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2.00

Description

Fresques italiennes et liturgie
à la cathédrale de Narbonne (milieu du XIVe siècle)

* Maître de conférences honoraire en Histoire de l’Art, Université Paul-Valéry de Montpellier

Dans la cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur de Narbonne, la chapelle de chœur Notre-Dame de Bethléem est particulièrement remarquable par le grand retable en pierre sculptée polychromée installé vers 1380 et restauré entre 1993 et 2000. Ce chef d’œuvre a éclipsé les peintures murales de diverses époques qui ornaient le fond de la chapelle ainsi que son mur nord, et qui sont pourtant d’un grand intérêt.

La chapelle paroissiale Notre-Dame-de-Bethléem
(troisième quart du XIVe siècle)

Avant d’aborder, dans l’ancienne cathédrale de Narbonne, l’analyse des rapports susceptibles d’exister entre les fresques italiennes (milieu du XIVe siècle) de la chapelle Notre-Dame-de-Bethléem et la liturgie eucharistique contemporaine, il convient auparavant de donner un bref aperçu sur cette nouvelle chapelle de paroisse. Grâce aux longues et patientes recherches de Jacqueline Caille, on sait qu’au XIIIe siècle la chapelle d’axe de la cathédrale Saint-Just-et-Pasteur était primitivement dédiée à la Vierge Marie : on parle alors de chapelle Sainte-Marie, mais pas encore de Notre-Dame-de-Bethléem. De plus, dès le milieu du XIIe siècle, la petite paroisse dépendant de la cathédrale romane et correspondant à peu près au quartier canonial, est dénommée, le plus couramment, « paroisse Saint-Just », et plus tard, à la fin du XIIIe siècle, « paroisse Sainte-Marie-de-Bethléem ». D’ailleurs, un autel, dédié à Notre-Dame-de-Bethléem, existait déjà dans l’ancienne cathédrale romane, et il y avait bien désormais, dans le nouveau chœur gothique, une chapelle paroissiale Notre-Dame-de-Bethléem (capella Beate Marie de Bethléem), mais pas encore située dans l’axe. Jacqueline Caille a également bien noté que les documents du procès des chanoines avec les consuls de Narbonne (1349-1354) n’identifient pas alors la chapelle de paroisse avec la chapelle d’axe gothique : elle se trouvait donc ailleurs et encore dans une des cinq chapelles des bas-côtés du chœur.

Grâce aussi à la remise au jour, en 1982, de son somptueux décor sculpté4, désormais connu sous le nom générique de « Grand retable de Narbonne », probablement réalisé ou mis en place pour l’édification des fidèles dans le troisième tiers du XIVe siècle, on devine l’importance nouvelle désormais accordée à cette chapelle mariale d’axe, consacrée le 15 août 1381, en la fête de l’Assomption de la Vierge ; puis à nouveau le 20 mars 1527. Les restaurations qui ont suivi, scientifiques et minutieuses, ont permis de tirer des observations très précises et détaillées non seulement sur la taille des blocs sculptés, mais aussi sur certaines discordances et sur les nombreux problèmes posés lors de leur mise en oeuvre et montage dans cette chapelle d’axe : ce qui a parfois fait supposer qu’ils avaient, primitivement, pu être prévus pour l’ancienne chapelle de paroisse.

Curieusement, ce grand retable a entièrement occulté le premier programme8 peint dans cette chapelle axiale (mais pas encore paroissiale) et réalisé autour de 1312 pour Gilles Aycelin de Montaigu (vers 1252-Avignon, 23 juin 1318), vers la fin de son épiscopat à Narbonne (25 novembre 1290-5 mai 1311). Occupant le fond de la chapelle, et largement masqué par le retable, ce programme original, ‘royal’ et ‘clérical’ – épiscopal et très politique -, fait figurer l’archevêque, promulgateur du culte de Saint Louis canonisé en 1298, fidèle allié du roi de France Philippe IV le Bel, et accompagné de ses dix suffragants de la province ecclésiastique de Narbonne. Malgré son intérêt iconologique certain, l’état de dégradation profonde de cet ensemble peint en rend la lecture difficile, malgré les tentatives de restauration engagées en 2000.

Mais, à Narbonne, ce sont les fresques italiennes, peintes sur le mur nord de la chapelle d’axe qui vont ici nous intéresser : comme pour les sculptures du Grand retable, elles jouaient certainement, pour le clergé et désormais aussi pour les paroissiens et les fidèles, un rôle didactique et liturgique de premier plan. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2017

Nombre de pages

12

Auteur(s)

Jean-Pierre SUAU

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf