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2.00

Description

De nouvelles archives de résistants accessibles à la recherche
Les fonds René Poitevin et Francis Jouvin

* Attaché de conservation du Patrimoine,
Chef du service Archives anciennes et privées aux Archives départementales de l’Hérault

En 2015 et 2016, les Archives départementales de l’Hérault ont achevé le classement de deux nouveaux fonds d’archives relatifs à la seconde guerre mondiale, qui viennent enrichir l’ensemble déjà conséquent de fonds privés permettant l’étude de la Résistance dans notre département1. Il s’agit d’une part, des archives de René Poitevin (1911-1972), alias « Fouillet », chef régional du mouvement Franc-Tireur, compagnon de la Libération (sous-série 189 J), et, d’autre part, de celles de Francis Jouvin (1918-2010), alias « Capitaine Cabrol », responsable départemental du Plan vert et chef des secteurs FFI de Béziers et Bédarieux (sous-série 220 J). Ces deux fonds, émanant de responsables régionaux et départementaux de la Résistance, offrent à l’Historien l’opportunité de mieux appréhender la réalité et les difficultés du combat dans la clandestinité grâce à des documents largement inédits à ce jour.

René Poitevin (1911-1972)
et les archives d’un Compagnon de la Libération héraultais

Biographie

René Poitevin est né le 21 mars 1911 à Morthemer (Vienne), dans une famille de cultivateurs. Benjamin d’une famille de douze enfants, il passe son enfance dans la Vienne et suit une instruction primaire supérieure. Engagé volontaire en février 1930 au 56e régiment d’artillerie, René Poitevin est ensuite affecté au 156e régiment d’artillerie portée à Haguenau (Bas-Rhin), puis promu maréchal des logis-chef en avril 1939.

Au printemps 1940, il participe à la campagne de France et est fait prisonnier par les troupes allemandes le 23 juin 1940 dans la région de Saint-Dié (Vosges). René Poitevin est ensuite interné dans un Stalag en Allemagne, puis, en 1942, au camp de représailles de Rawa-Ruska (Ukraine), d’où il parvient miraculeusement à s’évader, après quatre tentatives, le 17 août 1942. Dès son retour en France, René Poitevin passe en zone non occupée et réussit, en septembre 1942 à Lyon, à prendre contact avec le mouvement de Résistance Franc-Tireur. Il s’attache alors à organiser une remarquable chaîne d’évasion de prisonniers de guerre depuis l’est de la France vers la zone libre et la région de Lyon. Rapidement, il prolonge cette chaîne en direction de l’Espagne, via Montpellier, Béziers, Carcassonne, Perpignan et la gare de la Tour de Carol (Pyrénées-Orientales).

En 1943, distingué par ses résultats et ses talents d’organisateur, René Poitevin est nommé chef régional du mouvement Franc-Tireur pour la région R3 (Languedoc-Roussillon), en remplacement de Pierre Degon, alias « Gauthier », arrêté.

En mai 1943, s’étant établi à Montpellier, il entre, comme assistant technique, au Groupement des transports routiers (entreprise de transport montpelliéraine, située rue Frédéric Peysson), ce qui lui permet d’être à même de fournir des renseignements sur les unités allemandes, étant, par ses fonctions, en contact permanent avec elles. Ayant reçu du Comité national de Franc-Tireur l’ordre de fusionner, René Poitevin verse tous ses éléments aux Mouvements unis de la Résistance (MUR), qui réunissent, début 1943, les trois principaux mouvements de Résistance de la zone sud : Combat, Libération-Sud et Franc-Tireur. Parallèlement, il prend en charge la fabrication de faux-papiers et, en août 1943, est nommé chef régional (R3) des Groupes-Francs et du service des faux-papiers des MUR. Il prend alors le pseudonyme de « Fouillet » (nom de jeune fille de sa mère) et assure de nombreuses missions de sabotage et d’enlèvement d’armes au profit des maquis de l’Hérault.

C’est alors que le 10 janvier 1944, sur trahison, René Poitevin est arrêté à son domicile à Montpellier par une quinzaine d’hommes de la Milice et de la Gestapo. Conduit à la « Villa des Rosiers » et devant son refus d’avouer les rouages de l’organisation clandestine régionale, il est sévèrement torturé pendant 48 heures par les équipes de l’intendant régional de police Pierre Marty. Devant son obstination à refuser de parler, il est livré à la Gestapo qui lui fait subir à nouveau les pires tortures, sans qu’il ne lâche un seul aveu. Interné à la prison de la 32e à Montpellier dans un état physique lamentable, il est soigné par ses camarades de captivité, puis est ensuite transféré au camp de Compiègne le 27 janvier 1944, où il retrouve Vincent Badie, avocat à Montpellier, le bâtonnier Charles Bedos de Nîmes, ainsi que le commandant Petit de Perpignan. Le 31 janvier, René Poitevin est incarcéré à la prison du Cherche-Midi à Paris, puis à Fresnes, où il apprend sa condamnation à mort le 3 février 1944.

Le 4 février à 23 heures, sous bonne escorte, il est embarqué en gare d’Austerlitz, avec six autres codétenus, pour rejoindre Montpellier afin d’y être exécuté. Durant son transfert, menotté et entravé aux chevilles, René Poitevin réussit avec une audace extraordinaire à s’évader avec ses compagnons d’infortune en sautant du train en marche, alors que ce dernier ralentit à l’entrée du tunnel de Bourg-lès-Valence (Drôme). Le contact avec le sol est d’une telle violence que les menottes se brisent. Depuis le train, les gardes allemands tirent alors sur le résistant et le blessent aux jambes. Malgré les blessures et le choc de l’évasion, animé par une volonté farouche de survivre, René Poitevin s’éloigne de la voie ferrée et rencontre un braconnier drômois qui le conduit en lieu sûr, dans la ferme de la famille Gauthier, près de Gravenne, à 3 km de Bourg-lès-Valence. [PHOTO n° 1]

Ses hôtes le cachent et le soignent jusqu’au 1er mars, date à laquelle René Poitevin rejoint les maquis de l’Ardèche et reprend le combat dans les Forces Françaises de l’Intérieur jusqu’à la Libération, sous le pseudonyme de « lieutenant Paulet ». Il participe ensuite activement à la Libération de Tournon-sur-Rhône (Ardèche), entrant le premier dans la cité, à la tête de la 30e compagnie FFI, le 19 août 1944. [PHOTO n° 2] […]

Attestation de Léon Paul Gauthier

Attestation de Léon Paul Gauthier, fermier à Gravennes
(Bourg-lès-Valence, Drôme),
qui hébergea clandestinement René Poitevin après son évasion du train qui le conduisait vers son exécution capitale à Montpellier
Fausse carte d’identité de René Poitevin

Fausse carte d’identité de René Poitevin,
au nom de Roger Paulet
(février 1944)
(Arch. Dép. Hérault, 189 J 4, fonds René Poitevin).

Informations complémentaires

Année de publication

2017

Nombre de pages

13

Auteur(s)

Julien DUVAUX

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf