Le basket-ball

* Professeur agrégé d’EPS. Docteur en STAPS

L’origine du basket-ball

Le basket français a puisé son origine dans l’Amérique du Nord de la fin du XIXe siècle. Ce basket-ball américain, né le 21 décembre 1891 à l’école normale YMCA de Springfield, a profondément marqué ce jeu en France ; néanmoins le développement du basket français est avant tout une aventure humaine au cours de laquelle se reflètent la culture française et ses divers aspects, sociaux, économiques et politiques qui marquent le XXe siècle. L’histoire du basket est avant tout une épreuve au cours de laquelle se mêlent support identitaire et mutations qui traversent la société française.

Le basket-ball a été inventé en 1891 par un professeur d’éducation physique canadien du collège de Springfield dans l’état du Massachusetts, James Naismith qui cherchait à occuper ses étudiants entre les saisons de football américain et de base-ball pendant les longs mois d’hiver qui rendent impossible la pratique du sport en extérieur. Il souhaitait également leur trouver une occupation sans contact, afin de leur éviter les blessures. « J’ai créé le basket ball avec la notion chrétienne de l’amour du prochain, pour que les jeunes puissent y mettre toutes leurs forces et tout leur cœur, tout en gardant constamment le contrôle de leurs réactions, sans les excès qui en feraient un instrument du diable. »

Un jour, il eut l’idée de placer deux caisses de pêches en bois sur les rampes du gymnase, dans lesquelles il fallait faire pénétrer un ballon pour marquer un but. Les caisses étant en hauteur, ce jeu nécessitait autant d’adresse que de force brute. Il proposa l’activité à ses étudiants et il ne fallut que quelques minutes pour établir les règles essentielles et rendre ce jeu praticable.

En somme trois orientations fondamentales : motiver les étudiants en dehors des jeux habituels et des séances de « gym en salle », maintenir la condition physique des joueurs avec la notion de complémentarité avec les autres activités physiques, et enfin se contrôler tant au plan des gestes que des attitudes et ne provoquer aucun contact.

D’où les règles suivantes :

  • Utilisation de la balle : Le ballon, gros (circonférence de 76 cm) et léger (poids compris entre 567 et 624 g), ne peut être joué qu’avec les mains. Interdiction de courir avec le ballon. Le ballon peut être reçu à n’importe quel moment, à n’importe quel endroit et par n’importe quel joueur.
  • Atteinte du but: Le but est élevé et de petites dimensions. Il est en hauteur, visible par tous. Le panier est fixé au panneau à 3,05 m au-dessus du sol. L’anneau mesure 46 cm de diamètre et est fixé sur un panneau de 2 m sur 1 m. Donc, pas d’utilisation de la force pour marquer, mais l’adresse est importante.
  • Notion de contact: Les chocs sont interdits. Le joueur fautif lève la main pour reconnaître sa faute.

Le premier match de l’histoire, le 21 décembre 1891, se termine sur le score de 1 à 0, le basket-ball est né.

Aujourd’hui, le basket-ball fait partie des sports collectifs majeurs. C’est un sport olympique. Le rapide développement de ce sport, lié à l’établissement de règles minutieuses et à l’amélioration de l’équipement, a contribué au grand succès qu’a connu le basket, au départ aux États-Unis, avant de retenir l’attention du monde entier. La continuelle expansion et la popularité grandissante de ce sport dans le monde ont abouti à la création de la Fédération internationale (FIBA) en juin 1932.

Le basket féminin a été intégré au programme olympique aux Jeux de Montréal en 1976. Le premier tournoi a été remporté par l’Union Soviétique, qui par la suite se partagera les médailles d’or avec les États-unis.

Le développement du basket en France 1

De retour de stage du collège de Springfield, un professeur d’éducation physique français organise le premier match à l’université UCJG (Union Chrétienne de Jeunes Gens) rue de Trévise à Paris. Le basket deviendra sport officiel en France à partir de 1920.

Le premier match de basket-ball en Europe s’est déroulé sur le sol français en 1893, rue de Trévise à Paris. Un développement qui fut encouragé par l’UCJG 2, qui permit la création du premier club, le Basket-ball Club Trévise fondé en 1894. L’UCJG était une antenne parisienne des YMCA anglo-saxons et le basket-ball fut donc développé d’abord pour des raisons d’ordre missionnaire. En effet, l’organisation « prône l’utilisation de l’éducation physique, simple moyen au service d’un but spirituel considéré plus élevé ».

Il faudra d’ailleurs vingt-sept ans entre le premier match de Trévise et la reconnaissance institutionnelle du sport avec la création, en 1921, au sein de la Fédération Française d’Athlétisme d’une « Commission de basket-ball » qui enregistrait à l’époque moins de 400 licenciés.

Devant l’essor de la balle orange, en 1929 la FFA devient la Fédération Française d’Athlétisme et de Basket-ball (FFABB).

Cette dualité survivra trois ans et le 25 juin 1932, le basket-ball proclame son indépendance, la Fédération Française de Basket-ball (FFBB) voit le jour. En 1979, la France compte environ 280 000 joueurs licenciés et le basket devient le deuxième sport collectif le plus pratiqué (en nombre de licenciés) derrière le football.

Au cours de la saison 1986-1987, l’association des présidents de clubs de Nationale 1 se déclare favorable à la création d’une entité juridique distincte à laquelle la FFBB déléguerait la gestion des championnats professionnels. S’en suivra la dissolution de l’association des présidents de clubs de Nationale 1 en fin de saison et la création du CCHN (Comité des Clubs de Haut Niveau), instance disposant de la personnalité juridique et d’une autonomie financière. Le CCHN a pour mission l’organisation du championnat professionnel masculin dans le cadre d’une délégation de pouvoir accordée par la FFBB. C’est en 1993 qu’est décidée l’appellation actuelle des championnats professionnels, à savoir Pro A et Pro B.

L’année suivante, saison 1994-1995, la Ligue Nationale de Basket-ball crée un GIE Basket Pro, groupement d’intérêt économique constitué par les clubs professionnels, ayant pour objet de promouvoir l’activité et l’image de ces clubs, notamment à travers la recherche de partenaires économiques et la mise en place d’une politique de communication pour le basket professionnel. Ceci dans les conditions fixées par une convention passée avec la Ligue Nationale de Basket. A cette époque, la FFBB comptait environ 450 000 licenciés.

Le basket français, sans le savoir, vivait là sa « période dorée » avec en 1993 la victoire du Cercle Saint Pierre de Limoges en Coupe d’Europe des clubs champions. Dès 1995, la fin du contrat avec France Télévisions marqua un tournant pour l’exposition médiatique du basket-ball en France, qui se trouve aujourd’hui relégué sur les chaînes câblées payantes comme Sport+.

Durant cette période dorée du basket-ball français, la professionnalisation a permis une augmentation immédiate du chiffre d’affaires des clubs de Pro A. Les effets positifs sont cependant à nuancer depuis l’arrêt des droits TV. Il y a effectivement eu une hausse sensible des budgets des clubs de Pro A grâce aux droits TV.

Grâce à des sponsors tels que JET Services pour Lyon, Opel avec Limoges, pour ne citer qu’eux, les principaux clubs purent présenter des budgets pouvant rivaliser avec les autres pays européens. Une fois le contrat TV terminé, faute d’audience suffisante, les dépôts de bilan vont s’enchaîner (St Etienne 1990 ; Cognac 1991 ; Lot et Garonne, St Quentin et Vrignes 1993 ; Lourdes 1994 ; La Rochelle et JET Lyon 1996 ; Caen 1997 ; NPO Tours 1998, St Brieuc et Toulouse 1999, …Montpellier 2002 et Limoges 2004).

De ce fait, en 2007, la Fédération Française de Basket-ball 3 compte sensiblement le même nombre de licenciés qu’il y a dix ans et voit désormais également le chiffre d’affaires des clubs de Pro A stagner (2,8 millions d’euros en 1995 et 3,3 en 2007). En Languedoc Roussillon, nous observons une évolution des effectifs suivants :

Le basket dans l'Hérault

L’Hérault va présenter un développement atypique et ne rejoindra que le temps d’une courte période 4 le groupe des départements les plus importants de la Fédération Française de basket-ball.

Le premier club de basket fut créé à l’Université de Montpellier, au sein du MUC en 1921. Puis c’est au tour de Pézenas avec le Fronton Olympique Piscénois : au retour de jeunes militaires démobilisés en 1927, une section basket fut créée en son sein. Deux équipes virent le jour, elles s’affilièrent à la Fédération française de basket ball en 1929.

Adhérent au FOP avant la guerre, J. Garris fut le premier basketteur héraultais sélectionné en équipe de France. L’équipe féminine du FOP apparut grâce à un enseignant d’EPS aidée par des demoiselles de l’École Supérieure de Jeunes Filles. Elle fut finaliste du championnat de France Honneur avec les joueuses du nom de Cauquil, Santenac, Garris, les sœurs Juan et Janine Breton.

Match de Basket-ball du FOP à Montpellier 1931
Fig. 1 Match de Basket-ball du FOP à Montpellier le 1er février 1931.
Collection : Georges Bedos.
Stade des Aires à Pézenas, 1935
Fig. 2 Stade des Aires à Pézenas, 1935 : FOP contre US Métro.
Collection : Georges Bedos

Par proximité, le club de Tourbes entre autres voit le jour concomitamment en profitant de l’effet produit par le basket piscénois sur la population.

Robert Busnel débarque dans l’Hérault avec son ami René Lavergne pour des visites familiales et en profite pour prodiguer des conseils au club de Fémina Sport de Montpellier qui se fait remarquer. Dirigé par Eugène Berjaud, ce club incarne les débuts du féminisme.

Ainsi, Fémina Sport devient champion de France en 1952 – 1953 contre le PUC, finaliste en 1954 et demi finaliste en 1955. A cette époque 8 joueuses seulement apparaissaient sur la feuille de match : Mlles Berjaud, Merle, Roqueferre, Artignan, les sœurs Verrier, Mazel, Olivet et J. Breton de Pézenas.

Le basket héraultais va connaître son développement dans le croisement des enjeux éducatifs et sociaux.

C’est ainsi que les structures qui apparaissent pour assurer le développement de la pratique du basket ne ressemblent pas exactement à celles que l’on connaît en France.

Ailleurs, comme avec la Jeanne d’Arc de Vichy, ou la Chorale de Roanne, l’expansion du basket passe par l’accueil dans des mouvements de jeunesse catholique, les patronages.

Match à Rolland Garros au mois de juin 1938
Fig. 3 Match à Rolland Garros au mois de juin 1938 : FOP contre l'US Tourcoing. Collection : Georges Bedos

Dans l’Hérault, l’Université et les lycées ou encore les structures éducatives, culturelles et/ou sociales des grandes entreprises publiques assurent ce développement : Foyer Rural de Lattes-Maurin, MJC de Castelnau, Comités d’entreprise PTT, Gaz et Electricité de France, SNCF…

Comme nous l’avons souligné plus haut dans cet article, le MUC ouvre la voie en 1921 mais connaît de multiples difficultés pour durer et est obligé de se mettre en sommeil à plusieurs reprises depuis sa création : en 1955, 1978 pour reprendre ses activités en 1966 et en 1998.

L’ASPTT, le Gazelec de Montpellier, les Cheminots de Béziers, incarnent la prise en charge et le développement du Basket héraultais.

La catégorie junior est essentiellement représentée dans les championnats scolaires organisés par l’OSSU 5. Il faudra attendre la fin des années 1960 et le début des années 1970 pour voir éclore les catégories de jeunes pousses, les cadets puis les minimes et enfin les benjamins et les poussins.

Le baby-basket achèvera la panoplie de l’offre de formation des clubs sportifs héraultais répondant en cela à la demande sociale mais aussi aux enjeux concurrentiels qui lient le basket aux autres disciplines sportives héraultaises.

L’État apportera son soutien par l’intermédiaire de sa politique d’animation sportive appliquée sur le département de l’Hérault. La mise en place des Centres d’Animation Sportive renforcera cette tendance. La nomination de deux enseignants experts en basket à la DDJS de l’Hérault confirmera la tendance.

Qu'en reste-t-il aujourd'hui ?

On ne pourra pas les citer tous, mais les clubs situés sur le littoral méditerranéen restent présents, les autres sont en prise avec beaucoup de difficultés à cause des départs des jeunes pour leurs études notamment et pour raisons financières.

Le club de Bédarieux par exemple fait preuve de beaucoup d’abnégation, le FO Piscénois doit faire face lui aussi à de nombreuses contraintes.

A contrario, les clubs périphériques des grandes agglomérations développent des structures de qualité et s’orientent principalement sur la formation des jeunes. L’encadrement de l’élite régionale reste une action peu développée.

L’ASPTT Montpellier, club ouvert sur l’extérieur et présent dans la cité montpelliéraine, a vu le jour sous l’impulsion de Léon Cazal en 1931. Fière de son passé et de la renommée de son fondateur et confiante en son avenir, elle est un des clubs importants du Languedoc Roussillon.

Le club de basket-ball de Castelnau-le-Lez est aussi un pilier du basket héraultais. Il a connu une progression constante depuis la création par René Alauze d’une école de basket en 1976 au sein de la MJC. Le premier titre de champion de l’Hérault intervient en 1984, suivi du titre de champion du Languedoc Roussillon, pour les filles en 1990 et pour les garçons en 1991. Depuis cette date, l’équipe fanion masculine a atteint un sommet en 1993 avec une saison en nationale II grâce à la proximité du club de haut niveau montpelliérain. L’équipe féminine évolue actuellement en division nationale III. Ce club reste un club formateur de premier plan.

Les clubs majeurs du département sont aujourd’hui le club de quartier de la Croix d’Argent à Montpellier, créé par A. Buttigieg, et le club de Frontignan né en 1996 de la fusion des clubs de La Peyrade et de Frontignan sous le nom de Joyeuse Union Sportive Athlétic Club Frontignan La Peyrade. En 2000, le club devient le FLPB (Frontignan La Peyrade Basket), champion de France Nationale 3 en 2001. De 2002 à 2008, l’équipe première évolua en Nationale II, mais est redescendue actuellement en Nationale III.

Le club du S.C. Sète cher à L. Legrand, demeure un bastion du basket héraultais. L’A.S.C. Béziers des Robineau, Greffier, Verdier… fut un grand pourvoyeur de jeunes dans les sélections départementales et régionales.

L'Hérault, un territoire d'accueil

Le département de l’Hérault a bénéficié de l’apport de grandes figures du basket national. Par exemple, René Chocat, meilleur basketteur français aux Jeux Olympiques de Londres et nommé 1er CTR français en Languedoc Roussillon en 1962. Très vite, il impulse une dynamique dans la région par son charisme, sa connaissance du basket et son dévouement. Dés son arrivée à l’ASPTT en qualité de joueur, puis de CTR du Languedoc-Roussillon jusqu’au MPSC en qualité d’entraîneur, il a toujours démontré son enthousiasme, sa détermination et sa profonde espérance dans les jeunes. Les camps d’Arles-sur-Tech et d’Amélie-les-Bains furent des moments exceptionnels de vie humaine et sportive.

Robert Monclar, Jean-Paul Beugnot (Euro 1955 à Budapest) Alain Gilles (Euro 1965 à Moscou), Pierre Galle (Euro 1973 Barcelone…), joueurs internationaux emblématiques et mythiques résident aujourd’hui dans l’Hérault.

Jean Galle entraîneur de l’équipe de France de Basket, a assumé la responsabilité de Président du comité de Basket de l’Hérault pendant plusieurs années en arrivant dans le département.

Francis Jordane, également entraîneur de l’équipe nationale au début des années 1990 a œuvré de façon indirecte dans l’Hérault et plus particulièrement dans ses Pyrénées-Orientales d’origine.

Forts de ce potentiel de personnalités aux talents divers, les clubs et le comité de l’Hérault n’ont pas pu ou su bénéficier de leur présence sur le territoire. Même si J-P Beugnot a donné son nom au gymnase de Mauguio, si Pierre Galle et Alain Gilles ont été entraîneurs du Montpellier Basket et du BLMA. Même si R. Monclar a œuvré au niveau régional aux côtés de R. Chocat.

Les jeunes pratiquants d’aujourd’hui ont-ils en mémoire cette pléiade de stars du basket français résidant dans ‘Hérault actuellement ?

Aussi, qu’il nous soit permis de nous interroger pour savoir comment un tel groupe pourrait transmettre aux générations de jeunes, les « recettes » qui les ont propulsés au plus haut niveau. Mais, comment s’y prendre ?

Basket professionnel, fusions et concurrence

Aujourd’hui, le basket départemental est dominé par le Basket Lattes Montpellier Agglomération créé au Foyer Rural de Maurin par les frères Paul et Bernard Banuls, club appartenant à la Ligue féminine de basket, le plus haut niveau du championnat français. La partie élite du Basket Lattes Maurin Montpellier a changé de nom en 2002 pour prendre l’appellation Lattes Montpellier Agglomération Basket. En 2007 les équipes amateurs (qui avaient gardé le nom de Basket Lattes Montpellier) et la partie professionnelle se regroupent sous un même nom pour devenir le Basket Lattes Montpellier Agglomération (BLMA).

Le basket héraultais a largement mis à profit les avantages issus du principe de fusion entre clubs. Ainsi dans les années 1970, le club de l’A.S. Paillade conduit par Daniel Canals et le club de Juvignac des René Chocat et Hubert Sormonte ont réussi leur fusion, en réalisant quelques années après leur inscription dans l’élite professionnelle nationale, aidés en cela par un certain Louis Nicollin.

Un peu plus tard, ce fut au tour du Club de Lattes des frères Banuls et du club de Montpellier Basket Club de S. Raynal de rédiger des accords qui vont permettre à cette union d’accéder au plus haut niveau national et de pérenniser sa place parmi l’élite féminine du basket français.

Les résultats probants de ces fusions furent confirmés chez les jeunes, par un développement du nombre de licenciés, et par un niveau de compétition jamais atteint en catégorie de jeunes. Montpellier Basket fut vice champion de France en catégorie minime en 1987, puis champion de France en 1989. Le comité de l’Hérault sera lui aussi sacré champion de France des comités départementaux pendant la même période.

Chez les seniors, outre les images fortes des compétitions nationales, les places européennes conquises par les clubs professionnels filles et garçons ont placé le basket à un rang de choix chez les spectateurs héraultais soumis à une concurrence effrénée. Plus de trois mille spectateurs en moyenne prenaient place pour les rencontres de Montpellier Basket au gymnase Pierre de Coubertin dans le quartier de La Paillade. La greffe semblait avoir pris.

Aujourd’hui encore, le BLMA féminin a le grand bonheur de continuer l’aventure européenne. Il brille en championnat de France féminin, en catégories de jeunes, et d’autres clubs comme Castelnau en masculin suivent de très près.

Mais si l’engouement persiste dans les championnats féminins grâce à la présence du BLMA, la disparition du Montpellier Basket a porté un préjudice considérable à la dynamique du basket héraultais.

La disparition du Montpellier « Paillade » Basket est un exemple en ce qui concerne la concurrence entre clubs sportifs au sein d’une même cité.

Le tableau 6 ci-dessous de l’évolution des budgets moyen des clubs pros est un outil comparatif intéressant pour mesurer l’impact économique des sports collectifs. Il permet de relever la place de troisième du basket-ball professionnel national dans un champ concurrentiel particulièrement relevé.

Au plan local, la disparition du Montpellier « Paillade » Basket est un exemple de cette concurrence entre clubs sportifs. En effet, la municipalité de Montpellier n’a pas réussi à maintenir dans l’élite un club (semble-t-il en proie à des difficultés financières ), pendant que l’équipe de handball glanait les titres de Champions de France, et que celles de rugby, volley et football conservaient leur place dans l’élite. Sans parler des ambitions des autres sports (baseball, hockey sur glace,…).

Cette disparition du basket professionnel masculin vient également d’un conflit d’intérêt entre la municipalité et Louis Nicollin, patron du MHSC (football), qui voulait en créant MPSC Basket développer un vrai club omnisports à Montpellier, ce qui n’a pu se faire. Ce dernier a donc préféré s’engager alors avec le Paris Basket Racing. A l’époque la ville a choisi de laisser mourir le club pour concentrer son action sur l’équipe féminine de Lattes. « C’était une équipe composée de mercenaires américains qui ne gagnait même pas ses matches« , justifie Sophie Boniface-Pascal, adjointe aux sports de la Municipalité. L’ombre de Louis Nicollin plane sur cette affaire.

La professionnalisation du basket-ball

C’est un processus qui se décline en quatre dimensions comme le confirme Pascal Chantelat 7 : « Il s’agit d’un processus à la fois d’ordre sportif, économico-juridique, organisationnel et institutionnel. »

La professionnalisation des organisations sportives est un phénomène complexe à raisons multiples.

La première fut la volonté des fédérations d’officialiser le statut de professionnel du sport qui existait déjà mais donnait vie à une économie souterraine, « l’amateurisme marron ». Emmanuel Bayle le confirme, « la professionnalisation évolue depuis la mise en place d’un professionnalisme officieux vers une organisation du marché visant à normaliser la pratique sportive en vue d’en tirer profit. »

Mais si historiquement, c’est dans ce but que les fédérations ont enclenché le processus, d’autres facteurs entrent en ligne de compte maintenant pour expliquer que même les organisations sportives amateurs se penchent sur ce sujet.

L’essor, depuis la seconde guerre mondiale du « sport performance », confirmé par Elisabeth Lê-Germain 8 va permettre de favoriser l’augmentation du niveau des pratiques individuelles et des sports collectifs. Cette amélioration combinée à la recherche de la performance réclame nécessairement toujours plus d’éducateurs, de techniciens, de gestionnaire et de personnel administratif dans les clubs, comités et fédérations. Ces postes ne peuvent pas être assumés par des bénévoles, on assiste à une augmentation de la demande de professionnels du sport.

Enfin, l’État va aussi jouer un rôle majeur dans cette professionnalisation en développant les mesures et les dispositifs mis en place (« profession sport », emploi tremplin, emploi jeunes…) afin de faciliter l’emploi de professionnels au sein des associations sportives.

L’État ira même plus loin en imposant des qualifications, par l’article 43 de la loi de 1984 par exemple. En clair, Jean-Pierre Augustin 9 nous confirme que la professionnalisation sportive est présentée comme une des solutions aux questions posées par la diminution des emplois productifs.

L'apport du professionnalisme

Sa présence dans le landernau du Montpellier Basket, outre le spectacle assuré, a permis de faire prendre conscience aux adeptes de la balle orange la nécessaire rationalisation des méthodes d’entraînement, des techniques et de l’environnement sportif. Cette approche permet de mieux intégrer, dans la construction sociale de l’excellence sportive, les relations entre athlètes, entraîneurs, dirigeants et public. Les facteurs de la performance sportive sont, en effet, complexes et ne peuvent pas se réduire aux seuls facteurs physiques et technico-tactiques. L’importance du management des hommes devient un élément majeur de la préparation sportive. Cette transformation des représentations se fait au contact des réalités du terrain et du spectacle sportif. La culture « basket » locale en subit les effets. Notre expérience de manager constate que la bonne volonté des dirigeants en place n’est pas suffisante. Il faut apprendre à solliciter des partenaires extérieurs qui peuvent être des élus des collectivités territoriales ou des gérants de société privée. Stumpp et Gasparini l’évoquent lorsqu’ils parlent de « deux catégories d’acteurs [qui] interviennent dans les transformations de l’organisation. D’une part les acteurs internes positionnés dans un organigramme avec à sa tête un Comité Directeur (qui gère l’ensemble des équipes du club) et un « Département Equipe première » comprenant les postes de responsable « relations publiques », de directeur sportif, et de chargé de recrutement. D’autre part, les acteurs externes (ligue régionale, municipalité, presse) qui influencent aussi le fonctionnement des structures du club dans la perspective d’en tirer des profits (symboliques, sociaux, politiques ou économiques) ». Le club de Lattes BAM est sur ce chemin là.

La dimension économique de la professionnalisation

Il existe quatre types de recette pour un club professionnel : les recettes guichets, les droits de retransmission, les sponsors et les subventions. Pour un club amateur, il existe aussi quatre types de recettes principales mais elles ne sont pas exactement les mêmes : les recettes des matchs (qui regroupent les recettes guichets et les recettes buvette), les sponsors, les cotisations licenciés et les subventions des collectivités territoriales. Concernant les recettes guichets, le basket, au milieu des années 80, c’est 1 500 spectateurs en moyenne pour la Pro A (dénommée à l’époque N1A) et c’était un peu plus de 3 000 à Montpellier La Paillade. Cette affluence modeste, comparée au football, amène des recettes guichet qui ne représentent qu’une faible partie du budget du club. Néanmoins, le basket à Montpellier a créé une véritable attractivité et a réussi à capter un public fidèle.

Les subventions des collectivités territoriales représentent 30 % des budgets de Pro A et 50 % pour les clubs de Pro B (qui eux n’obtiennent que 9 % de leur budget via les recettes aux guichets). Ce montant important ne met pas le club à l’abri d’un changement de cap politique, c’est d’ailleurs souvent la raison principale des dépôts de bilan.

Jean-François Bourg confirme aussi l’idée de fragilité face aux échéances politiques : « Le problème c’est que lorsque la subvention joue un rôle moteur, le maintien du club au plus haut niveau est soumis au risque d’un changement de la politique sportive des collectivités territoriales. Le risque est particulièrement fort lors de l’élection d’une nouvelle majorité politique pouvant redéployer ses moyens soit en faveur du sport pour tous, soit en faveur d’autres activités ou d’un changement de stratégie politique de l’équipe en place ». Certains observateurs héraultais sont très enclins à utiliser cette grille de lecture pour rendre compte de la disparition du Montpellier Basket.

Difficulté d'accéder au delà du championnat de Nationale III masculin pour les clubs Héraultais

Si l’on regarde dans le détail l’environnement économique des clubs amateurs, on voit qu’ils se retrouvent, pour la plupart, avec un faible public et très peu de sponsors. Le département ne comprend pas suffisamment d’entreprises qui puissent accompagner financièrement le basket héraultais. Ce qui rend ce dernier entièrement dépendant des subventions publiques.

Les cotisations des licenciés servent souvent à faire vivre le reste du club (la structure d’un niveau sportif amateur qui évolue au niveau régional et/ou départemental). Le développement économique du club passe alors par l’augmentation des recettes guichets et du sponsoring.

Mais, même en bâtissant une équipe de bon niveau en Nationale III, première pierre de la professionnalisation du club, la dimension sportive a du mal à être soutenue par des entreprises locales. Nous sommes loin de la nécessaire création d’un groupe de partenaires économiques. Seul le BLMA bénéficie de l’appui des « VIP » constitués en groupe de soutien à la section professionnelle. La ville et l’agglomération montpelliéraine ne sont pas étrangères à cette constitution.

De la maîtrise technique à la dévolution du pouvoir

Démonstration a été faite que l’analyse du financement du sport universitaire ou social de caractère privé est indissociable du contexte politique local.

Les différentes stratégies de haut niveau offertes aujourd’hui aux sports héraultais répondent à une matrice complexe entre les modes de financement et les statuts du club. Ainsi les clubs sportifs, conscients des enjeux sociétaux qui pèsent sur eux, dans le contexte économique actuel, n’ont d’autres ressources sérieuses que les subventions des collectivités territoriales concernées.

Les montants engagés étant parfois considérables, la fonction de président peut se révéler un véritable enjeu dans les missions et la stratégie d’un établissement sportif.

De plus, par le rôle déterminant des subventions des collectivités territoriales, les élus peuvent devenir les pilotes de la politique sportive du club. Dépositaires de la plus grande partie des recettes, ils peuvent donc dicter leurs ambitions et leurs volontés au sein d’un club en faisant nommer les dirigeants de leur choix. On peut prendre le cas, à nouveau, des deux clubs professionnels de l’agglomération de Montpellier, G. Varlot, PDG de la société Nicollin, remplacé par Gérard Maurice, PDG de la SOGEA à Montpellier Basket et P. Banuls remercié au bénéfice de R. Dufrène à Lattes BMA.

La contrepartie pourrait aussi avoir des fins plus personnelles et les élus locaux pourraient vouloir identifier leur période de contrôle des collectivités à une réussite sportive. C’est en cela que les collectivités territoriales pourraient devenir un obstacle à la professionnalisation.

Les associations de techniciens et de dirigeants bénévoles cèdent le pas à des associations de chefs d’entreprise et de responsables politiques.

De ce fait, on constate une certaine sous-utilisation des compétences techniques présentes dans la région.

Bilan conclusif

Si nous nous penchons sur les évolutions majeures, nous pouvons faire plusieurs constats :

  • Nombre de licenciés. On constate des embellies dues à l’apport des Français venus d’Algérie dans les années 1960, à la présence du club montpelliérain dans l’élite nationale dans les années 1980 et 1990 aidé en cela par les Jeux Olympiques de Barcelone et la présence de la « Dream Team». Par contre, on pourra remarquer que l’Université ne représente plus le pourvoyeur de joueurs qu’elle était. L’évolution du nombre d’Universités sur le territoire national combinée à la suppression du concours d’entrée à l’UFR STAPS favorisent un recrutement universitaire à l’échelon local supprimant ainsi la mobilité étudiante et une source non négligeable de recrutement des clubs héraultais. Les concours d’entrée à l’UFR STAPS organisés par la paire d’enseignants J-C. Marin et L. Belen étaient l’occasion pour les dirigeants de club de se déplacer pour enrôler les futurs stapsiens.
  • Nombre de clubs en augmentation, dans les agglomérations moyennes ou grandes et dans leur couronne. Saint-André-deSangonis est un exemple.
  • Niveau de jeu : les confrontations interdépartementales dans les catégories de jeunes tournent souvent à l’avantage des jeunes pousses héraultaises.
  • Nombre de jeunes sélectionnés en équipe de France qui représente hélas la portion la moins emblématique…
  • Présence féminine. Si le BLMA place son équipe féminine au sommet hiérarchique du basket héraultais, les dirigeantes sont aussi en pointe. Après une présence féminine forte au sein du comité départemental en la personne de Géo Marcon, fédératrice et dispensatrice de la « bonne parole », Magali Ferrier avec son punch relève le défi en assumant la responsabilité de présidente.

Le basket-ball héraultais a connu au cours de son histoire des périodes de haut et de bas. Après avoir compté parmi les départements français qui présentaient des effectifs de licenciés les plus élevés et ceux qui obtenaient les meilleurs résultats nationaux, l’Hérault continue sa présence dans la représentation nationale féminine et lutte avec beaucoup de courage et d’abnégation dans les catégories masculines.

Bibliographie

Fabien ARCHAMBAULT, Loïc ARTIAGE et Gérard BOSC, Double jeu : Histoire du Basket-ball entre France et Amériques, Paris, Vuibert, 2007

Pascal CHANTELAT, La professionnalisation des organisations sportives : nouveaux enjeux, nouveaux débats, Paris, L’Harmattan, 2001

Sabine CHAVINIER, Introduction et diffusion du basket-ball en France, Vuibert, 2007.

Source Internet : www.FIBA.com, la FIBA est la Fédération International de Basket-ball

https://www.ffbb.com/ site de la Fédération Française de Basket-Ball.

Notes

1.Sabine CHAVINIER, Introduction et diffusion du basket-ball en France, Vuibert, 2007.

2.Union Chrétienne des Jeunes Gens (Protestante).

3.Source, Fabien HOEPPE, FFBB.

4.Période marquée par la présence du Montpellier Basket dans le championnat de France professionnel.

5.Office du Sport Scolaire et Universitaire.

6.Source Jean-François BOURG et Jean-François NYS, Financement des clubs sportifs et stratégie des collectivités territoriales, Presses Universitaires du Sport, 2006.

7.Voir en bibliographie.

8.Elisabeth LÊ-GERMAIN, « Le Football et sa professionnalisation tardive à Lyon : de la confidentialité à la notoriété (1918-1964) », STAPS n°68, pages 7-23, 2005.

9.Jean-Pierre AUGUSTIN, Le sport et ses métiers nouvelles pratiques et enjeux d’une professionnalisation, page 7, Paris, La Découverte, 2003.