Catégorie : Étiquette :

2.00

Description

Découverte de l’Afrique Noire par Paul Vigné d’Octon

* Docteur d’État en Histoire

Extrait

Paul Vigné d’Octon naquit à Montpellier le 7 septembre 1859 dans une famille de boulangers amie du socialiste Jules Guesde. Après des études secondaires dans cette ville, nanti du baccalauréat, il fit des études de médecine à la Faculté, puis fréquenta l’École navale de Toulon. Il devint médecin militaire après avoir soutenu en novembre 1884 sa thèse de doctorat sur un sujet traitant des maladies nerveuses.

Après un premier séjour aux Antilles, il reçut l’ordre de s’embarquer pour le Sénégal le 1er décembre 1884. Rentré en France en 1888, il entra en politique et devint député du département de l’Hérault de 1893 à 1906, conseiller général et maire du petit village d’Octon (1896-1905) situé dans l’arrière-pays à 40 kms de Montpellier.

Écrivain de talent, auteur de nombreux romans, polémiste redoutable doté d’une prose virulente, ce républicain passionné très sensible à la détresse humaine devint un adversaire farouche de l’expansion coloniale, n’hésitant pas à pourfendre le « Parti colonial » dans deux célèbres pamphlets, La Gloire du Sabre (1900) et La Sueur du burnous (1911). Après la guerre de 1914-18, il accorda son soutien au jeune étudiant nationaliste vietnamien, Ngo Aïn Quoc devenu plus tard Ho chi Minh.

Il consacra les dernières années de sa vie à défendre l’idée du Naturisme dont il fut un fervent adepte dans sa maison d’Octon transformée en maison de repos. Il disparut à Octon en 1943. Il est inhumé dans le cimetière de son village.

On trouve dans les archives départementales de l’Hérault une centaine de feuillets de Vigné d’Octon regroupés par chapitres et consacrés à la découverte du Sénégal. Ils sont écrits à la plume, très lisibles. Leur lecture en est aisée tant le style est alerte et captivant.

Ce jeune médecin de vingt-cinq ans était de fort mauvaise humeur quand il s’embarqua le 1er décembre 1884 sur le navire de guerre L’Européen, transporteur de troupes, de canons et de chevaux. L’autorité militaire venait de refuser de prolonger le congé qu’il souhaitait pour poursuivre ses études auprès du Dr Charcot à l’hôpital de la Salpetrière. En outre le temps était épouvantable dans la ville de Brest lugubre dans la brume et la pluie. Ayant festoyé la veille à Paris jusqu’à une heure avancée de la nuit, il souffrait d’une forte migraine. Le voyage dura une dizaine de jours et la mer démontée le maintint reclus dans sa cabine pour tenter d’apaiser les nausées qui lui soulevaient l’estomac. Le temps plus clément à l’escale de Santa Cruz de Ténériffe dans l’archipel portugais de Madère lui rendit un peu de sérénité d’autant que la sortie au bal des Casinos avec les officiers du navire fut bien arrosée.

Son texte décrit son arrivée à Dakar et son parcours en train jusqu’ à Saint Louis du Sénégal capitale de la colonie. Pour ma part, j’ai effectué ce trajet par la route très souvent lors de mon long séjour au Sénégal en qualité d’enseignant. Ce fut l’une des périodes les plus exaltantes de ma vie.

Tendu, Vigné d’Octon regrettait d’avoir été contraint de quitter son Languedoc natal. La véritable raison de cette morosité était l’échec de sa demande en mariage de Madeleine, jeune fille d’un notaire d’Octon. Celui-ci n’avait pas voulu de mésalliance avec ce militaire un peu exalté, anticlérical par surcroît. Il préféra de la voir mariée avec un jeune avocat de Lodève. Dès qu’il apprit son veuvage, il rentra en France en 1888, se maria avec sa promise et démissionna de l’armée.

Quand le navire pénétra dans la rade de Dakar, Paul Vigné d’Octon était submergé par la tristesse au moment où son regard se posa sur la côte plate et grise de la presqu’île du Cap Vert.

« Six heures du soir, l’Européen pénètre dans les eaux de Dakar. Un calme majestueux plane sur la rade, le ciel d’un bleu intense s’y reflète avec ses légers cirrus floconneux qu’une brise insensible emporte au large […]. Ce premier paysage africain est profondément triste : de son austère monotonie s’exhale une impression poignante ».

« Le spectacle des mendiants entassés dans des dizaines de pirogues pour quémander des pièces l’irritait : « Nous n’avons pas encore mis les pieds à terre que nous sommes en proie à l’écoeurante mendicité d’une nombreuse engeance noire dont les pirogues longues et étroites assaillent les flancs du navire avant même qu’il ait jeté l’ancre […]. Je ne m’attarderai pas ici à décrire les prouesses de nautiques de tous ces négrillons, leurs plongeons fantastiques à la recherche d’une pièce d’argent […]. Il faut dire qu’étant un navire de guerre, il inspire une respectueuse frayeur à tous ces moricauds et nous sommes moins harcelés que les passagers du paquebot des Messageries maritimes qui est entré en rade en même temps que nous. Dès que la libre pratique a été accordée, le bord est envahi par de grands diables noirs à faces simiesques. Ils offrent aux passagers des armes du pays, des calebasses grossièrement sculptées et autres objets de bien mince valeur pour lesquels ils demandent des prix fabuleux ».

Informations complémentaires

Année de publication

2019

Nombre de pages

12

Auteur(s)

Christian ROCHE

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf