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Description

La grippe espagnole dans l’Hérault :
impacts et gestion d’une épidémie hors normes

* Professeur. Directeur du département de géographie.
Université Paul-Valéry Montpellier 3 route de Mende 34199 Montpellier Cedex 5.

** Étudiant Master 2 Santé et Territoire Université Paul-Valéry Montpellier 3.

Introduction

La grippe espagnole est un quasi angle mort de l’historiographie française. Une dizaine à peine d’articles lui est consacré. Pourtant l’épidémie comporte de nombreux volets sous explorés. Les aspects épidémiologiques requièrent des études plus précises sur le bilan humain établi en France à 240 000 morts mais dont la répartition géographique (entre les régions françaises, entre les zones rurales et les villes) reste méconnue. De même la chronologie de la grippe est mal établie. Si les premiers cas apparaissent en avril 1918 en France, on cerne mal la progression géographique de l’épidémie. Enfin, le contexte de guerre occultant les effets de la grippe et censurant les paroles, on connait peu de choses sur sa perception par les contemporains et sur sa gestion par les autorités locales. Comment la population vécut-elle l’épidémie ? Quels impacts réels sur le fonctionnement de l’économie l’épidémie engendra-t-elle ? Quelles furent les mesures prises par les autorités et furent-elles efficaces ?

Par ailleurs, il faut reconnaitre que l’historiographie de la grippe espagnole tant en France qu’à l’étranger est très dépendante des sources militaires. En France, les archives du service de santé des armées au Val de Grâce sont très riches mais ne donnent qu’une vision partielle de l’épidémie et de sa gestion. Aussi semble-t-il nécessaire de convoquer d’autres sources locales qui, par leur précision, permettent de répondre à un certain nombre des questions problématiques soulevées plus haut. Après une présentation générale de la pandémie de grippe espagnole de 1918-1919, l’article s’attarde sur l’épidémie dans le département de l’Hérault au travers de trois sources principales : les archives des hôpitaux, les registres d’état civil et la presse. Les deux premières sources entrent dans l’épidémie par la mortalité et sa chronologie. L’article revient ensuite par la presse et diverses sources officielles sur l’impact de la grippe sur la vie économique et sociale, son vécu par la population et les mesures restrictives prises par les autorités.

1. La grippe espagnole. Une pandémie unique au XXe siècle.

Avant d’aborder le vécu et les impacts de la grippe espagnole dans l’Hérault, il faut dépeindre les éléments de contexte nationaux et internationaux qui conditionnent notre vision de cette pandémie.

1.1. La grippe espagnole en France et dans le monde

La grippe espagnole se répand à travers le monde entre mars 1918 et l’été 1919. L’agent pathogène, le virus A(H1N1) découvert en 1933 et identifié en 2006, est particulièrement agressif. Outre le tableau clinique classique d’une grippe (céphalée, fièvre, fatigue), il induit des formes compliquées à localisation broncho-pulmonaire parfois mortelles. La classe d’âge la plus touchée se situe entre 15 et 45 ans ce qui la distingue de la grippe saisonnière touchant principalement les personnes les plus âgées.

En France, les premiers cas de grippe compliquée entraînant des décès sont détectés dans l’armée en avril 1918. À plusieurs endroits (Montolieu dans l’Aude, Villers-sur-Coudun dans l’Oise…) des épidémies fulgurantes de grippe sont signalées. Le centre hospitalier mixte de Sète, enregistre les décès de deux adultes de 33 et 28 ans les 4 et 6 mai pour « pneumonie droite » et « bronchite spécifique ». Un navigateur originaire de Bordeaux âgé de 48 ans qui décède le 7 juin 1918 y est le premier signalé mort de la « grippe ». Néanmoins ces quelques cas mortels n’inquiètent pas les autorités. Cette phase peu létale dure jusqu’en juillet 1918. La seconde phase débute en août ou septembre selon les endroits. Elle associe un grand nombre de malades comme dans la première phase mais avec un taux de létalité anormalement élevé pour une grippe. Le mois d’octobre est le pic de l’épidémie. L’économie du pays, déjà mise à mal par l’effort de guerre, est malmenée par l’absentéisme dû au grand nombre de malades et aux personnes restant à domicile pour les veiller. Une troisième vague intervient en février-mars 1919. Les derniers cas sont recensés en mai 1919 en France et en août 1919 en Océanie. Par la suite, le virus se « saisonnarise », revenant lors des hivers 1920, 1921… en faisant à chaque fois quelques milliers de victimes.

Le bilan mondial a été établi entre 50 millions et 100 millions de morts, l’incertitude régnant sur la mortalité en Chine et dans les empires russe et ottoman. (13 pages et 8 tableaux)

Informations complémentaires

Année de publication

2020

Nombre de pages

13

Auteur(s)

Freddy VINET, Guillaume PAPAIX

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf