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Description

La Peste dans le cérémonial des consuls.
Présentation, édition et commentaire d’une relation de la peste de 1720-1723

* Maitre de conférences en Histoire moderne, Université Paul-Valéry Montpellier 3, CRISES EA 4424.
** Maître de conférences en Histoire moderne, Aix-Marseille Université, AMU-UMR Telemme (UMR7303).

Présentation

La relation des événements liés à la peste dite « de Marseille » à Montpellier entre les années 1720 et 1723 est insérée dans le registre BB 202 du Cérémonial consulaire qui couvre la période 1714 à 1737. La « rellation », qui occupe 7 pages dans le volume, entre l’entame de la page 95 et le premier tiers de la page 101, est placée entre une fête pour saint Roch datée de mars 1720 et la lecture d’une tragédie au collège jésuite le 7 août 1721. Ainsi qu’on le lit dans son titre, la relation décrit les événements liés à la peste et survenus à Montpellier entre le 20 août 1720 et le 2 décembre 1722. La période d’environ 28 mois couverte par le récit déborde ainsi les enregistrements suivants du cérémonial, ceux compris entre août 1721 et décembre 1722 qui s’étalent des pages 101 à 105 du registre. Cela suggère que cette relation et les événements qui la suivent ont été mis au propre sur le registre à distance des événements, ce qui pourrait aussi expliquer les passages du texte laissés en blanc.

La relation de peste consacre ses trois premières pages à quelques journées de l’été 1720 puis les quatre suivantes aux deux années et demi qui suivent. Au bas de la page 97, l’expression « dans la Suitte du temps » marque la bascule entre le moment très resserré des journées d’août 1720 et, la durée, beaucoup plus longue des mois suivants. À ce moment-là, les dates disparaissent d’ailleurs du texte. Dans le même volume, deux enregistrements plus tardifs mentionnent encore l’épisode, l’un le 17 août 1721 à l’occasion d’une procession générale en remerciement de la protection divine accordée à la ville à la page 102, l’autre en mars 1723 à l’occasion d’une messe en action de grâce pour le même motif à la page 107. Ces deux brefs enregistrements ont également été retranscrits dans notre édition de la « rellation ».

Le registre BB 202 fait partie d’une série des dix volumes in-folio appelés « Cérémoniaux consulaires » qui couvrent les années 1640 à 1791 (BB 197 à 206). Ces Cérémoniaux enregistrent les mentions des différentes cérémonies auxquelles ont participé les consuls montpelliérains pendant leur charge. Ils proposent ainsi une mémoire officielle des actions consulaires, sorte de pré-écriture de l’histoire de la ville, accessible dès le XVIIIe siècle dans les archives de l’Hôtel de ville. On peut dresser une brève typologie des événements les plus couramment rapportés dans ces Cérémoniaux :

Ces mentions sont en général assez courtes, de l’ordre de quelques phrases ou paragraphes. Certains événements exceptionnels font néanmoins l’objet de relations beaucoup plus longues. Par exemple, le registre BB 202 accorde plusieurs pages à une grande inondation en 1723, à une tornade en 1729, à un incendie en 1731 ou à la prise de navires de pêche à Agde en 1733. Le cas de la relation de peste n’est donc pas absolument unique ni même exceptionnel. La « rellation » a été couchée sur le registre par le greffier du consulat, un certain Fatgier, mentionné dans le texte lui-même. L’identité du scripteur est confirmée par la comparaison entre la graphie et l’orthographe au sein de la « rellation » et dans d’autres écrits issus de la même main dans le registre des délibérations municipales. Fatgier est alors greffier du consulat et garde des archives. Il le restera jusqu’en 1723. Scripteur de cette « rellation », il en est probablement aussi l’auteur – le texte indique seulement que l’auteur est un témoin montpelliérain des événements racontés. Quoi qu’il en soit, de par sa fonction, Fatgier écrit d’abord au nom du Consulat à l’image de l’un de ses prédécesseurs qui disait écrire « par commandement de mesdits seigneurs les consulz ».

Mais pourquoi consigner cette relation de peste dans le Cérémonial des consuls ? Pour le comprendre, on peut faire un détour par les usages d’un texte contenu dans le même registre BB 202. La « publication de la déclaration de la guerre contre l’empereur » fournit en effet un élément de réponse à notre question. En octobre 1733, l’intendant du Languedoc ordonne aux consuls de la ville de « faire publier » cette déclaration de guerre. Ces derniers « ayant Cherché dans les Ceremoniaux de la ville, de quelle maniere on auroit cydevant fait Cette publication, il na eté rien trouvé decrit » et les consuls délibèrent alors d’une forme de publication à adopter qu’ils inscrivent dans le Cérémonial. Le Cérémonial sert ainsi à enregistrer des procédures pour l’avenir, ici la publication de la guerre, là les mesures sanitaires face à l’épidémie de peste. Comme l’écrit Alexandre Wenger à propos d’un règlement pour lutter contre la peste produit à Genève en 1721 face à la menace d’extension de l’épidémie venue de Marseille, « consulter les registres tenus au cours des épidémies précédentes pour se remémorer les mesures prises est une pratique constante, presque un réflexe, de la part des autorités ».

Pourtant, cette relation n’a rien de commun avec les décisions relatives à la peste consignées dans le registre des délibérations municipales qui n’y sont jamais mises en récit. Il renvoie bien davantage à l’écriture des chroniques urbaines, dans le cas présent au Petit Thalamus de Montpellier. Ce manuscrit, le plus ancien texte de ce genre de l’Occident médiéval, se donne comme une « histoire consulaire » sur quatre siècles entre 1204 à 1604, chronique occitane jusque 1426 puis française à partir de 1502, partant des fastes consulaires, les listes de consuls lors de leur entrée en charge. La chronique, liée à l’apparition du consulat au tout début du XIIIe siècle, s’inscrit dans une perspective politique d’affirmation de l’unité de la communauté, par delà les divisions au sein des élites urbaines. Les ressemblances entre le Cérémonial consulaire et le Petit Thalamus tel qu’il a été décrit récemment – l’origine consulaire, la centralité des fastes et élections des consuls, l’écriture par le greffier du consulat, l’inscription simultanée de plusieurs événements, la présence de récits d’événements marquants, la fiction de l’unité du corps urbain – laissent entendre que le premier est peut-être un prolongement du second après une éclipse longue de plusieurs décennies, ce qui mériterait sans doute d’être étudié plus avant. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2020

Nombre de pages

6

Auteur(s)

Nicolas VIDONI, Pierre-Yves LACOUR

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf