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Description

Peintres et félibres rouges au bord du Lez

* Docteure en langues Romanes spécialité « occitan »

Introduction

« Hier, au crépuscule, je t’ai visitée, Rivière. – Au bas de la pente rocheuse et herbue tu luisais, claire comme un œil ; et la hauteur opposée, arrondie et frangée de sapins reflétés, se bombait sur le couchant pâle ». Cet extrait qui débute « La petite île », prose poétique du recueil posthume Au bords du Lez, titre choisi avant la mort de l’auteure, montre l’influence des paysages du fleuve sur les écrits de Lydie Wilson de Ricard (1850-1880). Cette parisienne d’origine flamande et écossaise s’est installée à Montpellier avec son mari Louis-Xavier de Ricard après leur mariage en 1873. Dès 1876, elle est membre du Félibrige, tout comme son mari et le poète audois Auguste Fourès avec lesquels elle va fonder les félibres républicains qui seront ensuite appelés félibres rouges, par opposition au félibrige « blanc » autour de Mistral son créateur en Provence en 1854. En 1875 et 1876, les Ricard habitent le Mas du Diable à Castelnau Le lez ; à la fin de la deuxième année, ils déménagent au plan des Quatre Seigneurs. Isolé sur une colline surplombant le Lez, le Mas du Diable qui avait été immortalisé au début du siècle par Jean-Marie Amelin (1785-1858) accueille des visiteurs montpelliérains ou de passage qui font partie des connaissances du couple et parmi eux des dessinateurs et des peintres. Nous avons trouvé leurs noms dans la correspondance de Lydie Wilson de Ricard, en particulier celle que Louis-Xavier de Ricard a fait paraître en 1896 dans le Montpellier Républicain. Ceux-ci sont soit Félibres, soit membre de l’association méridionale La Cigale de Paris, dont le couple est co-fondateur avec le peintre originaire de Montpellier Eugène Beaudoin (1842-1893). Nous ferons donc connaissance avec ce dernier, mais également avec Édouard Marsal (1845-1929), Jules Salles de Nîmes et Adélaïde Salles Wagner (Dresde 1825-Paris 1890), Jules Laurens (1825-1901). L’année 1875 est celle où paraît pour la première fois le mot « impressionnisme » dont Frédéric Bazille, lui aussi peignant au bord du Lez, a été un précurseur. Les lettres de Lydie évoquent les visites célèbres comme celle de Corot et Louis Français en compagnie de Jules Laurens.

Nous trouvons une autre peintre dans ces lettres, très proche de Lydie, sa sœur Jeanne Wilson à qui elle donne des conseils et que nous voyons à l’œuvre. Très proche du poète audois Auguste Fourès, l’échange épistolaire se double d’un échange de dessins, Fourès étant aussi un très bon auto-caricaturiste. Les Wilson-Ricard sont alors installés au plan des Quatre Seigneurs à Montpellier près d’un autre cours d’eau, la Lironde. Lydie qui a choisi la poésie, tout en ayant étudié la peinture, se fait également critique d’art à propos des tableaux de Baudouin et nous comparerons ses critiques à celles de Jules Troubat (1836-1914) dans Plume et Pinceau, journal édité à Paris et présentant les tableaux exposés dans les Salons de la capitale.

Le Mas du Diable

Laissons tout d’abord Louis-Xavier de Ricard présenter le Mas du Diable à Edgar Quinet, son « Maître » dans une lettre du 4 novembre 1874. Le couple vient d’y emménager et y passera deux ans :

« J’ai changé de domicile ; j’habite maintenant non loin de Montpellier, à [sic] un petit village dans une situation charmante, Castelnau s/le Lez. Notre maison, qui n’a rien de fantastique cependant, s’appelle Le Mas du Diable. Nous sommes à demie-côte d’une montée d’où nous voyons en bas le joli cours d’eau du Lez, dans un fond boisé, et à l’horizon des montagnes, trois ou quatre étages de montagnes, le prolongement des Cévennes : et de l’autre côté des collines pittoresques au milieu desquelles on aperçoit Montpellier. Nous sommes sur les ruines d’une ancienne ville romaine nommée Substantion et notre mas qui n’est éloigné de la ville que d’une demi-heure, est entouré de vignes, parsemés [sic] d’oliviers, de 2 hectares à peu près qui nous appartiennent. Nous louons le tout 600 F par an. Le Mas n’est pas un château : c’est une vraie maison rustique bonne pour nous et nos hôtes : mais assez vaste, et si cette rusticité ne vous effrayait pas, je vous dirais bien que l’année prochaine, si vous venez dans le midi, de nos côtés, il y aurait ici pour vous une hospitalité grossière mais franche et heureuse de vous recevoir ».

Ajoutons que le Mas du Diable est alors la propriété « d’un excellent homme, proscrit du 2 décembre, Mr Maurin », cette location s’est peut-être faite par l’intermédiaire de Jules Troubat dont le père fut emprisonné en 1851 avec quelques 300 autres Montpelliérains.

Ce mas est déjà présent sur les plans napoléoniens conservés aux Archives Départementales de l’Hérault. Il se situait alors à l’écart du chemin qui allait de Castelnau à Naviteau, moulin où demeuraient ses plus proches voisins avec, vers le village, le Mas Franc. La colline sur laquelle il est édifié et qui surplombe le Lez est alors à l’extérieur du village au dessus de la route de Clapiers, qui suit le fleuve et qui a été tracée une vingtaine d’années auparavant en 1852. Cette colline, avec sa voisine la Gardi, constitue l’antique cité de Sextantio, ancêtre de Castelnau le Lez. Il s’agit d’un oppidum pré-romain qui révéla par la suite aux archéologues de nombreux vestiges. Le nom romain de Sextantio est devenu au Moyen-Âge Substantion, mais ne désigne plus que quelques parcelles du plan cadastral où gît l’oppidum abandonné.

Sur l’autre rive du Lez, face au Mas, le rocher de Substantion qui a donné son nom à une légende, revisitée par l’Abbé Jean-Baptiste Castor Fabre au XVIIIe siècle. Selon celle-ci, le Lez s’ouvrirait la nuit de la St Jean laissant accéder à l’intérieur du rocher dans le lit du fleuve à des trésors… Mais aux douze coups de minuit le rocher se referme… Nous sommes alors à l’approche du centenaire de la mort de l’abbé, ce qui constitue un attrait supplémentaire pour l’endroit. C’est à partir de cette maison rustique que Lydie Wilson de Ricard va découvrir le Lez où elle accompagnera les visiteurs pour des promenades au bord de l’eau et dans les bois du nord de Montpellier : […]

Informations complémentaires

Année de publication

2020

Nombre de pages

12

Auteur(s)

Rose BLIN-MIOCH

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf