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2.00

Description

Le Journal de Georges Quesnel et la grippe Août 1918 – Mai 1919

* Docteur en Sociologie.

Présentation

Les lecteurs d’Études héraultaises ont fait connaissance avec Georges Quesnel dans le précédent numéro de la revue. Ce Parisien, venu s’installer à Montpellier à la toute fin du 19e siècle pour prendre la direction de l’École Supérieure de Commerce, a tenu jusqu’à sa mort en 1937 un journal intime quotidien qui en fait l’un des observateurs privilégiés de la vie montpelliéraine. À ce titre, pourquoi ne pas s’enquérir de ce qu’il a vu et retenu de l’épidémie de grippe espagnole qui a sévi de l’été 1918 au printemps 1919 ? Ce témoignage de première main, au jour le jour, se révèle à bien des égards surprenant et inattendu. Nous avons affaire à un véritable point de vue sur un épisode – en l’occurrence d’ordre sanitaire – que rétrospectivement les historiens ont reconstruit dans ses multiples aspects afin de lui donner une cohérence qu’il n’avait probablement pas pour ses témoins oculaires.

Afin de situer l’épisode pandémique dans la période considérée (1918-1919) comme dans l’économie générale du Journal, quelques précisions sont nécessaires. Si le travail d’écriture de Quesnel génère un volume assez considérable, les règles de méthode qu’il se donne permettent heureusement de facilement distinguer les différentes rubriques abordées au cours de chaque journée, et d’atteindre ainsi sans perte de temps ni risque d’oubli les paragraphes consacrés à la grippe (et plus généralement, comme nous le verrons, à la maladie). Entre le 22 juillet 1918 (début du tome XVI) et le 11 mai 1919 (fin du tome XVII) soit presque 10 mois, Quesnel remplit plus de 500 pages ; l’écrasante majorité d’entre elles est consacrée au conflit mondial : d’abord la construction de la victoire, puis dès fin novembre, la construction de la paix. Cette partie massive du Journal révèle la nature du projet de Quesnel : se donner les moyens intellectuels de maîtriser et de comprendre les enjeux stratégiques du conflit, dans toutes ses dimensions : militaires (et au premier chef, bien sûr, le suivi quotidien de la ligne de front en France)  ; mais aussi politiques, tant dans les décisions du Gouvernement et les démêlés entre majorité et opposition à la Chambre, que dans les relations internationales : les rapports entre la France et ses alliés anglais, américains, italiens… mais aussi dans l’autre camp (Allemagne, Autriche-Hongrie, Turquie..)  ; sociales, avec la plus grande attention apportée à la Révolution russe, et en 1919 aux tentatives révolutionnaires dans les différents pays d’Europe centrale ou de l’est, aussi bien qu’au Portugal. Bref, le Journal est pour Quesnel l’outil qui lui permet de fixer la masse considérable d’informations qu’il brasse à partir de la lecture (directe ou non) de la presse internationale, dans une visée la plus globale possible de géopolitique internationale. Ainsi espère-t-il se construire, sinon une doctrine, en tous cas une vision éclairée et étayée des enjeux majeurs de l’époque. Ambition qui relève probablement de la satisfaction intellectuelle pure, puisque à son âge – il a alors 70 ans – il ne peut guère envisager d’en tirer un profit professionnel dans l’enseignement, l’administration ou la politique. Mais il renoue pleinement avec sa formation intellectuelle initiale et ses goûts de jeunesse pour la géographie économique et les relations internationales.

Cet aspect majeur du Journal pendant toute la période de la guerre et de l’immédiate après-guerre renvoie à la portion congrue les centres d’intérêt, divers et variés, qui constituent, en des temps plus calmes, les rubriques habituelles, au caractère personnel plus affirmé, à défaut d’être vraiment intimes. On peut cependant lire les pages consacrées aux nouvelles du jour – faits divers, procès politiques, vie littéraire et académique, comme autant d’occasions pour l’auteur d’aiguiser son esprit d’analyse et de saisir l’esprit du temps, propice à des jugements souvent corrosifs. Malgré la disparité des sujets évoqués, le Journal dessine ainsi une ambition continue de contrôle de ses goûts et de ses jugements ; peut-être pourrait-on parler d’esprit voltairien, que manifestent et renforcent les traits d’ironie aiguë qui n’épargnent personne.

Au sein de cet ensemble composite, les notations concernant son univers social rapproché sont bien présentes, mais n’échappent que rarement au format de quelques phrases concises. Il ne faut pas s’attendre à des épanchements intimes sur les membres de sa famille, encore moins bien évidemment, sur la vie de l’École de commerce ou sur les rencontres avec le cercle de ses connaissances. Ces trois univers – la famille, « l’École », les relations amicales et sociales – n’interfèrent guère, mais Quesnel passe souplement de l’un à l’autre dans un espace géographique restreint, celui du centre ville montpelliérain, réduit à l’écusson et ses abords immédiats : la rue de la République, entre son logement au n° 15 et celui de sa fille et de son gendre au n° 4, le trajet biquotidien de « monter » à l’École place de la Canourgue et d’en « redescendre », quelques écarts vers la place de la Comédie et la salle d’escrime toute proche… C’est au cours de ces périples journaliers qu’il rencontre les occasions multiples de conversations sur le trottoir, qu’il hume les rumeurs qui agitent la ville, et s’efforce de saisir les remous de l’opinion publique. (19 pages et 8 illustrations)

Informations complémentaires

Année de publication

2020

Nombre de pages

19

Auteur(s)

Guy LAURANS

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf