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2.00

Description

La situation sanitaire dans le département de l’Hérault
au cœur des années noires 1942-1944

* Docteur en Histoire contemporaine de l’Université Paul-Valéry Montpellier III

Un affaiblissement des organismes

Devant l’impossibilité de reconvertir son économie centrée sur la viticulture, le département de l’Hérault souffre des pénuries alimentaires dès la fin de l’année 1940. Face aux difficultés, les premiers soubresauts populaires sont relevés au début de l’année 1942 par les forces de police de Vichy. Le 20 janvier, à Pézenas, des ménagères manifestent un vif mécontentement devant les étals vides du marché. Le 4 février qui suit, alors que la situation ne s’est pas améliorée, quelques-unes se réunissent pour se rendre devant la mairie, avant de se raviser. Depuis le 27 janvier, ce marché, qui approvisionne près de 18 000 personnes (en comprenant les communes voisines), n’a reçu que 24 kilogrammes de légumes par jour, en moyenne. Une crise alimentaire sévit à Pézenas. Sur les trois cents enfants qui sont scolarisés, soixante ne sont pas normalement développés, ainsi que le constate le docteur Brunet, médecin des Services d’hygiène. La colère des Piscénoises éclate finalement le 7 février 1942 vers 9 heures. Alors que le marché n’offre que quelques coquillages rapidement vendus, et aucun légume, deux cent cinquante d’entre elles se présentent à la mairie pour réclamer une action urgente de l’édile Raoul Peuchot. En quelques heures, ce dernier parvient à obtenir huit tonnes de navets destinées à la coopérative de Pomérols. Les ménagères se retirent en applaudissant mais décident de se rendre chez le grossiste Garcia qui fait, depuis plusieurs mois, l’objet de vives critiques sur la gestion de ses stocks. Tandis qu’elles ont obtenu l’assurance d’une livraison rapide des navets par la femme de Garcia, les Piscénoises se déplacent également chez le sieur Pailhades, autre grossiste et répartiteur en épicerie accusé par la rumeur publique de détenir un important stock clandestin de denrées. Arrivé sur les lieux pour comprendre les raisons de la colère de ces ménagères, le commissaire Metge reçoit l’explication suivante : « Il est impossible que la population crève de faim alors que l’entrepôt de Pailhades regorge de marchandises ». Sous la pression, et à la demande de Raoul Peuchot, ce dernier distribue la ration de pâtes prévue pour le 9 février, ce qui contente les nombreuses Piscénoises qui se dispersent rapidement. Quelques heures plus tard, les navets promis arrivent sur les étals. Comme le signale le commissaire principal, chef des RG du secteur de Sète, « il s’agit de raves de très mauvaise qualité destinées habituellement à la nourriture du bétail ».

Alors que se termine l’année 1942, après deux années de privations, la population Héraultaise a physiquement changé. L’état de santé général est très préoccupant, notamment chez les groupes déjà fragiles tels que les enfants et les personnes âgées. À Montpellier, qu’Henri Amouroux qualifie d’une des huit villes les plus « déshéritées » de France, où le préfet délégué estime le nombre de sous-alimentés à 25 000 (environ un quart de la population), Jean Baumel le constate quotidiennement. Au début de l’année 1944, le secrétaire général de la mairie note : « Les vieillards maigrissent à vue d’œil et les jeunes enfants, privés de lait, sont atteints de cachexie ». Comme le signalent, par ailleurs, Éric Alary, Bénédicte Vergez-Chaignon et Gilles Gauvin, à la veille de l’occupation allemande en zone sud, sur 25 440 enfants examinés à Clermont-Ferrand, Marseille, Montpellier et Toulouse, le poids moyen des garçons et des filles était, selon l’âge, inférieur d’un à sept kilos, comparativement aux moyennes de 1938. La taille des garçons connaissait, d’autre part, un déficit d’un à cinq centimètres et celle des filles d’un centimètre et demi à deux centimètres. Les ménagères sont aussi affaiblies et prennent quotidiennement des risques pour nourrir leur famille. Faisant la queue été comme hiver, elles s’exposent aux insolations, mais aussi aux maladies contagieuses que la promiscuité aide à diffuser largement. Pour se protéger du froid, certaines, surtout les plus jeunes, n’hésitent pas à porter des pantalons de ski ou créent des « costumes de queue » composés de plusieurs épaisseurs de laine et de chaussures fourrées, quitte à rompre avec les codes de la mode et s’attirer les foudres des partisans les plus zélés de la Révolution nationale.

Les entreprises pharmaceutiques profitent de cette faiblesse générale des organismes pour tenter d’augmenter les ventes de leurs produits. Le 15 décembre 1942, dans Le Petit Méridional, les Héraultais peuvent découvrir une publicité pour les tisanes Vichyflore : « Migraines, nervosité, fatigue générale ? Ces troubles et bien d’autres encore : mauvaise digestion, nausées, renvois, ballonnements, constipation, fermentations intestinales, points au côté droit, langue chargée, amertume de la bouche… cessent rapidement quand on prend, après le dîner, une tasse de l’excellente tisane Vichy-flore. Résultats garantis. Goût excellent, 10 francs 20 la boîte. Disponible dans toutes les pharmacies ». Pour avoir des « articulations assouplies » après de longues heures de patience dans les files devant les commerces, les Héraultaises qui souffrent de rhumatismes peuvent aussi utiliser Gandol. Ce « puissant » antirhumatismal calme, élimine l’acide urique et soulage rapidement, si l’on en croit l’annonce. (10 pages, 5 illustrations et 6 tableaux)

Informations complémentaires

Année de publication

2020

Nombre de pages

10

Auteur(s)

Alain ALQUIER

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf