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Description

Il y a cent ans – entre jeux et sports, un panorama

Cent ans de sports : mais justement, à quoi jouait-on il y a cent ans dans l’Hérault ? Quels sports passionnaient nos ancêtres, comment accueillaient-ils ces nouveaux jeux du monde moderne ? Brosser un panorama des activités sportives dans le département autour de 1910 n’est pas une tâche très simple. Plusieurs difficultés surgissent dès que s’ouvrent les archives. Tout d’abord, leur relative rareté. Les institutions sportives, dans leur ensemble (il existe bien sûr toujours des exceptions), s’intéressent peu à leur histoire, et négligent de conserver leur patrimoine. Tournés vers l’action, tendus vers les succès à venir, les sportifs regardent peu derrière eux. C’est vrai aujourd’hui, et ce l’était tout autant il y a un siècle, avec la circonstance largement atténuante d’une organisation embryonnaire et balbutiante. Et les pouvoirs publics – l’État, mais tout autant les Conseils Généraux ou les Municipalités – se préoccupaient encore bien peu de « politique sportive ». Les traces officielles laissées par l’activité sportive avant la Grande Guerre sont donc bien minces et se résument, pour l’essentiel, à l’enregistrement des Associations selon les règles de la loi de 1901, et à quelques rapports administratifs et policiers sur l’état des sociétés, leur esprit et la surveillance qu’il convient d’exercer sur elles des dossiers plus ou moins substantiels concernant telle ou telle association peuvent ainsi surnager dans un océan d’oubli et d’indifférence.

Mais si on désire prendre une photographie de groupe des sportsmen de l’époque, ces sources de renseignement sont bien parcellaires et sujettes à caution. Les rapports administratifs sont à l’évidence lacunaire, par méconnaissance du milieu, et le recours aux registres d’associations 1901 tenus en Préfecture s’avère vite d’une utilisation délicate. L’expérience de la recherche montre que la déclaration administrative est une démarche qui est alors loin d’être automatique. D’une part la Loi sur les associations est trop récente pour être pleinement entrée dans les mœurs, et beaucoup ne voient pas son utilité pour encadrer une activité de loisir privée et spontanée. Mais surtout elle est née dans un contexte d’affrontements idéologiques qui génèrent dans certains milieux la méfiance vis-à-vis des visées de contrôle de l’État, quand ce n’est pas le refus de participer à l’organisation républicaine et laïque de la société. Le résultat le plus évident de cette situation est la rareté des déclarations administratives pour bien des groupements sportifs, et plus encore le retard de déclaration : bien souvent, on constate un délai de plusieurs années entre la création effective de l’association et le moment où ses dirigeants se décident à la démarche en Préfecture. Ces décalages entre la vie officielle des groupements sportifs et ce qu’on peut déceler de leur existence effective, apparaissent pleinement quand on recourt à la source essentielle d’information qu’est la presse locale.

Certes, les journaux de 1910 ne permettent pas de prendre une vue complète et détaillée de l’actualité sportive. Il n’existe pas encore une presse régionale consacrée aux sports – contrairement au niveau national, ou même à certaines régions mieux pourvues (par exemple, pour la Côte d’Azur ou le Nord) – mais les rubriques spécialisées s’étoffent d’année en année, sous la forme d’articles de fond signées de plumes plus ou moins compétentes, et surtout de communiqués émanant des sportifs eux-mêmes qui se font leurs propres chroniqueurs, et à qui les quotidiens régionaux – le Petit Méridional, l’Éclair – et les différents périodiques plus locaux, confient le soin de traiter une matière que les journalistes professionnels maîtrisent encore mal. Il faudra pour cela attendre les années d’après-guerre, dans le sillage du plus connu et du plus talentueux d’entre eux, Emmanuel Gambardella.

Aux alentours de 1910, la lecture de la presse offre néanmoins une somme d’informations diverses et riches de matière. Le moindre entrefilet peut se révéler porteur de sens. A défaut de tirer de ces articles des données quantitatives statistiquement fiables sur le volume de la pratique sportive, leur utilisation qualitative permet de construire des problématiques sur la nature et la signification des loisirs et jeux sportifs de cette époque. C’est ainsi que l’on voit se dessiner les contours de ce que les Héraultais de la Belle Époque appelaient « le sport », comment certains jeux ou loisirs d’origine variée entraient, ou non, dans ce périmètre, et selon quels critères. On peut aussi comprendre en quoi les manifestations sportives étaient des activités publiques, au sens où leur publicité, par voie de presse, participait des enjeux de la compétition : dès l’origine, le sport est un spectacle qui cherche à constituer et accroître son public. Les communiqués de presse permettent aussi de cerner les moments forts de la sociabilité sportive, puisque l’association, la rencontre sportive sont toujours des situations collectives qui se moulent dans des formes spécifiques, même les plus spontanées.

C’est donc à une telle tentative de peindre le tableau significatif du sport dans l’Hérault vers 1910 que sont consacrées les pages qui suivent. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2010

Nombre de pages

29

Auteur(s)

Christian GUIRAUD, Guy LAURANS

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf