La coopérative oléicole intercommunale de Pignan

* Diplômés du Master Gestion des Espaces Ruraux,
Aménagement et Développement Local (Université Montpellier III Paul Valéry)

Aujourd’hui, l’agriculture française est en pleine reconversion. Le nombre d’agriculteurs en France ne cesse de diminuer : en 2005 on comptait environ 545 000 exploitations contre 1 017 000 il y a encore 20 ans. Dans ce contexte général de déprise agricole, le secteur oléicole est à l’inverse en cours de relance. Ainsi, grâce au soutien des pouvoirs publics, l’oléiculture française, après un déclin amorcé dès le milieu du XIXe siècle (baisse de rentabilité, gels répétés), se trouve aujourd’hui dans une période de reconquête, même si les surfaces concernées restent encore modestes. Huit cent vingt hectares ont été plantés en Languedoc-Roussillon depuis 1997 dans le cadre du Plan de Rénovation Oléicole. L’accroissement de la production est accompagné d’une demande forte pour les produits dérivés de l’olivier qui renvoient à une image de terroir, de tradition et de Méditerranée. L’olivier d’ornement est aussi en pleine expansion, avec un évident effet mode, et beaucoup désirent aujourd’hui posséder un ou plusieurs arbres dans leurs jardins.

Le Languedoc-Roussillon est le deuxième bassin de production français 1 et place sa production dans une dynamique qualitative, renforcée par la mise en place de la traçabilité des denrées alimentaires et par l’obtention de l’AOC « Huile d’olive de Nîmes » sur un secteur gardois englobant quelques communes héraultaises. Le département de l’Hérault est le deuxième département producteur en Languedoc-Roussillon, derrière le Gard. La production émane d’une population de producteurs passionnés, très souvent retraités, peu d’exploitants agricoles s’étant reconvertis dans l’oléiculture, qui reste encore une culture d’appoint. Les producteurs héraultais tentent d’organiser leur production avec notamment la création de l’UPPO 34 2.

Cependant la filière oléicole se heurte à différents problèmes : le prix des huiles n’est pas compétitif par rapport à celui des productions en provenance d’Espa-gne, d’Italie, de Grèce ou d’autres pays méditerranéens et le prix du foncier agricole en zone périurbaine ne cesse de progresser. De surcroît, l’agglomération de Montpellier se caractérise par une croissance démographique particulièrement forte avec, pour conséquence, un étalement urbain aux dépens des espaces naturels et agricoles.

Dans ce contexte périurbain, l’oléiculture est actuellement en voie de développement. Elle correspond à une culture locale traditionnelle, comme l’atteste l’existence de nombreuses oliveraies, notamment dans le secteur des garrigues, et la présence de la Coopérative Oléicole Intercommunale de Pignan.

Au cours de l’année 2005, dans le cadre d’une formation universitaire, une étude sur l’oléiculture dans la région montpelliéraine a été réalisée au travers de cette structure coopérative, en partenariat avec l’INRA de Montpellier 3. Elle a porté sur la situation foncière et les pratiques culturales du bassin de collecte. Dans ce contexte, la mise en place de la traçabilité des olives apparaissait comme un atout pour le devenir de l’oléiculture, ici en zone périurbaine.

Dans cet article, nous dresserons le portrait de cette coopérative, en abordant successivement son histoire, la typologie de ses apporteurs, son bassin de collecte, sa production et ses perspectives de développement. Si la coopérative oléicole de Pignan apparaît comme un exemple particulier, elle n’en est pas moins représentative de l’oléiculture française, culture en cours de relance dans un monde agricole en mutation.

Historique

La Coopérative oléicole intercommunale de Pignan a été créée le 31 décembre 1939. À cette date, elle comptait 300 adhérents provenant de Pignan et de sept communes avoisinantes : Cournonsec, Cournonterral, Fabrègues, Montbazin, Murviel-lès-Montpellier, Saint-Georges-d’Orques et Saussan.

À cette époque, l’oléiculture était une culture complémentaire de la vigne, car les travaux agricoles s’effectuaient à des périodes distinctes et les vignes étaient souvent complantées d’oliviers. Cependant, l’importance de la production en olives a conduit les agriculteurs à mutualiser leurs moyens, en s’inspirant du modèle coopératif viticole en plein essor 4.

Après analyse des comptes-rendus des différentes assemblées générales, il ressort que, dès 1940, 665 oléiculteurs ont apporté 113 tonnes d’olives à la coopérative. En 1947, cette dernière comptait 2 640 adhérents, pour un volume d’apport de 286 tonnes. Lors de la campagne de 1955-1956, une récolte record en olives a été enregistrée, avec un apport de 950 tonnes. Le gel de février 1956 viendra anéantir cet élan de …production. Une chute très importante des apports a été enregistrée dès la campagne 1956-1957 : la coopérative de Pignan a été mise en sommeil et le moulin a été démonté et vendu. Seul un point de collecte a été conservé sur le site. Deux assemblées générales extraordinaires se tiendront entre 1965 et 1975, destinées à mettre en concordance les statuts de la coopérative avec la réglementation concernant les structures coopératives.

La coopérative oléicole intercommunale de Pignan
Fig. 1 La coopérative oléicole intercommunale de Pignan. (Cliché P. Laurence)
Apports à la coopérative
Fig. 2 Apports à la coopérative.
(Cliché P. Laurence)

Dans les années 1970, la production du bassin de Pignan est relancée grâce au recépage des arbres gelés, aux aides mises en place en 1966 et à la motivation de certains producteurs attachés à l’olivier. Il faut cependant attendre la campagne 1987-1988 pour avoir à nouveau des statistiques sur les volumes d’apports : 19 tonnes sont apportées lors de cette campagne, puis 6o tonnes en 1988-1989. La coopérative ne disposant plus de moulin, des relations sont tissées avec l’huilerie coopérative de Clermont-l’Hérault, afin d’assurer la trituration des olives pour obtenir l’huile, qui est ensuite distribuée aux adhérents.

En 1985, une structure de commercialisation commune aux deux coopératives est créée : l’Olidoc. La coopérative de Clermont-l’Hérault possède la majorité des parts de cette structure. Par la suite, la coopérative oléicole de Pignan, qui disposait d’un volume d’apports suffisant, a souhaité développer une politique de production autonome. Lors de la campagne 2003-2004, une unité de commercialisation propre à la coopérative oléicole de Pignan est créée, l’Olicoop, dotée d’un magasin de vente. La coopérative décide d’assurer la collecte des olives produites sur le bassin de Pignan 5a> ainsi que la vente des huiles, la trituration étant confiée à des structures privées. Une convention triennale est signée avec les mouliniers de Combaillaux et Saint-André-de-Sangonis (Moulin de la Garrigue) mais, dès l’année 2004, le moulin de Combaillaux cesse sa collaboration en raison d’un manque de capacité. L’ensemble des olives collectées à Pignan est dès lors trituré au Moulin de la Garrigue. À ce jour, la coopérative compte près de 1 450 inscrits, dont 880 apporteurs au cours des trois dernières années.

La mise en bouteille
Fig. 3 La mise en bouteille. (Cliché P. Laurence)
Le magasin de vente
Fig. 4 Le magasin de vente. (Cliché A. Ausset et G. Soulé)

Le bassin de collecte et la production actuelle

Le bassin de collecte actuel recouvre aujourd’hui près de 60 communes du pourtour montpelliérain. Une grande partie de ces communes est située directement dans le périmètre de la Communauté d’Agglomération de Montpellier, en zone essentiellement périurbaine. La plupart des apporteurs proviennent toutefois des communes qui ont originellement constitué la coopérative. Il existe aussi un nombre significatif de coopérateurs dans les communes de la frange littorale les mêmes fluctuations. Les retraits en huile destinés à la consommation personnelle des coopérateurs représentant en moyenne 5 500 litres par campagne, la coopérative n’a à sa disposition que des quantités assez réduites en huile à commercialiser, via Olicoop. Lors de la campagne 2005-2006, des huiles variétales comme la Rougette de Pignan, essentielles à l’image de marque de la structure, étaient en rupture de stock dès les mois d’octobre et novembre 2006.

Au fil des années, la quantité d’apport en olives se révèle fluctuante se dessinent ainsi des baisses de production lors des campagnes 1999-2000 et 2001-2002. Une hausse de la production intervient ensuite sur les campagnes 2002-2003 et 2003-2004, pour atteindre un pic de collecte de près de 120 tonnes d’olives. Malheureusement, durant les campagnes 2004-2005 et 2005-2006, en conservant pratiquement le même nombre d’apporteurs, une chute des apports est constatée, avec respectivement 77 et 74 tonnes. Cette fluctuation des apports reflète le cycle de production de l’olivier, soumis à une alternance bi-annuelle et, de surcroît, très sensible aux aléas climatiques : coulure 6, sécheresse, grêle, années de mouche.

La production d’huile, avec une moyenne annuelle de 15 % de rendement, soit 15 litres d’huile pour 100 kilogrammes d’olives triturées, a naturellement suivi.

Répartition des apporteurs au sein du bassin de collecte
Fig. 5 Répartition des apporteurs au sein du bassin de collecte

Typologie des apporteurs

La première caractéristique des apporteurs de la coopérative oléicole de Pignan tient à la grande disparité dans les volumes des apports, associée au nombre élevé de petits apporteurs. Ainsi, près de 3 % des adhérents de la coopérative totalisent 37 % des apports et 32 % des producteurs réalisent 86 % du volume d’apport total. Ainsi, 10 apporteurs sur plus de 600 que compte la coopérative ont une production qui peut être qualifiée de significative, puisqu’elle dépasse les 3 tonnes d’apport d’olives par an. A contrario, 68 % des adhérents produisent 14 % du volume d’apport total. Il s’agit d’une caractéristique assez générale de l’oléiculture française, que l’on retrouve ici à Pignan 7.

Au-delà du volume des apports, la typologie des apporteurs se décline principalement autour de trois facteurs : l’âge, l’origine de cette activité et la surface qui lui est destinée.

La moyenne d’âge des apporteurs est élevée, 63 ans, et plus d’un quart est âgé de plus de 70 ans. Ceci sous-entend que l’entretien de nombreuses parcelles est tributaire de l’état de santé de leur propriétaire. Beaucoup d’apporteurs de la coopérative oléicole de Pignan sont en effet des personnes retraitées qui souhaitent maintenir une activité et un patrimoine. L’oléiculture n’apparaît pas, dans ce cas précis, comme une profession agricole à part entière mais comme une passion qui s’exerce lors de la retraite. Seulement 5 % des apporteurs sont des exploitants agricoles et plus de 50 % sont issus d’un domaine d’activité sans lien avec le milieu agricole (artisanat, fonction publique). La majorité des adhérents est donc constituée de personnes amoureuses de l’olivier, de sa symbolique et de ses origines méditerranéennes. Malgré une moyenne d’âge élevée, soulignée précé-demment, une grande partie des apporteurs a d’ores et déjà un successeur. Dans de nombreux cas, les oliviers sont d’ailleurs entretenus pour les enfants, voire les petits-enfants.

Dans la majorité des cas (37 %), les oliviers proviennent d’une succession familiale, tandis que 16 % des apporteurs ont acheté une oliveraie et 17 % ont acheté un terrain pour y planter des oliviers. Ceci témoigne du regain d’intérêt porté à cet arbre en tant que bien familial, dans un contexte d’engouement régional, qui succède à une désaffection suite au gel de 1956. Le plus fort mouvement d’intérêt pour cette culture se situe dans les années 1985 et jusqu’en 2000, période où l’on note le plus grand nombre de restructurations ou de plantations. Ce fait est aussi à mettre en relation avec la mise en place de plans de rénovation oléicole et avec la reprise d’activité de la coopérative, dans les années 1985.

En moyenne, les apporteurs de la coopérative oléicole possèdent seulement une à deux parcelles cultivées en oliviers. Ceci concerne 8 % des apporteurs. Dans ce contexte, un apporteur attribue à peine un hectare à cette culture. Au total, à l’échelle du bassin de collecte, 40 à 50 hectares sont ainsi destinés à l’oléiculture, ce qui est peu comparés aux 2 700 ha cultivés dans l’Hérault 8. Ceci s’explique par l’âge des apporteurs mais aussi par le fait qu’à travers la culture de l’olivier le profit et la rentabilité ne sont pas recherchés en priorité par la majorité des acteurs.

Les surfaces plus importantes, environ deux hectares, se rencontrent auprès des exploitants agricoles en activité ou à la retraite et elles succèdent souvent à des parcelles de vignes arrachées. Les surfaces supérieures à 7 hectares, quant à elles, sont situées uniquement sur le site oléicole du Mas Dieu.

Chaque apporteur ne cultive également qu’un nombre réduit d’arbres, à savoir moins de 50 arbres dans 41 % des cas. Ce faible nombre d’arbres cultivés peut s’expliquer par l’âge des coopérateurs, par la forte demande en main d’œuvre de la culture de l’olivier et par l’absence souvent de visée économique. De plus, pour certains, la passion s’étend à l’arboriculture en général : ils possèdent, outre des oliviers, des amandiers, des cerisiers et d’autres arbres fruitiers.

En ce qui concerne l’âge des oliveraies, 34 % sont antérieures à 1956. Ceci suppose que les oliviers aient été régénérés par une taille sévère ou qu’un recépage ait été effectué. À l’opposé, 41 % des parcelles cultivées en oliviers ont moins de 20 ans, parmi lesquelles 22 % viennent d’entrer en production optimale ou y entreront bientôt 9. On peut donc dire qu’un tiers des parcelles sont âgées, un tiers des parcelles remontent aux années 1960-1970 (années d’encouragement et de relance de l’oléiculture à travers des variétés clés) et un tiers des oliveraies sont très récentes.

Les oliveraies sont souvent entourées d’éléments vernaculaires comme des clapas (tas d’épierrement), des murets-clapas ou des capitelles, cabanes de pierre sèche édifiées par les paysans défricheurs entre le XVIIème et le XXème siècle et utilisées en tant qu’abris temporaires, entrepôts pour les outils ou pour se protéger du mauvais temps. Ces éléments patrimoniaux se rencontrent plus fréquemment dans les oliveraies éloignées des habitations, en garrigue. Une partie de ce patrimoine rural est encore à ce jour préservé et l’engouement renaissant pour l’olivier va souvent de pair avec la sauvegarde de ces constructions, quand il n’encourage pas leur rénovation.

Une oliveraie régénéréee
Fig. 6 Une oliveraie régénéréee (Cliché A. Ausset et G. Soulé)
Bouteilles d'huile variétales et toutes variétés
Fig. 7 Bouteilles d'huile variétales et toutes variétés. (Cliché A. Ausset et G. Soulé)

En ce qui concerne les variétés, les adhérents de la coopérative oléicole de Pignan cultivent principalement, par ordre d’importance, la Picholine et la Lucques – destinées à l’olive de bouche – et la Rougette de Pignan. Cette dernière variété constitue un atout pour la coopérative : il s’agit d’une variété locale traditionnelle, produisant une huile de très bonne qualité. Sa typicité prononcée, ainsi que sa qualité organoleptique, ont été plusieurs fois récompensées au Concours général agricole de Paris 10. De plus, la variété Rougette de Pignan figure à ce jour dans le dossier de création de l’AOC « Huiles d’olives Languedoc-Roussillon », afin de représenter le bassin de production Vallée de l’Hérault. Cette variété peut être développée par le biais de plantations ou de restructurations de vergers, que la coopérative encourage en rémunérant davantage les apports de Rougette de Pignan.

Au niveau de la technique culturale, le bassin de collecte présente une importante hétérogénéité. Ceci est dû au fait, comme nous l’avons mentionné précédemment, que les adhérents de la coopérative sont essentiellement des amateurs. De plus, la profession oléicole est peu structurée et peu professionnalisée. Seule l’AFIDOL (Association Française Interprofessionnelle De l’Olive) et l’UPPO 34 (Union des Producteurs et des Professionnels de l’Olive de l’Hérault) encadrent l’ensemble de la filière sur le plan technique. Enfin, la structure actuelle de la coopérative oléicole ne permet pas de procéder à une vulgarisation agricole appuyée sur le terrain par un technicien, en raison de moyens financiers limités.

Malgré tout, la motivation et l’implication des apporteurs pignanais dans la qualité de production de leurs olives débouchent aujourd’hui sur l’obtention d’une médaille d’argent en 2005 et d’une médaille d’or en 2006 au Concours général agricole sur une huile dite « Toutes variétés », regroupant un panel des différentes variétés d’olives. Ceci peut traduire une hausse de technicité des apporteurs sur les pratiques culturales ainsi que sur les traitements phytosanitaires luttant contre les principaux ravageurs et maladies de l’olivier. Une vulgarisation des pratiques culturales opportunes a commencé à être mise en place par des organisations syndicales, telles que l’UPPO 34, et interprofessionnelle, telle que l’AFIDOL, via Internet ou lors des réunions avec les producteurs.

Le devenir des parcelles oléicoles

Le classement des parcelles au Plan d’Occupation des Sols ou Plan Local d’Urbanisme est un indicateur fiable de la durabilité des oliveraies sur le bassin de collecte de Pignan. Près de 70 % des parcelles cultivées en oliviers sont classées en zone agricole, qu’il s’agisse de vergers anciens ou bien d’oliviers plantés sur d’anciennes vignes. 14 % sont également classés en zone naturelle non constructible il s’agit principalement des oliveraies situées en pleine garrigue, place qui leur était anciennement dévolue car la vigne y était difficilement cultivable. Enfin, seulement 18 % des parcelles cultivées en oliviers sont classées en zone constructible. Mais ici, il faut tenir compte que de nombreux oliviers se situent déjà dans des jardins, voire des parcs attenants aux habitations, en raison de la construction de lotissements dans d’anciennes oliveraies. Pour l’anecdote, certains lotissements ont pris pour nom « Olivier » ou, dans d’autres cas, certaines rues ont été baptisées de ce nom. Les propriétaires de ces oliviers figurent parmi les adhérents apportant de faibles quantités d’olives. De ce fait, les parcelles classées en zone constructible sont peu ou pas soumises à la pression foncière, à la différence des parcelles classées en zone agricole, plus sensibles à cette pression. Néanmoins, il est encourageant de constater que seule une minorité des oliveraies classées en zone agricole paraît subir cette pression foncière 11. Nous avons donc ici un bon indicateur de durabilité de laculture d’olivier en zone périurbaine. L’urbanisation des oliveraies concerne surtout Montpellier et sa proche couronne, à forte croissance démographique, notamment les communes de Saint-Georges-d’Orques, Grabels, Clapiers et Lavérune.

Les projets des adhérents pour leurs oliveraies

Parmi les apporteurs actuels, 62 % n’envisagent pas de mener de nouvelles plantations. L’âge de l’exploitant est certes un argument majeur, mais pas seulement. En effet, la plupart d’entre eux manquent de surface pour cultiver de nouveaux oliviers. Pour d’autres, il est clairement affirmé qu’ils ont « satisfait leur passion » et ne peuvent ou ne désirent pas investir davantage. Cependant 38 % des apporteurs souhaitent agrandir leur verger. Cette volonté d’extension montre, là encore, l’attractivité de la culture de l’olivier. Les producteurs de Pignan et des communes avoisinantes semblent les plus motivés. On peut donc penser que la proximité de la coopérative et les services qu’elle rend, encouragent le développement de cette culture.

Certains apporteurs ont un projet de plantation très avancé et même, dans certains cas, ils sont dans l’attente des plants. Quelque soit l’avancement du projet, le choix de la ou des variétés à introduire est nettement précisé. La Rougette de Pignan est la variété la plus fréquemment envisagée, suivie de près par la Picholine et par la Lucques. La Rougette de Pignan est très souvent choisie car il s’agit d’une variété traditionnelle locale, offrant une huile d’excellente qualité, et en raison du « bouche à oreille » qui vante ses mérites. En ce qui concerne la Picholine et la Lucques, ce sont deux variétés d’olives destinées tant pour l’huile que pour l’olive de bouche, polyvalence qui motive le choix de nombre des apporteurs 12. De plus, un projet d’AOC sur la Lucques a été déposé auprès de l’INAO (septembre 2001).

L'avenir de la coopérative oléicole

Plantations du Mas Dieu, juin 2006
Fig. 8 Plantations du Mas Dieu, juin 2006. (Cliché A. Ausset et G. Soulé)
Mise en place de la traçabilité
Fig. 9 Mise en place de la traçabilité. (Cliché P. Laurence)

Depuis plusieurs années, la coopérative oléicole de Pignan s’interroge sur la nécessité et la possibilité d’installer un moulin au sein de sa structure. Ceci permettrait de contrôler l’ensemble de la chaîne de production en huile, ainsi que de pérenniser et rentabiliser le volume d’apport de ses adhérents. À partir de ce constat, une étude interne a été lancée afin de définir le seuil d’apports en olives minimal qui permettrait de pouvoir envisager la mise en place du moulin. Celui-ci se situe aux alentours de 150 tonnes d’olives par an, objectif encore non atteint mais qui pourrait l’être dans les années à venir grâce au projet oléicole du Mas Dieu, dont la coopérative de Pignan est le maître d’ouvrage. Sur ce site, 50 hectares d’oliviers ont été plantés, soit 15 000 arbres. Grâce à ce projet, une production de 200 tonnes d’olives par an peut être espérée à l’horizon 2010, comprenant un tiers d’olives de bouche et deux tiers d’olives destinées à la production d’huiles. En pleine production, ce site pourrait fournir jusqu’à 400 tonnes d’olives par an. Dans ce contexte, la mise en place du moulin serait opportune dès la campagne 2009-2010. Il reste à définir les conditions de la mise en place de la trituration des olives plusieurs projets sont aujourd’hui à l’étude. Autre initiative, sur un périmètre de 300 hectares environ situé sur la commune de Pignan, la coopérative oléicole impulse un projet d’aménagement agricole, pastoral et paysager, toujours dans le but d’accroître la production en olives de son bassin. On attend une régénération de 30 à 40 hectares d’oliviers, qui pourrait permettre une production, à l’horizon 2012, de 80 à 100 tonnes d’olives.

La coopérative oléicole de Pignan souhaite également améliorer l’information, la formation et la mise en relation des producteurs avec les organismes techniques professionnels et interprofessionnels concernés, ceci dans l’optique d’améliorer le verger. On peut illustrer ceci par la mise en place progressive depuis 2006 de la traçabilité des olives. Cette dernière repose sur une gestion des olives par lot, tout au long de la filière de production 13. La coopérative est convaincue de la nécessité de la traçabilité, car cette action s’intègre totalement dans la démarche de qualité qu’elle souhaite mettre en place.

Une unité de stockage
Fig. 10 Une unité de stockage. (Cliché P. Laurence)

La Coopérative oléicole intercommunale de Pignan, structure composée à ce jour de bénévoles, est le reflet de la grande majorité de ses apporteurs, qui cultivent l’olivier, non dans un but lucratif mais par passion. Ce fait est à considérer, car il présente un avantage, la préservation de la production quel que soit l’état du marché. Des apporteurs plus professionnalisés seraient plus tributaires du cours d’achat des huiles.

Toutefois l’amateurisme de certains apporteurs doit être encadré par la coopérative, afin que les pratiques culturales soient les plus opportunes, notamment en ce qui concerne les traitements phytosanitaires. La coopérative en est aujourd’hui consciente. C’est la raison pour laquelle elle met en place la traçabilité des apports. Parallèlement, elle a modernisé son atelier d’embouteillage. Tous ces efforts sont aujourd’hui récompensés par l’obtention de prix dans des concours agricoles et par le sentiment d’un certain accomplissement chez les apporteurs. Enfin, la coopérative travaille sur l’homogénéité des volumes d’apports d’une année sur l’autre. Ceci se traduit par la plantation, par exemple, de 50 hectares sur le site du Mas Dieu ou par la restructuration d’oliveraies, au travers du projet d’aménagement et de valorisation agricole, pastorale et paysagère sur la commune de Pignan. À terme tout ceci devrait augmenter le volume des apports à la coopérative, tout en lui permettant de maîtriser la trituration des olives, ce qui lui donnerait une totale indépendance.

Notes

   1.Loin cependant derrière la région PACA : 15 % de la production d’huile dolive contre 71 %.

   2.Union des Producteurs et Professionnels de l’Olive de l’Hérault.

   3.Cet article est issu d’un travail de mémoire de Master 1, sous la responsabilité de Mme Lucette Laurens. A. Ausset et G. Soulé, Étude sur le devenir de la culture de l’olivier en zone périurbaine au travers de la mise en place de la traçabilité à la Coopérative Oléicole Intercommunale de Pignan, Master 1 Gestion des Espaces Ruraux Aménagement et Développement Local, Montpellier, Université Paul Valéry, 2005. Nous remercions chaleureusement tous passionnés et bénévoles qui ont accepté de partager leur savoir.

   4.La cave coopérative viticole de Pignan a été elle-même créée en 1938.

   5.Voir carte ci contre.

   6.Accident de fécondation de la fleur.

   7.Jean-Pierre Bezoc (Office National Interprofessionnel des Oléagineux, Marseille), L’oléiculture au début du XXIe siècle, communication au colloque L’olivier et l’identité des pays de l’Europe méditerranéenne, 18 mars 2006, Université de Montpellier III, à paraître.

   8.Duriez Jean-Michel, Arger Nathalie, Nasles Olivier, Barbera Thérèse, Le Languedoc-Roussillon, l’autre pays de l’olivier !, Lattes, AFIDOL antenne Languedoc-Roussillon, www.afidol.org, mai 2004, p. 8.

   9.Un délai de 5 à 10 ans est nécessaire, selon les conditions de culture, avant l’entrée en production.

   10.  Elle a obtenu la médaille d’or à plusieurs reprises depuis 2000.

   11.  Dans notre enquête, près de 86 % des apporteurs ayant des parcelles en zone agricole ont estimé que leurs oliveraies ne seraient pas touchées par de futures extensions urbaines.

   12.  La Picholine est aussi l’une des trois variétés principales de l’AOC « Huile d’olive de Nîmes », ce qui contribue à sa notoriété.

   13.  La traçabilité des huiles d’olive, selon la directive européenne n° 178/2002 s’inscrit dans le contrôle de la sécurité alimentaire.