La voile scolaire, toute une aventure

* Ex-conseiller pédagogique de circonscription du 1er degré

Au départ, peu de personnes, dans le département, pensent que la formation à la voile peut avoir sa place à l’école primaire. Pourtant nous savons que dans d’autres départements côtiers, surtout en Bretagne, où le climat est pourtant moins favorable que dans la région, elle est bien implantée et reconnue.

Nous nous adressons à l’association responsable du sport scolaire : l’USEP. Mais seule et sans moyens, cette association adhère au projet mais ne peut le financer. C’est l’UFOLEP 34 qui prend ce projet en compte.

La première action « voile scolaire » débute dans le département en avril 1970 à la Grande-Motte. La municipalité nous permet de naviguer dans l’avant-port avec les Optimists de l’école municipale l’UFOLEP engage un moniteur diplômé, et met à notre disposition une monitrice bénévole. A la surprise générale, l’activité, d’avril à juin, obtient un franc succès auprès des écoles. Elle reprend en septembre, octobre et novembre.

Pour des raisons compréhensibles de sécurité, la municipalité limite notre activité dans un coin du port, à certaines périodes de l’année, ce qui freine notre développement.

Nous cherchons donc une implantation qui nous permette de fonctionner tout au long de l’année scolaire. C’est ainsi que nous débarquons au VVF de la Grande Motte, sur l’étang du Ponant. Une base de voile existe, tenue par l’UCPA, mais elle ne fonctionne que pendant les vacances : cela tombe bien, c’est la période scolaire qui nous intéresse. L’UFOLEP-USEP passe une convention avec l’UCPA, qui met ses moniteurs, son matériel et ses locaux à notre disposition. Tous les matins et après-midi de la semaine scolaire une classe fréquente pendant 3 heures la base de voile. Les élèves viennent des écoles de Montpellier, de Mauguio, de Baillargues, et bien entendu de la Grande Motte. Le mercredi, les licenciés UFOLEP-USEP se perfectionnent au cours de stages. Au mois de juin, un dimanche, tous les élèves se rencontrent dans une régate conviviale. Des stages de formation à la voile sont organisés pour les élèves des Écoles Normales et pour les enseignants qui se perfectionnent pendant une semaine. Cette activité, qui connaît un grand succès, perdure jusqu’en 1974, où le départ de l’UCPA qui abandonne sa collaboration avec le VVF y met fin.

L’USEP qui entre temps a acheté 10 Optimists et armé un bateau de sécurité, cherche une nouvelle implantation. Tout le matériel est transporté à la base nautique du Salagou. Mais cette solution ne donne pas satisfaction. Trop éloignée de Montpellier, la base ne fonctionne que pour des stages le dimanche et pour 2 stages de formation des Normaliens, elle ne reçoit pas les scolaires.

Pendant l’hiver, grâce au prêt d’un moule par la base de Mèze et à l’aide financière de la Direction de la Jeunesse et des Sports qui commence à s’intéresser au projet, 6 Optimists seront construits par des volontaires de l’UFOLEP-USEP, dans les locaux de la Fédération des Œuvres Laïques.

Le problème du lieu d’installation se pose à nouveau, et l’idée du lac des Garrigues à la Paillade s’impose rapidement. La superficie du lac est suffisante pour l’initiation à la voile, la population scolaire, proche, importante et intéressée. L’école de voile UFOLEP-USEP s’installe donc à la Paillade. Un moniteur de voile est engagé. C’est tout de suite un succès pendant le temps scolaire, et le mercredi, la base ne désemplit pas ; par stages de 10 semaines, les classes se succèdent et plus de 600 brevets de jeunes navigateurs seront délivrés. Devant l’engouement des jeunes pailladins pour la voile, des stages sont organisés tout l’été par le conseiller pédagogique responsable de la voile à l’UFOLEP-USEP, trente enfants les suivront tous les jours. Une séquence de voile de 3 heures coûte 1 franc par enfant pendant les vacances, elles sont gratuites pendant la période scolaire. Le problème se pose d’un local où stocker le matériel, car il faut tous les matins décharger une voiture et la recharger le soir. Les services de la Jeunesse et des Sports, conscients de ces problèmes, très attentifs au développement de cette activité, décident de doter la base d’un petit chalet en bois qui ne dépare pas dans le paysage où il s’intègre parfaitement.

Hélas, malgré son succès, l’activité souffre de la malveillance de certains. La porte puis les fenêtres sont fracturées, du matériel est régulièrement volé, les gilets de sauvetages sont déchirés, les rames soit volées, soit cassées. Et pour finir le chalet est complètement détruit, les portes, les fenêtres, les parois sont emportées en une nuit, au matin il ne reste presque plus rien. C’est le coup de grâce pour l’activité voile UFOLEP-USEP sur le lac des Garrigues.

La municipalité de Montpellier qui suit l’activité, jugée très intéressante, décide de construire un local en dur bien protégé. Elle achète 10 Optimists, engage un moniteur et tente de poursuivre l’activité qui ne retrouvera pas le succès précédent.

Pour que le matériel ne reste pas inactif, pendant l’été 1976, l’UFOLEP-USEP le met à la disposition du conseiller pédagogique de Sérignan qui organise l’activité d’abord sur l’Orb puis à Valras.

Ce temps permet de rechercher un lieu où les élèves pourraient naviguer toute l’année, en toute sécurité. Après discussion et entente, au printemps 1977, la municipalité de Mauguio nous accorde l’autorisation de naviguer sur l’avant-port de Carnon. La base est implantée rive gauche sur la plage, devant le slip de mise à l’eau, le matériel est stocké dans un local situé sous la pile de la passerelle qui vient d’être construite.

Alors commence la deuxième période importante de la voile scolaire UFOLEP-USEP.

L’Inspecteur d’Académie, prenant en compte la place qu’occupe l’activité voile scolaire, organise au Taurus à Mèze, une journée d’information pour tous les IEN du département. C’est une reconnaissance de l’activité.

Deux moniteurs, puis trois sont embauchés à l’année, la flotte d’Optimists est renouvelée, elle est complétée par des 420 et des planches à voile, l’activité repart. Les classes de la région reprennent le chemin de la base, matin et après-midi. Tout n’est pas parfait, quelques habitants des immeubles voisins se plaignent du bruit, de l’occupation de la plage, mais la municipalité tient bon devant l’engouement des écoles. Elle décide même de construire une structure en préfabriqué sur l’avant-port. Des pilotis sont plantés dans le sable et accueillent deux préfabriqués flambant neufs, le premier sert pour le matériel et le bureau des moniteurs, l’autre de vestiaire et d’accueil pour les élèves. Une convention est passée avec l’École d’Application de l’Infanterie, qui met du personnel et du matériel à notre disposition.

Mais il est écrit que la voile USEP dans l’Hérault ne doit pas se développer tranquillement, dans la sérénité. En effet le 7 novembre 1982, la côte languedocienne connaît une terrible tempête, avec des vents à plus de 180 kilomètres/heure. Les 2 bungalows sont détruits, les Optimists emportés par le vent. Trois d’entre eux se retrouvent, après avoir brisé la vitrine, dans la salle du restaurant situé de l’autre côté du canal, six autres sont récupérés le long du canal du Rhône à Sète où ils ont atterri après avoir traversé le terre plein, pas encore urbanisé, et la route.

La municipalité de Mauguio décide de ne pas reconstruire la base sur la plage. Un coup de chance permet à l’UFOLEP-USEP de louer un local, face à l’avant-port. L’école de voile repart à nouveau et fonctionne toute l’année. Devant ce succès, les instances nationales de l’UFOLEP-USEP décident de créer une base dans la région, elles votent un gros budget (1 000 000 de F) à cet effet. L’implantation est envisagée sur l’étang de Pérols, les plans, de la base sont réalisés, mais devant le refus de la municipalité, la subvention, pour ne pas être perdue, est allouée à la base du Taurus à Mèze qui peut ainsi se rénover entièrement.

Pour être complet il faut signaler que des actions sporadiques de voile scolaire ont eu lieu à Frontignan, Sète et au Taurus, sur les bases existantes, mais ce n’étaient pas des bases UFOLEP-USEP.

L'élève barre avec une grande maîtrise son optimist
Fig. 1 L'élève barre avec une grande maîtrise son optimist. Collection : Gilbert Romjeu.

La voile scolaire continue avec le même succès, jusqu’aux années 1990, tant que les responsables qui l’ont créée et mise en place peuvent s’en occuper, puis d’autres organisations prennent le relais.