Jean Moulin, Préfet de l’Aveyron
Jean Moulin, Préfet de l’Aveyron
* Docteur ès Lettres, Histoire. Directeur du CROP Midi-Pyrénées par intérim
Introduction
Héros de la Résistance, héros type des temps modernes, pur parmi les purs, tel apparaît aujourd’hui Jean Moulin. La légende qui s’est emparée de lui n’a laissé en lumière que les dernières années de sa vie et ce jour mémorable de décembre 1964 où le Président de la République l’accompagna jusqu’aux marches du Panthéon de la République, parmi les grands de France. Jusqu’à cette reconnaissance nationale, le premier président du CNR était simplement regardé comme un homme de la Résistance parmi tant d’autres. Lorsque trois ans plus tôt, en septembre 1961, lors d’un déplacement à Rodez, Charles De Gaulle avait déposé une gerbe en forme de Croix de Lorraine devant la façade de la Préfecture, au pied du médaillon de bronze dédié à la mémoire de Jean Moulin, « Ancien préfet de l’Aveyron, héros de la Résistance », la presse dans son ensemble avait consacré quelques lignes seulement à l’événement. Quoi d’étonnant à cela ! C’est une constante, en Aveyron, depuis la Libération, les chroniqueurs et autres mémorialistes sont restés aveugles et peu clairvoyants, devant la marche de Jean Moulin vers l’histoire.
Jusqu’aux années 1980, tombée dans un relatif oubli, la figure du fédérateur de la Résistance est rarement valorisée et ne bénéficie au plan départemental d’aucun statut spécifique 1. Dans le même temps, se superposant à celle des Aveyronnais d’origine, la Résistance des communistes et celle des gaullistes occupe pratiquement tout le terrain du souvenir et de la commémoration 2. Le 17 juin 1983, journée nationale Jean Moulin, pour la première fois, les nombreuses cérémonies organisées à Rodez et dans les principales localités, donnent aux représentants de la Résistance locale l’opportunité d’évoquer « l’action efficace et courageuse du Lazare Carnot de la Résistance » 3. Désormais, c’est indéniable, le symbole Jean Moulin est définitivement amalgamé à la Résistance aveyronnaise.
Longtemps délaissée, l’histoire de Jean Moulin connaît, depuis une vingtaine d’années, un renouveau assez spectaculaire. Mais ce succès tient surtout au fait que certains témoins, journalistes ou historiens ont voulu donner de lui une image polémique voire sulfureuse. Ces auteurs ont fait de Jean Moulin, tour à tour un cryptocommuniste, un agent soviétique et un allié des américains. Loin de ce sensationnalisme et bénéficiant de l’apport de travaux récents et de problématiques actualisées, le présent article a pour unique objet d’étudier les rapports parfois conflictuels entre, d’une part un préfet républicain, de gauche et antifasciste et d’autre part un département rural, traditionaliste et conservateur 4. Si on connaît le héros, l’homme et le haut commis de l’État, on connaît assez peu le préfet de l’Aveyron. Jean Moulin n’a pas surgi de l’effondrement de 1940 et sa rencontre avec la Résistance n’a été ni fortuite, ni consécutive à un choix de circonstance. Qu’y avait-il donc derrière l’habit de gloire et de souffrance ? Qui était ce préfet dont le nom, aujourd’hui, pare un collège, trois écoles et quelques rues des villes de l’Aveyron 5 ? Quels ont été ses activités, ses choix et ses réactions face aux événements ?
Un préfet républicain dans un département rural, traditionaliste et conservateur
Les préfets changent fréquemment en Aveyron. De 1900 à 1950, il en est passé 24. La plupart ne firent que de courts séjours. Préfet de l’Aveyron à deux reprises, Jean Moulin ne déroge pas à cette norme : il le fut une première fois, seulement pour quelques semaines, du 26 janvier au 26 avril 1937, avec entrée en fonction le 2 mars et une seconde fois, pour une période de neuf mois, du 20 avril 1938 à la fin janvier 1939, avec entrée en fonction le premier juin.
À son arrivée à Rodez, haut fonctionnaire, jeune et brillant, Jean Moulin vient de franchir aisément, sans avoir bénéficié de privilège particulier fait souligné par tous ses biographes – toutes les étapes de la voie préfectorale : il est successivement, à 23 ans, chef de cabinet (en 1922), à 26 ans plus jeune sous-préfet (en 1925) et à 38 ans plus jeune préfet de France (en 1937). Ses postes précédents l’ont conduit à parcourir une grande partie de la France : Savoie (Chambéry, Albertville et Thonon-les-Bains), Bretagne (Châteaulin), Île de France (Montargis) et Picardie (Amiens). Son père, professeur d’histoire et de lettres modernes, notable radical-socialiste et franc-maçon, élu du premier canton de Béziers, lui avait permis de démarrer dans la carrière en obtenant, en 1917, de Causel, préfet de l’Hérault, qu’il le prenne comme attaché dans son cabinet, pour le former. Sa rapide carrière a bénéficiée de trois atouts majeurs : des extraordinaires qualités intellectuelles et humaines, de réelles qualités d’administrateur et un réseau relationnel dense et de qualité. Outre la fréquentation assidue d’hommes politiques influents, dont plusieurs ministres, Jean Moulin dispose de l’amitié de Pierre Cot, jeune et brillant avocat, qu’il a aidé à devenir député de Chambéry, en 1928. N’appartenant à aucun groupement, ni à aucune formation politique de gauche, Jean Moulin est un préfet de l’appareil radical-socialiste. Très tôt lié à la mouvance de ce parti, ses sentiments le portent vers la fraction de gauche de ce courant politique. Dans les années 1930, cette sensibilité est incarnée par Pierre Cot. Devenu ministre de l’Air dans le gouvernement Daladier, Pierre Cot occupera cette fonction du 31 janvier 1933 au 7 février 1934 puis, derechef, dans le premier cabinet Blum du Front Populaire et dans le cabinet Chautemps ; soit du 4 juin 1936 au 18 janvier 1938. De janvier à avril 1938, il restera ministre mais on lui retirera le portefeuille de l’Air pour lui attribuer celui du commerce.
En décembre 1932, à trente trois ans et demi, homme du sérail républicain voulant réussir, Jean Moulin fait l’expérience du monde ministériel il devient membre d’un cabinet dans le gouvernement Paul Boncour. Ce premier passage à Paris est de courte durée. Six semaines ! Au début de l’année 1933, Jean Moulin intègre l’équipe constituée par Pierre Cot, au ministère de l’Air ; il y assurera la fonction de chef de cabinet civil à trois reprises : de février à mai 1933, puis de juin 1936 à février 1937 et, enfin, de mai 1937 à avril 1938, moment de la dislocation du Front Populaire. Il n’est pas le seul fonctionnaire préfectoral à entrer dans un cabinet ministériel du Front populaire. D’autres préfets, d’autres sous-préfets, seront aussi appelés dans d’autres ministères.
Le 26 janvier 1937, un décret de Marx Dormoy, ministre de l’Intérieur, nomme Jean Moulin préfet de l’Aveyron en remplacement de M. Sénac de Montsembernard admis, à sa demande, à faire valoir ses droits à la retraite. Membre d’un cabinet ministériel, il dispose d’un délai réglementaire pour procéder à son installation à Rodez. Cinq semaines plus tard, le 2 mars, M. Collard, secrétaire général de la préfecture, l’accueille et rédige le procès verbal d’installation. Il faut relever la complexité de sa position administrative préfet effectif de l’Aveyron, il reste officiellement chef de cabinet du ministre de l’Air. L’option « d’abandonner » temporairement le cabinet de Pierre Cor s’explique avant tout par le désir de conserver l’appartenance au corps préfectoral. Non seulement physiquement éprouvante, cette situation était de nature à accroître l’image partisane qu’il pouvait donner aux Aveyronnais 6.
En 1937, au moment de l’arrivée de Jean Moulin à Rodez, comment caractériser l’Aveyron ? Peuplé de 314 682 habitants 7 et au cinquième rang national pour sa superficie, c’est un département rural, traditionaliste et conservateur. Il est fortement marqué par les contraintes étouffantes des hiérarchies et des traditions familiales. Trois séries de facteurs expliquent cette réalité : une élite stable composée pour l’essentiel de notables propriétaires fonciers, une Église catholique omniprésente qui exerce une influence déterminante sur l’opinion publique et une dominante rurale et paysanne qui tient en deux chiffres : six actifs sur dix sont des travailleurs de la terre et trois familles sur quatre vivent de l’agriculture. Dans ses écrits, le géographe R. Béteille en précise le trait d’une manière non équivoque : « L’Aveyron est resté jusque vers 1950 une zone agricole très traditionnelle à la fois pas sa paysannerie aux conceptions autarciques et prudentes, par ses cultures et son élevage, par ses rendements et ses résultats. L’agriculteur rouergat, ancré à la terre, conservant une mentalité ancestrale malgré une forte émigration n’avait pas dans la plupart des cas adopté les progrès techniques et l’orientation vers l’économie de marché que l’Entre deux guerres avait amené dans les grandes régions agricoles françaises. 8 » Les freins au progrès sont nombreux cellule familiale patriarcale, horizon borné de la paroisse, pression sociale intense au cœur même du village. Société de type paternaliste dominée par une classe de notables : grands propriétaires, notaires, médecins, vétérinaires, maquignons, commerçants et collecteurs des produits de la terre, la société rurale aveyronnaise reste stratifiée, cloisonnée et imperméable. À l’intérieur de la ferme, l’emprise du chef de famille reste considérable. L’archaïsme des rapports sociaux et des mentalités expliquant l’hostilité générale à l’innovation et aux hommes venus de l’extérieur. Cette société campagnarde en apparence immuable subit pourtant des transformations au cours des années 1920 et des années 1930 : la productivité augmente, l’accession à la propriété tend à se généraliser, la route, le journal et la TSF brisent peu à peu l’isolement rural.
Si le Rouergue doit donc être considéré comme un département rural plutôt pauvre et clérical attaché aux valeurs qui définissent une France conservatrice, il n’en est pas moins constitué de quelques pôles urbains et industriels que l’on peut envisager comme plus ou moins libéré de la tutelle des idées qui imprègnent les campagnes. Si Rodez, la préfecture, qui dépasse à peine 18 400 habitants, et les sous-préfectures de Millau et de Villefranche-de-Rouergue, qui comptent respectivement 16 400 et 8 500 habitants, donnent l’image de villes endormies au rôle réduit 9, il n’en est pas de même du Bassin de Decazeville. Localisé au nord-ouest du département, ce dernier, avec ses mines, ses usines, ses ouvriers misérables, ses émeutes et ses grèves violentes 10, est considéré comme insolite ou inquiétant par le reste de la population. Ce pays « rouge » regroupe un abondant prolétariat étranger d’une cinquantaine de nationalité différente, évalué au 31 décembre 1937 à 9 472 unités, dont 5 320 Espagnols, 1 046 Italiens et 2 490 Polonais 11.
Ressemblant politiquement à ce qu’il était au siècle précédent, l’Aveyron doit être classé parmi les rares départements français – huit au total, dont cinq départements bretons – ayant eu une orientation à droite sans interruption notable depuis 1871 : accordant ses suffrages aux monarchistes quand la France était déjà acquise à la République, il vote pour les partis conservateurs lorsque la IIIe République penche vers le radicalisme. Ce conservatisme dominant s’affirme particulièrement dans les années 1930. La fidélité aux hommes et aux idées modérées se retrouve dans les élections au Conseil général. Son président, le sénateur Joseph Monsservin, élu sans discontinuité depuis 1898, est le chef de file incontesté de cette mouvance. Le seul élément nouveau se localise dans le Bassin de Decazeville avec la présence, depuis la fin du XIXe siècle, d’un prolétariat combatif. La gauche s’y est assurée, dans les années trente, une domination incontestée avec le néo-socialiste Paul Ramadier, député de Decazeville et Ginestet, maire d’Aubin, seul élu communiste au conseil général. La percée des forces de gauche se fait sentir aussi chez les ouvriers de Millau, mais plus discrètement.
Opposé au Bassin minier, la préfecture de Rodez est un centre bourgeois et conservateur. Sous la direction de son maire, Raymond Bonnefous, cette dernière s’est « libérée », depuis peu, en 1935, de son long passé radical. En 1935-1936 lors des élections municipales et législatives, alors que le Front populaire prenait le meilleur dans le reste de la France, l’Aveyron garde une représentation politique orientée à droite.
Un département hostile, apprivoisé, puis conquis
Ce n’est pas Rodez que Jean Moulin avait souhaité comme premier poste. À peine arrivée, il écrit à ses parents, en avril 1937, que retrouvant son poste à Paris, il quitte l’Aveyron « sans esprit de retour 12 ». Sur le moment, ce choix apparaît comme une dénégation à ceux qui lui prêtent des ambitions politiques. C’est l’analyse du Courrier de l’Aveyron, journal hebdomadaire d’obédience radical-socialiste qui, dans sa livraison du 28 mars, écrit : « Le bruit avait couru que M. Moulin, préfet de l’Aveyron, ne rejoindrait pas son poste et continuerait à remplir auprès du ministre de l’Air les fonctions délicates et importantes qu’il y remplit depuis un an. Et pourtant, M. Moulin est venu prendre possession de ses fonctions. 13 » Si, pour ce journal, l’enthousiasme et l’expression laudatrice sont de mise, l’accueil des autres organes de presse est plutôt mitigé 14. Un ton poli et distant voire caustique imprègne les articles de La Voix du Rouergue, journal réactionnaire, anticommuniste et opposé au Front Populaire, de L’Union Catholique, organe de l’évêché et du Journal de l’Aveyron, hebdomadaire littéraire à tendance catholique et conservatrice.
La coloration politique est loin d’être favorable au courant de pensée de notre jeune préfet et son passage dans plusieurs cabinets ministériels de gouvernement à direction socialiste ou radicale n’est pas, en Aveyron, le meilleur des passeports. Hormis Paul Ramadier, ministre du Front populaire, aucun parlementaire ne s’était prononcé en faveur des initiatives économiques et sociales du gouvernement. Trouvant le préfet « bien jeunet » et redoutant une attitude par trop partisane dans la gestion des dossiers, elle manifeste, au moins dans un premier temps, une sourde hostilité 15. C’est un fait, Jean Moulin arrive en Aveyron avec une réputation d’homme de gauche et d’emblée certains le désignent de préfet « Front Popu » voire de « préfet rouge ». Aussi, les débuts s’effectuent dans un contexte local particulièrement rude. Si l’arrivée au pouvoir du Front populaire avait suscité une grande espérance chez les ouvriers et quelques paysans, elle avait aussi déclenché une réaction de peur dans les autres composantes sociales. La violence du débat était complaisamment relayée et entretenue par l’ensemble de la presse conservatrice : « le Front populaire ? c’est la guerre. », « Infâme Cartel », « chapelle matérialiste et collectiviste », « il menace la population d’une collectivisation (…) par le fer, le feu et le sang », « ce front révolutionnaire veut la destruction de toute civilisation, la fin des libertés, la destruction de la famille. 16 »
Le lendemain de sa première arrivée à Rodez, son premier geste public est de rendre hommage aux combattants de la Grande guerre en déposant une gerbe aux monuments aux morts de la place d’Armes de Rodez. Les jours suivants, lors de diverses réunions, il organise les divers services de la préfecture et il informe ses collaborateurs sur ses méthodes de travail. D’emblée, Jean Moulin donne l’image d’un « patron » strict sur la manière de servir l’État mais sachant déléguer sa confiance à ses adjoints 17. De plus, comme lors de ses postes précédents, il s’entoure d’hommes fidèles et compétents. À la fin de sa première semaine de fonction, le Courrier de l’Aveyron ne craint pas d’affirmer que « (…) dès ces diverses entrevues, un courant très vif de sympathie, s’est établi entre le préfet et les divers fonctionnaires » 18.
Le 16 avril, quelques semaines après son arrivée, Jean Moulin manifeste son autorité en interdisant la tenue, sur le territoire de la commune de Rodez, du premier congrès départemental du Parti Social Français (PSF) annoncée par voie de presse et par plusieurs tracts, pour le 25 19. Le colonel de la Rocque devait en assurer la présidence, accompagné de plusieurs parlementaires du PSE Le programme initial prévoyait un banquet et un grand meeting, en soirée. Toutes les sections de l’Aveyron et celles des départements voisins ayant été invitées, les organisateurs tablent sur la présence de 8 000 à 10 000 auditeurs 20. L’interdiction du préfet est motivée par un contexte de violence verbale et physique qui oppose, au plan local, les militants des organisations du rassemblement populaire à ceux du PSE. L’échauffement des esprits est à son comble, depuis le premier février dernier ou un militant de gauche a été assassiné dans des circonstances troubles par un membre du PSF 21. Interdit à Rodez, le meeting se tient dans la commune voisine de Flavin devant 8 000 personnes, de nombreux maires, conseillers généraux et conseillers d’arrondissements. Quatre des huit parlementaires du département sont présents 22. La tenue de cette manifestation interdite enclenche une polémique dont la presse se fait le reflet. À l’approbation de l’Union Catholique et du Messager de Millau, lequel qualifiant ce congrès « de magnifique manifestation de foi nationale de tous les Aveyronnais qui veulent défendre, dans l’ordre et la légalité, les libertés républicaines et les traditions morales du pays », le journal communiste l’Aveyron, fait contrepoids par une vive réprobation. Le commissaire de police de Rodez note quant à lui : « La journée du 25 avril a été pendant quelques temps commentée à Rodez et l’ensemble de la population a constaté, avec satisfaction, que les mesures prises par le Gouvernement ont évité tous heurts entre les membres du PSF et les opposants. 23 »
Une des fonctions importantes d’un préfet est de représenter le gouvernement au Conseil général du département. Aussi se doit-il d’être au courant des mouvements d’opinion qui s’expriment à l’égard du Gouvernement et d’être en capacité d’évaluer l’ampleur des besoins locaux. La première confrontation d’importance avec la classe politique locale a lieu lors de la session de printemps du Conseil général.
Le 19 avril 1937, dans son discours inaugural, J. Monsservin, président de cette assemblée depuis 1920, s’adresse directement au préfet : « (…) Monsieur Moulin verra ici, dans ce département, une population active, laborieuse, particulièrement méritante, (…) il prie Monsieur le préfet de regarder la lignée d’administrateurs qui l’ont précédé à la tête de ce département et lui demande d’être un administrateur et non un partisan (…) » Pour atténuer cette entrée en matière peu aimable, il ajoute aussitôt, « qu’il met sa confiance dans un homme qui a collaboré de façon active avec un membre du gouvernement qui a le mérite d’être une conscience irréprochable. Les lois sociales qui ont été récemment votées par les Chambres et qui participent d’un esprit, certes très généreux, ont quelque peu ému nos laborieuses populations rurales. Il appartiendra à Monsieur le préfet, dans leur application, d’apporter une particulière attention, afin de ne pas justifier cette émotion légitime. Il ne doute pas que M. Moulin n’apporte son activité et sa jeunesse à sa tâche d’administrateur. (…) 24 » Nullement troublé car habitué par ses fonctions antérieures à faire face à des situations difficiles, Jean Moulin répond avec habileté : « (…) qu’originaire d’un département limitrophe, il connaît la mentalité de ses administrés et la parfaite hospitalité qu’ils savent donner à tous les administrateurs. Administrateur, il le sera. Il sait que la législation sociale, issue des dernières délibérations gouvernementales et parlementaires, doit être interprétée dans son esprit et non dans sa lettre. », et salue, en termes particulièrement élogieux, « la présence au sein de l’Assemblée départementale de Monsieur Ramadier dont l’autorité est grande au sein d’un gouvernement (…) »
Surprenant le microcosme local, le préfet allait pourtant apprivoiser pratiquement tout le monde. Correspondant au portrait brossé par une partie de la presse, l’homme est « intelligent », cultivé, « distingué », « bienveillant », « compétent » et « énergique » 25. Il a le goût de l’action, de l’autorité et du succès, c’est un pragmatique.
Lors de ses séjours en Aveyron, il acquît une réputation d’homme de dialogue et d’ouverture. Résumant le sentiment général, Paul Ramadier en donne le portrait suivant : « Un de ses premiers traits était cette gentillesse si simple, si douce, si insinuante, qui vous prenait, qui vous englobait, sans que l’on sente chez lui un effort quelconque pour vous séduire. Il avait une manière si naturelle, si simple d’être lui-même, d’être brillant, que les méfiances tombaient. On était frappé par son intelligence vive. Il comprenait les raisons de ceux qui s’opposaient à lui. L’administration était pour lui un gouvernement des hommes qui cherchait toujours le chemin de la raison et du cœur. 26 »
Durant ces deux séjours en Aveyron, sans renier ses préférences et entendant appliquer strictement les directives du gouvernement, Jean Moulin travaille à normaliser ses relations avec les responsables économiques, politiques et religieux. Deux jours après son retour en Aveyron, le 3 juin 1938, Jean Moulin est présent à l’inauguration de la deuxième Foire exposition de Rodez 27. S’exprimant pour la première fois devant une importante assistance, il donne une idée de sa capacité à comprendre le contexte économique et social : « (…) en un discours nourri d’idées et de faits, montrant qu’il était admirablement préparé aux fonctions qui lui ont été confiées. Dans tous les domaines artistiques, agricoles et industriels, il sait déjà tout ce qu’on peut attendre du Rouergue (…). 28 » Quelques jours plus tard, lors de la visite du cardinal Verdier, l’enfant du pays, il tait ses convictions laïques pour dialoguer avec un Prince de l’Église : « Et il parle avec émotion du bâtisseur d’église de Paris qui n’oublie pas celles de son pays natal, du bon et grand Français, du grand ami de la Paix qu’il a devant lui, des éminents services qu’il a rendus au pays en qualité d’ambassadeur extraordinaire, de son infinie charité qui le fait servir tout ce qui peut rapprocher hommes et peuples, mettant au service de l’humanité et de la Paix la grande force morale de l’Église. 29 » Passés au crible, comme il se doit, ces propos produisent sur la population une impression considérable, d’autant qu’il souligne « le rôle splendide joué par le pape Pie XI dans un monde où se déchaînent les violences ». Les obsèques de E. Raynaldi, ancien ministre et seul sénateur de gauche du département, lui donnent l’occasion de délivrer un message d’une autre tonalité. Assuré d’être entendu par tous, et alors que persiste ici ou là des insinuations sur ses « parti pris politique », il prend la parole 30 : « (…) Hier, Rodez était à la fête. Aujourd’hui la vieille capitale rouergate a pris sa parure de deuil pour pleurer en la personne de M. le ministre Raynaldi un de ses fils les plus chers et les plus grands. (…) Mais comme tout ce qui est grand il ne fut point épargné par les atteintes des pires manifestations de la bassesse humaine, je veux dire la calomnie (…). Au moment des cruelles séparations, c’est à l’empressement des foules anonymes, comme à la fidélité des élites qu’on mesure la place qu’occupait celui qui nous quitte. (…). 31 »
Tous les documents le montrent, Jean Moulin exerce ses fonctions avec sérieux et autorité. Son activité administrative et réglementaire est particulièrement importante : en quelques mois, une vingtaine d’arrêtés préfectoraux sont publiés. Ces actes administratifs traitent de problèmes sociaux ou économiques spécifiques au département : application des congés payés et de la semaine de 40 heures, accidents de travail dans l’agriculture, entretien des chemins vicinaux par les communes, réglementation de la circulation, protection des lignes télégraphiques et téléphoniques, élagage des arbres, permissions agricoles présentées par les militaires du contingent, autorisation de constitution d’un syndicat intercommunal, circulaire relative à l’introduction de main-d’œuvre étrangère agricole 32… Dans la rédaction des rapports, il attache un grand prix à la qualité de l’écriture. Annotant celle de ces services, il rectifie le style, précise le vocabulaire et corrige la ponctuation défectueuse. Rédigés à l’encre bleue, ses rapports mensuels subissent des modifications importantes effectuées au crayon à papier. Dans son rapport de juillet 1938 adressé à la Direction Générale de la Sûreté générale, il rend compte de l’état d’esprit de la population :
« (…) Durant tout ce mois, le voyage des souverains britanniques a retenu l’attention de l’opinion publique qui s’est associée très largement au chaleureux accueil qui leur fut réservé. Elle a suivi avec un vif intérêt les entretiens diplomatiques qui ont eu lieu à cette occasion et sur lesquels elle fonde de grands espoirs. (…)
Dans ce département où les partis de conservation sociale sont encore très puissants, les éléments républicains ont tenu comme chaque année à fêter dans la joie le 14 juillet. Il convient cependant, au milieu de ces signes favorables de ne point négliger les causes sérieuses de mécontentement dans l’ensemble de la population la cherté croissante de la vie inquiète de plus en plus les salariés et tous ceux qui bénéficient de revenus fixes. Ouvriers et employés réclament chaque jour avec plus d’insistance des rajustements de salaires, souvent difficiles à satisfaire. Par contre, les agriculteurs sont vivement préoccupés de la mévente de leurs animaux, due à la grande affluence, sur le marché, du bétail qu’une récolte de foins déficitaire ne permet plus de nourrir. Les réunions et manifestations politiques ont été rares, provoquées surtout par élections cantonales de Rodez et de Sauveterre (…) 33.
Comme représentant de l’État, il participe à de nombreuses manifestations : une élection au Conseil Général, une distribution des prix au lycée Foch de Rodez, la tenue du Conseil départemental, un meeting d’aviation… Le dernier dimanche d’octobre 1938, il inaugure les silos de Baraqueville, en présence de Paul Ramadier redevenu simple député après sa démission du gouvernement. En chaque circonstance, « faisant l’unanimité », « il est applaudi » et « serre de nombreuses mains ». En novembre, la presse cesse ses critiques et célèbre les qualités de ce préfet qui « (…) laissant là ses fonctions officielles, raconte, dans une causerie charmante, comment chaque jour il découvre notre Rouergue. (…) Traits, anecdotes accourent en rangs pressés dans sa mémoire, tous plus applaudis les uns que les autres. 34 » Le soir du 27 novembre assistant au banquer organisé par la Lyre ruthénoise, en présence du maire de Rodez, le docteur R. Bonnefous, il raconte une histoire marseillaise et provoque les éclats de rire de la salle ».
Ce n’est pas un personnage austère, c’est un méridional gai et rieur qui aime la vie. C’est un sportif accompli qui skie avec passion chaque hiver. L’été, il pratique également la voile ou la randonnée cycliste avec ses amis. Une photo le montre avec les Cot, les Chatin et André Labarthe, au cours d’une randonnée à bicyclette à Conques 35.
La tâche d’un préfet des années trente étant relativement peu astreignante, il mène une vie privée très différente de la plupart des collègues administrateurs. Il fait de fréquents déplacements à Paris où il fréquente artistes et écrivains. Il mène une existence mondaine et ne déteste pas les succès féminins. Jean Moulin se déplace fréquemment pour des raisons personnelles ou politiques. Présent à Paris, le dimanche 24 juillet 1938, il assiste à la séance de clôture d’une conférence du Rassemblement universel pour la paix (RUP) en faveur de la Paix. Outre un discours de Pierre Cot, il écoute de nombreux orateurs pacifistes, parmi eux : Jean Rostand, André Chamson, François Mauriac, Roger Martin du Gard, Nerhu…
Un préfet antifasciste
Le 10 mars 1938, Camille Chautemps, présente aux députés la démission de son gouvernement sans avoir été renversé. Suit un second cabinet Blum qui ne dure que trois semaines, soit jusqu’au 8 avril. C’est la dislocation du Front populaire. Après le refus de la SFIO de participer ; Daladier, président du parti radical socialiste, forme un « gouvernement d’Union Nationale » qualifié de « défense, de travail et d’action ». Homme fort de la Gauche aveyronnaise, Paul Ramadier, député USR, est maintenu comme ministre du travail. Ne faisant pas partie d’un cabinet ministériel, Jean Moulin décide de reprendre le cours normal de sa carrière préfectorale. Par décret du 20 avril, le ministre de l’intérieur le nomme préfet de l’Aveyron. Le retour de Jean Moulin, en Aveyron, le premier juin 1938, s’effectue dans un contexte de crise nationale et locale marqué par les oppositions politiques, les échecs économiques et les périls extérieurs.
Si, dans l’Aveyron conservateur apeuré, l’avènement du gouvernement Daladier « reçoit l’accueil favorable de la grosse majorité de la population » et si le coup de force de l’Anschluss 36 est accepté au bout de quelques temps avec résignation, voire indifférence, il n’en est pas de même de l’affaire tchécoslovaque 37. À la fin de l’été 1938, Hitler soutient les demandes d’autonomie des trois millions d’Allemands des Sudètes et réclame le rattachement de ce territoire à l’Allemagne. La tension monte brutalement et dans la dernière semaine de septembre, on s’attend à la guerre : les Tchèques mobilisent, leur allié français fait de même et rappelle 750 000 réservistes. Au plus fort de la crise, dans la nuit du 23 au 24 septembre, comme tous les préfets, Jean Moulin suit les directives du gouvernement il fait imprimer et apposer dans les 306 communes du département les affiches rappelant certaines catégories de réservistes. Garant du maintien de l’ordre, il sillonne l’Aveyron pour s’assurer par lui-même de la mise en place du dispositif. Aucun incident ne surviendra. La conférence de Munich, des 29 et 30 septembre, au cours de laquelle Daladier pense avoir sauvé la paix en abandonnant les Sudètes à Hitler, oppose immédiatement « munichois » et « anti-munichois ». En Aveyron, rares sont ceux qui affirment préférer la guerre à la reculade et qui ne croient pas à « un éclair de raison » chez Hitler. À Droite comme à Gauche, toute croisade contre le fascisme est refusée et le non-interventionnisme triomphe 38 .L’Aveyron est unanime dans son soulagement 39. Anciens combattants, mobilisables, responsables religieux et politiques rivalisent d’approbation et de remerciements. Ainsi, le dimanche 2 octobre, à la cathédrale de Rodez, l’évêque Challiol monte en chaire pour insister sur « l’efficacité de la prière au milieu des angoisses que vient de traverser l’Europe entière ». Pour sa part, le conseil municipal de Rodez « prie monsieur le préfet de transmettre au gouvernement une motion adoptée à l’unanimité » dans laquelle « il remercie vivement monsieur le Président du Conseil, monsieur le ministre des Affaires étrangères et les membres du gouvernement du splendide effort qu’ils viennent d’accomplir pour la cause de la paix. » De leurs côtés, la Revue Religieuse de Rodez et l’Union Catholique décrivent les causes profondes : « le matérialisme », « l’esprit de jouissance », « les passions partisanes » et désignent comme coupable principal le communisme international 40. »
Anti-munichois par raison et par sentiment, Jean Moulin fait appliquer strictement les consignes du gouvernement pour briser la grève du 30 novembre 1938. Initiée par la CGT pour protester contre la politique sociale du gouvernement et soutenue par l’ensemble de la gauche anti-munichoise, cette grève fut totale dans le Bassin mais inégalement observée dans le reste du département 41. Dans la gestion locale des crises internationales, dire que Jean Moulin a l’attitude d’un préfet patriote n’avance guère. Le qualificatif sert d’enveloppe à trop de contenus différents. Mais il est déjà plus important de rappeler qu’il est antifasciste convaincu et sans doute passionné. Tout comme Pierre Cot, « son patron », Jean Moulin est convaincu que « le grand combat entre fascisme et démocratie commence de l’autre côté des Pyrénées 42 ». Dès le début de l’atroce guerre civile espagnole, Jean Moulin considère que l’aide aux Républicains est le premier combat pour la liberté. Ainsi, dès l’été 1936, dans une lettre prophétique et clairvoyante, écrivait-il : « Si les pays démocratiques et nous-mêmes ne portons pas secours aux républicains espagnols, ils ne tarderont pas à être écrasés. Les dictateurs, grisés par ce succès, poursuivront de plus belle leur politique d’agression, Hitler surtout. Il s’attaquera à l’Autriche, à la Pologne, à la Tchécoslovaquie, et ce sera notre tour d’être menacés 43 ». Alors que le gouvernement divisé adoptait unilatéralement la politique de non intervention, il avait été chargé par Pierre Cot de prendre en main les questions d’aide secrète à l’Espagne républicaine. Avec l’aide de Pierre Cusin, chef adjoint du cabinet de Vincent Auriol, ministre des finances, Jean Moulin organisa un transfert clandestin d’armes au-delà des Pyrénées 44. Comme préfet de l’Aveyron, on peut lui imputer une aide jugée efficace à l’accueil des républicains et l’autorisation donnée à plusieurs manifestations de soutien, parmi lesquelles la journée nationale pour les blessés de l’Espagne républicaine organisée, le 19 juin 1938, par le Secours populaire de l’Aveyron, à Saint-Martin-de-Bouillac 45. Dans les premiers jours de février 1939, alors que la déroute des Républicains se précise, son soutien prend une orientation plus humanitaire que politique. Informé de l’arrivée en gare de Rodez de 800 réfugiés espagnols, en provenance de Perpignan, il réquisitionne les chambres disponibles dans les hôtels de ville et il organise à leur attention un dispositif de ravitaillement. C’est à la fois peu et beaucoup. D’autant qu’en Aveyron, depuis deux ans, la guerre d’Espagne cristallise les oppositions et les clivages. La Gauche locale soutient la cause des Républicains ; la Droite, sauf quelques rares exceptions prend fait et cause pour Franco, choisi par Dieu et rempart inexpugnable de la religion. En avril 1938, avec l’arrivée des premiers réfugiés espagnols, la xénophobie ambiante s’était généralisée 46. Dans la presse, la violence des termes utilisés pouvait surprendre. Ainsi l’Union Catholique s’indignait devant une situation faisant de la France « un dépotoir ». Dans ce quotidien, les Républicains étaient accusés : « de semer désordre et haine », « ils n’auraient rien de recommandable » et les pires accusations sont lancées contre eux : « bandes de voleurs », « assassins », « bourreaux », « tortionnaires anarchistes », « pègre rouge », « violateurs de sépultures », « étrangers sans scrupules », « pillards… en haillons et pieds nus » 47.
Un préfet fidèle en amitié : le soutien a Pierre Cot
En ce mois d’octobre 1938, la coupure entre la Droite et la Gauche s’exprime avec plus d’aigreur que jamais. Exploitant le moindre prétexte, la presse locale dénigre sans cesse les partis et les hommes de gauche. Si les charges de sa fonction lui imposent, particulièrement en ces temps difficiles, un fort devoir de réserve, Jean Moulin ne cache guère qu’il a « le cœur à gauche ». Or, pour nombre de ses interlocuteurs, l’affichage de cette sensibilité politique n’est pas la plus convenable des qualités. De plus, il est un familier de Pierre Cot, l’homme que la presse d’extrême droite poursuit d’une haine tenace depuis le 6 février 1934. C’est dans ce climat de tension extrême que l’Union Catholique publie, le 12 octobre, un article non signé intitulé : « Pierre Cot avait pris ses précautions ». En ces temps de possible mobilisation, l’attaque était particulièrement sournoise. Pierre Cot est accusé de se dérober à ses devoirs de citoyen et de chercher à se « planquer » :
« On se souvient du battage que fit Pierre Cot lorsqu’il devint ministre de l’Aviation : il passa son brevet de pilote à grands coups de photos et de communiqués publicitaires, puis il se fit muter dans l’aviation, et à cette occasion se fit applaudir par la presse à ses ordres. Mais, dès que les bruits de guerre se précisèrent, M. Pierre Cot qui est hélas bien placé pour savoir ce que vaut l’aviation qu’il a sabotée, se fit muter par décret spécial dans l’artillerie. (…) Ce personnage avait pris ses précautions, mais les Français n’oublient pas 48. »
D’un tirage moyen de 14 000 exemplaires, le quotidien catholique détenait une influence certaine sur l’opinion publique. L’auteur probable de cet écho, le chanoine J. Touzery, était à la fois son fondateur et son Directeur Général. Affirmant comme principe de base : « Dieu, premier servi » et comme règle, la traditionnelle attitude de l’Église résumée dans la formule : « Loyalisme sans inféodation », l’Union Catholique abordait, avec un extrême engagement politique, tous les problèmes du moment. Le rédacteur en chef, Pierre Fau exprimait sa forte personnalité sous une rubrique polémique, intitulée « coup de plume ». Déchaîné contre les hommes du Front populaire et prenant parti pour Franco, il apparaît, rétrospectivement, comme un catholique sectaire, un homme de Droite sans nuance, favorable précisait-il à une « France chrétienne » et opposé à la République, « la gueuse » 49.
Décidé à couper cours à l’accusation calomnieuse, Jean Moulin décide de réagir sur le champs et exige que sa réponse, adressée, le jour même, au chanoine Touzery, soit publiée « à la même place que l’article incriminé » 50.
Monsieur le Directeur,
Ancien collaborateur et ami de M. Pierre Cot, je lis dans votre journal un article intitulé « Pierre Cot prend des précautions » qui constitue une pure calomnie à l’égard de l’ancien ministre de l’Air.
Comme préfet de l’Aveyron, je me suis abstenu et je m’abstiendrai de toute polémique politique. Mais je tiens à vous prévenir qu’il y a deux choses auxquelles je ne permettrai à quiconque de porter atteinte c’est au patriotisme et au courage de mon ancien chef.
Aussi, comptant sur votre courtoisie, vous serais-je très obligé de donner à vos lecteurs, à la même place que l’article incriminé, les précisions suivantes :
Pierre Cot s’est engagé à 18 ans pour la durée de la guerre, qu’il a faite entièrement.
Il a participé aux combats de la Marne, de Champagne, du Chemin des Dames, de Verdun.
Il a été gazé et blessé.
Il a eu cinq citations dont, pour ne pas encombrer vos colonnes je ne citerai que celle-ci :
« Cot Pierre, aspirant, remarquable d’énergie et de sang-froid. A dirigé, sur sa demande, une patrouille offensive dans la nuit du 8 au 9 juillet et, entouré par deux partis ennemis très supérieurs en nombre, les a chargés successivement à la baïonnette et mis en fuite, après des feux de salve qui ont tué plusieurs allemands. »
Il a été décoré de la Légion d’Honneur, avec le motif : « Jeune officier qui s’est signalé par sa crânerie et son sang-froid. Toujours volontaire pour les missions les plus périlleuses. 5 citations. »
D’autre part, interrogé avant les événements de septembre sur ce qu’il comptait faire si la guerre survenait, M. Cot a répondu : « J’ai plus de 40 ans. Je pourrais, par conséquent, en vertu de la loi, rester à la Chambre des Députés. Mais je tiens à déclarer que je demanderais aussitôt à partir sur le front, comme en 1914, pour la défense de la patrie. »
Une telle attitude, dans le passé comme dans le présent, s’appelle peut-être « prendre ses précautions ». Je souhaite simplement que ceux qui portent des jugements sur M. Pierre Cot aient pris autant de « précautions » que lui.
Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l’assurance de ma considération distinguée.
Jean Moulin, Ancien chef de Cabinet du Ministre de l’Air 51.
Après avoir tergiversé quelques jours, l’Union Catholique présente la réponse de Jean Moulin, dans le numéro daté du 16-17 octobre, mais en l’accompagnant d’un long article polémique. Analysant le texte, la direction du journal lui trouve une forme d’allure vraiment trop fasciste » 52. Souligné à deux reprises à même le courrier 53, un passage de la lettre est mis en évidence avec une interprétation tendancieuse et venimeuse : « Je tiens à vous prévenir… Cette façon cavalière nous remet en mémoire la silhouette célèbre d’un pion de lycée (…). Sous la plume de M. le préfet, la formule est-elle une réminiscence ? Ou le jaillissement d’une vieille habitude ? (…) Il y a deux choses auxquelles je ne permettrai à quiconque de porter atteinte… C’est quelques mots vous ont une sonorité transalpine qui n’est heureusement pas encore de mise sur notre terre de liberté (…) » 54.
Le même commentaire réitère sa calomnie initiale et formule, à l’encontre de Pierre Cot, de nouvelles accusations : « pacifiste altéré de sang », fauteur de guerre, « criminel envers la patrie ».
« (…) Nous nous en voudrions, cependant de ne pas mettre sous les yeux de M. le préfet quelques lignes suggestives sur le patriotisme de son ancien chef. Nous les lisons à l’instant, sous la plume de M. Sableau, vice-président du parti radical-socialiste lui-même : « Cet antifasciste guerrier, ce pacifiste altéré de sang, vient d’accomplir à Prague une besogne malfaisante. Durant plusieurs jours, ne quittant pas le président Benès et son entourage, il a non seulement poussé à la guerre par son fanatisme et son sectarisme, mais encore, d’accord en cela avec le mystérieux Dimitrov, de passage en Tchécoslovaquie, il a prononcé des discours incendiaires destinés à envenimer les choses qui, en tout cas, furent utilisées par Hitler contre la France. Hier encore, il a osé intervenir dans un débat du groupe parlementaire en faveur de la guerre immédiate qu’il compte sans doute faire avec l’aviation qu’il nous a laissée. Nous tenons Pierre Cot pour un criminel envers la patrie et nous l’écrivons. »
Hé hé ! M. le préfet, en voilà une atteinte
Hardi ! À votre plume Car votre serment n’a de limite ni dans le temps ni dans ‘espace. (…) »
Deux fois plus long que la lettre du préfet, cet article jette le trouble parmi les notables politiques et provoque des interrogations et un émoi certain dans la population. Le jour même, Jean Moulin fait savoir qu’il prépare une riposte et qu’il a l’intention d’exiger, par la voie officielle, un droit de réponse. Pour éviter que la querelle ne s’amplifie et ne débouche sur une crise locale, Paul Ramadier intervient dans le conflit 55. De Paris, il appelle Jean Moulin, calme sa colère et recommande la modération. Le sénateur Monsservin et l’évêque Challiol s’interposent, eux aussi, et proposent leur médiation. Sur l’épilogue de cette violente opposition, les avis divergent. Pour certains « Jean Moulin accepte de faire passer l’intérêt général avant ses dissentiments personnels 56 », pour d’autres devant la fermeté du préfet, la direction de l’Union Catholique préféra ne pas insister.
Une semaine plus tard, le dimanche 23 octobre, après une campagne âpre et brutale, se déroulent les élections sénatoriales. Les résultats ne surprennent personne, ils sont défavorables à la Gauche localement, le parti radical-socialiste perd son seul siège de sénateur. Après ces élections, sur huit parlementaires, l’Aveyron est représenté à Paris par sept conservateurs. Aux quatre députés UDR, élus en avril-mai 1936, dans les circonscriptions d’Espalion, Rodez, Millau et Saint-Affrique, s’additionnent trois sénateurs de Droite élus (Maroger) ou réélus (Monsservin et Coucoureux) 57. Le journal socialiste Le Roc jugera ainsi ce succès : « L’évêché, le Comité des Forges, Roquefort, ont gagné la partie. Ils peuvent sabler le champagne et toaster à la santé de nos braves paysans, de la Petite Patrie, de la Terre, etc. 58 ». Lors de la session d’automne du Conseil général, le 3 novembre, le président Monsservin impute à son tour les difficultés du moment à la politique menée par le Front populaire. Une nouvelle fois, Jean Moulin fait front et répond avec fermeté à cette analyse politique : « Je pense que si nous subissons une crise financière, économique et sociale, notre pays souffre avant tout d’une crise morale. Je pense qu’il est temps de sonner le ralliement de toutes les forces matérielles et spirituelles pour remettre en honneur la probité civique et le sens de la solidarité nationale. (…) 59 »
Dans les derniers mois de 1938, délaissant Jean Moulin et ses amis politiques, la presse locale conservatrice intensifiera son entreprise de dénigrement à l’encontre des communistes, des francs-maçons, des étrangers et des Juifs. L’existence d’un complot pluricéphale est constamment affirmée. Sans nuance, l’anticommunisme est particulièrement virulent.
Conclusion
Le 21 janvier 1939, un mouvement préfectoral nomme Jean Moulin à Chartres, préfecture d’Eure-et-Loir. S’il se rapproche de Paris, ce n’est pas à proprement parler une promotion. Il laisse, derrière lui, des regrets apparemment quasi unanimes. Se faisant le reflet des sentiments de la population et de la classe politique, la presse déplore ce départ. Comme il se doit, le journal le plus laudateur est le Courrier de l’Aveyron : « Nous avons eu certes d’excellents préfets, mais bien peu de la classe de M. Moulin. Jeune, intelligent, actif, d’une compétence rare et possédant au plus haut point cette faculté d’adaptation qui devrait être la première qualité d’un préfet, il avait tout de suite donné l’impression d’être un administrateur hors de pair. Il avait aussi une qualité, d’autant plus précieuse qu’elle est plus rare : il avait le courage de défendre ses amis et de ne les point renier au moment où il paraissait qu’il n’avait plus besoin d’eux. Nous tenons à assurer M. Moulin que les amis qu’il va laisser dans notre département ne l’oublieront pas et suivront avec le plus vif intérêt et la plus sincère sympathie la brillante carrière à laquelle il est indiscutablement destiné. 60 » Après l’avoir malmené, le sénateur Monsservin, lui rendit un bel hommage. Recevant au Conseil général, le 24 avril, le nouveau préfet de l’Aveyron, il évoqua le partant en des termes élogieux : « Nous aimions son caractère, son indépendance, nous admirions la jeune et déjà solide compétence administrative et cette vivacité d’intelligence qui permettait d’augurer qu’il serait chez nous un grand préfet. 61 »
Pour la suite, on sait que, le 17 juin, dans ses fonctions de préfet d’Eure-et-Loir, il tenta de se suicider pour ne pas avoir à signer un texte déshonorant pour l’Armée française, on sait aussi qu’il fut le premier haut fonctionnaire à avoir rallié le gaullisme et que son action fit naître bien des engagements. Sans ignorer l’aide que certains cadres administratifs ont fournie à la dissidence, force est de constater que la plupart ont obéi au régime de Vichy, en continuant leur fonction jusqu’à leur passage tardif à la Résistance. Plus sans doute que l’adhésion idéologique, c’est la culture professionnelle de la haute administration reposant sur la discipline et l’obéissance aux ordres, qui peut expliquer cet état de fait. Sous Vichy, l’administration a eu un incontestable pouvoir et beaucoup d’autonomie. Pourtant du héros au « salaud châtié à la Libération », l’analyse des choix effectués par trois préfets de l’Aveyron offre une palette comportementale très contrastée. Fonctionnaire très politisé, l’autoritaire colonel Marion – promu général en février 1942 – arrive en septembre 1940. Il quittera le département à la fin 1943. Admirateur du Maréchal, il manifestera en de multiples occasions une réticence, voire une hostilité à l’égard des Allemands. À la Libération, son opposition constante à la Résistance lui vaudra d’être arrêté et exécuté. Son successeur, Louis Dupiech, arrive en Aveyron, le 6 février 1944. Dans ses fonctions, s’il a eu quelques contacts avec des cadres des MUR et de plusieurs réseaux, son soutien direct à la Résistance n’est pas établi 62. Intercepté le 14 mai, par le SD de Rodez, il est déporté à Neuengamme, le 15 juillet. Il meurt en déportation, le 3 mai 1945. Tout autre sera le comportement et le destin de Jean Moulin. Initiateur de la création du CNR, arrêté à Caluire, dans la banlieue de Lyon, le 21 juin, Jean Moulin fut sauvagement torturé à plusieurs reprises sans jamais livrer aucune information. Le lieu et la date de sa mort sont inconnus le certificat allemand indique qu’il serait décédé le 8 juillet, probablement en gare de Metz. Cela se passait en 1943, et non en 1944, comme il l’a été gravé à tort sur le médaillon scellé sur le mur de l’hôtel d’Armagnac qui abrite la préfecture de Rodez.
Les préfets Marion et Dupiech illustrent chacun à leur manière l’argument du moindre mal. Si pour le premier « Obéir c’est faire son devoir », le second illustre l’adage « Démissionner c’est déserter ». La philosophe Hannah Arendt a magistralement montré, jadis, que ces deux arguments étaient inacceptables : « Obéir c’est soutenir, Rester c’est cautionner ». Jean Moulin a démontré que, à partir du moment où on est personnellement confronté à un ordre inacceptable, c’est au contraire démissionner qui signifie résister. Le dire, aujourd’hui, n’est pas prétendre que c’était facile. Par ailleurs, tout homme n’est pas héros.
Notes
1. Au plan national : « Il faut attendre la panthéonisation de 1964 pour que Jean Moulin devienne une sorte de héros éponyme de la Résistance » Azéma J.-P. Jean Moulin et la Résistance : essai historiographique, in Jean Moulin et la Résistance en 1943, les cahiers de l’IHTP n° 27, juin 1994, p 11.
2. C’est ce que montre la lecture du bulletin Résistance en Rouergue. Né en 1970, ce journal des Résistants de l’Aveyron adhérents de l’Association nationale des Anciens combattants de la Résistance recense, de manière exhaustive et précise, les commémorations, les journées du souvenir, les prises d’armes, les témoignages, les causeries et les articles de presse locaux consacrés à la Résistance et à son histoire.
3. Résistance en Rouergue, septembre 1983, n°53, pp. 1 à 5.
4. Parmi la documentation utilisée, nous tenons à souligner notre dette pour les ouvrages suivants : Calef H. Jean Moulin, une vie. Plon, 1980. Une biographie pieuse mais utile ; Cordier D. Jean Moulin, L’inconnu du Panthéon, T I et II, J-C. Lattès, 1989. Et Jean Moulin. La République des catacombes, Gallimard, 1999. Les pages consacrées à l’Aveyron sont décisives et d’une densité au moins égale au mercure ; Jean Moulin et la Résistance en 1943, les cahiers de l’IHTP n°27, juin 1994. Le point sur l’affaire Jean Moulin ; Azéma J.P. (sous la direction de) Jean Moulin face à l’histoire. Flammarion, 2000. Des problématiques neuves et stimulantes, notamment, la contribution de Baruch M. O. Le haut commis de l’État, pp. 55-67.
5. Une rue, une école et un collège à Rodez. Une école et une rue à Decazeville. Une rue à Saint-Affrique et à Millau.
6. Il put bénéficier, à partir du 27 avril 1937, d’un poste de préfet hors cadre. Baruch M. O. le haut commis de l’État, in Azéma J.P. Jean Moulin face à l’histoire, Flammarion, p. 63.
7. Lors des recensements de 1931, 1936 et 1946, la population aveyronnaise est successivement évaluée à : 323 782, 314 682 et 307 717 habitants.
8. Béteille R. Manuel de statistiques aveyronnaises, Rodez, Chambre d’agriculture de l’Aveyron, 1970, p. 36.
9. Cette image véhiculée par les thèses de géographie régionale consacrées au Rouergue entre les deux guerres s’impose encore au moment de l’arrivée de Jean Moulin : Meynier A. Ségala, Lévézou, Châtaigneraie, Aurillac, 1931 Marres P. Les Grands Causses, Tours, 1936.
10. Sur ce point, voir Erignac L. Trois siècles de luttes populaires en Bas-Rouergue, Villefranche-de-Rouergue, 1977.
11. 9 472 étrangers au 31 décembre 1937, 9 576 au 31 décembre 1938 et 10 059 en décembre 1939. Le nombre des étrangers était plus élevé lors du recensement de 1936 : 13 190. AD Aveyron Dos 96W36 et AD Aveyron 314W18.
12. Cité par Azéma J.-P. Galerie des Préfets de l’Aveyron : le préfet Jean Moulin. AD Aveyron.
13. Le Courrier de l’Aveyron, 28 mars 1937. AD Aveyron. PER 512.
14. « M. Moulin est jeune, très jeune, même, puisqu’il n’a que trente-huit ans, mais il a affirmé déjà dans les diverses fonctions qui lui ont été confiées une surprenante autorité qu’il ne doit qu’à sa haute conscience de ses devoirs, à sa compétence indiscutable et à une bienveillance partout reconnue (…) Il nous est agréable de voir confier à un jeune préfet, actif et intelligent les destinées de notre beau département. » Le Courrier de l’Aveyron, 28 mars 1937. AD. Aveyron. PER 512.
15. Le sénateur Monsservin déclarait en privé : « Si cela continue, on va nous envoyer des enfants de chœur. » Cité dans Azéma J.R. Galerie des préfets, le préfet Jean Moulin. A.D. Aveyron.
16. Font Ch. Et Moizet H. L’Aveyron et les Aveyronnais dans la deuxième Guerre mondiale, CRDP Midi-Pyrénées, 1996, p. 45. D’après une étude du champ lexical de divers numéros entre 1936 et 1938 du Courrier du Centre, de l’Union Catholique et de la Revue Religieuse du diocèse de Rodez, réalisée par Moizet H.
17. D’après Azéma J.P. Galerie des préfets, le préfet Jean Moulin. AD Aveyron.
18. Le Courrier de l’Aveyron, 28 mars 1937. AD Aveyron. PER 512.
19. Les ligues dissoutes le 18 juin 1936 se reconstituent en partis : les Croix de Feu deviennent le Parti Social Français (PSF). Appartenant à la Droite extrême, son but initial n’est pas le renversement de la République mais le statu quo social : il faut faire un barrage au communisme. L’année 1938 correspond à l’apogée de popularité rencontrée par le PSF en Rouergue. Dans un rapport analysant la période 1938-1944, les RG estiment à plus de 1000 le nombre des « Croix de Feu » du département. A.D. Aveyron 84W18.
20. Dans la première quinzaine du mois d’avril, deux types de tracts sont distribués : 1) Parti social Français, fédération de l’Aveyron, 1er Congrès départemental, à Rodez, le 25 avril 1937…. « Vous ne connaissez pas La Rocque ? On vous en a dit beaucoup de bien ; On vous en a dit beaucoup de mal ; Venez à Rodez, le dimanche 25 avril et vous apprécierez vous-même ! » 2) « Pour lutter contre le mensonge et l’oppression du Front Populaire adhérer au Parti Social Français ». Rapport du commissaire spécial au Directeur de la Sûreté nationale, 17 mai 1937. AD Aveyron. Dos 201W69.
21. Depuis février, le PSF entretenait une intense activité par l’organisation de tournées de propagande et la tenue de réunions privées : le 7 février à Coupiac (150 auditeurs), le 21 février à Lapanouse-de-Sévérac, (25 personnes), les 13, 14, 15, 16 et 30 mars à Espalion (« 50 personnes, dont la moitié était des sympathisants communistes »), à Millau (une centaine de personnes, dont les députés Martin et Temple), à Saint-Félix-de-Sorgues, à Saint-Affrique (175 personnes) et à Decazeville. Parallèlement le parti SFIO et le parti communiste réunissaient leurs militants souvent dans les mêmes localités et n’avaient de cesse qu’exiger, en application de la loi, le désarmement et la dissolution des ligues factieuses. Divers rapports du commissaire spécial au directeur de la sûreté nationale, février-mai 1937. AD Aveyron. Dos 201W69.
22. L’interdiction préfectorale s’étendant à tout le territoire de la commune de Rodez, la réunion s’est tenu partie à Lesclauzade dans les bâtiments de M. Benoit, maire de Salles-la-Source, partie sur le domaine de Yars, commune de Flavin. À noter que le lieu du meeting avait été tenu rigoureusement secret par les dirigeants de ce parti. À Lesclauzade a eu lieu la séance de travail pour les cadres composés d’environ 250 ligueurs et à Yars, l’après-midi, le meeting auquel ont assisté près de 8 000 personnes venues de la région et hors région. Prirent la parole, Roland Boscary, président du groupe de Rodez, Barachin, directeur politique du PSF, Vallin, propagandiste et de la Rocque. Un banquet présidé par le colonel de La Rocque assisté de ses principaux lieutenants, des parlementaires, conseillers généraux, d’arrondissements et maires a réuni à l’hôtel Binez près de 300 convives. Rapport du commissaire spécial à Monsieur le Directeur de la Sûreté nationale, 17 mai 1937. AD Aveyron Dos 201W69.
23. Rapport du commissaire de police de Rodez, 20 mai 1937. AD Aveyron Dos 201W69.
24. AD Aveyron, actes des délibérations du Conseil général, avril 1937.
25. Le Courrier de l’Aveyron, 28 mars et mai 1937. AD Aveyron. PER 512.
26. Cité par Moizet H. Étude non publié : « Jean Moulin et le CNR ».
27. Organisé à Rodez, en 1933 ; la première avait dû une large part de son succès à la présence d’Albert Lebrun, président de la République. Dans son rapport mensuel du 2 juillet, Jean Moulin écrit : Tenue du 3 au 13 juin, la 2e Foire-Exposition de Rodez a obtenu un succès sans précédent, très favorablement commenté dans les milieux industriels et commerciaux du département. AD Aveyron. Dos 201W69.
28. Le Courrier de l’Aveyron, 12 juin 1938. AD Aveyron PER 512.
29. La Voix du Rouergue, juin 1938.
30. Laurent Valière, directeur de La Voix du Rouergue, se distingue par ses critiques à l’encontre du Front Populaire et ses insinuations à l’égard du préfet. La Voix du Rouergue, juin – juillet 1938.
31. Cité par Calef J. Jean Moulin, une vie, Plon, 1980, p. 124.
32. Recueil des Actes administratifs de la Préfecture de l’Aveyron, 1938. AD Aveyron. PER 1181.
33. Moulin J. Rapport à la Direction Générale de la Sûreté générale, juillet 1938. AD Aveyron. Dos 201W69.cf Annexe I.
34. L’Union Catholique, 28 novembre 1938. AD Aveyron. PER 1441.
35. Photo conservée par l’Institut Jean Moulin de Bordeaux. « Lorsqu’il était préfet de l’Aveyron à Rodez, je suis allé le voir et, nous avons fait ensemble à bicyclette les gorges du Tarn ». Meunier P. secrétaire du CNR, ami et collaborateur de Jean Moulin, témoignage écrit, non daté.
36. Rattachement de l’Autriche à l’Allemagne. Hitler fait une entrée triomphale à Vienne le 15 mars 1938. En avril 1938, un référendum ratifie l’Anschluss : une bonne partie des Autrichiens approuvent l’annexion avec enthousiasme.
37. « L’avènement du gouvernement Daladier a reçu l’accueil favorable de la grosse majorité de la population. Le programme du ministère est favorablement commenté, tant au point de vue de la politique intérieure, qu’à celui de la politique extérieure. À ce sujet, l’émotion soulevée par le coup de force autrichien a presque totalement disparue, l’opinion étant rassurée par l’attitude ferme du Président du Conseil, ministre de la Défense Nationale. » Rapport du commissaire de police de Rodez, 30 avril 1938. AI) Aveyron. Dos 201W69.
38. Font Ch. Et Moizet H. l’Aveyron et les Aveyronnais dans la Deuxième Guerre mondiale, CRDP M.P. 1996, p. 45.
39. « La population ruthénoise a accueilli avec joie l’annonce de l’accord de Munich qui sauve définitivement la paix. (…) Signalons qu’après la période d’affolement la Caisse d’Épargne locale enregistre pour le mois écoulé 933 763 francs de retraits contre 2 538 836 francs de versements, soit un excédent de 1 604 373 francs. Rapport du commissaire police de Rodez, 31 octobre 1938. AD Aveyron. Dos 201W69.
40. Choisi parmi route une série d’article : « Mais voyons si nos fautes passées ne sont pas pour beaucoup à la base de la crise qui a failli l’emporter, si nos divisions antérieures, nos passions partisanes (…) nos penchants pour une vie trop facile, trop matérialiste, n’ont pas fait le jeu de nos ennemis (…) celui des puissances internationales secrètes, des partisans de la guerre, pressés de réaliser des rêves monstrueux de domination révolutionnaire. » L’Union Catholique, 1er octobre 1938. AD Aveyron. PER 1441.
41. Erignac L. Trois siècles de luttes populaires en Bas-Rouergue. Villefranche-de-Rouergue, 1977, p. 180.
42. Chaumet M. Dossier pédagogique « Jean Moulin », en ligne à l’adresse suivante http://multimania.com/geograph/jmoulin/frprinci.htm.
43. Lettre de Jean Moulin au docteur Mans, citée par Péan P. Vies et morts de Jean Moulin, Fayard, 1998.
44. « C’est par exemple sur son intervention que le préfet de Haute-Garonne laissa décoller vers l’Espagne républicaine des avions arrivés sur la base de Francazal, alors que la Sûreté avait donné l’ordre aux préfets de surseoir à tout départ ».Cité par Baruch M.O. Le haut commis de l’État, in Jean Moulin face à l’histoire, sous la direction de Azéma J.-P. Flammarion, 2000, p. 67.
45. (…) Cette journée n’a pas eu l’ampleur qu’en attendait les organisateurs, 300 jeunes gens ou filles, au grand maximum, se trouvaient rassemblés au Parc du Château de Saint-Martin. Un droit d’entrée de 4 francs était exigé à chaque personne. (…) Le programme a été exécuté tel qu’il avait été établi par les organisateurs jeu de quilles, boules, danses, quêtes…. Pendant la journée des jeunes filles espagnoles vendaient des insignes et des cartes postales. Parmi les assistants 90 % d’Espagnols ou d’Espagnoles. (…) À noter sur le terrain, les principaux dirigeants du Parti communiste du bassin houiller, à l’exception de Ginestet, maire d’Aubin. Rapport de l’Inspecteur de Police spéciale, 19 juin 1938. AD Aveyron. Dos 201W69.
46. « Le 5 avril sont arrivés en autobus, 47 réfugiés espagnols. Par les soins de la municipalité et du Centre récréatif espagnol de Decazeville, tous ces réfugiés ont été logés en ville dans des chambres ou chez des compatriotes ». Rapport de l’Inspecteur Principal de Police Spéciale de Decazeville, 28 avril 1938. AD Aveyron. Dos 201W – 69.
47. D’après une étude du champ lexical de l’Union Catholique entre 1937 et 1938, réalisé par Moizet H.
48. L’Union Catholique, 12 octobre 1938. AD Aveyron. PER 1441.
49. Moizet G. Presse, Église Catholique et Opinion Publique en Aveyron, 1939-1945. Mémoire de maîtrise, sous la direction de Laborie P Toulouse, 1993, pp. 16-17.
50. Correspondance du Chanoine Touzery, directeur de L’Union Catholique. AD Aveyron 34 J316.
51. Voir Annexe II.
52. Article non signé, premier paragraphe. L’Union Catholique, 16-17 octobre 1938. AD Aveyron. PER 1441.
53. Voir Annexe II.
54. L’Union Catholique, 16-17 octobre 1938. AD Aveyron. PER 1441.
55. Depuis août 1938, ce dernier, ayant démissionné de ses fonctions de ministre du Travail pour protester contre les assouplissements apportés par Daladier à la loi des 40 heures, est redevenu député de l’Aveyron.
56. Selon l’analyse de Calef H., Jean Moulin, une vie. Plon, 1980, p. 133.
57. Paul Ramadier sera le seul parlementaire aveyronnais à refuser les pleins pouvoirs à Pétain, le 10 juillet 1940. Un autre, joseph Bastide, député UDR de Rodez, fera partie de ceux qui se sont volontairement abstenus. Les six autres voteront pour. Journal officiel, 11 juillet 1940.
58. Le Roc, n° 40, premier novembre 1938. AD Aveyron.
59. Actes des délibérations du Conseil Général, novembre 1938. AD Aveyron.
60. Le Courrier de l’Aveyron, 29 janvier1939. AD Aveyron. PER 512.
61. Actes des délibérations du Conseil général de l’Aveyron, 24 avril 1939. AD Aveyron. Cité par Cordier D. Jean Moulin, La République des catacombes, Gallimard, 1999.
62. « (…) La cause de son arrestation n’est pas son action sur place, mais la découverte par la Gestapo d’une liste de treize préfets de Vichy appartenant à la Résistance ». Témoignage de A. Jest. Cité par Font Ch. « Les choix de trois préfets aveyronnais ». Centre Presse, 11 décembre 1997, p. 22.
