Dossier documentaire sur la panthéonisation de Jean Moulin le 19 décembre 1964
Dossier documentaire sur la panthéonisation
de Jean Moulin le 19 décembre 1964
Jean-Marie GUILLON * : Dossier BNF
« Dans le courant de décembre, j’eus avec lui de longs entretiens. Jean Moulin, avant d’aller à Londres, avait pris de nombreux contacts avec chacun des mouvements de résistance et, d’autre part, sondé divers milieux politiques, économiques, administratifs. Il connaissait le terrain sur lequel de prime abord, je projetais de l’engager. Il faisait des propositions nettes et formulait des demandes précises.
Cet homme, jeune encore, mais dont la carrière avait déjà formé l’expérience, était pétri de la même pâte que les meilleurs de mes compagnons. Rempli, jusqu’aux bords de l’âme, de la passion de la France, convaincu que le « gaullisme » devait être non seulement l’instrument du combat, mais encore le moteur de toute une rénovation, pénétré du sentiment que l’État s’incorporait à la France Libre, il aspirait aux grandes entreprises. Mais aussi, plein de jugement, voyant choses et gens comme ils étaient, c’est à pas comptés qu’il marcherait sur une route minée par les pièges des adversaires et encombrée des obstacles élevés par les amis. Homme de foi et de calcul, ne doutant de rien et se défiant de tout, apôtre en même temps que ministre, Moulin devait, en dix-huit mois, accomplir une tâche capitale. La résistance dans la Métropole, où ne se dessinait encore qu’une unité symbolique, il allait l’amener à l’unité pratique. Ensuite, trahi, fait prisonnier, affreusement torturé par un ennemi sans honneur, Jean Moulin mourrait pour la France, comme tant de bons soldats qui, sous le soleil ou dans l’ombre, sacrifièrent un long soir vide pour mieux « remplir leur matin. »
Charles De Gaulle
Manuscrit Général De Gaulle, Mémoires de guerre, l’Appel (1940-1942)
(Clichés Bibliothèque Nationale de France, Paris)
Lettre du Général De Gaulle à Laure Moulin *
Le Général De Gaulle, 8 avril 1947
Chère Mademoiselle,
Votre lettre m’a vivement touché !
Jean Moulin, votre héroïque frère était, par excellence, mon bon compagnon et mon ami. C’est parce que nous avions l’un et l’autre et en toute connaissance de cause une confiance entière que je l’avais choisi et désigné pour agir et parler, en mon nom et au nom du Gouvernement dont il était membre, sur notre territoire non encore libéré ! C’est pour la même raison qu’il avait, de toute sa foi, accepté de le faire.
Nos entretiens et nos travaux communs à Londres, comme les rapports qu’il m’adressait de France et les instructions que je lui envoyais, jusqu’au jour même où l’ennemi l’a saisi pour le torturer et l’abattre, ont été l’expression éclatante de cet accord et de cette confiance.
C’est dire quel mépris méritent les contorsions calomnieuses de ceux qui, aujourd’hui, voudraient exploiter à leur profit de partisans ou d’arrivistes, contre nos compagnons et moi-même, la pure gloire de Jean Moulin !
Je vous prie de croire, chère Mademoiselle, à mes sentiments très respectueux et fidèlement dévoués.
De Gaulle
* Bibliothèque nationale, Manuscrit, Nouvelles acquisitions françaises, 17869, fol. 80 r°/v°.
Cette lettre a été reproduite dans le Midi Libre du 12 novembre 1970.
(© Bibliothèque nationale de France, Paris)
Discours d'André Malraux
CHANT DES PARTISANS
Ecouter ce titre
Ce chant sorti de l’ombre, témoignage de solidarité et de compréhension
a besoin d’être su et compris par tous.
C’est pourquoi, une fois encore, nous le publions in extenso.
— 1 —
Ami entends-tu
Le vol noir des corbeaux
Sur nos plaines
Ami entends-tu
Ces cris sourds du pays
Qu’on enchaîne
Ohé partisans
Ouvriers et paysans
C’est l’alarme
Ce soir l’ennemi
Connaîtra le prix du sang
Et des larmes
— 2 —
Montez de la mine
Descendez des collines
Camarades
Sortez de la paille
Les fusils, la mitraille
Les grenades
Ohé les tueurs
A la balle et au couteau
Tuez vite,
Ohé saboteur
Attention à ton fardeau
Dynamite…
— 3 —
C’est nous qui brisons
Les barreaux des prisons
Pour nos frères,
La haine à nos trousses
Et la faim qui nous pousse,
La misère.
Il y a des pays
Où les gens au creux des lits
Font des rêves
Ici, nous vois-tu
Nous on marche et nous on tue…
Nous on crève…
— 4 —
Ici, chacun sait
Ce qu’il veut, ce qu’il fait
Quand il passe
Ami, si tu tombes,
Un ami sort de l’ombre
A ta place,
Demain du sang noir
Séchera au grand soleil
Sur les routes
Chantez compagnons,
Dans la nuit la liberté
Nous écoute…
— 5 — pour finir
Ami entends-tu
Les cris sourds du Pays
qu’on enchaîne…
Ami entends-tu
Le vol noir des corbeaux
sur nos plaines…
Oh oh oh oh oh oh oh oh…
Paroles de
Joseph KESSEL
et Maurice DRUON
Musique de Anna MARLY
