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Description

Le clergé du diocèse de Maguelone
au temps de l’évêque Guillaume Ier Pellicier (1498-1527)

* Archiviste paléographe, Directeur de la Bibliothèque Diderot de Lyon

La ville de Montpellier et son terroir à la fin du Moyen Âge connaissent depuis quelques années un notable renouveau historiographique, qui concerne aussi bien l’histoire urbaine, les pratiques de l’écrit, la médecine que la gestion de la lagune. L’histoire religieuse n’a pas bénéficié du même engouement, en raison de la pauvreté des sources locales conservées. À l’exception du bullaire et du cartulaire de l’évêché de Maguelone publiés il y a plus d’un siècle et des statuts de l’évêque Jean de Vissec (1331), la plupart des archives ecclésiastiques médiévales et du premier XVIe siècle ont été méthodiquement détruites pendant les Guerres de religion ; il faut attendre la seconde moitié du XVIIe siècle pour que des séries homogènes et continues soient constituées.

La connaissance que l’on peut avoir du clergé montpelliérain au XVIe siècle est ainsi tributaire des études anciennes d’Alexandre Germain et de Louise Guiraud sur la vie universitaire et l’essor du protestantisme, qui ont mis en évidence les tensions qui traversent le diocèse de Maguelone, puis Montpellier. Seul le parcours de l’évêque Guillaume II Pellicier (1527-1567), proche des milieux humanistes et ambassadeur de François Ier à Venise, est bien connu : son action diplomatique et son procès ont laissé de nombreuses traces, qui enrichissent la lecture proposée au XVIIIe siècle par Charles d’Aigrefeuille dans son Histoire religieuse de Montpellier.

Si les fonds notariaux des Archives départementales de l’Hérault permettent d’apprécier les logiques de confessionnalisation pendant les troubles religieux, l’étude du diocèse de Maguelone avant le transfert du siège épiscopal à Montpellier en 1536 reste à préciser. L’historiographie a dressé le portrait d’un clergé paroissial décadent, plus soucieux de percevoir les fruits des bénéfices que d’assurer sa mission pastorale, et d’un clergé régulier dont la licence proverbiale est décriée. Cette description du monde des clercs à la Renaissance a tout du lieu commun et mérite d’être questionnée à la lumière de documents inédits.

En l’absence de registres de l’officialité diocésaine ou de collation de bénéfices ecclésiastiques, deux gisements documentaires permettent de dessiner plus finement le profil du clergé du diocèse de Maguelone : le fonds du parlement de Toulouse, conservé aux Archives départementales de la Haute-Garonne, et les Archives apostoliques du Vatican, abondamment exploitées par les historiens médiévistes. Un troisième ensemble est constitué des archives de la Pénitencerie apostolique, ouvertes aux chercheurs en 1983 et conservées au Palais de la Chancellerie à Rome depuis 2012.

La Pénitencerie apostolique, dont l’origine peut être datée de la fin du XIIe siècle, se structure peu à peu en administration afin d’accompagner l’affirmation des droits du pape, notamment en matière de cas réservés. Elle contribue à l’émergence d’un gouvernement pontifical par la grâce, dont la production documentaire connaît une nette inflation au cours des derniers siècles du Moyen Âge. Au seuil de l’époque moderne, les compétences de la Pénitencerie apostolique sont très larges : tout clerc ou laïc désireux d’obtenir une licence, une dispense ou une absolution peut lui adresser une supplique d’après des formulaires normés qui, au-delà d’une certaine rhétorique convenue de la grâce, font néanmoins la part belle aux récits individuels chers à la microhistoire.

Les raisons pour lesquelles une grâce est sollicitée sont toutes relatives à une infraction au droit canonique : deux laïcs peuvent demander une dispense matrimoniale à cause d’un lien de parenté, un religieux souhaiter son transfert dans un autre ordre, un prêtre demander à être déclaré innocent d’un homicide, un clerc souffrant de bâtardise obtenir une dispense afin d’être promu. Les suppliques qui trouvent un écho favorable auprès de la Pénitencerie apostolique sont enregistrées dans la monumentale série Matrimonialium et diversorum, presque continue à partir du milieu du XVe siècle. Les registres répartissent les suppliques en cinq rubriques au début du XVIe siècle, en fonction de la nature de la grâce concédée : de matrimonialibus (dispenses matrimoniales), de illegitimis (bâtardise), de promotis et promovendis (promotion aux ordres), de confessionalibus (choix du confesseur et autels) et de diversis formis. Comme son nom l’indique, cette dernière rubrique englobe une grande variété de suppliques enregistrées.

L’historiographie s’est principalement concentrée sur les registres du XVe siècle, analysant le fonctionnement interne de l’office et soulignant l’importance de croiser les archives de la Pénitencerie apostolique et celles des officialités diocésaines quand elles existent. À l’enseigne du Repertorium Poenitentiariae Germanicum, des entreprises nationales ont répertorié et édité les suppliques conservées à la Pénitencerie apostolique jusqu’à la Réforme. Les recherches menées en France ont davantage porté sur l’émergence de l’office de la Pénitencerie apostolique, le développement des cas réservés et la criminalité monastique. Le matériau disponible aux archives de la Pénitencerie apostolique pour étudier la France du premier XVIe siècle demeure très largement inédit et abondant, avant que le périmètre d’intervention de l’institution ne soit fortement réduit par les réformes successives de Jules III et de Pie V. En effet, parallèlement au développement de la Congrégation de l’Inquisition à partir de 1542, la Pénitencerie apostolique voit peu à peu ses compétences se limiter au for interne. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2020

Nombre de pages

28

Auteur(s)

Clément PIEYRE

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf