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Description

La course camarguaise

Les jeux et la course avec les taureaux

Au XVIIIème siècle, il s’agit de jeux informels pratiqués avec les taureaux camarguais par les jeunes gens dans les bourgs et les mas. Ces taureaux noirs de taille moyenne, les cornes redressées, rapides et agiles sont attestés dans le pays depuis l’Antiquité. Ils vivent en troupeaux (manades* en provençal) dans les vastes espaces de Camargue et les régions voisines de Provence et Languedoc.

Ces manades se déplacent de pâturage en pâturage sur les terres de grands propriétaires, gardées par les gardians* qui montent les petits chevaux blancs de race Camargue.

Régulièrement, certaines bêtes du troupeau sont capturées et dressées pour le labour dans les mas, tandis que d’autres sont conduites à la boucherie.

Les jeunes du village réveillent alors l’agressivité des animaux en perturbant ces convois de boucherie ils leur font peur pour les faire s’échapper et les gardians doivent faire courir le troupeau pour distancer les semeurs de troubles. Cette perturbation spontanée et illicite du convoi de taureaux est devenue traditionnelle, peu à peu tolérée par la population, elle a donné l’abrivado* (l’arrivée des bêtes le matin au village) et la bandido* (le départ du village le soir), les deux temps forts qui encadrent le moment essentiel de la fête votive, la course.

Cette dernière elle-même dérive du jeu qui consistait pour les valets de ferme à exciter les taureaux prévus pour le labour, après le travail, dans la cour des mas, la bête ainsi enfermée chargeant aussitôt pour se défendre.

Des arrêtés d’interdiction

Défendus et sévèrement réprimés sous l’Ancien Régime, ces jeux acquièrent droit de cité à la Révolution, s’installant même au cœur des villages et des bourgs.

Ainsi construit-on dès le XIXème siècle et pour la durée de la fête votive, des sortes d’arènes éphémères (les plans*), avec des charrettes et des tonneaux, pour faire courir des taureaux entre le château et l’église, comme à Marsillargues, devant tout le village.

La victoire taurine des perturbateurs provoque cependant encore des résistances auprès de la bourgeoisie et des autorités. La reconnaissance officielle de ces manifestations camarguaises si particulières, surviendra en même temps que l’autorisation d’introduire la corrida espagnole en France, sous le Second Empire.

Course libre et culture régionaliste

Cette reconnaissance s’appuie aussi sur un puissant courant de pensée régionaliste amorcé par Frédéric Mistral, écrivain de langue occitane, prix Nobel de littérature en 1904, et poursuivi par Folco de Baroncelli, marquis de Javon (appelé Lou Marqués par les Camarguais) et ses amis. D’une vieille noblesse florentine, ce jeune aristocrate d’Avignon rompt un jour avec son mode de vie bourgeois, pour vivre au fond de la Camargue la vie simple des paysans, des pêcheurs et des gardians. Théoricien de la beauté de cette vie, de ce pays et de ces gens, il décrit une Camargue idéale, fixe ses coutumes, ses fêtes, ses habits, et donne une place majeure au taureau.

Ainsi l’élevage des bovins devient-il une activité noble, rythmant la vie d’un pays entier, et n’est plus seulement un à-côté des grands domaines fonciers. Encore aujourd’hui, c’est cette Camargue écrite, racontée, imaginée par Folco de Baroncelli, Joseph d’Arbaud, Joseph Roumanille, Théodore Aubanel, que découvrent les visiteurs et que se sont appropriées plusieurs générations de Provençaux et de Languedociens. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2010

Nombre de pages

11

Auteur(s)

Alain PEYRE, Régine MAZAURIC

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf