La course camarguaise
La course camarguaise
Régine MAZAURIC * et Alain PEYRE **
* Attachée de conservation du patrimoine, Archives départementales de l’Hérault
** Chargé d’études documentaires, Archives départementales du Gard
Les jeux et la course avec les taureaux
Au XVIIIème siècle, il s’agit de jeux informels pratiqués avec les taureaux camarguais par les jeunes gens dans les bourgs et les mas. Ces taureaux noirs de taille moyenne, les cornes redressées, rapides et agiles sont attestés dans le pays depuis l’Antiquité. Ils vivent en troupeaux (manades* en provençal) dans les vastes espaces de Camargue et les régions voisines de Provence et Languedoc.
Ces manades se déplacent de pâturage en pâturage sur les terres de grands propriétaires, gardées par les gardians* qui montent les petits chevaux blancs de race Camargue.
Régulièrement, certaines bêtes du troupeau sont capturées et dressées pour le labour dans les mas, tandis que d’autres sont conduites à la boucherie.
Les jeunes du village réveillent alors l’agressivité des animaux en perturbant ces convois de boucherie ils leur font peur pour les faire s’échapper et les gardians doivent faire courir le troupeau pour distancer les semeurs de troubles. Cette perturbation spontanée et illicite du convoi de taureaux est devenue traditionnelle, peu à peu tolérée par la population, elle a donné l’abrivado* (l’arrivée des bêtes le matin au village) et la bandido* (le départ du village le soir), les deux temps forts qui encadrent le moment essentiel de la fête votive, la course.
Cette dernière elle-même dérive du jeu qui consistait pour les valets de ferme à exciter les taureaux prévus pour le labour, après le travail, dans la cour des mas, la bête ainsi enfermée chargeant aussitôt pour se défendre.
Des arrêtés d’interdiction
Défendus et sévèrement réprimés sous l’Ancien Régime, ces jeux acquièrent droit de cité à la Révolution, s’installant même au cœur des villages et des bourgs.
Ainsi construit-on dès le XIXème siècle et pour la durée de la fête votive, des sortes d’arènes éphémères (les plans*), avec des charrettes et des tonneaux, pour faire courir des taureaux entre le château et l’église, comme à Marsillargues, devant tout le village.
La victoire taurine des perturbateurs provoque cependant encore des résistances auprès de la bourgeoisie et des autorités. La reconnaissance officielle de ces manifestations camarguaises si particulières, surviendra en même temps que l’autorisation d’introduire la corrida espagnole en France, sous le Second Empire.
Course libre et culture régionaliste
Cette reconnaissance s’appuie aussi sur un puissant courant de pensée régionaliste amorcé par Frédéric Mistral, écrivain de langue occitane, prix Nobel de littérature en 1904, et poursuivi par Folco de Baroncelli, marquis de Javon (appelé Lou Marqués par les Camarguais) et ses amis. D’une vieille noblesse florentine, ce jeune aristocrate d’Avignon rompt un jour avec son mode de vie bourgeois, pour vivre au fond de la Camargue la vie simple des paysans, des pêcheurs et des gardians. Théoricien de la beauté de cette vie, de ce pays et de ces gens, il décrit une Camargue idéale, fixe ses coutumes, ses fêtes, ses habits, et donne une place majeure au taureau.
Ainsi l’élevage des bovins devient-il une activité noble, rythmant la vie d’un pays entier, et n’est plus seulement un à-côté des grands domaines fonciers. Encore aujourd’hui, c’est cette Camargue écrite, racontée, imaginée par Folco de Baroncelli, Joseph d’Arbaud, Joseph Roumanille, Théodore Aubanel, que découvrent les visiteurs et que se sont appropriées plusieurs générations de Provençaux et de Languedociens.
Moments d'une journée
La course camarguaise fait partie d’un ensemble de rites festifs qui se déroulent sur une journée, à la fois dans le pâturage des taureaux, sur le trajet vers le village, au cœur du village et après la course, durant le retour vers les prés.
A l’inverse de la corrida, dont elle est l’antithèse, la course camarguaise reste très populaire, interactive et libre d’accès pour tous, même si réglementation et organisation furent nécessaires ces dernières années pour garantir son avenir.
Après plus de 200 ans, le jeu des débuts est devenu aujourd’hui un sport reconnu et géré par la Fédération Française de la Course camarguaise créée en 1975.
Point fort d’une journée taurine, la course est précédée et suivie par d’autres évènements qui l’introduisent et la concluent :
- Le rendez-vous « aux prés » à 10 h le matin, pour assister au tri des taureaux qui seront amenés au village en abrivado; les taureaux d’une course étaient autrefois acheminés ainsi à pied des prés au village. Les gardians isolent de la manade 4 à 6 bêtes (de nos jours, ces taureaux d’abrivado sont différents de ceux de la course, les cocardiers, qui seront conduits au toril en chars), en s’aidant du trident* (ou fer) et les conduisent jusqu’au village, enfermés dans un cercle de cavaliers. Le long du parcours, les attrapaïres cherchent à faire échapper les bioùs* en les attrapant par la queue, en écartant les chevaux. A l’entrée du village, l’abrivado toute entière prend le galop et déboule ainsi dans le plan. Les taureaux de l’abrivado sont enfermés dans le toril (à part des cocardiers déjà arrivés pour la course de l’après-midi) et une vache aux cornes emboulées – la vachette de 11 heures – est lâchée dans l’arène pour les amateurs : n’importe qui peut alors tenter un raset !
- L’apéritif en famille ou au café, est une institution incontournable, il précède un bon repas et sa sieste complémentaire !
- La course proprement dite débute en générai vers 16 h. Elle comprend la sortie en piste de 6 taureaux ou vaches, avec un entracte de 15 mn après le troisième taureau. La course de chaque taureau dure 15 mn. La fin de course est alors proclamée, les courses des jours suivants sont annoncées, et c’est, avant la bandido, la vachette de 6 h. Une vachette emboulée est, comme celle de 11 h, lâchée dans le plan, pour l’amusement de la jeunesse, durant 10 mn, et sans attributs.
- Puis la bandido se prépare : il n’y a pas de course camarguaise sans abrivado et bandido! Son déroulement est le suivant on ouvre la grande porte des arènes, quelques gardians prennent position en face du toril, d’autres à la sortie. Les taureaux venus le matin avec l’abrivado jaillissent alors du toril, déboulent hors du plan à plein galop. Les spectateurs de la course se sont portés (pendant la vachette de 6 h) tout le long du parcours de la bandido, c’est l’attente dans les rues noires de monde. Des cris, un mouvement de foule au loin, et les têtes des chevaux et des gardians qui foncent à toute allure vers la sortie du village. Mais alors qu’à l’abrivado ils maintenaient les taureaux par devant, ici ils se contentent de leur ouvrir le passage dans la foule, tentent d’éviter la dispersion générale Et les « échappées » sont fréquentes ! Le lendemain et les jours suivants, des promeneurs se trouveront nez à nez avec un taureau évadé de la bandido, quelque part dans les champs ou les vignes ! Le dicton « un taureau revient toujours à sa manade » est si vrai que certains d’entre eux, mollement recherchés par les gardians, peuvent se balader à leur guise plusieurs jours.
Alors que tout le monde reflue vers les cafés pour l’apéro dansant, quelques aficionados puristes raccompagnent la bandido jusqu’aux prés, presque en silence, au petit trot, pour voir, au soleil couchant, quand les chevaux s’écartent, les taureaux regagner la manade.
Rituels de la course
Elle se déroule selon un rite immuable.
Une sonnerie de trompette annonce la sortie du toril du taureau le président de la course annonce le nom du taureau, le nom de la manade à laquelle il appartient, et les primes des attributs (cocarde et glands). Lors des concours de manades, le cocardier porte parfois, sur le garrot, la devise de la manade (ses couleurs). Pendant ce temps, le taureau en question fait le tour de piste et « prend son camp ».
Une seconde sonnerie, plus brève, indique aux raseteurs qu’ils peuvent raseter le taureau. Les raseteurs s’élancent alors à tour de rôle à la rencontre du taureau. Chacun décrit une courbe qui viendra croiser la course de l’animal qui vient vers lui. Quand taureau et raseteur se croisent, ce dernier se retourne en plein élan, pour prendre un attribut entre les cornes, avec son crochet* c’est le raset* (ou razet), qui désigne aussi bien le déroulement complet de l’action entre le raseteur et le taureau, que le geste très bref, le coup de crochet entre les cornes.
La préparation du raset est essentielle, elle est le fait du tourneur*, un ancien raseteur généralement, qui doit placer le taureau dans une position qui permette de le raseter correctement. Se tenant près des barrières sur le côté du taureau (à sa gauche pour un raseteur droitier, à sa droite pour un gaucher), il attire son attention en le faisant se tourner vers lui. Dès que la position est bonne, le raseteur qui attendait un peu en arrière du tourneur, s’élance et passe devant le taureau.
La survie du raseteur tient au démarrage plus tardif de son poursuivant, et surtout au fait qu’emporté par son élan, le taureau devra revenir vers l’homme qui déjà est passé devant lui. En fait tout est là : certains taureaux expérimentés anticipent cet instant, se dirigeant même parfois directement vers le point de la barricade où le raseteur devra sauter. Cette action intelligente et dangereuse du taureau s’appelle une « enfermée« . Il parachève souvent sa poursuite en accompagnant l’homme au-dessus des barrières, engageant tout l’avant-train, qui vient frapper les planches : c’est le coup de barrière*, l’action pugnace par excellence qui vaut aussitôt au taureau l’hommage de Carmen*.
Avant tout respecter le taureau
Cette course, d’abord séparée puis conjointe du taureau et du raseteur, a été réglementée, pour respecter le taureau le rythme des rasets successifs ne doit pas être exagéré, le raseteur ne doit pas « refermer » sa course, ce qui obligerait le taureau à des retournements épuisants. Enfin, le crochet, d’un type bien défini, ne doit jamais blesser l’animal. En 1972, le cocardier Joinville de la manade Lafont perdit l’œil droit à la suite d’un mauvais raset, malgré les soins prodigués par un professeur de la Faculté de médecine de Montpellier. Cela ne l’empêcha pas d’être sacré « Biou d’Or« , meilleur taureau de l’année !
Les attributs doivent être pris dans l’ordre : d’abord le plus prestigieux, la cocarde, petit morceau de ruban rouge (5 cm x 1 cm) attaché par une ficelle entre les cornes, et dont le nom viendrait de la période révolutionnaire, puis le premier gland, petit pompon de laine blanche, le second gland, tous deux attachés sous chaque corne par un élastique, ensuite le frontal, ficelle attachée entre les cornes, mais en arrière de la tête, enfin les première et seconde ficelles qui entourent de plusieurs tours la base des cornes. Il s’agit d’une simplification et codification des attributs, auparavant toutes sortes d’objets pouvaient être attachés aux cornes, que les amateurs courageux devaient aller chercher.
Des récompenses financières, les primes, sont données aux raseteurs pour chaque attribut enlevé. Elles dépendent de la réputation du taureau cocardier. Celui-ci entre en piste avec des attributs dont les primes de base sont annoncées. S’il se défend bien, les primes montent alors comme des enchères. S’il rentre au toril « intact« , avec tous ses attributs, il est alors le grand vainqueur ovationné et salué par Carmen. Certains grands cocardiers ont connu des enchères énormes. Le Sanglier, le plus célèbre de tous, qui a enthousiasmé tout le midi de la bouvine entre 1920 et 1930, a été primé jusqu’à 10 fois les primes de ses meilleurs rivaux
Mais l’aspect financier ne sera jamais dominant : les risques que courent les raseteurs sont considérables en regard de ces gains modestes (une cocarde peut rapporter de 15 à 300 euros selon la valeur du taureau). Par ailleurs, tout le monde peut enchérir, sponsoriser, ajouter quelques euros à la prime de base. C’est souvent le fait des édiles locaux, des commerçants, de clubs taurins, de simples aficionados*. Les montants restent dans la mesure des choses (quelques euros), c’est tout à l’honneur du milieu taurin. Le président de course, ou l’animateur, nomme au fur et à mesure les raseteurs qui se sont emparés d’un attribut.
Le quart d’heure écoulé (ou lorsque le taureau est entièrement dépouillé !), une sonnerie de trompette annonce la fin des rasets et la rentrée au toril. Les raseteurs n’ont alors plus le droit d’attaquer le taureau si celui-ci a conservé ses attributs. Si le taureau ne rentre pas de lui-même, on fait sortir le simbeù (ou bœuf conducteur ensonnaillé) qu’il suivra alors dans le toril. S’il refuse, le gardian de sa manade le hèlera en le touchant du trident. Parfois, surtout dans les courses de « taureaux neufs » (ceux qui font leur première sortie dans un plan), il faut le capturer en enroulant une corde autour de ses cornes, et le tirer ainsi à l’intérieur du toril.
Le monde des "aficionados"
Il existe différents types de courses camarguaises :
- la course de protection : c’est une course organisée spécialement pour les débutants, jeunes raseteurs et jeunes taureaux. Il est essentiel que les apprentis-raseteurs puissent raseter dans les conditions des grandes courses, pour progresser.
- la course royale : c’est un concours entre 6 cocardiers (ou vaches cocardières) d’une même manade.
- le concours de manades : concours entre 6 à 8 cocardiers (ou vaches cocardières) de manades différentes.
- la course de taureaux neufs : c’est la course des taureaux qui n’ont encore jamais couru dans un plan.
- la course de taureaux jeunes : course des taureaux de 3 ans. Ces deux derniers types de courses sont particulièrement spectaculaires, la colère des participants étant souvent à son paroxysme.
- la course de « taù »: c’est la course des taureaux entiers, non castrés.
Les clubs taurins
Il existe autant d’associations taurines que de plans de taureaux, soit près de 100 !
Parmi les plus anciennes sociétés taurines créées à la fin du XIXème siècle (même si des courses de taureaux étaient déjà organisées dès la fin du XVIIIè), on peut citer sans souci d’exhaustivité : la Société tauromachique de Montpellier (1897), le Club taurin lunellois (1898), la Société tauromachique de Lansargues (1898) et celle de Béziers (1899).
Certaines de ces sociétés s’occupaient aussi d’organiser des courses espagnoles (des corridas) qui nécessitaient davantage de moyens.
Le développement associatif autour des traditions taurines a conduit à la création en 1975 de la Fédération Française de la Course camarguaise (FFCC), qui établit les règles de ce « sport », sous la tutelle du Ministère de la Jeunesse et des Sports. Pourquoi, diront certains, ces traditions très populaires sont-elles devenues un sport et n’ont pas conservé le statut de « jeu » ou de » spectacle » ? Probablement parce que la course elle-même qui s’est orientée vers la compétition, est devenue l’activité essentielle de ces traditions et s’est peu à peu professionnalisée. Seules les abrivados, les bandidos et les vachettes de 11 h et de 6 h, permises à tout le monde, rappellent que la course camarguaise fut appelée aussi en ses débuts « course libre« .
Le "raset", un sport de haut niveau
Si les vachettes de 11 h et de 18 h sont pour tous les amateurs, du moins ceux qui savent un peu raseter, et surtout bien courir et bien sauter, les taureaux et les vaches des courses sont réservés aux raseteurs en titre, sportifs accomplis.
Pour enseigner l’art du raset, c’est-à-dire l’action de passer au plus près de la tête du cocardier pour lui enlever ses attributs, des écoles ont été créées sous l’égide de la FFCC. Les élèves y sont admis à partir de l’âge de 11 ans. Il en existe 8 dans le département de l’Hérault :
- Baillargues ;
- Lunel, créée en 1974, 10 élèves ;
- Marsillargues, 9 élèves ;
- Mauguio ;
- Pérols, créée en 2007, 4 élèves ;
- Portiragnes, créée en 2006, 13 élèves ;
- Vendargues, créée en 2000, 23 élèves ;
- Villeneuve-lès-Maguelone, créée en 2006, 27 élèves.
A chaque catégorie de cocardiers, taureaux jeunes, débutants, taureaux de 3 ans, puis cocardiers confirmés, correspond une catégorie de raseteurs. La course de protection, nous l’avons vu, permet à de jeunes raseteurs d’affronter de jeunes cocardiers, qui font aussi leur apprentissage (taureaux de moins de 6 ans).
Des compétitions annuelles ont été instituées par la FFCC :
- le Trident d’Or récompense le meilleur cocardier de la saison (une saison taurine s’étend de mi-mars à mi-octobre).
- le Trophée de l’Avenir récompense le meilleur raseteur jeune de moins de 24 ans.
- le Trophée des As récompense le meilleur raseteur de la catégorie Elite 1. C’est le Championnat de France de la Course camarguaise.
Les finales de ces compétitions se déroulent en général dans les grandes arènes antiques d’Arles ou de Nîmes.
Les grands raseteurs furent, bien sûr au premier chef Julien Rey, qui fut vainqueur du terrible Sanglier, puis plus proche de nous André Soler, Roger Pascal, Christian Chomel, Jacky Siméon qui écrivit ses mémoires, enfin Sabri Allouani qui fut fait récemment « Citoyen d’honneur du département de l’Hérault » par le Conseil Général.
"Lo Bioù", une légende vivante
Dans la course camarguaise, le taureau porte un nom, il est la vedette (et non le raseteur), sa carrière de cocardier ou de cocardière (pour la vache) dure de 5 à 10 ans, et sa gloire peut être immense, telle celle du Sanglier. De nombreux bourgs ont érigé des statues à leur mémoire (à Beaucaire, le Cailar, Saint-Laurent-d’Aigouze, le Grau-du-Roi, Lunel…), certains taureaux ont eu droit à des sépultures de héros (le Sanglier, Gandar …).
Le Sanglier (1916-1933) de la manade Fernand Granon-Combet
La naissance du plus célèbre taureau de Camargue, dans le Bois des Rièges près du Vaccarès, est digne des plus grandes pages de la mythologie antique. Selon la version de Chabalet, gardian de Femand Granon, au soir du 15 mai 1916, Il découvrit non loin de la vache Caillette et du petit veau qui venait de naître, une laie qui elle aussi avait mis bas ses marcassins. Le nom de Sanglier fut donc donné au vedelou par le gardian lui-même, Fernand Granon étant au front. Une autre version, racontée par Granon à la romancière Marie Mauron, dit que sa mère étant morte à la mise bas, le petit veau fut allaité par une laie qui venait de mettre bas dans le même fourré. C’est le facteur Claudius qui, passant chaque jour devant ce gros cyprès d’où provenaient des bruits, s’arrêta un jour et découvrit le veau et la laie nourricière. On retrouva la vache, morte, et on ramena au mas de Bardouine le petit orphelin, qui fut élevé au biberon par Mme Granon. Il grandit, fut remis dans la manade, échappant de peu aux ventes à l’abattoir que nécessitaient ces temps de guerre.
Bouvillon, il montrait une force et une agressivité peu communes. A sa première course à Aigues-Vives en 1919, encore taureau neuf, il cassa un bout de sa corne gauche contre un tonneau. Vers ses 4 ans, il commença à étonner le monde de la bouvine, les gens se déplaçaient en masse pour suivre ses courses.
On dit qu’à Saint-Laurent-d’Aigouze, il souleva une charrette pleine de spectateurs, qu’il brisa par ses coups de barrières* puissants nombre d’entre elles, qu’il était peu dangereux lors de la rencontre mais qu’il arrivait plus vite à la barrière, où il épinglait le raseteur méchamment. On dit aussi que les plus grands hommes voulurent le voir courir, ainsi le président Gaston Doumergue à Nîmes en 1924, et à Aigues-Vives en 1931, qu’il était jusqu’à 10 fois plus primé que ses concurrents, que des foules immenses emplissaient les plus grandes arènes où il courait.
Mais on dit aussi qu’il écoutait sagement son gardian, même dans un plan, qu’il fut gravement blessé par ses congénères dans la manade, et n’eut donc pas de descendance, qu’après sa grave blessure, remis dans la manade, il traversa de nuit Le Cailar et s’en revint au mas et qu’à la fin de ses jours, ses admirateurs venaient de loin pour le voir dans la cour du mas.
A sa mort il fut le premier cocardier à être enseveli « dans des draps neufs » ; un petit monument fut bâti au-dessus de sa tombe. Aujourd’hui on montre la tombe du sanglier à ses enfants, à ses amis, aux touristes, et on raconte alors toute la bouvino*.
A grand taureau, grand raseteur, des paires d’adversaires se sont ainsi créées. L’adversaire attendu du Sanglier fut le raseteur Julien Rey dit « Le Fondu« , lui seul put le dominer et lui arracha 29 fois la cocarde.
Le Sanglier est mort en 1933, dans la cour du mas des Granon. Ce cocardier est devenu une légende. Sa mémoire s’est maintenue de génération en génération. Il semblait bien avoir compris le jeu, il y fut meilleur que le meilleur des raseteurs. Aucun de ces derniers n’a acquis pour l’instant une telle notoriété. Une exposition lui fut consacrée au Centre d’Art et de Créations Contemporaines de Nîmes en 1983.
D'autres cocardiers fameux
- Duc, de la manade Lhoustau-Rouquette. Né en 1967 de la vache Duchesse et de l’étalon Mythra, sa vitalité, sa rapidité, son moral, ses finitions et son sens du combat le font vite remarquer. Il participe à de nombreuses finales du Trophée des As, avant d’être sacré Bioù d’Or en Arles en 1975. Il meurt à 18 ans au mas des Pauvres.
- Pascalet, de la manade Rebuffat. Cette manade créée en 1927, est dirigée depuis 1977 par une manadière, l’épouse du fondateur, Nicole Rébuffat. Né en 1971, Pascalet descend d’une lignée de la manade Baroncelli. Jeune, il est vaillant mais peu motivé. Cependant il prend goût peu à peu aux courses, jusqu’à dominer ses plus grands rivaux tels que Ventadour. Il remporte en 1980 la Cocarde d’Or, et le titre de Bioù d’Or. Il prend sa retraite à 14 ans en 1985 à St-Nazaire-de-Pézan. Une statue commémore son souvenir à Lunel, son pays natal.
- Samouraï, de la manade Saumade. Né en 1974, il est le fils de Bayle et Saladelle. Sa race et sa tournure suggèrent l’élégance d’un guerrier japonais. Vedette dès 1981, il réalise ses plus grandes compétitions dans les arènes de Marsillargues où il sème la terreur auprès des raseteurs, il y blesse ainsi Raymond Siméon. Il obtient la Palme d’Or en 1982 à Beaucaire, et devient Bioù d’Or en 1984 dans les arènes de Nîmes. Retiré de la course en 1988, il vit une retraite méritée à la Villa Marcelle où il meurt à l’âge de 23 ans. Il est enterré debout comme il sied à un grand seigneur.
- Sangar, de la manade Aune et Yves Janin. Né en 1983, à St-Hilaire-de-Beauvoir, de la vache Athéna et du tau Gitan, il reçoit le nom provençal d’un poisson, sangar. Il fera sa première course, et la dernière de sa carrière, dans les arènes du Grau-du-Roi. A 6 ans, il participe à la Palme d’Or, remporte la même année le Trophée du Mérite Taurin, et participe à la finale du Trophée des As à Nîmes. En 1991, sa grande année, il remporte la Palme d’Or, le Trophée de la Mer, le Prestige « Dur » au Grau-du-Roi, et devient Cocardier d’Or à Beaucaire. Comme la plupart des cocardiers, il est amoindri par des blessures internes dues aux coups de barrières répétés, ses forces diminuent. Il prend sa retraite en 1994.
- Scamandre, de la manade Boch-Jean. Né en 1993, il porte le nom du grand étang de Petite Camargue. Il participe en 1997 à la Finale des Courses de Protection à Bellegarde, et gagne sa réputation dans le plan de Vendargues. En 1999, il remporte le Trophée de l’Avenir à Chateaurenard. Son adversaire ce jour-là est Sabri Allouani, meilleur raseteur durant 5 ans (2000 à 2004), et qui contribuera à révéler les capacités du taureau. En 2003, il remporte la Palme d’Or à Beaucaire, puis le titre de Bioù d’Or dans les arènes de Nîmes. Lui aussi paie un lourd tribut à sa vaillance, les coups de barrières lui occasionnent cette même fin d’année une grave blessure au sternum, il doit subir une opération sérieuse. Pourtant il guérit, récupère et reprend du service.
De la place publique au plan et à l'arène
Jusque dans les années 60, les plans étaient éphémères, montés pour la durée de la fête votive, et démontés ensuite. Longtemps, chaque famille a installé un élément de cet entourage, barrières de bois, tonneaux, et derrière, une charrette où prenaient place les femmes, les petits et les vieux. Les jeunes étaient dans le plan pour « courséger » le bioù. Ces installations se perfectionnèrent, chaque famille assembla un théâtre, petite structure en bois comportant des gradins. Ces théâtres ainsi juxtaposés formaient le plan.
Par la suite, on a construit en avant de ces structures (mélange de théâtres et de charrettes), une barricade (ou barrière) à claire-voie, comportant des intervalles pour le passage d’un homme de profil mais impraticables pour le taureau (les « travettes« ). On a ainsi créé une contre-piste qui permit aux raseteurs de disposer d’un espace plus confortable pour le saut. Les mesures de sécurité se renforçant, les barricades devinrent pleines, les municipalités prirent à leur charge la construction de véritables gradins communaux. A la fin des années 60, ceux-ci ne furent plus démontés, et créèrent ainsi un espace disponible pour d’autres spectacles, à partir des années 90.
Entre-temps, dès le début des années 70, parfois même plus tôt, certains bourgs décidèrent d’abandonner le plan traditionnel sommaire et éphémère, pour bâtir en dur des arènes plus vastes, à l’extérieur de l’agglomération. Outre qu’elles rompaient avec la présence de la fête taurine au cœur de la société villageoise (église, château, mairie, commerces, cafés), elles adoptèrent une forme circulaire qui s’avéra néfaste à l’équilibre de la confrontation entre l’homme et le taureau, en privant ce dernier du choix d’un camp. La forme idéale d’un plan de course camarguaise est un rectangle aux angles abattus très arrondis, ces angles étant les refuges dans lesquels le taureau se sentira à l’aise et se défendra avec motivation.
Devant les pressions urbanistiques modernes, et chacun prenant conscience de la richesse de cette tradition exceptionnellement vivace, certains plans de taureaux furent désignés comme particulièrement représentatifs. Les gens de bouvine préfèrent en général le terme de plan à celui d’arènes. Ce dernier évoque en effet la corrida espagnole, et peut ajouter à la confusion des deux traditions taurines, fondamentalement différentes.
Le plan de Marsillargues
En Languedoc, 8 plans de taureaux sont protégés au titre des Monuments Historiques, dont celui de Marsillargues inscrit par arrêté du 22 février 1993 et reconnu par là même comme élément indiscutable de notre patrimoine culturel. Avec son célèbre « café-toril« , il est bordé par l’église, le château, et l’hôtel de ville.
C’est dire qu’il est installé sur la Grand’place, agrandie vers 1860 à l’instigation du maire Jean Viot qui souhaitait aérer l’intérieur de l’enceinte du village. Mais dès 1820, un aménagement des arènes est projeté à l’initiative de Charles Bouschairain, propriétaire et manadier à Marsillargues, et une « buvette » existe déjà sur le plan. Plus tard, des structures de bois ou « théâtres » appartenant à des particuliers forment l’enceinte extérieure des arènes, tandis que charrettes, tonneaux, planches et madriers servent de refuge aux raseteurs. Le 26 novembre 1926, le Conseil municipal autorise Clément Puccinelli, propriétaire du Café Français, à construire une marquise sur l’emplacement même de son théâtre.
Après la seconde Guerre mondiale, une véritable contre piste est créée, constituée de poteaux, remplacés au tout début des années cinquante par des barrières en planches. Jusqu’à cette date, les barrières et les théâtres privés rudimentaires étaient démontés à la fin de la fête votive, alors le plan redevenait l’aire de jeu favorite des enfants qui y jouaient au ballon, et l’espace de convivialité où les moins jeunes venaient blaguer sous les platanes.
A partir du 1er mai 1960, les arènes inaugurées sous leur forme actuelle ne furent plus jamais démontées. Outre la bouvine, elles accueillent d’autres spectacles (variétés, danses, tournois d’escrime, etc.) et parfois la grande histoire s’y inscrit : ainsi en mai 1968, la population ouvrière du village et de la Source Perrier les investissent et les orateurs syndicalistes montent à la tribune de la Présidence des courses.
Le 18 juin 2000, grâce à l’activité du Club Taurin La Sounaïa, les arènes sont baptisées du nom d’un grand mainteneur marsillarguois, Marcel Guillarmet.
La fe di bioù
Née il y a 200 ans d’un jeu perturbateur, la course camarguaise utilise l’instinct de défense des taureaux de Camargue qui chargent dès qu’ils se sentent menacés dans leur espace vital. Elle connaît un engouement croissant qui n’est pas dû à des effets de mode ou de media, en regard des foules qui s’y pressent. Seulement 4 quotidiens du Midi et un quotidien national ont ouvert des chroniques taurines.
Peut-être veut-on retrouver dans cette confrontation, un contact collectif avec l’animal, du temps où les bêtes sauvages se trouvaient libres, soudain en face de l’homme ?
Si elle s’inscrit toujours dans la tradition du Félibrige, ce courant culturel provençal essentiel pour son émergence dans la société méridionale, la course camarguaise a su entrer désormais dans notre société moderne et plurielle. Elle est reconnue désormais comme un sport, largement ouvert à tous les jeunes qui rêvent d’être héros du spectacle taurin. Issus de tous les milieux, ils s’approprient avec génie la culture provençale, en courant devant les cornes des taureaux.
Tout le monde trouve sa place, chacun peut goûter dans le plan, dans la rue, aux prés, ces instants fusionnels d’enthousiasme partagé (« l’estrambord« ). On joue à se faire peur, le taureau est un danger potentiel, il est le loup des contes de notre enfance.
Parents, grands-parents faisaient de même, aux mêmes endroits. Nous y amenons les petits, nous retrouvons cette peur qui fait plaisir. Soudain quelqu’un crie par derrière : « Aviso lo bioùs !! » (« Attention les taureaux !! »), tout le monde s’enfuit, grande rigolade, c’était pour rire !
Certes, on contraint un animal à faire peur parce qu’il a peur lui-même, mais ce jeu est maintenant encadré, les règlements préservent un subtil équilibre entre cette contrainte imposée et la résistance physique et morale du taureau.
Certains cocardiers devenus de vrais athlètes, gèrent réellement leur course, l’inquiète défense de leur espace vital est devenu peu à peu un jeu bien réfléchi. Comme aux prés, dans les joutes avec les autres taureaux. Ces sportifs de haut niveau que sont les raseteurs seraient alors quant à eux, de fantastiques dresseurs-éducateurs.
Lexique
Abrivado : signifie « accélérer le pas » ; à l’entrée du village, les gardians à cheval encadrent les taureaux qui arrivent des prés, et les lancent aussi vite que possible à travers les rues, tandis que les jeunes gens du village tentent d’écarter les chevaux pour faire s’échapper les taureaux : l’abrivado est donc l’arrivée des taureaux depuis leur lieu de pâturage jusqu’aux arènes.
Aficiounado : amateur fervent, souvent membre d’un club taurin (équivalent du supporter d’une équipe de foot).
Attributs : ensemble des pièces (cocarde, 2 glands – pompons formés de petits bouts de laine -, frontal et ficelles) accrochées autour des cornes du taureau chaque attribut est enlevé à l’aide du crochet et donne lieu à une prime pour le raseteur.
Bandido : signifie « l’échappée » à l’issue de la course, les taureaux sortent des arènes et sont lâchés dans les rues du village, accompagnés par les gardians à cheval, pour rejoindre les prés et la manade ; c’est l’inverse de l’abrivado.
Bioù : (voir aussi tau ou taureau) le bœuf de race Camargue, noir et de petite taille (moins d’ 1 m 50) ce terme s’emploie aussi pour les taureaux sauvages.
Bouvino : terme générique qui désigne tout ce qui est lié au taureau de Camargue (manade, gardians, chevaux, raseteurs…).
Camp du taureau : on dit qu’un taureau s’est « campé » quand il a choisi l’endroit du plan qu’il défendra contre les intrusions (attaques) des raseteurs. Son camp sera le plus souvent dans un coin, adossé à la barricade. Il chargera quiconque s’en approchera, pour y revenir aussitôt après.
Capelado : défilé et salut des raseteurs à la présidence et au public, juste avant la course.
Carmen : les premières mesures de l’ouverture de l’opéra de Bizet sont jouées pour honorer une action d’éclat, le plus souvent du taureau. Elles sont diffusées plus longuement lors de la rentrée au toril d’un cocardier particulièrement valeureux (jusqu’à « l’air du toréador« ). Là aussi la course camarguaise se pose en antithèse de la corrida : la musique de Bizet évoque un toréador dans sa gloire, un drame à venir. Le texte même de cet air a été détourné ici en une moquerie triviale populaire, reprise en chœur par les spectateurs de la course, tournant en dérision le toréador (« To-ré-a-dor, ton c. n’est pas en or, ni en argent, ni en fer blanc », etc.).
Char : à l’origine, les taureaux de la course étaient amenés à pied, puis il furent conduits en char, attelage qui les transportait des prés au village le matin de la course et qui repartait de même le soir aux pâturages ; aujourd’hui, les manadiers utilisent des camions toujours appelés chars.
Cocarde : petit ruban rouge de 5 à 6 cm retenu par une ficelle, placé entre les cornes du taureau, c’est le premier attribut qui doit être enlevé.
Coup de barrière : coup de poitrail que donne l’animal contre la barrière de protection, dans sa poursuite du raseteur.
Crochet : sorte de poignée métallique à 4 griffes tenue en main par le raseteur pour arracher les attributs (cocarde, glands et ficelles) accrochés sur la tête du taureau. Une barre transversale empêche les griffes de s’enfoncer trop et de blesser l’animal.
Emboulé (e) : taureau ou vache dont les cornes sont garnies de boules métalliques ou de fourreaux de cuir pour éviter de blesser les amateurs.
Encierro : lâché de taureaux dans un périmètre bien défini et sécurisé.
Fe di biou : « foi dans le taureau » ; la passion de tout ce qui touche à la bouvino.
Ferrade : marquage au fer du jeune taureau de 1 an (« anouble« ). C’est l’occasion pour le manadier de recevoir ses amis venus l’aider, en organisant une fête dans ses prés.
Fer : marque du manadier appliquée rougie au feu sur la cuisse gauche du jeune taureau.
Fer ou Ferre : voir trident.
Glands : 2èmes et 3èmes attributs d’un taureau en course. Ce sont des pompons de laine blanche attachés à chaque corne par un élastique.
Manade : elle désigne un troupeau de taureaux ou de chevaux.
Plan (ou arène) : à l’origine le plan est un espace clos (circulaire ou carré) formé par des charrettes, des tonneaux, des planches et des madriers, où se déroulent les courses camarguaises, généralement au cœur du village. Par extension, il désigne aussi bien l’emplacement dans le village, que les installations qui l’entourent. Il a évolué vers une forme idéale, a gagné le cœur des villages et s’est doté d’installations sécuritaires.
Raset : la rencontre du taureau et du raseteur quand ils se croisent dans l’arène.
Raseteur : homme agile et véloce vêtu de blanc, dont le rôle est d’enlever avec son crochet les attributs du taureau. Les raseteurs sont répartis en 2 groupes dans l’arène : les droitiers et les gauchers.
Simbeù : taureau plus âgé dont la fonction est de diriger la manade ; dans l’arène il est utile : on le fait sortir quand le cocardier refuse de rentrer au toril à la fin de son quart d’heure, en le voyant celui-ci le rejoint si le taureau ne suit pas le simbeù, un gardian vient le menacer avec le trident.
Taureau ou bioù : terme général désignant tout bovidé camarguais, qu’il soit taureau entier (étalon ou tau), taureau castré (bistourné, les cocardiers sont la plupart du temps castrés) ou vache. La distinction entre ces 3 catégories interviendra dans le programme précis d’une course.
Tourneur : ancien raseteur qui attire l’attention du taureau et le fait tourner dans la bonne position pour favoriser la course du raseteur dans le plan.
Trident : fer à 3 pointes (celle du milieu est plus courte que les autres) appelé « ferre« , c’est l’instrument de travail du gardian qui lui permet de trier les taureaux dans la manade.
Sources aux Archives départementales de l'Hérault
Série C (Intendance de Languedoc)
C 6812 Le curé de Saint-Gilles obtient qu’on arrête « les courses de taureaux » et demande grâce pour les coupables, 1750.
C 6814 Le chevalier de Catelan est insulté par Thélène « à la course de bœufs de Camargue » à Saint-Gilles. Éclaircissements donnés par Alison sur les courses de taureaux à Saint-Laurent-d’Aigouze et aux environs qui remontent à un temps immémorial, [1758-1759].
C 6819 Le curé de Saint-Gilles rappelle qu’en 1762 ou 1763 la course de taureaux avait été défendue devant l’église et sous les murs de l’hôpital ; on va récidiver ; jeu de vaches permis sur un terrain dépendant du fort de Nîmes, [1769-1772].
C 6820 Nicetti pourra jouer à Montpellier, mais ne pourra y donner de combats, ni de courses de taureaux ; pourtant on construit une arène, [1773-1777].
C 6823 Dispute à Milhaud lors d’une course de taureaux ; on redoute la vengeance des Nîmois, [1784-1785].
C 6825 Le curé de Saint-Gilles constate que « la course des bœufs éloigne de l’église presque tout le monde » ; un jeune veuf qui veut se remarier donnera « 3 louis pour faire courir les bœufs », sinon il subira un charivari, [1788-1789].
Sous-série 1 M (Administration du département)
1 M 535 Courses de taureaux organisées lors de fêtes publiques ou locales ; police particulière exercée sur ces manifestations (2 affiches), 1800-1897.
1 M 1017 Rapport sur les courses de taureaux dans le département, 2 septembre 1865.
1 M 1038 Lavérune : jeunes gens privés de bal et de courses de chevaux lors de la fête locale, parce qu’ils n’ont pas accompagné le maire à la messe, août 1873.
1 M 860 Répercussions locales des événements nationaux, janvier 1814 – janvier 1815. Juin : fêtes en l’honneur de la signature de la paix à Aniane, Ganges, Marsillargues (course de taureaux).
1 M 888 Lansargues : troubles pendant une course de taureaux contre Fermaud par des lunellois, septembre 1817 ou 1818.
Sous-série 4 M (Police, 1800-1940)
4 M 715-716 Fêtes, concerts, bals, théâtre, acrobatie, cirque, hypnose, courses de taureaux. – Autorisation, surveillance : circulaires ministérielles et préfectorales, arrêtés préfectoraux et municipaux, rapports de gendarmerie, demandes d’autorisations, plaintes, correspondance. 1817-1939.
4 M 863 Registre des associations : Société tauromachique de Béziers déclarée le 22 juin 1899 ; Club taurin lunellois déclaré le 12 août 1898 ; Société tauromachique de Montpellier déclarée le 13 août 1897.
4 M 918 Autorisations d’associations sportives : Société tauromachique de Lansargues déclarée le 20 décembre 1898 ; Société des amateurs de courses de taureaux déclarée le 24 mars 1898
Sous-série 2 O (Affaires communales)
2 O 145/28 Lunel. Construction et agrandissement du cirque à taureaux (arènes), 1861-1938. Coupe montrant l’agrandissement projeté, élévation de l’agrandissement projeté, dressés par le soussigné [signature illisible], le 20 février 1910.
2 O 146/5 Lunel-Viel. Écurie démontable pour courses de taureaux, 1932.
2 O 15111 Marsillargues. Arrêtés municipaux concernant les courseS des taureaux et la construction d’un plan, 1854 et 1900.
2 O 151110 Marsillargues. Arènes (1911-1923). Plan de l’amphithéâtre et du toril, 1923.
2 O 327/1 Vendargues. Instance en Conseil de Préfecture à la suite d’un accident lors d’un lâcher de taureau à la fête du village, 1930-1931.
Série FI (Documents figurés)
12 Fi 695 Fête à Lunel en juillet 2000, Pelet, D.R.
2 Fi CP 1420 178 – Lunel (Hérault) – Abrivado du 14 Juillet, George (photographe-éditeur), Arles-sur-Rhône. Début XXe s.
2 Fi CP 1421 177 – Lunel (Hérault) – Taureau de 11 h sur la place, George (phot.-éd.), Arles-sur-Rhône. Début XXe s.
2 Fi CP 3866 2 – Lunel-Course libre – Les Raseteurs attendent le Taureau pour enlever la Cocarde qui porte un Prix rémunérateur, Phototypie A. Bardou, C. Denuc, Montpellier. Début XXe s.
2 Fi CP 5803 68 – Arènes de Lunel – Course de taureaux à la cocarde – Un beau raset de Garonne, George (phot.-éd.), 1943.
Série W (Archives contemporaines)
1850 W 96 Vues d’une manade avec taureaux, chevaux et gardians. Diapositives numérisées ODAC.
1850 W 97 Manade de Fanfonne Guillerme. Diapositives numérisées ODAC.
1850 W 99 Ferrade dans une manade. Diapositives numérisées ODAC.
1850 w 333-353 Jeux taurins. Diapositives numérisées ODAC.
Recueil des actes administratifs du département de l’Hérault, (1821-en cours), Montpellier, préfecture de l’Hérault. [A.D.H., PAR 1525]
Annuaire du département de l’Hérault, annuaire administratif, historique, statistique et commercial de l’Hérault, 1818-1939 (quelques lacunes). [A.D.H., PAR 1600].
Bibliographie
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L’Aficion, journal hebdomadaire officiel de la Fédération des sociétés taurines de France et d’Algérie. Montpellier, Lunel, Béziers, Sète. [A.D.H., PAR 506 – État de la coll. : 1910-1933 (lacunes)].
La fe di biou, magazine mensuel de la Fédération française de la course camarguaise, Nîmes. . [A.D.H., PAR 2533 – État de la coll. : n° 1 à 18, 1997-2006 (lacunes)].
L’Echo du Vidourle, hebdomadaire fondé à Lunel. [A.D.H., PAR 604 – État de la coll. : 1919-1939, reparaît en 1947].
L’Echo du Vidourle, Languedoc-Roussillon, Cévennes, Camargue. [A.D.H., PAR 113 – État de la coll. : 1970-1977].
La Bouvino, traditions et courses camarguaises, mensuel, Nîmes. [A.D.H., PAR 3288 – État de la coll. : n° 87, fév. 1987-n° 108, mai 1989 (lacunes)].
L’Echo de l’Arène, revue taurine illustrée, irrégulier, Béziers. [A.D.H., PAR 584 – État de la coll. : oct. 1922-oct. 1932 (lacunes)].
L’Echo taurin, mensuel, Béziers. [A.D.H., PAR 3623 – État de la coll. : mai-oct. 1933 (lacunes)].
La gazette taurine montpelliéraine, journal hebdomadaire, tauromachie, Montpellier. [A.D.H., PAR 3603 – État de la coll. : n° 1, avril-n° 9, juillet 1926].
Sites internet
Fédération Française de la Course Camarguaise
485, rue Aimé Orand – 30000 Nîmes
Tél. : 04 66 26 05 35 – Fax : 04 66 26 18 24
Association loi 1901, déclarée à la Préfecture du Gard le 2 septembre 1975 sous le numéro 161. Agrée par le Secrétariat d’État à la Jeunesse et aux Sports par arrêté 30 S 50 du 17 octobre 1975.
- https://www.ffcc.info/
- https://lacoursecamarguaise.com/
- http://www.heraultsport.fr/pages/?page=511 (lien obsolète).
- http://www.saint-christol.com/v3/spip.php?rubrique90 (lien obsolète).
- http://coursecamarguaise.midiblogs.com/neophytes/ (lien obsolète).
- https://www.fetes-votives.net/
- http://coursecamarguaise.midiblogs.com/ (lien obsolète).
