Des espaces partagés pour les sports de nature

* Directeur territorial, chef du service activités et sports de nature du Conseil général de l’Hérault.

Les articles historiques qui précèdent ont mis en évidence l’importance des institutions sportives, des fédérations, dans l’organisation des compétitions et des activités sportives en général. Le texte qui suit essaie de montrer la complexité nouvelle des montages institutionnels nécessités par la multiplicité des partenaires et surtout par la gestion et la prévention des possibles conflits. Cette vision de l’intérieur éclaire la situation actuelle des politiques sportives et leur intrication au sein du corps social.

Le riche patrimoine naturel de l’Hérault offre une grande variété d’espaces aux pratiquants des sports de nature de multiples chemins de randonnée, des massifs et falaises adaptés à la pratique de l’escalade, des grottes, des cours d’eau, des lacs et espaces côtiers pour les activités nautiques…

Ces espaces autorisent de nombreuses pratiques : randonnée, VTT, équitation, canoë, escalade, spéléologie, plongée, voile, kite-surf, vol libre… Ces activités répondent à une demande sociale qui s’ancre dans une recherche de contact avec la nature, d’authenticité et d’entretien de la santé par l’activité physique. Elles contribuent à l’attractivité du territoire, permettent d’éduquer au respect de l’environnement et s’inscrivent dans une dynamique de développement durable.

Le Département de l’Hérault a initié une politique publique qui vise à répondre aux attentes des usagers des espaces naturels et à anticiper les difficultés engendrées par des pratiques parfois concurrentes.

Bref historique des sports de nature dans l'Hérault 1

Au XIXème siècle, la pratique des sports de nature reste relativement confidentielle. L’escalade, la montagne et la voile sont réservées à une certaine élite sociale. Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que les pratiques de sports de nature commencent à se développer, sous l’égide d’un sous-secrétariat d’État à la jeunesse et aux sports. Les cadres de cette administration contribuent, à partir des années 1950, à la mise en place de  » bases de plein air « , la plupart du temps sous tentes ou dans des baraquements en bois ou en tôle provenant de stocks de l’armée. Des stages multi-activités (canoë-kayak, voile, escalade, spéléologie, cyclotourisme…) y sont organisés. Le scoutisme, les organismes de jeunesse et d’éducation populaire contribuent également au développement de ces nouvelles pratiques.

Dans l’Hérault, les bases de plein air contribuent très largement au développement des sports de nature auprès des centres de vacances et des mouvements de jeunesse, dans un premier temps sous l’impulsion des Services de la jeunesse et des sports. De 1970 au début des années 1980, la base de Saint-Bauzille-de-Putois est considérée comme pilote pour l’accueil de centres de vacances et de stages de formation. Par ailleurs, des bases de voile sont implantées sur le littoral et sur les rivages des lacs ou étangs.

Le Département de l'Hérault, acteur de la randonnée et des sports de nature

Avec les lois de décentralisation, le Département devient un acteur essentiel du développement des sports de nature. En 1980, le Conseil général est à l’initiative de la création de l’association Office départemental des sports de l’Hérault (ODSH) qui regroupe l’ensemble des comités départementaux sportifs et les aide, notamment dans l’organisation et la logistique des événements sportifs.

Le plan départemental d'itinéraires de promenade et de randonnée

Conformément à la loi du 22 juillet 1983 2, le Conseil général met en place, à partir de 1985, le plan départemental d’itinéraires de promenade et de randonnée (PDIPR) en liaison avec le comité départemental de la randonnée pédestre. En 1999, le Département consolide cette démarche par la prise en charge de l’entretien et du balisage des itinéraires inscrits au plan et par la définition d’une Charte de qualité 3 qui permet de sélectionner les circuits.

Un comité de pilotage 4 analyse les demandes d’inscription et les projets d’aménagements. Cette politique permet d’initier une pratique de concertation et de partenariat, notamment entre les sportifs, les propriétaires et les élus locaux concernés.

Le PDIPR préserve une partie des chemins ruraux contre toute aliénation ou interruption de continuité d’itinéraire et permet de protéger un patrimoine local dans le respect de son authenticité. En 2010, ce patrimoine s’étend sur 1107 km d’itinéraires, dont :

  • 54 boucles de randonnée, représentant 527 km, qui bénéficient du label P.R. (Promenade et Randonnée) et d’une publication dans le topo-guide L’Hérault à pied figurant parmi les meilleures ventes en France 5. Cette publication dans un réseau national est importante en termes de retombées économiques et sociales pour les communes concernées.
  • un linéaire de 550 kilomètres conçu pour trois types de randonnée pédestre, VTT ou équestre, le Réseau vert qui traverse l’Hérault d’est en ouest. Il est labellisé « Grande traversée VTT de l’Hérault» par la Fédération française de cyclisme.

Les schémas départementaux de sports de nature

Au-delà de la compétence qui lui est attribuée dans le cadre de la loi relative au PDIPR, le Département de l’Hérault a encouragé la pratique des sports de nature et a mis en place, depuis les années 80, avec l’appui d’Hérault sport 6, un partenariat avec le mouvement sportif, acteur essentiel de l’organisation de la pratique sportive.

D’autres schémas départementaux sont élaborés pour faciliter la pratique de certains sports, aménager les sites et gérer l’accès aux lieux de pratique.

Ainsi, le Département adopte, en 1993, un schéma d’escalade, puis, en 1994, un schéma de vol libre, suivi en 1996, par un schéma du VTT. Par la suite, d’autres schémas sont élaborés : course d’orientation en 2001, grande randonnée en 2002, promenade en 2006. A ce jour, une centaine de sites ou itinéraires ont été aménagés ou aidés par le Département dans le cadre du PDIPR et de ces schémas (cf. cartes ci-après).

En outre, une politique d’acquisition de terrains en bordure de rivières permet d’ouvrir des espaces à la pratique du canoë-kayak, mais aussi à la baignade et la pêche.

PDESI/CDESI : une recherche de solutions concertées à l'échelle départementale

Pour « favoriser le développement maîtrisé des sports de nature », la loi du 9 décembre 2004 charge le département d’élaborer un plan départemental des espaces, sites et itinéraires relatifs aux sports de nature (PDESI) 7 et de créer une commission départementale des espaces, sites et itinéraires (CDESI) 8.

Cette démarche innovante se justifie par la complexité des enjeux fonciers, environnementaux et économiques liés aux pratiques de sports de nature et la multiplicité des interactions entre les pratiquants sportifs, les propriétaires, les collectivités locales et les autres acteurs concernés, directement ou non : chasseurs, pêcheurs, environnementalistes, habitants…

La réflexion en vue de la mise en place de la CDESI est initiée dans l’Hérault en 2006. Ce projet entraîne, dans un premier temps, des réticences au sein du mouvement sportif qui craint une sous représentation au sein de la CDESI et la remise en cause de la pratique sportive sur certains sites, du fait de la confrontation d’intérêts divergents. Les premiers départements engagés dans cette démarche se sont en effet heurtés à des difficultés. Dans ce contexte, le Département de l’Hérault souhaite une mise en place progressive du dispositif en renforçant et en élargissant le partenariat existant avec le milieu sportif.

Ainsi, le comité de pilotage du PDIPR est élargi aux sports de nature, associant de nouveaux partenaires en vue de la future CDESI, sans rendre sa composition incompatible avec une certaine fluidité des échanges. Les critères retenus sont : la reconnaissance à l’échelle du territoire départemental, la légitimité et/ou l’agrément.

La CDESI : une composition équilibrée et des valeurs partagées

La légitimité des comités départementaux des sports de nature est incontestable : ils représentent une fédération sportive qui a une délégation de service public et agit par délégation du Ministère des sports. A ce titre, ils peuvent organiser des compétitions. La présence du comité départemental olympique et sportif (CDOS) au sein de la CDESI est prévue par la loi.

Les services de l’État chargés du sport disposent également de cette légitimité : ils sont garants du respect de la législation et compétents dans le domaine de la formation.

La reconnaissance à l’échelle du territoire départemental de l’association Hérault sport est une évidence : c’est un partenaire essentiel du Département et des comités.

Il en est de même pour l’association Groupement des comités départementaux des activités physiques et sportives de pleine nature de l’Hérault, créée en 2003, à l’initiative d’un petit noyau de comités départementaux (canoë-kayak, randonnée pédestre, équestre et vol libre) pour faciliter leur représentation au sein des différentes instances. Une dynamique s’est rapidement créée : en 2010, ce groupement comprend 19 membres. La constitution de cette association est une avancée importante car les institutions ont désormais un interlocuteur bien identifié.

Parallèlement, les professionnels de sports de nature se sont organisés en association départementale, le 13 novembre 2006, à l’initiative de la Chambre de commerce et d’industrie de Montpellier. L’un des critères d’adhésion à cette association est l’obtention du label Qualité Hérault. Cette association Sports Loisirs Nature 34 est le partenaire naturel pour la CDESI.

En ce qui concerne les associations de protection de l’environnement, un échange avec les services compétents permet d’identifier deux associations agréées reconnues à l’échelle du territoire départemental : le Conservatoire des espaces naturels régionaux et l’association des écologistes de l’Euzière.

Par délibération du 22 septembre 2008, l’assemblée départementale met en place la CDESI et valide sa composition. Une nouvelle délibération, en date du 27 avril 2009, élargit la commission à un représentant de la fédération départementale de la chasse et à des universitaires compétents en matière de formation sportive : Centre régional d’éducation populaire et de sport (CREPS) de Montpellier et Université de formation et de recherche en sciences et techniques des activités physiques et sportives (UFR-STAPS). La CDESI est donc composée de 19 membres titulaires et 19 suppléants. Par ailleurs, elle comprend des membres associés, tels que la fédération départementale de l’Hérault pour la pêche et la protection du milieu aquatique ou des représentants des territoires concernés par l’ordre du jour (parc naturel régional du Haut Languedoc et maires des communes d’implantation des sites étudiés…).

Une charte approuvée par les membres de la CDESI

Afin de préciser l’esprit dans lequel les partenaires souhaitent travailler, de faciliter des échanges constructifs et d’éviter des positionnements de type lobbying, les membres de la CDESI approuvent une charte qui rappelle les valeurs et les principes, notamment la volonté de concertation avec les acteurs locaux pour permettre la pratique des activités dans le respect de tous et l’aménagement harmonieux du territoire. Elle vise la recherche de l’intérêt général, l’élaboration d’une culture commune, le respect des pratiquants et des modes de vie des habitants.

La CDESI est un lieu important de concertation, d’échanges, de recueil d’avis, de réflexion, de prospective, et non une instance de décision, celle-ci revient aux élus du Département qui ont la légitimité démocratique. Dans cette optique, le rôle de chaque acteur est préalablement défini :

  • La CDESI est consultée sur l’élaboration et toute modification du PDESI ainsi que sur tout projet d’aménagement des espaces naturels susceptibles d’avoir une incidence sur l’exercice des sports de nature dans les espaces, sites et itinéraires inscrits au PDESI.
  • L’assemblée départementale définit les orientations, adopte le PDESI, inscrit les espaces, sites et itinéraires et délibère sur les aides aux aménagements des sites de sports de nature.
Réunion conviviale entre élus, fonctionnaires et responsables associatifs
Fig. 1 Réunion conviviale entre élus, fonctionnaires et responsables associatifs.
Cliché : Conseil général de l'Hérault

Le PDESI : une finalité et des objectifs concertés

La finalité fixée par la loi restant très générale, les acteurs du mouvement sportif souhaitent des réponses à leurs questionnements sur l’intérêt de la CDESI et du PDESI. Un certain nombre de réunions, souvent animées, sont nécessaires pour dégager le sens de la démarche. La garantie d’une meilleure reconnaissance de la pratique et de la pérennité des sites finit par emporter l’adhésion. Après plusieurs mois de débats, un consensus s’est dégagé autour d’une finalité : améliorer l’accessibilité et la pérennité des lieux de pratique, dans le respect de l’ensemble des acteurs concernés par chaque site.

Les objectifs suivants sont ensuite définis collégialement, ils sont partagés par les membres de la CDESI et validés par l’assemblée départementale le 18 décembre 2008 :

1) Pérenniser les sites de pratique de sports de nature.

Le PDESI est un outil qui permet de pérenniser la pratique en conjuguant développement des sports de nature, partage de l’espace, protection de l’environnement, attractivité touristique du territoire.

2) Permettre l’accès sécurisé du public aux sites et itinéraires.

La garantie d’accès aux sites est abordée sous ses multiples aspects : sécurité juridique grâce au conventionnement, sécurité physique, accessibilité aux personnes handicapées.

3) Faciliter la concertation avec les acteurs du territoire et les usagers de l’espace.

La concertation s’organise dans le cadre d’échanges avec tous les acteurs concernés (élus locaux, partenaires institutionnels, privés ou associatifs). Le dialogue renforce les synergies et les actions communes valorisant le territoire.

4) Accompagner l’aménagement des sites dans une perspective de développement durable.

L’aménagement des lieux de pratique doit contribuer à préserver et valoriser le milieu naturel et le patrimoine local à l’intention des générations futures en encourageant la dimension éducative, la santé et le lien social.

Des espaces de dialogue adaptés au contexte héraultais

Un comité technique est institué pour préparer les travaux de la CDESI et maintenir un dialogue permanent. Il est composé des principaux acteurs concernés : les Services sport et environnement du Département, les Services de l’État en charge des sports, Hérault Sport, Hérault Tourisme, le CDOS, le groupement des comités départementaux de sports de nature, ainsi que des personnes physiques ou morales compétentes ou concernées, en fonction des travaux.

Les nombreuses réunions de ce comité technique permettent de dégager un consensus, notamment sur la méthodologie d’élaboration du PDESI, l’inventaire des sites à enjeu sportif, l’évaluation des sites, la prise en compte des enjeux environnementaux…

Cet accord de base est une force, il permet, pour préserver l’intérêt collectif, de résister aux pressions d’acteurs pratiquant le lobbying. Ainsi, un interlocuteur se présentant comme représentatif des sports motorisés demande à être intégré à la CDESI, tout en faisant état, dans sa lettre de candidature « de la montée d’un certain intégrisme écologique » et en ajoutant « Nous bénéficions du soutien de la quasi-totalité des importateurs et constructeurs moto et quad français, de 135 victoires juridiques en 15 ans… ». Cette candidature ne correspondant pas à l’esprit de la charte n’est pas retenue. Cela n’empêche pas de chercher à résoudre les problèmes posés par la pratique des sports motorisés avec des représentants ouverts à un dialogue constructif, en vue par exemple de mettre en place un code de bonne conduite avec les loueurs de quads et pratiquants.

A côté de la CDESI et du comité technique, des groupes de travail, ponctuels ou permanents, sont constitués en fonction des besoins. Ce sont des lieux d’échanges où chacun peut exprimer librement son avis ou ses réserves. Leur composition souple permet d’élargir la concertation en fonction du problème à traiter 9 ou de la discipline concernée, tout en gardant une bonne réactivité. Les échanges entre les partenaires au sein des groupes de travail permettent d’associer expertise et concertation, de partager des analyses et de construire des solutions innovantes.

La multiplicité des situations et des acteurs nécessite la création de groupes de travail au niveau départemental ou à l’échelle des territoires porteurs de projets (intercommunalités ou communes). Dans le cas où un site à aménager est concerné par des mesures de protection de l’environnement, une concertation locale avec les associations de protection de la nature et les usagers de l’espace concernés est organisée pour dégager des solutions.

Lorsqu’un site est concerné par des enjeux environnementaux, le Département peut demander à des membres d’associations partenaires de faciliter la rechercher de solutions adaptées. Par exemple, la collaboration d’un environnementaliste, spécialiste en ornithologie, qui pratique l’escalade, a permis de démontrer qu’il est possible d’inventer des solutions simples conciliant les intérêts sportifs et la protection de l’environnement. Ce choix d’associer des médiateurs capables de construire des ponts entre des cultures différentes permet de jouer un rôle pédagogique et de dénouer des situations complexes.

Une co-construction du processus d'évaluation et d'inscription

L’ensemble des sites représentant un enjeu pour la pratique des disciplines ou qui pourraient présenter à l’avenir un intérêt est répertorié et identifié avec les comités départementaux des sports de nature qui ont une parfaite connaissance des lieux de pratique et de leurs problématiques.

Cet inventaire est réalisé pour 12 disciplines 10 et pourra être élargi. Certains comités ont signalé des sites où la pratique est confidentielle et sur lesquels ils ne souhaitent pas une communication grand public, pour éviter notamment des difficultés liées à une sur-fréquentation dans des secteurs sensibles.

Ce travail s’est concrétisé dans la cartographie des sites à enjeux sportifs présentée ci-dessous.

Les échanges en comité technique sont riches, car les partenaires sont amenés à se poser des questions concrètes Comment définit-on un espace, un site, un itinéraire (ESI) ? Le lieu de stationnement fait-il partie de l’ESI ? Quels critères retient-on pour inscrire un site au PDESI ? Quelles disciplines prend-on en compte ? (Par exemple, le golf n’est pas retenu, car il est décidé que l’ESI, pour être inscrit, doit être ouvert gratuitement aux pratiquants sportifs). Comment procède-t-on à l’évaluation ? Chaque étape est discutée jusqu’au moment où un consensus est trouvé.

Inventaire des espaces, sites et itinéraires (ESI)
Fig. 2 Inventaire des espaces, sites et itinéraires (ESI) à enjeu sportif au 26 juin 2008. Conseil général de l'Hérault

Des outils d’évaluation des ESI sont construits pour prendre en compte les enjeux sportifs, environnementaux, fonciers, juridiques, économiques en intégrant la démarche de développement durable et humain (prise en compte du handicap, accès gratuit…). Les sites proposés au PDESI sont évalués de façon approfondie dans le cadre d’une concertation étroite avec l’ensemble des partenaires. L’évaluation permet à des acteurs qui se croisaient sur les mêmes sites, sans avoir de cadre ou de lieu pour échanger, d’approfondir leur connaissance réciproque et de partager un diagnostic à partir d’informations mises en commun et synthétisées (inventaire des sites, cartes…). Un dialogue s’instaure ainsi progressivement autour du processus d’évaluation. Les collectivités concernées sont informées de la démarche d’inscription au PDESI.

Cet examen collégial des sites est l’occasion de développer la collaboration avec le comité Handisport afin d’évaluer l’accessibilité de ces sites pour les différents types d’handicaps.

L’évaluation des ESI permet notamment de préciser les enjeux environnementaux et d’identifier si un site est concerné par une réglementation spécifique.

A l’issue de ce travail, une synthèse de l’évaluation des sites proposés à l’inscription est présentée à la CDESI pour offrir à ses membres une vision synthétique des enjeux.

Le 1er octobre 2009, la CDESI émet un avis favorable sur le PDESI, son cadre et ses critères d’inscription, puis propose l’inscription des 23 premiers sites. Après une large concertation et près de deux années de travail préparatoire, l’Assemblée départementale adopte le PDESI le 23 novembre 2009. Celui-ci sera actualisé chaque année et complété de nouveaux sites sportifs. Simultanément, l’Assemblée adopte un programme relatif aux aménagements des sites qui met en cohérence les critères de subvention avec les objectifs du PDESI et les principes du développement durable, en prenant en compte les dimensions environnementale, sociale et économique.

Le partage de l'information : le système d'information géographique (SIG)

Afin de se doter d’un outil adapté au travail partenarial et transversal en matière de randonnée, un outil accessible par internet, le SIG Randonnée, est mis à disposition des partenaires. Il permet de mutualiser l’ensemble des informations relatives à la randonnée, de coordonner l’entretien des itinéraires, d’améliorer le suivi des conventions d’autorisation de passage, de réagir rapidement sur les questions de sécurité, de faciliter l’identification de nouveaux tracés et l’actualisation du topoguide l’Hérault à pied.

En 2010, une évolution du SIG Randonnée vers un SIG Sports de nature se concrétise pour permettre aux partenaires d’échanger en temps réel, de recueillir et croiser les données sportives, foncières, touristiques et environnementales relatives à ces sites. Cet outil informatique partagé mutualise la connaissance et facilite ainsi l’analyse des projets.

La construction d'une culture commune

Animer la concertation, ce n’est pas seulement rassembler les acteurs. Cela suppose d’être à l’écoute et de s’adapter, de rester vigilant sur l’évolution des relations entre les partenaires, de construire l’information utile : cartes, diagnostics, évaluations.., d’en faciliter la compréhension et l’appropriation, tout en restant déterminé sur l’objectif à atteindre.

La qualité des relations établies par le vice-président du conseil général chargé du sport, avec le mouvement sportif, ainsi que son action de sensibilisation auprès des élus du Conseil général, facilitent l’avancement de la démarche. Par son implication, le président du groupement des comités départementaux des sports de nature, Michel Pitman, apporte lui aussi une contribution active à la réussite du processus. Quand les raisons de son engagement lui sont demandées, il exprime « la confiance qu’il a en ses interlocuteurs du Département qui respectent les avis recueillis au cours des réunions ».

Le PDESI de l'Hérault
Fig. 3 Le PDESI de l'Hérault : 23 espaces, sites et itinéraires (ESI) inscrits en 2009. Conseil général de l'Hérault

Un environnementaliste présent aux réunions du comité technique explique son intérêt pour cette concertation par « la sincérité de ses interlocuteurs du Département ». Une réelle synergie s’est ainsi mise en place : par exemple, les nombreuses mesures de protection de l’environnement, que les acteurs sportifs ne maîtrisent pas, ont été présentées de façon pédagogique et synthétique aux membres du comité technique, afin d’en faciliter la lecture et la compréhension. Et ce sont ensuite des pratiquants du canoë qui ont amené au Conservatoire régional des espaces naturels des  » tortues autochtones « , alors qu’ils auraient pu craindre a priori que la présence de ces tortues leur crée de nouvelles contraintes !

Le comité technique permet ainsi aux partenaires de s’approprier la démarche, de valider les choix à chaque étape et de construire collectivement des solutions. Ses membres se sentent acteurs d’un processus sur lequel ils peuvent influer. Un respect mutuel et une ambiance conviviale, progressivement instaurés, ont contribué à créer cette dynamique participative.

Cette démarche contribue à renforcer la synergie entre les Services du Département et ceux de l’État qui interviennent au titre de la réglementation sportive auprès des professionnels de sports de nature.

Elle conforte aussi la position du milieu sportif au cœur du dispositif et contribue à la reconnaissance du rôle des comités sportifs qui ont perçu l’importance et le bien-fondé de leur implication.

Elle conduit enfin à une plus grande participation des territoires qui se sont rapidement appropriés cette réflexion, car les sports de nature sont souvent perçus comme valorisants pour leur image.

L’inscription au PDESI apporte des garanties sur la pérennité des sites et sur les conditions d’accès. Inscrire un site, c’est constater, à l’issue d’un travail collectif, que les conditions de la pratique sportive sur ce lieu sont compatibles avec les autres usages de l’espace et avec le respect du milieu, c’est donc officialiser un consensus sur l’utilisation du site et sur la bonne intégration des aménagements en milieu naturel.

En conclusion : une nouvelle gouvernance qui améliore les relations entre les usagers et les gestionnaires des espaces naturels

La concertation organisée dans le cadre de la CDESI met en relation des acteurs aux approches variées pour partager l’espace, l’aménager et limiter les conflits d’usage. Les partenaires disposent là d’une instance qui permet de privilégier l’échange et la recherche de solutions concertées, évitant ainsi des confrontations sur le terrain. La dynamique qui s’est installée prend en compte les apports des différents acteurs, experts dans leur domaine, et leur connaissance approfondie des sites. Elle renforce le lien entre des acteurs qui se croisaient sans toujours se rencontrer.

Des conditions sont nécessaires au succès de cette démarche complexe et à l’implication durable des partenaires

  • d’une part, la démarche doit être portée politiquement, ce qui est le cas dans l’Hérault. L’offre de sports de nature est perçue comme un facteur d’attractivité et de développement des territoires.
  • d’autre part, les services concernés doivent fortement s’investir pour mobiliser les acteurs par une animation attentive et le respect des partenaires. La conception collégiale de la méthode et des propositions contribue nettement au climat constructif et convivial.

Les échanges entre membres de la CDESI leur permettent de découvrir que, derrière des pratiques différentes, ils partagent des valeurs communes : un intérêt pour la découverte de la nature, la volonté de préserver les sites, la volonté de transmettre des principes éducatifs… Les partenaires apprennent à s’apprécier et à se percevoir sous un autre angle. Bien que leur relation à la nature s’exprime sous des formes diverses, tous peuvent dépasser leurs intérêts particuliers en privilégiant l’intérêt général.

Ainsi, une meilleure compréhension des enjeux environnementaux prouve aux acteurs sportifs que les mesures de protection ne sont pas synonymes d’interdictions il suffit parfois de dévier le tracé d’un circuit de randonnée pour protéger une espèce…

Il est très gratifiant de constater que la suspicion se transforme en collaboration constructive : sportifs et environnementalistes, qui se considéraient avec méfiance au départ, sont maintenant côte à côte et défendent des positions communes afin de préserver les espaces naturels et les paysages qui sont au cœur de leurs passions respectives. Des professionnels ont ainsi accepté de limiter eux-mêmes leur nombre de canoës…

Cette large concertation concrétise une nouvelle gouvernance qui enrichit les décisions et aboutit à des solutions solides, car consensuelles. Elle permet de trouver un équilibre entre les propositions des acteurs, préparées de manière collégiale, et les décisions de l’Assemblée départementale, instance démocratique légitime.

Cette démarche contribue à une vision globale des enjeux des sports de nature pour le développement local. Elle peut contribuer à limiter la fermeture des espaces de pratique, à transmettre aux générations futures des sites préservés et à développer de manière équilibrée le territoire. Aujourd’hui, notamment en milieu rural, les sports de nature sont présentés comme l’un des premiers vecteurs de développement et d’attractivité, et les élus locaux en constatent les retombées économiques. Il s’agit là d’un changement important dans la perception des sports de nature qui ont longtemps été considérés comme des activités marginales ou génératrices de conflits.

La réussite du processus dépend avant tout de la qualité des relations qui s’instaurent entre les nombreux acteurs impliqués. Une vigilance particulière est nécessaire pour maintenir l’équilibre entre eux. Ce sont des valeurs partagées, la passion du sport et de la nature, la volonté de transmettre des principes éducatifs, qui permettent de dépasser leurs intérêts propres. Pour Jean Bodin, philosophe et théoricien politique de la Renaissance : « Il n’y a richesse, ni force, que d’hommes ». Le relationnel entre les membres d’une société est un élément essentiel de la qualité de vie. Devant l’impasse écologique et existentielle où conduisent l’individualisme, le consumérisme et la primauté du court terme, la reconstitution de liens entre les hommes peut contribuer à redonner du sens et un élan à notre société.

Notes

1.Paragraphe rédigé par Christian Roche, conseiller technique au Conseil général de l’Hérault.

2.Cette loi 663 du 22 Juillet 1983 relative à la répartition des compétences entre les communes, les Départements, les Régions et l’État a été codifiée depuis à l’article L 361-1 du Code de l’Environnement.

3.Charte adoptée en 2000 par le Conseil général.

4.Constitué des représentants du Département, de l’Office départemental des sports de l’Hérault, du Comité départemental du tourisme, des Comités départementaux de randonnée pédestre et équestre.

5.Première vente depuis 2007 de la collection Les Départements à pied : 8 000 exemplaires vendus en 2007.

6.Ex-Office départemental des sports de l’Hérault.

7.Code du Sport – Articles L 311-1 et L 311-3.

8.La loi du 9 décembre 2004 précise que la CDESI « comprend notamment un représentant du comité départemental olympique et sportif, des représentants des fédérations sportives agréées, des représentants des groupements professionnels concernés, des représentants des associations agréées de protection de l’environnement, des élus locaux et des représentants de l’État. (…). La composition et les modalités de fonctionnement de la commission sont fixées par délibération de l’assemblée départementale. »

9.Les professionnels des sports de nature sont associés au sein de groupes de travail par activité (escalade, canoë-kayak …).

10.  Canoë-kayak, aviron, voile, sports sous-marins, spéléologie, escalade, course d’orientation, tir à l’arc, équitation, randonnée pédestre, VTT, vol libre (delta-plane, parapente, kite-surf, cerf-volant).