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2.00

Description

La peste à Montpellier (réédition 2020)

*Louis Dulieu (1917-2003) ; Docteur en médecine †.

Si l’on consulte les registres paroissiaux de la ville de Montpellier, on constate qu’ils relatent toujours, d’une façon très succincte, les renseignements concernant les naissances, les mariages et les décès des Montpelliérains. Et pourtant, en l’année 1579, on trouve une mention n’ayant rien à voir avec les décès de cette année-là. Le pasteur qui enregistrait ces actes avait été tellement bouleversé par la nouvelle qu’il venait d’apprendre, qu’il n’avait pu faire autrement que de la coucher sur ce registre, mettant ainsi en évidence l’émoi qui était le sien. Cette inscription, la voici : « Le XII juing 1579 a commencé d’apercevoir qu’on se mourroit de peste en ceste ville de Montpellier ».

C’est que le seul mot de « peste » répandait la terreur dans l’esprit de tous, semant une peur panique impossible à juguler. Ces épidémies étaient alors très fréquentes et chacun connaissait des personnes, bien souvent des parents proches, qui avaient disparu au cours d’une d’elles. Le caractère massif des pertes ne pouvait que semer l’épouvante et le verbe « décimer » était souvent bien faible pour traduire le nombre des morts d’une population. Mais ce qui accroissait la terreur, c’est qu’on savait que la médecine était impuissante à combattre ce mal.

Il est vrai que la Bible avait accoutumé les croyants à ne pas voir dans la peste une maladie comme les autres. Elle était une des manifestations de la colère divine. Dans ces conditions, ce n’était pas au médecin qu’il fallait s’adresser pour conjurer le mal mais à Dieu lui-même. D’où de très nombreuses prières individuelles ou collectives, des messes, des processions mais aussi des jeûnes, des mortifications de toute sorte. Seule la pénitence pourrait venir à bout de l’épidémie.

Bien entendu, les prières s’adressaient le plus souvent à la Vierge Marie, patronne de la ville. Toutefois, outre les prières habituelles en pareilles circonstances, les Montpelliérains du XIVe siècle eurent, à plusieurs reprises, une idée assez originale. Ils confectionnèrent un cierge d’une longueur démesurée dont l’apparence devait ressembler à un énorme rat de cave. Ce cierge aurait pu aller du Peyrou à la tour de la Babote disent certains, mais la plupart parlent du tour complet des remparts de la ville (la commune clôture). Bienheureux quand on n’y ajoute pas le périmètre de l’église Notre-Dame-des-Tables. Certains parlent même d’un cierge qui aurait englobé en supplément la palissade qui entourait les faubourgs de la cité. Quoi qu’il en soit, ce cierge fut confectionné à plusieurs reprises et allumé devant l’autel de la Vierge, cette vierge noire rapportée par Guilhem V des croisades et qui, depuis, était l’objet d’une grande vénération.

La Vierge n’était pas la seule invoquée toutefois. On faisait aussi appel à Saint-Sébastien. Celui-ci martyrisé, percé de flèches, symbolisait bien cette maladie que les récits bibliques qualifiaient de « flèche de Dieu ». Saint-Sébastien cependant cessa d’être invoqué pour la peste vers la fin du Moyen Âge. On ne se réclamera plus de lui que pour le choléra. C’est qu’un autre saint avait pris sa place : Saint-Roch, enfant de Montpellier. Parti durant sa jeunesse en Italie, il y avait connu plusieurs épidémies de peste, se dévouant admirablement auprès des malades. Sur le chemin de retour, il aurait, lui aussi, contracté le mal et se serait réfugié dans un bois de Lombardie où un chien venait tous les jours lui apporter sa nourriture. À partir de là, deux versions existent. Dans l’une, Saint-Roch mourut en Italie. Dans l’autre il revint à Montpellier où il pénétra par la porte du Pila-Saint-Gély. S’étant assis sur un banc pour se reposer, il fut pris pour un gueux et jeté en prison où, après de longs mois de détention, il mourut en odeur de sainteté. Sa famille de Montpellier l’aurait alors reconnu. Quoiqu’il en soit, le culte de Saint-Roch connut rapidement une grande extension dans toute l’Europe catholique à tel point qu’il n’y a guère de ville aujourd’hui, tant en France qu’à l’étranger, qui n’ait une statue du grand saint soit dans une église soit au coin d’une rue. (7 pages et 1 illustration)

Informations complémentaires

Année de publication

2020

Nombre de pages

8

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf