur le Lez, avec les eaux, les ïles et les rives du fleuve, depuis le pont de Castelnau jusqu’au moulin dit de Guiraud 8. En 1237, la fille de Raymond de Castelnau, Cécile, Sybille, sa femme, et leur fils Bertrand, cèdent leurs droits de directe sur le moulin de Corcollon établi sur le Lez 9 et divers droits de censive. Dix ans plus tard, Bertrand Deissunas et Garsinde, sa femme, concèdent aux grandmontains des terres situées à l’est et à l’ouest du monastère 10. A cette même époque, le 21 novembre 1225, l’évêque de Maguelone, Bernard de Mèze, consacre la chapelle 11. Enfin, c’est à Grandmont que l’évêque Bérenger Frédol rencontra, le 1er octobre 1293, le sénéchal de Beaucaire, sans doute en présence du célèbre légiste montpelliérain Guillaume de Nogaret, l’un des commissaires chargés de fixer les conditions de cession au roi de France, Philippe Le Bel, du bourg de Montpelliéret 12.

La maison de Grandmont était sans doute suffisamment bien implantée 13 pour avoir survécu à la sévère réforme de l’ordre entreprise en 1317 par Jean XXII. Le pape, qui supprima un grand nombre de correcteries, maintint, en effet, parmi les trente-neuf subsistantes, la celle de Montaubérou, qu’il érigea en prieuré pour dix-sept religieux, y rattachant trois autres établissements le Sauvage (au diocèse de Rodez), le Peyroux (dioc. de Cahors), Montesargues (Tavel, Gard, anc. dioc. d’Avignon) 14.

En 1518, Montaubérou ne compte plus que quatre frères, y compris le prieur 15 et, en 1580, l’évêque de Montpellier, Antoine de Subjet-Cardot, obtient en commende, par brevet royal, le prieuré partiellement ruiné en 1562, au début des conflits religieux. Notre-Dame passera entre les mains de divers commendataires jusqu’en 1708. Déjà, par brevet du 8 juillet 1701, Louis XIV, avant même d’avoir obtenu du pape la suppression du prieuré et l’incorporation de ses biens au Séminaire de Montpellier (la bulle d’union ne sera accordée que le 4 juin 1704 et publiée, au nom de l’évêque, le 8 avril de l’année suivante), avait donné le prieuré en commende aux oratoriens, qui dirigeaient alors le Séminaire. Ils en prendront possession le 15 septembre 1708, à la mort du dernier prieur commendataire, l’abbé Jean d’Estival, clerc du diocèse de Lodève, qui l’avait reçu en 1668 16.

Le domaine est vendu le 4 juillet 1791 comme bien national. C’est sans doute au marquis Charles-Louis de Frégeville, acquéreur le 10 mai 1796 17, qu’il faut attribuer la reconstruction de l’aile occidentale et d’une partie de l’aile sud dans le goût néo-classique du moment 18.

Etienne Bouisson, professeur à la Faculté de Médecine de Montpellier, fait, le 30 août 1867, l’acquisition de l’ensemble. Il développe considérablement le domaine agricole (prés de cent hectares), construisant notamment d’intéressants bâtiments annexes 19. Sa femme et héritière, Amélie Bertrand, par son testament du 8 septembre 1893, lègue le château et ses dépendances à la Faculté de Médecine, avec l’obligation de construire une chapelle destinée a abriter sa sépulture et celle de sa famille, et à servir aux offices du nouvel établissement de bienfaisance qu’elle entendait voir créer en ce lieu, sous la direction des Filles de la Charité de saint Vincent de Paul 20.

C’est en 1979 que la Ville de Montpellier devait faire l’acquisition du domaine (à l’exception du « château » et de sa chapelle, dont la faculté de Médecine a conserve la propriété) qui accueille maintenant un grand nombre d’activités réparties dans le bâtiment principal, les communs et les anciens terrains agricoles.

Le Plan

En dépit des radicales transformations dont il a fait l’objet depuis le XVIIe siècle et surtout a partir de 1796, l’édifice a conservé le plan traditionnel des celles grandmontaines, aisément reconnaissable au moins dans les parties nord et est de la construction. Toutefois, la comparaison du plan actuel (Fig. 2) avec des documents graphiques plus anciens, dont un plan terrier du XVIIe siècle (Fig. 3) 21 ou les divers projets de reconstruction de l’aile occidentale, pourrait permettre un essai de reconstitution du plan de masse du prieuré, qui redonnerait au cloïtre ses dimensions primitives et son trace régulier, sensiblement carré. En effet, l’actuelle aile ouest a été reconstruite vers l’intérieur du cloître et non pas sur l’emplacement qu’occupait l’aile médiévale, par un souci d’alignement sur la façade occidentale de l’église, après suppression de la cour d’entrée, traditionnelle dans les édifices de l’ordre et dont le croquis du XVIIe siècle fait encore état.

On reconnait, au nord, l’église (A), l’est, le couloir (B) conduisant au cimetière, toujours établi au chevet de l’église, la salle capitulaire (C), la salle des moines (D), à l’est et au sud, le mur limitant le réfectoire (E), en bordure du cloïtre (F). Le cellier et le grenier qui pouvaient occuper la totalité de l’aile occidentale (G) ont entièrement disparu, de même que le porticum établi sur le flanc nord de l’église.

On peut, a ce propos, s’interroger sur l’existence possible, à l’extrémité de ce porticum, d’une seconde église, destinée aux fidèles, comme à St-Michel, prés de Lodève, ou d’autres celles grandmontaines. La plus ancienne description du prieuré, une relation sommaire de visite, datée de 1655 22, fait état à côté de l’église (fort délabrée, ayant servi de bergerie et de cave) d’une chapelle de lad. esglize, ayant été elle même utilisée comme bûcher. Un rapport et relation d’experts, du 10 février 1674 23, mentionne également une chapelle joignant lad. église, communiquant avec le sanctuaire de l’église principale par une porte ronde et éclairée par deux fenestres longues en arc, alors fermées de pierre et de terre… sans fermature de bois ny vitres. Sa voûte était partie en berceau (sans doute sur la nef) et l’autre partie (sanctuaire) en croisées en carions (cairons).

Notre-Dame de Montaubérou. Relevé V. Chapal — P. Graziano
Fig. 2 Notre-Dame de Montaubérou. (Relevé V. Chapal — P. Graziano. © 1984. Inventaire général S.P.A.D.E.M.) Plan d'ensemble
N.-D. de Montaubérou. Situation au XVIIIe siècle
Fig. 3 N.-D. de Montaubérou. Situation au XVIIIe siècle

Tout aussi détaillé, le procès-verbal d’une troisième visite, du 21 mai 1711 24, désigne cette partie de l’édifice sous le nom de sacristie et confirme la description précédente. Longue de cinq toises et quatre pieds pour une largeur de deux toises et demie (environ 11 m x 5 m), elle était voûtée en arc de cloître partie (nef ?) et le restant en calotte avec engives pierre de taille (sanctuaire ?). Enfin, le plan terrier déjà cité présente, accolée au nord du chevet, une construction en deux éléments. Toutefois, la croix marquant sur le dessin la présence d’un autel ne figure pas sur cette partie du bâtiment. On peut cependant admettre qu’il s’agit bien de l’ancienne église des fidèles, devenue, après l’installation des oratoriens, la sacristie mentionnée en 1711.

L'Église

L’exécuteur testamentaire de Madame Bertrand, Frédéric Fabrège, l’historien et le restaurateur de la cathédrale de Maguelone, confiera à l’architecte montpelliérain Pierre Arribat, alors Inspecteur des édifices diocésains, la construction de l’église. Commencée en 1895, elle est consacrée le 27 avril 1897 par Mgr de Cabrières, évêque de Montpellier 25.

C’est naturellement sur l’emplacement de l’église primitive du prieuré que l’architecte va établir la nouvelle chapelle. Les travaux de dégagement de cette partie de l’édifice, transformée à partir de l’époque révolutionnaire, en logements et caves, ont permis de découvrir a l’est les vestiges en élévation d’une abside que Fabrege a supposé être polygonale et dont les assises « égales » lui parurent « liées par des joints plus fins que dans la nef… » Postérieure à la nef, selon Fabrege, cette abside correspondrait, pense-t-il, a la partie de l’église consacrée en 1225 par Bernard de Mèze et aurait remplacé le chœur primitif 26. Fabrege a également relevé la présence de deux formerets ; celui de gauche (nord ?) aurait été conserve dans la construction actuelle.

Notons que la description de 1711 définit ainsi le voûtement du chœur (presbitaire) encore en place à cette époque : en arc de cloître avec des engives (ogives). On pourrait voir là, plutôt qu’une voûte d’ogives proprement dite, la voûte, en cul-de-four à pans soutenue par des nervures, d’une abside semi-circulaire, l’ensemble étant plus conforme à l’usage architectural grandmontain.

Une question se pose maintenant : à quoi correspond réellement la consécration de 1225 ?

Une phrase de la brève mention du Petit Thalamus, citée en référence, e aisso fon la derrieyra ves (litt. : « et ce fut la dernière fois ») pourrait en effet laisser entendre que cette consécration n’était pas la première et qu’une église antérieure, avec son chœur, avait déjà été consacrée. Le chevet découvert par Fabrege pourrait donc avoir succédé au chœur de ce premier édifice dont subsisteraient seulement aujourd’hui les murs latéraux. L’hypothèse de l’historien montpelliérain (que l’on ne peut vérifier, les vestiges dégagés en 1895 n’ayant pas été conserves ni même matérialisés par un simple dessin) s’en trouverait ainsi confortée.

Ceci exposé, il est permis de s’interroger sur la cause de cette éventuelle reconstruction, apparemment précipitée et qui ne pourrait que se situer dans le premier quart du XIIIe siècle. L’éventualité d’une grave défectuosité technique dans la construction du chevet primitif, élevé moins d’un demi-siècle auparavant, parait hautement improbable. Celle d’un enrichissement subit du monastère, ayant entraine un soudain besoin d’embellissement, l’est encore, plus compte-tenu de la rigueur spirituelle de l’ordre.

D’autre part, il est difficile d’admettre que l’abside reconnue en 1895 soit postérieure a 1225 et ait pu procéder d’une réfection dans le courant du XIIIe siècle, voire du XIVe siècle, aucun texte ni témoignage ne venant à l’appui de cette hypothèse.

Nous pensons donc, faute de preuves suffisantes, que la construction de l’église, réalisée en une seule campagne, peut s’inscrire entre le moment de l’installation des religieux, au cours de la décennie 1180, et la consécration de 1225, le chœur décrit par les différentes relations du XVIIe siècle (et qui n’est autre que celui dont Fabrege a mis au jour les vestiges), s’apparentant fortement à un type d’abside bien connue par ailleurs dans l’architecture grandmontaine.

La description de 1674 précise que l’entrée dans l’église se faisait par une porte ronde, fort dégradée à cette époque. Le document de 1711, comme le précédent, fait mention des trois fenêtres (dites, en 1674, longues en arc) qui éclairaient le chœur et d’une fenêtre identique ouverte dans le mur occidental. Les deux textes semblent indiquer aussi que la nef était, selon l’usage de l’ordre, voutée en berceau brisé continu, la vouta plana recommandée par le coutumier 27.

Arribat et Fabrege conserveront l’élévation des murs latéraux jusqu’à la hauteur des fenêtres actuelles, tandis que le chœur ainsi que le mur occidental et la voûte de la nef étaient intégralement refaits. L’ensemble, qui se veut conforme A l’esprit du XIIIe siècle, est un pastiche néo-gothique 28 fort éloigné de l’extrême dépouillement grandmontain (Fig. 4 et 5). Une fausse voûte d’ogives, dont les clefs sont des moulages de celles de la Sainte-Chapelle, couvre désormais la nef de cinq travées. Le vaisseau, volontairement dépourvu de fenêtres dans les églises grandmontaines, où la lumière ne devait provenir que du triplet de l’abside, a, au contraire, reçu ici une baie par travée. Le chœur est largement ajouré par des verrières et une grande rose remplace à l’ouest l’étroite et unique fenêtre destinée à éclairer la nef.

Église. Vue intérieure prise vers le chœur
Fig. 4 Église. Vue intérieure prise vers le chœur
Église. Vue intérieure prise vers l'ouest
Fig. 5 Église. Vue intérieure prise vers l'ouest

Cependant, les proportions de la nef primitive (environ 27 X 7m) sont encore perceptibles à l’intérieur et l’appareil d’origine est parfaitement visible sous le léger enduit des murs latéraux, jusqu’au bandeau supérieur qui souligne les fenêtres hautes modernes. De même, le décrochement latéral entre nef et abside, caractéristique de l’art grandmontain, a été conservé. A noter qu’on ne trouve aucune trace de la porte nord, jadis à l’usage des fidèles (pourtant clairement indiquée sur le dessin du plan terrier), et que la niche actuelle remplaçant la porte sud (porte des moines) donnant sur le cloître, aurait été remontée à cet emplacement par l’architecte : elle proviendrait de l’abside mis autour en 1895 29.

Le chœur actuel, à sept pans, présente de grandes baies à deux formes surmontées d’un faux triforium et de roses polylobées (Fig. 6 et 7), formule bâtarde inspirée du gothique français et qui ne tient aucun compte de la volontaire simplicité de l’architecture grandmontaine, ni même de la sobriété des absides du gothique méridional 30.

A l’extérieur, rompant encore avec l’austérité grandmontaine qui récusait toute décoration sculptée au figurée, Fabrège et Arribat ont voulu charger d’un symbolisme érudit la façade occidentale de l’église. Le sculpteur montpelliérain Auguste Baussan a donc placé au tympan du portail (mais sous la forme d’une maquette de plâtre, encore en place et qui ne sera jamais traduite dans la pierre) (Fig. 6), la personnification de l’Ordre de Grandmont sous les traits d’une femme assise tenant un flambeau. A sa droite est agenouillé un ermite grandmontain. A sa gauche, « un professeur dans l’extase d’une découverte géniale », selon la naïve expression de Frédéric Fabrège, rétablit l’équilibre de la composition. Cette iconographie surprenante 31 veut rappeler l’origine spirituelle du lieu et la vocation humanitaire et de recherche du nouvel établissement. Au dessus de la rose, sous le pignon occidental, ont été placées les armoiries sur mosaïque de Raymond V et Guilhem VIII, bienfaiteurs du monastère, et des papes Innocent III, Nicolas IV et Urbain V, bienfaiteurs de l’ordre ou de l’Université de Montpellier.

Église. Portail occidental. Tympan
Fig. 6 Église. Portail occidental. Tympan
Aile est. Salle des moines et salle capitulaire
Fig. 7 Aile est. Salle des moines et salle capitulaire

Les Bâtiments Monastiques

Malgré les importants bouleversements subis par l’édifice 32, en particulier la suppression de l’étage de l’aide du Levant, quelques vestiges significatifs des bâtiments claustraux subsistent à l’est et au sud du cloître.

A l’est, le couloir du cimetière (B), voûté en berceau, abrite maintenant un local technique. La grande salle actuelle (Fig. 7) a été obtenue par la réunion de l’ancienne salle capitulaire (C) avec la salle des moines (D).

Le chapitre prenait jour à l’est par deux baies à large ébrasement interne (celle de gauche a été transformée en porte; celle de droite a été modifiée à une époque indéterminée, peut être à la fin du moyen âge (Fig. 8). L’entrée se faisait par le cloître, au moyen d’une porte encadrée par deux baies en plein cintre (Fig. 9) disposition commune à l’ensemble des celles grandmontaines et, plus généralement, aux salles capitulaires bénédictines ou cisterciennes. Le voûtement actuel, une travée de voûte d’arêtes, semble correspondre à la description de 1674, qui fait état, pour les membres bas, d’un couvrement de cairons en croizées. Pour M. J.-R Gaborit 33, ce dispositif a pu être pourvu à l’origine de nervures toriques ne faisant pas queue dans la voûte comme à Comberoumal, Le Sauvage, ou St-Michel. Il est cependant difficile d’être affirmatif.

Aile est. Salle capitulaire. Baies
Fig. 8 Aile est. Salle capitulaire. Baies
Aile est. Entrée de la salle capitulaire
Fig. 9 Aile est. Entrée de la salle capitulaire

La salle des moines qui lui faisait suite, mais dont elle était primitivement séparée par un mur établi à l’aplomb des massifs de maçonnerie venus, à une époque indéterminée, renforcer la retombée des voûtes, était éclairée à l’est par deux fenêtres semblables aux précédentes, aujourd’hui transformées en portes.

Cette aile, relativement bien conservée au rez-de-chaussée, présente un appareil régulier, forme de blocs d’assez grandes dimensions et alterné de deux en deux assises, disposition rappelant le célèbre appareil dit de Montpellier, en usage depuis le XIIe siècle dans une zone correspondant au territoire de l’ancien diocèse de Maguelone (Fig. 10).

Du réfectoire (E), que prolongeait vers l’ouest la cuisine disparue, subsistent le mur nord (avec la trace d’une porte aujourd’hui murée) et un contrefort, autrefois extérieur, situé dans l’angle sud-est et qu’il faut sans doute mettre en relation avec la petite pièce annexe qui prolongeait en direction du sud la salle commune, formant un décrochement saillant sur le carré du bâtiment, vérifiable sur un très grand nombre d’édifices de l’ordre.

L’aile occidentale a entièrement disparu sous la reconstruction néo-classique qui, on l’a vu, a largement empiété sur le préau du cloître.

Aile est. Détail de l'appareil du parement externe
Fig. 10 Aile est. Détail de l'appareil du parement externe

Le Cloître

Réduit par la construction de l’aile ouest, il se présente maintenant sous l’aspect d’une simple cour rectangulaire qui ne rend compte que d’une manière très imparfaite de la disposition primitive délimitant un espace sensiblement carré de 20 m sur 18 m. Il ne semble pas, compte tenu de la réfection générale des quatre murs latéraux sur le préau du cloïtre, qu’il y ait eu (comme a St-Michel), des galeries de pierre avec voûtes et arcades, mais plutôt, selon l’usage le plus répandu, une construction légère en bois.

L’escalier extérieur conduisant a l’origine au dortoir des moines (situé au-dessus de l’étage) a maintenant disparu. Il est pourtant mentionné encore en 1674 : comportant vingt-trois marches, il était dépourvu de garde-corps (paravande). L’étage de l’aile sud a été remplacé au XIXe siècle par une construction sans caractères.

Bien que très mutilé, le prieuré N.D. de Montaubérou, l’un des quinze établissements fondés entre 1170 et 1189 (j.-R. Gaborit) reste un témoignage encore significatif de l’architecture grandmontaine dans le Midi de la France. Ses vestiges identifiables montrent la fidélité de ses constructeurs à l’esprit de la Règle et du coutumier de 1171 et sa parfaite conformité avec la typologie générale des celles de l’ordre de Grandmont.

Notes

1. Généralités sur N.-D. de Montaubérou dans : Aigrefeuille, Ch. d’-, Histoire de la ville de Montpellier. Edition de la jardiere. Montpellier, Coulet, 1876-1883. T. III, pp. 417-419. Histoire générale du Languedoc. Toulouse, Privat, 1872. T. IV, p. 823. (Courte notice d’après d’Aigrefeuille). Delmas, P., Le domaine de Grand Mont. Dépendance de la Faculté de Médecine. Guide du visiteur. Montpellier, Faculté de Médecine de Montpellier, 1926. 12 p. Gaborit, J.-R., L’architecture de l’ordre de Grandmont. Thèse de l’École Nationale des Chartes, 1963, pp. 392-393. Nougaret, J., Notre-Dame de Montaubérou. Dans Prieurés grandmontains de l’Hérault. Guide du visiteur. Carcassonne, Centre d’Archéologie Médiévale du Languedoc/Montpellier, Association Grandmont 89, 1988, pp. 24-30. Les références aux divers articles de Fréderic Fabrege figurent ci-dessous en notes.

2. L’église St-Pierre de Montaubérou (début XIIe siècle), trop souvent confondue avec le prieuré Notre-Dame, existe toujours. Ce prieuré rural dépendait depuis 1095 du chapitre cathédral de Maguelone. Une troisième chapelle, dédiée à saint Jean, s’élevait à proximité de St-Pierre sur le terroir de Montaubérou. Elle disparait entièrement des textes a partir de 1400.

3. A.D. Hérault, G 4352, G 4358, G 4359. Cette rente, renouvelée solennellement en 1242 par Jean de Montlaur, évêque de Maguelone et comte de Melgueil, sera longtemps revendiquée par les affectataires successifs de l’ancien prieuré. En 1760 encore, les oratoriens obtiendront de la comtesse de Montessus, sœur et unique héritière de Mgr de Charancy, évêque de Montpellier et comte de Mauguio, 670 livres pour les arrérages dûs sur cette rente (Ibidem, G 4358).

4. Ibidem, G 4358. Aigrefeuille, Ch. d’-, Histoire…, t. I, p. 74, t. III, p 417. Fabrège, F., Grandmont de Montaubérou aux XIIe et XIIIe siècles. Montpellier, Jean Martel aîné, 1898, p. 17. (Texte paru aussi dans Fabrège, F., Institut Bouisson-Bertrand. Montpellier, Jean Martel aîné, 1901, pp. 36-68). La confirmation de cet octroi est du 27 août.

5. Liber Instrumentorum Memorialium. Cartulaire des Guillems de Montpellier, publié par la Société Archéologique de Montpellier. Montpellier, Jean Martel aïné, 1884-1886, p. 195, doc. XCIX. Aigrefeuille, Ch. d’-, Histoire…, t. I, p. 86. Fabrège, F., Grandmont de Montaubérou…, p. 17.

6. A.D. Hérault, G 4359. Fabrège, F., Grandmont de Montaubérou…, pp. 17-18.

7. La celle de Comberoumal, dans l’Aveyron. Voir dans ces pages la communication de Mme G. Durand.

8. Fabrège, F., Grandmont de Montaubérou…, p. 18. Le monastère payait à l’évêque de Maguelone 12 derniers de censive annuelle sur ce moulin. (A.D. Hérault, G 4352, G 4358, G 4359).

9. Ibidem, G 4358. Fabrège, F., Grandmont de Montaubérou…, p. 18.

10.   Ibidem.

11.   Le Petit Thalamus de Montpellier, publié par la Société Archéologique de Montpellier. Montpellier, Jean Martel aïné, 1840, p. 332 (En lan de Me CC et XXV, XXI jorns dins novembre, fon saRrada la glieya de Grammont, et aisso fan la derrieyra ves).

12.   Fabrège, F., Grandmont de Montaubérou…, p. 23.

13.   Le dénombrement effectué à l’occasion du chapitre général de 1295 ne signale toutefois à Montaubérou que sept religieux, sans compter les convers (Ibidem, p. 20).

14.   Bulle de Jean XXII, du 15 décembre 1317. Copie en A.D. Hérault, G 4360.

15.   Aigrefeuille, Ch. d’-, Histoire….t. III, p. 418.

16.   A.D. Hérault, G 4349, G 4360, G 4361.

17.   Ibidem, II E 58/146, f° 135.

18.   Sur ce sujet et les constructions postérieures (dont la chapelle) voir le dossier d’Études d’Inventaire établi par J. Nougaret. Cf. aussi Leenhardt, A., Quelques belles résidences des environs de Montpellier. Montpellier, Causse, Graille et Castelnau, 1931, pp. 63-68.

19.   Grand, F., Le Professeur E.-F. Bouisson (1813-1884). Bienfaiteur insigne de la Faculté de Médecine de Montpellier. Dans Monspeliensis Hippocrates, n° 24, Été 1964, pp. 15-24.

20.   Fabrege, G., Madame Bouisson née Bertrand. Dans Institut Bouisson-Bertrand…, pp. 3-36. (Testament : pp. 25-28) et A.D. Hérault, 6 v 27. D’abord spécialisé dans la recherche et les soins antirabiques, l’Institut Bouisson-Bertrand accueillera, à partir de 1921, un préventorium. Il abritait également un laboratoire de microbiologie et d’analyse des eaux destinées à l’alimentation publique, assurait la distribution gratuite du sérum antidiphtérique et accueillait enfin les convalescents des hôpitaux de la ville.

21.   A.C. Montpellier, II 1209. Trois autres croquis sont conserves en A.D. Hérault, G 4360. L’un d’entre eux donne à l’église un transept qui n’a jamais existé : les deux autres ne présentent pas d’intérêt quant a la disposition des lieux, trop schématisée.

22.   A.D. Hérault, G 4360.

23.   Ibidem.

24.   Ibidem.

25.   Fabrége, F., L’église Saint-Etienne et Sainte-Amélie de Grandmont. Dans Bulletin de la Société de St Jean de Montpellier pour l’encouragement de l’art chrétien. Années 1888-1890. Montpellier, Grollier, 1901, pp. 97-108. Paru aussi dans Institut Bouisson-Bertrand…, pp. 67-81, sous le titre La chapelle Saint-Etienne et Sainte-Amélie de Grandmont.

26.   Ibidem, p. 99 et Fabrége, F., Grandmont de Montaubérou…, p. 9, note 1.

27.   La relation de 1674 précise clairement que la voûte de la nef est en forme de berceau, très dégradée, tandis que le document de 1711 signale une voûte en tounne (Langue d’oc tona : tonne, berceau de feuillage) et en pierre de taille.

28.   Il faut noter cependant que les projets primitifs d’Arribat, conservés dans les collections de la Société Archéologique de Montpellier (carton 14), étaient dans le goût néo-roman. Ils donnaient à la nef six travées couvertes d’un berceau sur doubleaux. Sur la façade principale était prévu un triple portail aux tympans sculptés, surmonté d’une arcature et d’une rose sous un grand arc. Quatre niches latérales devaient abriter des statues. L’aspect de l’abside et du chevet projetés ne nous est pas connu.

29.   Fabrège, F. L’église Saint-Etienne…, p. 99. En 1984, dans une correspondance qu’il nous adressait, M. J.-R. Gaborit s’interrogeait sur « l’abondante mouluration intérieure de la porte des moines (transformée en niche) qui serait un cas unique dans l’architecture grandmontaine ». Il ne semble pas, en effet, que cette niche, bien que située à l’origine, selon Fabrège, dans le chœur, soit contemporaine de la consécration de 1225. La prolixité de sa moulure accuse plutôt une période plus tardive (dernier quart du XIVe siècle ?). Elle demeure, quoi qu’il en soit, tout à fait exceptionnelle dans l’architecture grandmontaine.

30.   Parmi le mobilier, il convient de signaler la table d’autel romane, provenant de l’église voisine de St-Pierre de Montaubérou, (selon la relation de 1674, l’autel était formé d’une seulle pierre de la longueur de huit pans droits sur quatre de large (2 m x 1 m) portée par son siège de carions bâti à chaux et sable…) ainsi qu’une suspension eucharistique en forme de tour, fabriquée d’après un dessin de Viollet-Le-Duc. Les vitraux, du peintre-verrier parisien Charles Champigneulle, représentent les saints patrons des donateurs (le protomartyr Etienne et Amélie), les saints vénérés dans le diocèse (Benoît d’Aniane et les bienheureux Guilhem de Gellone et Urbain V), saint Etienne de Muret, quatre saints médecins ou guérisseurs (Luc, Côme, Damien et Biaise). Les visages des personnages ont été remplacés par des portraits photographiques sur verre des donateurs, de leurs amis et des exécuteurs testamentaires de Mme Bertrand. (Identification exacte des personnages dans Delmas, P., Le domaine de Grand Mont…, p. 7-8 et Grand, F., Le Professeur Bouisson-Bertrand….p. 22.

31.   Cette sculpture était déjà prévue dans les premiers projets néo-romans d’Arribat pour la construction de la chapelle.

32.   D’Aigrefeuille (Histoire…, t. III, p. 419) écrivait en 1739 : son église s’est conservée par la solidité de son bâtiment mais l’ancien cloître a été démoli et il sert de demeure au métayer de ce bénéfice.

33.   Correspondance citée et texte inédit d’une communication au 96e Congres National des Sociétés Savantes (Toulouse, 1976), aimablement communiqué par l’auteur, que nous remercions ici très vivement.