2.00

Description

Dispositifs de contrôle, police et résistances pendant la peste de 1720
Une étude comparée de Marseille et Montpellier

*Fleur Beauvieux (Jeune docteure en Histoire, EHESS, Centre Norbert Élias UMR 8562 ;
Chercheure post-doctorante à l’IRD, Aix-Marseille Université, LPED UMR 151)

** Nicolas Vidoni (Maître de conférences en Histoire moderne, Aix-Marseille Université, UMR Telemme UMR 7303).

Introduction

La résurgence d’épidémies meurtrières est l’une des données structurelles de la démographie d’Ancien Régime. La peste, un des plus grands fléaux avec la famine et la guerre depuis le Moyen Âge, a longtemps été un des événements les plus étudiés par les historien-ne-s. Or, des perspectives récentes permettent de saisir, contre l’idée paradigmatique d’un temps où des pouvoirs exceptionnels et autoritaires pouvaient – devaient ? – contrôler les villes, que des modalités d’exercice du pouvoir plus nuancées ont pu exister. La comparaison permet de le comprendre. Ici, deux cas proches et pourtant dissemblables, seront examinés. D’une part Marseille, d’autre part, Montpellier. La première, grand port méditerranéen, est touchée très durement par la peste entre 1720 et 1722. Les dizaines de milliers de morts qui en sont les victimes ont nécessité que les autorités urbaines, soutenues en ce sens par la monarchie, prennent en charge le dispositif de peste. Pour cela, les échevins ont développé de nouvelles modalités d’action à partir du Bureau de Santé. Ce Bureau de Santé – ou Conseil de Santé – se retrouve également à Montpellier entre 1720 et 1723. Mais l’originalité tient ici au fait que ce n’est pas la peste qui a affecté la cité. C’est la peur de la contagion qui a dicté l’action des autorités. Ces deux cas permettent de saisir combien un ordre urbain nouveau est le fruit de son temps. Mais ils permettent également de montrer, à travers les réactions des populations, comment cet ordre ne va pas de soi, y compris sous des motifs impérieux.

Cet article présentera dans un premier temps les deux dispositifs de peste, a priori similaires. Dans un deuxième temps, il montrera combien la réussite de nouveaux dispositifs policiers et/ou d’encadrement dépend de leur capacité à intégrer et faire agir des groupes sociaux plus larges. Enfin, il abordera les rares oppositions qui sont nées à la suite de ces nouvelles modalités d’action, dans la mesure où elles ont modifié les vies quotidiennes et les équilibres sociaux et politiques des deux villes concernées.

Les dispositifs de contrôle de la ville à Marseille et Montpellier

Dans les deux villes, un Bureau de Santé est institué. Les archives en sont conservées de manière continue pour Marseille, alors qu’à Montpellier, la conservation est interrompue entre avril et août 1721, une des grandes phases de l’épidémie. Ces archives permettent de comprendre le processus de production de règlements, très important à Marseille, très léger à Montpellier, ce qui induit dans ce dernier cas de saisir l’économie générale des « ordonnances » du Bureau de Santé, à la fois décisions et règlements.

À Marseille : le registre de peste, outil du pouvoir pendant la peste

La période de la peste marseillaise est marquée par une prolifération de règlements de police, plus communément nommés « ordonnances ». L’appareil policier mis en place à Marseille nous est connu essentiellement à travers une source : un recueil de règlements de police rassemblés sous le terme « registre de peste  », conservé aux archives municipales de Marseille sous la cote FF 292. Il porte l’inscription « Transcription des ordonnances de police, faites tant par les Echevins que par les Commandants, arrêts des parlements, délibérations, lettres, ordres du roi, et généralement tout ce qui a une quelconque relation à la Contagion, de 1720 à 1723 » et a été rassemblé par le secrétaire-archivaire, Marc Capus, nommé par le régent en 1717. Les ordonnances de police marseillaises du début du XVIIIe siècle étaient habituellement recopiées au fur et à mesure dans des registres chronologiques Celles conservées dans le registre de peste constitue une source à part, rangée sous une cote différente, ce qui montre l’exceptionnalité de la situation et la volonté de détacher cet épisode épidémique du cours ordinaire de la gestion de la ville. Il ne fut pas, étonnamment, classé dans le fonds « Santé ». Ce recueil a très certainement été rédigé entre le mois d’août 1721 et celui de mai 1722, puis complété ensuite après le mois de mai. (12 pages et 2 tableaux)

Informations complémentaires

Année de publication

2020

Nombre de pages

11

Auteur(s)

Fleur BEAUVIEUX, Nicolas VIDONI

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf