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2.00

Description

La mission médicale montpelliéraine à Marseille,
lors de l’épidémie de peste de 1720 :
une étape importante dans la recherche épidémiologique

* Anthropologue, Directeur de Recherche au CNRS

Introduction

Bien évidemment, écrire en cette période de crise sanitaire une contribution sur la peste de 1720 rend l’exercice assez particulier. Bien sûr, l’épidémie due à la Covid 19 et l’épidémie due à Yersinia pestis sont très différentes, à commencer par le nombre de leurs victimes. La Covid 19 ne provoque pas l’anomie de la peste. Pour autant, par leurs arrivées soudaines, par les séismes provoqués au niveau économique et social, elles ne sont pas sans similitudes. Parmi celles-ci se trouvent le bouillonnement de la recherche, le débat scientifique. Face à l’inconnu, chacun essaie d’observer, d’expérimenter.

Au printemps 1720, un navire marseillais en provenance des Echelles du Levant apporta la peste dans la cité phocéenne. Toute une série de dysfonctionnements administratifs et politiques ont permis à la Contagion de sortir du cadre normalement clos des infirmeries, de se répandre dans la ville et même dans une grande partie de la Provence, passant la Durance et le Rhône, touchant jusqu’aux contreforts du Massif central. Cette épidémie, déjà anachronique dans l’histoire européenne de la peste, sollicita le monde médical de l’époque dans la prise en charge des malades. Mais peut-être plus fortement encore que par le passé, la peste de 1720-1722 fut l’objet de débats médicaux autour de la contagion ou de la non-contagion de la peste. Elle fut l’occasion, sans doute l’une des premières dans l’histoire de la recherche médicale, d’une approche scientifique reposant sur l’observation et l’expérimentation. Le professeur Antoine Deidier, membre de la mission médicale montpelliéraine dépêchée à Marseille par le pouvoir royal, ne mit que quelques semaines avant de comprendre le caractère contagieux de la peste et de l’objectiver en inoculant la maladie à des animaux.

Dans cette contribution, nous avons volontairement et très largement donné la parole aux contemporains de l’épidémie. Et parmi ceux-ci, c’est plus encore ceux qui étaient sur le terrain que nous avons convoqué.

Un navire infecté

En juillet 1719, un navire marseillais le Grand Saint-Antoine, commandé par le capitaine Jean-Baptiste Chataud mit le cap sur les Echelles du Levant. Il s’agissait de commercer avec les ports de la Méditerranée orientale : Smyrne, Chypre, Seyde, Tripoly de Syrie… le navire a quitté la Syrie avec une patente nette, c’est-à-dire sans aucun soupçon de peste dans la région, comme sur le bateau. Le 25 mai 1720, le Grand Saint-Antoine, de retour, arriva en rade de Marseille, avec une cargaison d’une valeur d’environ 100 000 écus qui devait être partiellement écoulée lors de la foire de Beaucaire, au début du mois de juillet.

Mais, lors de ce voyage retour, un passager, six matelots et le chirurgien du bord moururent subitement. Le nombre des morts, la rapidité de leur décès expliquent que lors de l’escale du Grand Saint-Antoine à Livourne, les autorités sanitaires de ce port interdisent l’accostage du navire.

À Marseille, contrairement à ce que prévoit le règlement sanitaire pour un navire ayant eu autant de décès à son bord, les conditions de la quarantaine du Grand Saint-Antoine furent très assouplies. Faut-il voir dans cet « aménagement » l’influence des propriétaires de la cargaison du navire et notamment celle du premier échevin de la ville : Jean-Baptiste Estelle ? Est-ce le résultat d’une négligence des intendants de santé ? Décision d’autant plus surprenante que « Trois autres navires qui venaient de ces mêmes endroits suspects de peste, arrivèrent le dernier du mois de May », « …tous avec patente brute, c’est-à-dire, portant que dans le lieu de leur départ il y avait soupçon de peste. Cela n’empêcha pas que leurs marchandises ne fussent traitées avec la même douceur que celle du Capitaine Chataud, & débarqués dans les Infirmeries ». Car force est de constater que le navire fut isolé au port de Pomègues et que son équipage, ses passagers et ses marchandises firent quarantaine aux Infirmeries d’Arenc. Au regard de la situation, c’est sur l’île de Jarre que le vaisseau et les marchandises auraient dû être envoyés. Mais Jarre est un îlot rocheux, sans abri, où l’on pratique une désinfection aériste des miasmes pestilentiels. Cela revient à dire que les marchandises que l’on y envoie ne résistent pas au vent, aux embruns et au soleil. (10 pages et 1 illustration)

Informations complémentaires

Année de publication

2020

Nombre de pages

10

Auteur(s)

Michel SIGNOLI

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf