De Guillaume d’Orange à Saint Guilhem de Gellone :
essai sur une iconographie à définir

Saint-Guilhem-le-Désert
Saint-Guilhem-le-Désert

L’iconographie de saint Guilhem de Gellone n’a jamais fait l’objet d’une étude précise. Nous verrons plus loin que cette iconographie, qui apparaît tardivement, au XIIIe siècle, reste limitée et confuse. Nous nous proposons donc d’en donner ici une première approche générale.

* Cet article constitue la version très largement revue et complétée de notre communication à la table ronde du 27 mars 2004 à Saint-Guilhem-le-Désert.

Les sources historiques,
hagiographiques et littéraires

Guilhem, à la fois personnage historique et héros de légende, est connu par plusieurs sources. Tout d’abord la Vie de saint Benoît d’Aniane (Vita Sti Benedicti abbatis anianensis), composée par Ardon, moine d’Aniane, à partir de 822 à la demande des moines d’Inden (aujourd’hui Kornelimünster, où mourut Benoît en février 821), insérée plus tard dans sa version longue dans le cartulaire d’Aniane 1, et publiée en 1735 dans les Acta Sanctorum Ordinis sancti Benedicti, saeculum quartum, pars prima. Une traduction française par Fernand Baumes en a été publiée en 1910 et le chapitre 42, p. 198-199, traite de la vie monastique de Guillaume 2.

La Vita beati ac gloriosissimi confessoris Christi Guillelmi uius fèstivatas celebratur V kal. iuni 3, rédigée vers 1120-1130 4, s’inspire largement du chapitre 30 de la Vie de saint Benoît par Ardon. Elle a également été publiée dans les Acta Sanctorum…, p. 67-86 de l’édition de Fernand Baumes. Il faut signaler enfin la rédaction au XIIe siècle des « Miracula Sancti Guilhelmi de Desertis » 5, p. 566-571 de la traduction des Acta Sanctorum par Fernand Baumes 6.

L’édition par Pierre Riché du Manuel pour mon fils, rédigé à partir du 30 novembre 841 par Dhuoda, épouse, en 824, de Bernard de Septimanie, l’un des fils de Guilhem, a été publiée en 1975 7. Il s’agit d’un ouvrage d’éducation destiné à son fils Guillaume, alors âgé de quinze ans, qui nous renseigne sur la famille de Guilhem, grand père du jeune garçon.

D’autre part, Joseph Bédier et Pierre Tisset ont utilisé pour retracer les étapes de la vie du Guillaume historique les annales et chroniques de l’époque carolingienne, rassemblées par les bénédictins de Saint-Maur, les Scriptores Rerum Germanicarum, les Monumentz Germaniae Historica, la Vie de Charlemagne par Eginhard, l’Histoire Ecclésiastique d’Orderic Vidal, la Vie de Louis le Pieux de l’Astronome, ou encore le Poème sur Louis le Pieux d’Ernold Le Noir…

Enfin les chansons de geste, en particulier le cycle en langue d’oïl de Guillaume d’Orange 8, donnent à partir de 1ère moitié du XIIe siècle un portrait idéalisé du personnage historique, héros accompli, figure idéale du saint guerrier combattant les infidèles puis tardivement converti au monachisme, « figure proposée en modèle à tous les chevaliers du siècle » 9 Ces textes ont été construits à partir de la Vita antérieure mais aussi, selon Mme Claudie Duhamel-Amado, de récits élaborés (sans doute en langue d’oc à l’origine) autour de Gellone, au sein des familles du lodévois, du biterrois et du pays de Melgueil « se réclamant de la souche guilhelmide » ainsi que sur les chemins de Saint.-Jacques 10.

Signalons également la récente biographie de Guilhem, parue en 1992, due à M. l’abbé Gérard Alzieu, archiviste-bibliothécaire de l’évêché de Montpellier, qui a tente d’élaguer la vie du saint de toutes « fioritures hagiographiques » et de s’en tenir aux sources et aux auteurs les plus fiables 11. Enfin, il faut citer le colloque organise en 2004 (29-30 octobre), à l’Université de Toulouse-Le Mirail, par le laboratoire France méridionale et Espagne (UMR 5136), intitulé : « Entre histoire et épopée. Les Guillaume d’Orange (XIe-XIIe siècles) ». Les actes de cette rencontre n’ont pas encore été publies au moment de la rédaction de cet article.

Le personnage historique
de Guillaume / Guilhem

Apparenté aux mérovingiens par son père, le duc Théodoric II (Theodericus, de préférence à Thierry), comte d’Autun, et aux carolingiens par sa mère Aude (Aldana), fille de Charles Martel, sœur d’Hiltrude et de Landrade, Guillaume est né vers 750 12. Il était le frère de Teudoinus, Adalhelmus, Albane et Bertrane, et enfin Teudericus. Son cousinage avec Charlemagne s’explique par le double fait que Berthe, la mère de Charles, était cousine de Thodoric / Thierry, et que Pépin, père du futur empereur, était le frère d’Aude, donc l’oncle de Guilhem.

Selon la tradition, Albane et Bertrane, ses deux sœurs, ont été les premières religieuses de la communauté de moniales que comptait Gellone 13, appelées par Guillaume lui-même et présentées à la communauté des moines d’Aniane.

Comme l’écrit Richard Bavoillot-Laussade, « Guilhem n’était pas une sorte de barbare mal dégrossi, un grand primitif ». Il était au contraire un prince cultive, héritier d’une tradition culturelle antique (« gallo-romaine ») et d’une tradition « germanique romaniste » 14. Élevé à la cour de Pépin et de Charles, le futur Charlemagne, il y retrouve Witiza, fils du comte goth de Maguelone, qui deviendra saint Benoît d’Aniane, le réformateur du monachisme occidental, qui sut imposer à l’ensemble des monastères la règle de saint Benoît de Nursie 15.

Guillaume participe entre 770 et 789 aux nombreuses campagnes militaires de Charles aux marches du royaume puis de l’empire 16 avant d’être nomme en 790 comte 17 de Toulouse à la place de Chorso, destitue par Charlemagne pour entente avec Adelrich, chef des vascones révoltés, de qui il avait obtenu sa liberté moyennant des concessions qui auraient porte atteinte à la souveraineté des francs.

Il faut citer ici, comme intéressant directement notre région, la bataille, en 793, contre Hescham (Hachem), calife de Cordoue, super fluvium Oliveio – c’est à dire au bord de l’Orbiel, rivière de la Montagne Noire, affluent de l’Aude qu’il rejoint à Trèbes, près de Carcassonne, et non de l’Orbieu (« Orubio ») comme il est généralement admis, mais la question n’est pas encore tranchée 18 -, combat à l’issue duquel Guillaume fut glorieusement vaincu, mais qui eut tout de même pour conséquence la retraite immédiate des sarrasins au delà des Pyrénées. En 796, prévenant une nouvelle menace sur le royaume d’Aquitaine, Charlemagne résolut d’installer chez l’ennemi même, une « marche », la Marche d’Espagne 19, sorte de glacis protecteur et Guillaume, écrit Joseph Bédier, fut « le grand réalisateur de cette politique » 20. En créant aussi la marche de Navarre, l’Empereur avait fermé aux sarrasins l’accès de la Gaule méridionale .Ces campagnes successives aboutirent en 801 à la prise de Barcelone défendue par le wali Zado (Saïd), à laquelle Guillaume participa aux côtés de Louis, roi d’Aquitaine et qui marque l’apogée de la carrière du comte Guillaume, duc 21 d’Aquitaine (ou de Toulouse), dont le nom ne sera plus dès lors mentionne dans les chroniques et annales carolingiennes.

Il fut l’un des bras armés de la lutte contre l’Islam, de la conquête carolingienne, de la reprise en main par l’Église d’un pays marqué par les hérésies, en particulier l’arianisme, et, enfin, du regroupement de l’Europe chrétienne sous l’autorité de Charlemagne.

Alain Dubreucq situe bien la problématique en écrivant que « la fondation de Gellone par le comte Guilhem de Toulouse doit être replacée dans le cadre d’une politique impulsée par Louis le Pieux, jeune roi d’Aquitaine, à la tète d’un royaume sans réelle autonomie, et qui entretint des relations difficiles avec un père qui, jusqu’à sa mort, ne lui fit pas confiance ». Cette « politique de promotion et d’expansion du monachisme (…) n’est pas seulement sous-tendue par des mobiles religieux et manifeste un réel désir d’autonomie vis-à-vis de Charlemagne ». 22

Guillaume fut marié deux fois. Avec une wisigothe tout d’abord, Khaunagunda 23 (Cunégonde, la Cunegundis des chroniques franques), fille d’Ansemund et de Khauna, puis avec Guibourc 24, la seule de ses épouses dont la Chanson de Guillaume ait perpétué le souvenir. Nés de ces deux unions, dix au moins de ses enfants sont connus Witcher, Hildehelin, Helinbruch, Gerberge Thierry, Gaucelme, Garnier, Rolinde, Herbert et Bernard de Septimanie, comte de Toulouse, marquis de Gothie, époux en 824 de Dhuoda, décapité en 814 après que Charles le Chauve se fut emparé de Toulouse 25.

Enfin, Guilhem de Gellone est-il l’ancêtre des Guilhem de Montpellier ? Cette hypothèse, qui a été développée par Mme Claudie Duhamel-Amado dans une thèse récente 26 n’est pas partagée par M. Henri Vidal 27

Le héros de la légende épique :
Guillaume au Nez-Courbe ou au Court-Nez,
au cor noir Guillaume Fièrebrace,
Guillaume d'Orange

Sur les vingt-quatre chansons du cycle de Guillaume d’Orange 28 (appelé aussi Cycle de Garin de Monglane, du nom de l’ancêtre mythique de Guillaume, et aussi Cycle ou Roman des Narbonnais), sept ont Guilhem pour héros : les Enfances Guillaume, le Couronnement de Louis, le Charroi de Nîmes, la Prise d’Orange, la Chanson de Guillaume 29, les Aliscans, le Moniage Guillaume.

Dès le vers 55 de la Chanson de Guillaume, le héros est désigné sous le nom de Guillaume au nez courbe (« Willame al cur nies »), épithète répétée plusieurs fois dans l’œuvre sous des formes diverses (« curb neis », « curb nies », « curb nes ») 30 Le qualificatif « au Court-Nez » fait allusion au combat légendaire de Guillaume contre le géant Corsolt, devant Rome, au cours duquel l’appendice nasal du héros fut amputé par son adversaire. Il n’est question du marquis au « court nez » (« al curt nies le marchis ») qu’au vers 85. Il figure aussi, mais une seule fois, dans la Chanson de la Croisade albigeoise, composée en langue d’oc vers 1213, au vers 4105 31. Celui de Fièrebrace (« aux bras puissants ») n’est mentionné que deux fois dans le texte de la Chanson de Guillaume, aux vers 447 et 479.

Le surnom d’Orange lui a été donné depuis la rédaction de la chanson de la Prise d’Orange, ville tenue par les sarrasins et conquise par Guillaume avec la complicité amoureuse de la princesse Oriabel 32, la future « dame Guibourc au clair visage ». Pour Frédéric de Gournay, cependant, il y aurait eu il « amalgame entre deux Guillaume, Guillaume de Gellone et Guillaume II, comte de Provence (970-993), surnommé le Libérateur depuis qu’il avait reconquis la base sarrasine du Freinet… » 33 Notre Guilhem aurait été ainsi « provençalisé ».

Enfin, Mme Alice Colby Hall a trouvé mention, dans la chanson de geste italienne, Le Storie nerbonesi, composée en 1410 par le toscan Andrea de Barberino, d’armoiries attribuées à Guillaume, un cor d’or. Mais c’est surtout dans le Roman d’Arles (fin XIIIe-début XIVe siècle) qu’apparaît le surnom de Guillaume au « cor nier », c’est à dire au « cor noir » 34.

Guilhem, d'Aniane à Gellone

« En cette année ([29 juin 806], écrit la Chronique d’Aniane, le comte Guilhem se fit moine au monastère d’Aniane » 35, mais il n’est en aucun cas certain qu’il fut réellement moine, même s’il partagea pendant les six dernières années de sa vie le quotidien de la communauté monastique d’Aniane puis, rapidement, de Gellone.

Deux ans auparavant, le 14 décembre 804, avait eu lieu la dédicace de la basilique et, le lendemain, considérant combien était fragile sa « condition d’homme », Guilhem avait doté 36 l’établissement monastique que lui-même venait de fonder – peut-être en 802 mais rien n’est vraiment sûr -, au val de Gellone, au diocèse de Lodève, en l’honneur du Saint Sauveur 37, sur une terre lui appartenant 38 et avec les conseils et l’aide de Benoît d’Aniane. Les premiers moines venaient d’Aniane et la cella était placée sous le pouvoir de l’abbé Benoît.

Il mena dès ce moment (806) une vie d’austérité embrassée par réelle conviction, sous l’influence de son ami devenu son guide spirituel, « instrument de la grâce de Dieu qui travaillait l’âme de Guilhem » 39, vie désormais placée sous le signe de la pénitence et de la pauvreté : « Guillaume, écrivait Mgr Saxer, s’insère donc dans une tradition monastique précise dont le trait fondamental est l’humilité » 40.

Pourtant la date de 806 reste encore sujette à caution. Pour Pierre Bonnerue, après Tisset, rien n’en prouve l’exactitude et pour Pierre Chastang 41 les textes contemporains ne nous livrent pas de date précise pour l’entrée de Guilhem au monastère 42.

Le Moniage Guillaume 43, texte compose au cours de la seconde moitié du XIIe siècle, relate à sa façon, dans sa version longue en 6863 vers, les adieux au monde du comte Guillaume 44, ses rapports difficiles avec les moines de la communauté d’Aniane qui lui tendent un piège afin de le faire périr, sa retraite dans le val de Gellone qu’il débarrasse des serpents qui l’infestaient et du géant qui y semait la terreur 45, son enlèvement par les sarrasins qui le retiennent sept ans prisonnier à Palerme, son retour dans son ermitage de Gellone, la défense de Paris assiégée par le géant Ysoré finalement tué par Guillaume 46, son retour définitif à Gellone et le combat contre le Diable qu’il précipite dans le fleuve, à l’emplacement précis de l’actuel pont du Diable sur l’Hérault…

Un recueil de textes liturgiques composé à Gellone en 810 47 porte en marge du calendrier, à la date du 28 mai 812, la mention « hodie obiit Guilhelmus » (« aujourd’hui est mort Guilhem ») 48. Une telle discrétion ne parut pas suffisante et la Vita ne manque pas d’indiquer que Guilhem, doté du don de prophétie, avait prédit sa mort à tous les monastères de son ordre et à l’empereur lui-même, et que toutes les cloches de la chrétienté se mirent à sonner au moment de son trépas !

Les reliques et le culte de saint Guilhem

Le corps de Guilhem sera inhumé, non dans le cimetière monastique, mais à proximité immédiate de sa cellule, dans le narthex de l’église, sous la chapelle haute dédiée à saint Michel. C’est cette partie conservée qui constitue aujourd’hui la cinquième travée de la nef après la construction au XIe siècle de l’église romane actuelle. Le lieu de la sépulture primitive du fondateur était ainsi préservé, même si le corps saint 49 avait été déjà transféré depuis plus d’un siècle. Il est possible, mais non prouvé, que le corps de Guilhem ait été dès cette époque déposé dans le célèbre sarcophage de marbre blanc, dit « de saint Guilhem » récemment étudié 50.

Cette première levatio eut lieu, pour Robert Saint-Jean, « vers l’an Mil », en présence de l’abbé Gerald et de l’évêque de Lodève, Fulcran, ou, selon Richard Bavoillot-Laussade, le dimanche 4 février 910 51. Le corps saint 52 fut alors transféré dans une confession bâtie sous l’autel principal de l’église, l’actuelle « crypte » 53 et déposé dans un reconditorium de marbre blanc, composé de quatre dalles assemblées formant caisson, surélevé par un podium de maçonnerie toujours en place. Au XIe siècle (vers 1046, selon Richard Bavoillot-Laussade) 54, les restes vénérés furent élevés dans l’abside du Xe siècle encore conservée et englobée dans le chœur de la nouvelle église romane, achevée, selon Richard Bavoillot-Laussade, depuis 1040. En 1077, après la destruction du chœur de l’église du Xe siècle, le sarcophage de marbre blanc dit « de saint Guilhem » est placé à la droite du nouveau maître autel.

La dernière élévation eut lieu en 1139, toujours dans l’abside de la nouvelle église. Les reliques, contenues dans un coffre de bois, furent retirées du sarcophage et placées sous l’autel de saint Guilhem. Le coffre, « si bien enfoui que le souvenir en fut perdu » (H. Vidal), ne fut retrouvé que le 5 septembre 1679 par les mauristes qui n’ayant point pour les reliques le culte des moines médiévaux […] leur rendirent, ainsi qu’au fragment de la Vraie Croix, un culte discret (Idem). Les reliques, enfermées en 1738 dans une châsse ornée d’un buste d’argent, un bras et une main étant présentées dans un bras-reliquaire, seront inventoriées en 1790 puis pillées trois ans plus tard. Certains ossements, sauvegardés à ce moment là, furent restitues après la Révolution, mais emportés par une crue du Verdus en 1817. D’autres ont été récupérés par l’abbé Vinas au XIXe siècle, dont une dent sertie dans un manche d’argent 55 qui existe toujours. Rappelons enfin que, dès 1140, le Guide du Pèlerin de Saint-Jacques indique que l’on doit venir vénérer ici le corps du bienheureux Guillaume 56.

Une iconographie peu affirmée et tardive

En conclusion de son article sur les avatars du corps de saint Guilhem, Richard Bavoillot-Laussade écrivait : Il n’existe aucune iconographie wilhelmide médiévale […] et « …on ne peut que constater le non développement d’une imagerie » du saint de Gellone… 57

L’image de piété composée en 1946 par Charles Plessard (fig. 1) nous a semblé assez révélatrice pour introduire notre propos. Elle constitue une parfaite synthèse de l’imagerie propre à Guilhem de Gellone le guerrier, avec les armes déposées en bas à gauche de l’image, le fondateur, tenant dans ses mains la maquette de l’église abbatiale (selon les règles de l’iconographie médiévale) et le reliquaire de la Vraie Croix, le moine en habit bénédictin, le saint avec le nimbe, le tout dans le paysage traditionnel englobant l’abbaye, le cabinet du géant et le château du Verdus.

Saint Guilhem. Image de piété, Charles Pessard, 1946.
Fig. 1 Saint Guilhem. Image de piété,
Charles Pessard, 1946.

La confusion avec saint Guillaume d'Aquitaine et saint Guillaume de Maleval

Les auteurs spécialistes de l’iconographie des saints n’ont jamais su distinguer vraiment Guilhem de Gellone d’autres saints Guillaume, notamment Guillaume X d’Aquitaine et Guillaume de Maleval.

Louis Réau, dans son ouvrage pourtant incontournable sur bien des points, confond le saint de Gellone avec Guillaume X, comte de Toulouse, duc d’Aquitaine, mort en 1138, après avoir soutenu l’antipape Anaclet contre Innocent II 58. Remis « dans le droit chemin » par saint Bernard de Clairvaux, il communia de ses mains sur le seuil de l’église de Parthenay. Ayant résolu de quitter le monde et de devenir ermite, il se fit river sur la peau, en guise de silice, un haubergeon de mailles de fer. Il se rendit ensuite en pèlerinage à Rome et à Jérusalem, puis enfin à Saint-Jacques de Compostelle où il mourut. Réau fait partager à Guillaume de Maleval la même légende mais le fait mourir à Sienne dans une vallée inhospitalière (Maleval = mauvaise vallée) après un pèlerinage aux lieux saints. Il ajoute qu’il fut tourmenté par les démons mais guéri par Marie et deux vierges qui versèrent un baume sur ses plaies. La liste des œuvres d’art censées représenter saint Guillaume, donnée par Louis Réau, ne concerne en fait (à l’exception du sarcophage) que les deux autres saints Guillaume.

Même confusion à propos du culte rendu au saint par les guillelmites ou Ordre de saint Guillaume, en particulier en Alsace, qui est plutôt celui dû à Guillaume de Maleval, fondateur de l’ordre, et non de Guilhem de Gellone.

Catherine Brager, dans son Dictionnaire des sujets… désigne Guilhem sous les deux noms associés de Guillaume d’Aquitaine et de Guillaume de Maleval, mais leur donne toutes les caractéristiques de Guilhem de Gellone, à l’exception de Marie et des deux vierges, directement empruntées à la légende de Guillaume de Maleval 59 et à celle de Guillaume, comte de Poitiers et d’Auvergne, dont la Vie a été écrite en 1606 par Guillaume Cavalcantini 60. Même confusion dans son Dictionnaire iconographique de peinture 61.

D’autre part, les auteurs de La Bible et les saints…, mentionnent bien Guillaume de Gellone, fêté le 28 mai 62. Es lui attribuent cependant la cotte de maille rivée sur le corps par deux forgerons, tout en reconnaissant la confusion avec Guillaume de Maleval à partir du XVIIe siècle.

On note la même assimilation avec Guillaume X d’Aquitaine et Guillaume de Maleval dans le récent ouvrage de Bernard Berthod et Élisabeth Hardouin-Fugier, Dictionnaire iconographique des saints 63, pour qui les attributs de Guillaume de Gellone sont les suivants : « costume monastique avec manteau noir ou en armure ; cotte de maille rivée à sa peau ; couronne ducale ; écu chargé du croissant de l’Islam heaume à la main ; lance à gonfalon, rosaire à gros grains ».

Gazeau, dans l’encyclopédie Catholicisme… 64, indique clairement que Guillaume de Maleval est identifié tantôt avec Guillaume de Gellone, tantôt avec Guillaume II d’Aquitaine (Guillaume le Pieux), ou le plus souvent avec Guillaume IX d’Aquitaine 65. Chevalier comme Guillaume d’Orange, Guillaume de Maleval renonça à sa vie licencieuse. Le pape Eugène III, à qui il confessa ses fautes, lui impose, en 1145, un pèlerinage à Jérusalem. Il mène ensuite à son retour huit ans plus tard une vie érémitique en Toscane, dans le voisinage de Pise, puis sur le mont Pruno et enfin, dans une vallée appelée stabulum Rodis (« l’Étable de Rhodes »), sur le territoire de Castiglione della Pescala, au diocèse de Grosseto. Il meurt le 10 février 1157. Inscrit au martyrologe romain dès 1202, G. de Maleval est à l’origine de l’ordre des guillelmites ou ermites de saint Guillaume, annexés en 1256 par le pape Alexandre IV aux Ermites de saint Augustin 66. Son culte fut reconnu à la fois par les Grands Augustins, par les bénédictins (qui le confondaient avec Guilhem de Gellone) et enfin par les cisterciens qui, eux l’identifiaient avec Guillaume X d’Aquitaine, converti par saint Bernard de Cîteaux. Sa Vita a été écrite par Théobald.

En fait, l’iconographie de Guilhem de Gellone reste à fixer à travers les rares représentations qui peuvent être considérées comme exactes et que nous avons tenté de rassembler.

Les images « ambigües »

Une gravure sur bois (fig. 2), de la fin du XVe siècle ou du début du XVIe siècle 67, porte l’inscription Sancte Willelme ora pro nobis, qui ne laisse planer aucun doute sur le nom de saint représenté, un saint Guillaume. Le saint personnage est revêtu d’une bure, heaume en tête, il tient de la main droite un étendard fleurdelisé avec, en canton, le croissant de l’Islam, et de la gauche un livre, et il foule aux pieds un dragon dont la queue s’enroule autour de la hampe de l’étendard. S’agit-il de Guillaume de Maleval ?

D’autres œuvres sont également représentatives de la confusion entre les saints Guillaume, comme le Saint Guillaume d’Aquitaine de Simon Vouet, conservé au Musée du Louvre, et qui représenterait plutôt soit Guillaume X d’Aquitaine, soit Guillaume de Maleval. Dans un tableau anonyme de l’École espagnole du XVIIe siècle, représentant, selon l’abbé Gérard Alzieu qui l’a publié en 1992, Saint Guilhem ermite, Guillaume est représenté debout, casqué et en armure avec à ses pieds un étendard. Au pied des montagnes qui ferment la composition, une chapelle devant laquelle se tient un moine debout. Pour nous, il s’agit plutôt de Guillaume de Maleval. On pourrait ainsi multiplier les exemples, de Memling à Simon Vouet, de Hugo van der Goes à Jacques Callot ou Reynaud Levieux 68, etc. Toutes ces figurations prêtent à confusion et sont parfois très éloignées de l’iconographie attribuable à saint Guilhem de Gellone…

Saint Guillaume, gravure sur bois, fin XVe-début XVIe siècle
Fig. 2 Saint Guillaume, gravure sur bois,
fin XVe-début XVIe siècle

Même ambiguïté en ce qui concerne le Saint Guillaume d’Aquitaine, peint par Antoine Rivalz en 1723 (Toulouse, Musée des Augustins). Barbu, en armure, un chapel de fer sur la tête, les mains jointes, il est penché sur un grand livre ouvert au pied d’une croix faite de deux branches nouées, dans l’attitude caractéristique des ermites.

Compte tenu de l’origine toulousaine de l’œuvre, nous tendrions à y voir Guillaume d’Orange devenu ermite. Il en va de même pour la peinture sur toile anonyme conservée dans la chapelle Saint-Guillaume-du-Désert de Bois – Himont (cf. supra, note 52). Guillaume / Guilhem y est figuré en armure, portant un heaume à la visière relevée et priant à genoux devant une croix et un livre (fig. 3).

Guilhem de Gellone en prière. Bois-Himont (Seine-Maritime), chapelle Saint-Guillaume-du-Désert, XVIIIe siècle.
Fig. 3 Guilhem de Gellone en prière. Bois-Himont
(Seine-Maritime),
chapelle Saint-Guillaume-du-Désert, XVIIIe siècle.

Il n’existe, en fait, aucune image certaine du saint de Gellone avant le XIIIe siècle, sauf, si l’on suit Daniel Kletke et Richard Bavoillot-Laussade, une figuration de Guilhem assimilée à Daniel dans la fosse aux lions sur un chapiteau conservé au Cloisters Museum 69. Cette hypothèse récente est cependant controversée et Robert Saint-Jean, qui a examiné attentivement les sculptures du musée américain, ne signale aucune image du saint de Gellone sur un de ces chapiteaux. Il existe également sur le chapiteau dit « aux portraits », une figure de moine, mais on ne saurait raisonnablement y voir une représentation de Guilhem (fig. 4). Peut être aussi le Daniel dans la fosse aux lions du fameux sarcophage en marbre blanc pourrait-il être considéré comme une image de saint Guilhem 70. D’autre part, Isabelle Maillard-Rillet 71 admet la présence sur le sarcophage d’un « portrait », la figure centrale, traditionnellement celle du défunt, qui aurait été « transformée en portrait masculin du Moyen Age » à une date qu’elle situe vers 1200-1220. Toutefois, l’auteur ne prononce jamais le nom de Guilhem pour le personnage ainsi portraituré entre une scène de guérison et les Noces de Cana. Mais l’identification du personnage retouché avec Guilhem ne va t’elle pas de soi ? Enfin, Daniel Kletke signalait en 1995 une « grande image de Guilhem dans l’abside ». On ne sait s’il s’agit d’une sculpture ou d’une peinture.

Chapiteau dit "aux portraits", provenant du cloître de Gellone, détail, tête de moine. New York, Cloisters Museum (Photo : Daniel Kuentz).
Fig. 4 Chapiteau dit "aux portraits", provenant du cloître de Gellone, détail, tête de moine. New York, Cloisters Museum (Photo : Daniel Kuentz).

Les images « sûres »

Il est possible de classer en trois grandes catégories, pour la clarté de l’exposé, les images certaines de saint Guilhem de Gellone selon qu’il est figuré en preux, en chevalier, – ce sont les plus nombreuses -, en ermite (mais alors la confusion est quasi inévitable avec Guillaume de Maleval), ou, enfin, en moine bénédictin.

Le preux Guillaume

Ses caractéristiques physiques ont été « codifiées » par les chansons de geste : bras vigoureux et force herculéenne, nez court (car raccourci lors d’un combat), violence et colère Guillaume est figuré en armure, toujours à cheval, portant un écu avec un lion héraldique rampant et couronné ou encore une étoile, et assez souvent un cor.

Les plus anciens témoignages de cette iconographie sont les enseignes de pèlerinage du XIIIe siècle, en plomb et étain. Six ont été conservées, dont une à Paris, au Musée national du moyen âge. Thermes de Cluny; trouvée dans la Seine 72. Guillaume est figuré en chevalier, tenant un étendard dans sa main droite, portant un heaume conique et un bouclier orné d’un motif étoilé. Un cor est lacé sur le bras gauche (fig. 5). On lit l’inscription SIGILLUM, qui signifie sceau, enseigne, mais doit être considéré ici comme le certificat du voyage accompli, en existe cinq autres enseignes semblables (fig. 6), toutes trouvées en Angleterre 73, dont quatre portent clairement le nom de Guillelmus, ce qui permet de rattacher à l’abbaye de Gellone l’enseigne conservée à Paris. Une septième existe mais n’a pu être localisée. En 1975, l’érudit clermontais Gaston Combarnous en avait publié le dessin. L’objet, tronqué en haut dans sa partie droite 74, porte également le nom de Guillelmus (fig. 7).

Le sceau de 1245 de l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert 75, porte à l’avers, une figuration de Guillaume monté sur un cheval galopant à gauche, le cor, (son « cornet »), attaché dans le dos. Il tient une lance à pennon et un écu frappé d’un lion couronné (fig. 8). Il en va de même sur le sceau conventuel de 1284 qui est la réplique de celui de 1245 76.

Enseigne de pèlerinage, XIIIe siècle. Paris, Musée national du moyen âge.
Fig. 5 Enseigne de pèlerinage, XIIIe siècle. Paris, Musée national du moyen âge.
Enseigne de pèlerinage découverte en Angleterre, XIIIe siècle. Moulage.
Fig. 6 Enseigne de pèlerinage découverte en Angleterre, XIIIe siècle. Moulage.
Enseigne de pèlerinage, XIIIe siècle. Localisation inconnue. D’après un dessin de Gaston Combarnous.
Fig. 7 Enseigne de pèlerinage, XIIIe siècle. Localisation inconnue. D’après un dessin de Gaston Combarnous.
Sceau de l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert, 1245, avers et revers. D’après Colby Hall, 1993.
Fig. 8 Sceau de l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert, 1245, avers et revers. D’après Colby Hall, 1993.

L’épisode de Guillaume d’Orange tuant sous les murs de Paris le géant sarrasin Ysoré, roi de Coïmbra, selon la version longue du Moniage, est représenté sur une peinture murale de la Tour Ferrande, à Pernes-les-Fontaines, dans le Vaucluse 77. La ville figurée derrière Guillaume est Orange (Aurega = Aurenga = Orange) et le mot IAIN signifie « géant » (fig. 9).

De 1274 à 1320, Pernes fut, avant Carpentras, la capitale du Comtat Venaissin. Les peintures murales de la tour relatent les épisodes de la lutte menée contre la papauté par Manfred, roi de Sicile, fils de Frédéric II de Hohenstaufen, et Conradin, petit fils de Frédéric, vaincu par Charles d’Anjou, investi du trône de Sicile par Clément IV, à peine âgé de 14 ans. Cette représentation au milieu des scènes historiques attestées de la lutte entre guelfes et gibelins a de quoi surprendre. Toutefois, cela s’explique aisément par les liens de vassalité établis entre Banal de Baux, comte d’Orange, et Charles d’Anjou depuis 1251.

Guillaume d’orange tuant le Géant Ysoré, peinture murale de la Tour Ferrande à Pernes-les-Fontaines (Vaucluse). Document DRAC PACA.
Fig. 9 Guillaume d’orange tuant le Géant Ysoré, peinture murale de la Tour Ferrande à Pernes-les-Fontaines (Vaucluse). Document DRAC PACA.

Son fils Bertrand avait participé à la bataille de Bénévent. On sait d’autre part que la famille de Baux se réclamait d’une origine guillelmide, Guillaume étant considéré comme le fondateur légendaire de la principauté d’Orange (cf. supra). L’exécution de cette peinture se situe après 1268, date de la mort de Conradin, et avant 1274, date à laquelle le pape Grégoire X prend possession du Comtat Venaissin.

Associé à saint Benoît d’Aniane, Guilhem est représenté en chevalier sur une statue-colonne du chevet gothique de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle, élevé entre 1355 et 1414 78 (fig. 10).

Saint Guilhem en chevalier et saint Benoît d’Aniane. Aix-la-Chapelle, cathédrale, entre 1355 et 1414.
Fig. 10 Saint Guilhem en chevalier et saint Benoît d’Aniane. Aix-la-Chapelle, cathédrale, entre 1355 et 1414.

Au XVe siècle, le sceau de la Cour de justice de l’abbé (fig. 11) montre Guilhem à cheval sonnant du cor nier (le « cor noir » de Mme Colby Hall), l’un des attributs récurrents de Guillaume représenté en chevalier et qui figure dès 1184 dans les armes de Guillaume de Baux, prince d’Orange, puis dans celles des membres de la famille d’Orange, Raimbaud de Baux 79 et Raymond de Baux. On retrouve Guillaume à cheval, tenant un cor, sur un document de la fin du XVIe siècle conservé aux Archives départementales de l’Hérault, mais provenant des archives communales de Saint-Jean-de-Fos 80 (fig. 12).

Sceau de la cour de justice de l’abbé de Saint-Guilhem, XVe siècle
Fig. 11 Sceau de la cour de justice de l’abbé de Saint-Guilhem, XVe siècle
Document provenant de Saint-Jean-de-Fos, fin du XVIe siècle. AD Hérault. Photo : J.-L. Vayssettes.
Fig. 12 Document provenant de Saint-Jean-de-Fos, fin du XVIe siècle.
AD Hérault. Photo : J.-L. Vayssettes.
Sceau du monastère de Saint-Guilhem, XVIIe siècle.
Fig. 13 Sceau du monastère de
Saint-Guilhem, XVIIe siècle.

Sur le sceau du XVIIe siècle du monastère de Gellone (fig. 13) Guilhem en chevalier terrasse un géant. S’agit-il du géant Ysoré ou bien du géant qui hantait le val de Gellone au moment de la retraite de Guilhem ? Le sceau du XVIIIe siècle représente la même scène. Signalons pour conclure l’existence d’un tableau représentant Saint Guillaume fondateur de la principauté d’Orange 81, mais il ne nous a pas été possible d’examiner l’œuvre.

Guilhem sur le chemin du moniage

Il s’agit d’un épisode intermédiaire de la vie de Guillaume, le moment où il vient de déposer les armes mais sans avoir encore embrassé réellement la vie monastique. L’iconographie est loin d’âtre sûre et, encore une fois, la confusion avec Guillaume de Maleval peut âtre totale. Le tableau d’Antoine Rivalz, que nous venons de citer est un bon exemple de cette ambiguïté.

Guilhem présentant ses sœurs Albane et Bertrane à la communauté des moines de Gellone. Peinture anonyme provenant du réfectoire de l’abbaye, XVIIIe siècle. Saint-Guilhem-le-Désert, église paroissiale. Photo CAOA de l’Hérault.
Fig. 14 Guilhem présentant ses sœurs Albane et Bertrane à la communauté des moines de Gellone. Peinture anonyme provenant du réfectoire de l’abbaye, XVIIIe siècle. Saint-Guilhem-le-Désert, église paroissiale. Photo CAOA de l’Hérault.

Heureusement, il existe, conservés à Saint-Guilhem-le-Désert et à Vendémian, dans l’Hérault (église paroissiale Saint-Pierre et Saint-Marcellin), trois toiles du XVIIIe siècle, qui, selon toute vraisemblance, faisaient partie des six tableaux qui ornaient le chœur de l’abbatiale, devenue église paroissiale, enlevés et transportés à Lodève en décembre 1790 ou janvier 1791, avant la vente des bâtiments comme biens nationaux. Le premier dans l’ordre chronologique des épisodes est Guilhem présentant ses sœurs Albane et Bertrane à la communauté des moines de Gellone (fig. 14). La scène est ici figurée d’après le récit de la Vita Villelmi, sans doute connue du peintre par la publication qui en avait été faite dès 1688 dans les Acta sanctorum. Guilhem est représenté en chevalier. Lui fait suite la Remise de la relique de la Vraie Croix à l’abbé de Gellone (fig. 15). Guilhem est toujours figuré en chevalier. À l’arrière plan est visible une représentation du cabinet du géant et du château du Verdus. Le tableau, conservé à Vendémian, a été exécuté par le peintre montpelliérain Etienne Loys entre 1750 et 1765. Le dernier représente La mort de saint Guilhem (cf. infra).

Guilhem remettant la relique de la Vraie Croix à l’abbé de Gellone. Etienne Loys, entre 1750 et 1765. Vendémian (Hérault), église paroissiale. Photo CAOA de l’Hérault.
Fig. 15 Guilhem remettant la relique de la Vraie Croix à l’abbé de Gellone. Etienne Loys, entre 1750 et 1765. Vendémian (Hérault), église paroissiale. Photo CAOA de l’Hérault.

Le saint de Gellone

Sceau de l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert, 1245, revers. Saint Guilhem en "prieur céleste". Restitution graphique d’après de Framond
Fig. 16 Sceau de l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert, 1245, revers. Saint Guilhem en "prieur céleste". Restitution graphique d’après de Framond

Curieusement, même au sein de la communauté monastique de Gellone, c’est l’homme d’armes, le chevalier vainqueur des sarrasins et autres géants, qui est privilégié. Seules, quelques figures du saint de Gellone en habit bénédictin nous sont parvenues.

Au revers du sceau de 1245 du monastère de Gellone, Guilhem est représenté en prieur bénédictin, figuré à mi corps et sortant d’une nuée, tenant les Évangiles et les verges, symbole de la discipline monastique : c’est en fait le prieur céleste du monastère (fig. 16). Selon Mme Colby Hall 82, ce sceau de 1245, avec la figuration de Guillaume d’Orange à cheval à l’avers, résume la « carrière militaire et monastique » de Guillaume. C’est là la première et la plus ancienne représentation connue de saint Guilhem de Gellone. Le sceau conventuel de 1284 reprend le même thème.

Saint Guillaume en habit bénédictin. Heures du maréchal Boucicaut, première décennie du XVe siècle. Paris, Musée Jacquemart-André.
Fig. 17 Saint Guillaume en habit bénédictin. Heures du maréchal Boucicaut, première décennie du XVe siècle. Paris, Musée Jacquemart-André.

D’autre part, l’iconographie parisienne ou française plus tardive (à partir du premier tiers du XVe siècle), ne soulève aucun doute sur l’identité gellonaise du saint représenté. Dans une miniature des Heures du maréchal Boucicaut (premier tiers du XVe siècle) (fig. 17), Guillaume est en habit bénédictin et porte son heaume de chevalier sur le bras gauche. Le vêtement monastique et le heaume à gorgerin de cotte de maille caractérisent également Guillaume sur le relief funéraire conservé à l’église paroissiale Saint-Denis d’Ecos, dans l’Eure (v. 1410-1420). Une iconographie similaire est visible sur une enluminure du Livre d’heures à l’usage de Bayeux (Caen, Musée des Beaux-Arts, v. 1440-1450) 83.

La statue de pierre polychrome conservée dans la chapelle Saint-Guillaume de Bois-Himont (XVIe siècle ?) représente aussi saint Guilhem en habit bénédictin, barbu, tenant son heaume de chevalier de la main gauche et un livre à fermoir (la Règle de saint Benoît de Nursie) heaume sont associés de la main droite. Livre et heaume sont associés sur une autre sculpture de la même époque, conservée dans l’église de Boissay, en Seine-Maritime.

Guilhem de Gellone figure sur un fragment de prédelle datable des environs de 1500 conservé au Musée languedocien de Montpellier 84 (fig. 18). Guilhem est représenté ici en abbé bénédictin, avec la crosse, ce qui rejoint l’iconographie du revers du sceau de 1245 85. Il s’agit sans doute d’un fragment de la prédelle d’un retable montpelliérain, que nous attribuons au peintre du consulat, Jean du Puy, à l’extrême fin du XVe siècle ou au début du siècle suivant. En effet, un des hôpitaux de Montpellier était dédié à saint Guilhem ; d’autre part, sainte Apolline, associée ici à Guilhem, était également vénérée à Montpellier ; l’œuvre de la Commune Clôture possédait une main de la sainte martyre, enchâssée d’argent, et l’hôpital Saint-Eloi possédait aussi un retable dédié à sainte Apollonie.

Enfin, Etienne Loys, dans sa Mort de saint Guilhem (fig. 19) conservée à Vendémian, représente le moine de Gellone vêtu de la bure monastique et entouré dans ses derniers instants par les membres de la communauté.

Saint Guilhem abbé, v. 1500. Montpellier, Musée languedocien.
Fig. 18 Saint Guilhem abbé, v. 1500. Montpellier,
Musée languedocien.
Mort de saint Guilhem. Etienne Loys, entre 1750 et 1765. Vendémian (Hérault), église paroissiale. Photo : CAOA de l’Hérault.
Fig. 19 Mort de saint Guilhem. Etienne Loys,
entre 1750 et 1765. Vendémian (Hérault),
église paroissiale.
Photo : CAOA de l’Hérault.

Saint vénéré dans le diocèse de Lodève, Guilhem figure sur le reliquaire en argent de saint Fulcrand, œuvre de l’orfèvre montpelliérain Xavier Dartis en 1808. Vêtu en chevalier, il y accompagne les saints Fulcrand et Roch. Certains ont vu dans cette effigie tardive la figure d’un autre bienheureux local, brigand converti, Pons de l’Héras mais cela est peu probable, le culte de Pons de l’Héras, bien que relevant également du diocèse de Lodève, n’étant pas très développé.

Le héros légendaire

Nous conclurons rapidement sur un dernier aspect de l’iconographie de Guillaume / Guilhem, la vision tardive que l’imaginaire se forgeait du héros de la chanson de geste.

En premier lieu, le bras reliquaire. Dom Jean Magnan, dans sa Chronologia abbatum Sancti Guillelmi de Desertis, achevée en 1700 86, fait mention d’une chasse d’argent doré en forme de bras contenant un os du bras droit de Guillaume. Il s’agit en fait d’un humérus, comme l’ont reconnu le 27 mai 1680 le médecin et les deux chirurgiens chargés de la vérification des « reliques et saints ossemens de saint Guillem ». Au pied du reliquaire, selon Jules Renouvier citant un document de 1698, étaient gravées les « armoiries d’un homme à cheval, avec un cornet à la bouche, portant un guidon au bras et à l’épaule gauche sur lequel il y a un écusson à un lion rampant » 87. La date de la confection de ce reliquaire n’est pas connue. Ce bras-reliquaire était, selon Mabillon, d’une taille insolite (insolitae magnitudinis). Mais on peut penser avec l’abbé Alzieu que les moines de Gellone ont très bien pu faire fabriquer un reliquaire surdimensionné afin de justifier l’épithète de « fièrebrace » donnée à Guillaume 88.

À titre d’exemple, nous citerons les quatorze vignettes lithographiées dans un goût néo-roman teinté de romantisme (de la plus haute fantaisie quant aux costumes et au décor architectural), illustrant la Vie de saint Guillaume d’Aquitaine par le vicomte de Castillon – Saint-Victor, publiée en 1845 89 : Guillaume déposant ses armes sur le tombeau de saint Julien de Brioude (p. 1) (fig. 20). – Guillaume recevant les clefs d’une ville et une scène de tournoi (p. 2)… – Le célèbre charroi de Nîmes (Guillaume dissimule des soldats dans des tonneaux que des charretiers font entrer dans la ville) et la prise de Barcelone (p. 3). – Guillaume avec ses sœurs Albane et Bertrane et Guillaume montrant à ses troupes le lieu de sa future retraite (p. 4)… – Guillaume devant une abbaye : Aniane (?) ou Gellone, et Guillaume remettant à l’abbé de Gellone la relique de la Vraie Croix (p. 5)… – Guillaume accueilli au monastère d’Aniane et Guillaume sur un âne portant leur repas aux moissonneurs d’une des deux abbayes (selon que l’on suit le récit d’Axdon – Aniane – ou la Vita Sti Guillelmi – Gellone) (p. 6)… – Guillaume dirigeant la construction d’une route et Guillaume pétrissant le pain (p. 7)… – Guillaume en prière et mort de Guillaume (p. 8). Sur cette dernière image, Guillaume n’est pas revêtu de la bure noire des bénédictins mais d’une simple chemise blanche.

Guillaume déposant ses armes sur le tombeau de saint Julien de Brioude. Illustration de la Vie de saint Guillaume d’Aquitaine par Castillon-Saint-Victor, 1845.
Fig. 20 Guillaume déposant ses armes sur le tombeau de saint Julien de Brioude. Illustration de la Vie de saint Guillaume d’Aquitaine par Castillon-Saint-Victor, 1845.

On le voit, l’iconographie de saint Guilhem de Gellone est multiple et prête parfois à confusion avec d’autres saints guerriers devenus ermites, en particulier Guillaume de Maleval. On retiendra cependant pour certaines les représentations du saint en chevalier formellement authentifiées par une inscription (enseignes de pèlerinage, sceaux conventuels…) et accompagnées d’attributs récurrents (armure, bouclier orné d’un lion héraldique ou d’une étoile, lance à gonfalon, cor, géant terrassé). La représentation de saint Guilhem en moine bénédictin, prieur céleste ou abbé dans ce monde, apparue sur le sceau de 1245, se développe surtout à partir du premier tiers du XVe siècle, avec les Heures Boucicaut. Plus tard, enfin, aux XVIIe et XVIIIe siècles, c’est l’image du chevalier devenu ermite qui prédomine, entretenant ainsi la confusion avec l’iconographie de Guillaume de Maleval.

— Annexe —

L'iconographie parisienne de saint Guilhem de Gellone dans la première moitié du XVe siècle : trois exemples

1 – Les Heures du maréchal Boucicaut

Paris, Musée Jacquemart-André, ms 2, Livre d’Heures à l’usage de Paris, vélin, 242 fol. (274 x 190 mm), Paris, 1ère décennie du XVe siècle.

Jean II le Meingre, dit Boucicaut (1366-1421) mais plus connu sous le nom de Maréchal Boucicaut, est d’origine tourangelle. Il doit une grande partie de sa carrière à l’amitié de Charles VI (1368-1422), dont il fut le compagnon d’enfance. Maréchal de France à 25 ans (1391), il épousa, deux ans plus tard, Antoinette de Turenne, qui avait des attaches provençales et qui fit d’Alès sa résidence favorite. Cet homme très pieux lutta à plusieurs reprises contre l’Infidèle, non seulement en Prusse, avec les chevaliers Teutoniques, mais aussi lors de la Croisade contre les Turcs, dont il fut un des principaux chevaliers. Fait prisonnier devant Nicopolis (25 septembre 1396), libéré contre une forte rançon, le maréchal Boucicaut deviendra ensuite gouverneur de la ville de, Gênes entre 1401 et septembre 1409. De retour en France, en 1410, Charles VI le nomma, en 1413, gouverneur des pays de Languedoc et du duché de Guyenne on sait ainsi qu’il résida, de temps à autres, à Toulouse et à Carcassonne. Fait prisonnier par les Anglais à la bataille d’Azincourt (25 octobre 1415), il mourut prisonnier en Angleterre en juin 1421

Sa libération par les Turcs (1396) explique la présence de Saint Léonard, en tête des représentations des 27 saints et saintes des Suffrages des saints, car il était le saint patron des prisonniers qui l’invoquaient pour être libérés ; enfin, la rare représentation de Saint Guillaume d’Aquitaine, qui clôt la série (fol. 43 v°), juste après Sainte Brigitte de Suède, s’explique à la fois parce qu’il fut un des symboles de la lutte contre les Sarrasins à l’époque, carolingienne, et sans doute aussi par les liens familiaux de la femme du maréchal Boucicaut, avec la région d’Alès. Saint Guillaume de Gellone, en habit bénédictin (noir), tient un heaume sur son bras gauche, en souvenir de son passé. La scène se situe en plein air, au milieu d’un paysage vallonné et arboré.

Sur le plan iconographique, cet exemple parisien, fiable pour l’identification du saint, est particulièrement intéressant, car relativement bien daté autour des années 1410, même si les historiens de, l’art n’arrivent pas encore à se mettre d’accord. Autrefois daté vers 1404 ou entre 1401-1408 par Carl Nordenfalk (1961), ce manuscrit enluminé à Paris par le maître (anonyme) dit de, Boucicaut, a été placé vers 1405-1408 dans la grandi étude de Millard Meiss (1968) ; ou plus récemment, entre 1412 et 1416 par Albert Châtelet (2000). Tout dernièrement, Inès Villela-Petit et Bernard Guineau (2003) sont revenus à la date haute avant septembre 1409 (prise de, Gênes, où il fut gouverneur de 1401 à 1409) et peut-être vers 1413 pour le calendrier qui contient de nombreux saints toulousains (période où Boucicaut devient gouverneur de Languedoc et duc de Guyenne).

Plus tard, à la fin du XVe siècle, ce manuscrit passa entre les mains d’Aymar de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier, dont la famille considérait saint Guillaume comme leur ancêtre et qui fit remplacer les armes de Boucicaut par les siennes.

Pour en savoir plus :

L’étude des saints du calendrier ou des suffrages a été faite par Paul Durrieu, « Les Heures du Maréchal de Boucicaut du Musée Jacquemart-André », dans la Revue de l’art chrétien, t. LXIII, 1913, p. 73-81 ; 145-164 ; 300-314 ; et t. LXIV, 1914, p. 28-35.

Carl Nordenfalk, « Saint Bridget of Sweden as represented in Illuminated Manuscripts », dans Essays in Honor of Erwin Panoftky, New York, 1961, p. 371-393, s’appuie sur la présence de sainte Brigitte (fol. 42 v°) pour placer les Heures de Boucicaut dans sa période génoise (1401-1409), ville où cette sainte était alors particulièrement vénérée.

Millard Meiss, French Painting in the time of Jean de Berry. The Boucicaut Master, New York, Phaidon éd., 1968, 384 p., 497 fig., ici pl. 26 (Saint Guillaume), notice détaillée p. 131-133 et reproduction du manuscrit pl. 1-44.

Albert Châtelet, L’âge d’or du manuscrit à peintures en France au temps de Charles VI et les Heures du Maréchal Boucicaut, Dijon, Institut de France et éd. Faton, 2000, 340 p., 250 fig. couleurs ; le Saint Guillaume de Gellone du folio 43 v° est reproduit p. 284 et décrit p. 285. Les Heures du Maréchal Boucicaut y sont étudiées dans la seconde partie, p. 216 à 329 ; les dévotions aux saints sont analysées p. 220 ; la datation proposée (entre 1412 et 1416 environ) est discutée p. 221-222.

Inès Villela-Petit et Bernard Guineau, « Le Maître de Boucicaut revisité, Palette et technique d’un enlumineur parisien au début du XVe siècle », dans Art de l’enluminure, n° 6, sept-nov. 2003, p. 2-33.

Paris 1400. Les arts sous Charles VI, Paris, Musée du Louvre, 22 mars-12 juillet 2004, Paris, Fayard et Réunion des Musées nationaux éd., 2004, n° 172 (notice par Inès Villela-Petit), p. 280-282 (vers 1408).

2 – Relief funéraire de l’église paroissiale Saint-Denis d’Ecos
(Eure, Île-de-France pour le Vexin normand, vers 1410-1420

On ne connaît malheureusement pas la provenance exacte – (Ecos ou abbaye voisine des cisterciennes du Trésor ?) – de cette remarquable sculpture, retrouvée, au début de l’été 1889, en remploi sur le seuil supérieur menant à une cave située au nord de l’église paroissiale Saint-Denis d’Écos (Bure), dans l’ancien Vexin normand et à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Vernon. Elle a très vite fait l’objet d’un classement parmi les Monuments historiques (15 mars 1892) et donné lieu à une remarquable étude, en 1893, de l’historien de l’art normand Louis Régnier (Gisors, 1865-Vernon, 1923). Cette sculpture, en calcaire parisien, mesure 1,30 m de long, sur 0,66 m de large et 0,30 m d’épaisseur. C’est un véritable tableau votif funéraire et commémoratif (plaque d’en-tête) comme ceux qui commencent alors à se répandre en Artois ou en Flandre, mais qui reste relativement rare en Île-de-France ou en Normandie.

Sur cette sculpture ont pris place, de part et d’autre du Christ souffrant, à gauche un noble, présenté par son saint patron, Michel, particulièrement vénéré en Normandie, et à droite, sa femme, présentée par saint Guillaume, dont l’iconographie est absolument semblable à celle suivie à Paris, vers le même moment, sur les Heures de Boucicaut : longue robe de bénédictin laissant légèrement apparaître, autour du cou, des éléments de cotte de mailles, et heaume fièrement porté, comme un véritable attribut iconographique, dans la main gauche. Le couple de donateurs est accompagné de leurs enfants sept garçons derrière le père et trois filles derrière la maman qui se prénommait peut-être Guillemette. Toute la famille est agenouillée aux pieds du Christ de Douleurs.

Le thème nouveau de l’Homme de Douleurs – qui montre le christ à mi-corps sortant de son tombeau, encadre par deux angelots et surmonte de deux autres anges (mutiles) -, est né au cours du XIVe siècle en Flandre et en Italie il devient alors une véritable image de dévotion qui fit même l’objet de dons d’indulgences de la part de l’Église. Selon la dernière notice consacrée à cette sculpture, le casque de saint Guillaume et les costumes des donateurs appartiendraient à la dernière décennie du règne de Charles VI, mort en 1422. Outre sa rareté, son originalité et sa beauté, le relief funéraire d’Écos, sans doute sculpte dans l’Île-de-France (analyse du matériau) pour une famille noble du Vexin normand, offre l’intérêt de renseigner sur les cultes et la piété (Homme de Douleurs, en particulier) en Haute-Normandie dans les années 1410-1420. Enfin et surtout, pour cette étude consacrée à l’iconographie de saint Guilhem de Gellone, elle nous permet de voir comment, à Paris, on figurait alors ce saint méridional, tant pour répondre à la commande du maréchal Boucicaut que pour celle d’un membre de la noblesse normande.

Nous avons donné une orientation bibliographique, avec une reproduction de la sculpture, dans une brève notice intitulée Un chef-d’œuvre à Écos, dans les Nouvelles de l’Eure, n° 64-65, 1978, p. 56-57. L’article de Louis Régnier – « Sculpture du XVème siècle découverte à Écos » dans le Bulletin de la Société des amis des arts du département de l’Eure, t. IX, 1893, Évreux, 1894, p. 54-67, 1 p1. -, demeure fondamental ; pour replacer cette sculpture dans son domaine artistique, on se reportera en dernier lieu à la notice de Béatrice de Chancel-Bardelot, parue dans le catalogue d’exposition du Louvre, où cette sculpture était récemment exposée Paris. 1400. Les arts sous Charles VII, Paris, Réunion des musées nationaux et Fayard éd., 2004, n° 153, p. 250, fig.

3 – Livre d’Heures à l’usage de Bayeux, Paris, vers 1440-1450.
Caen, Musée des Beaux-Arts, Collection Mancel,
ms n° 239 (137 fol., 204 x 140 mm)

Ce troisième et dernier exemple, moins somptueux que les deux précédents et un peu plus tardif dans le siècle, n’en est pas moins intéressant car il contient une autre représentation de Saint Guilhem, probablement sortie d’un atelier d’enlumineurs parisien et destiné à un commanditaire de Basse-Normandie, alors que la plaque funéraire d’Ecos était réservée à une famille de l’actuelle Haute-Normandie. D’après les auteurs du catalogue d’exposition, qui nous a permis de repérer cette représentation de saint Guillaume d’Aquitaine, les peintures de ce ms [manuscrit] sont d’une telle qualité que l’on doit les attribuer à un atelier parisien, plutôt que local. Le style des scènes rappelle l’école du maître de Bedford, dont la carrière est connue à Paris de 1404 à 1430-1435 environ – (Livres d’Heures de Basse-Normandie. Manuscrits enluminés et livres à gravures. XIVe-XVIe siècles, Caen, mai-juin 1985, n° 10 (notice détaillée de Monique Dosdat), p. 63 et fig. en couleur p. 33).

Saint Guillaume apparaît en effet, aux côtes de Saint Nicolas, très vénéré en Normandie, sur une grande miniature qui orne, après le calendrier, le folio 13, au-dessus du début de la prière mariale (Ave Maria gratia plena). Comme le remarque, avec raison, l’auteur de la notice du catalogue d’exposition, cette grande miniature doit avoir été réalisée en fonction du choix des destinataires du livre d’Heures ; notons toutefois que le saint méridional n’est pas mentionne dans le calendrier – (Lettre du Musse des Beaux-Arts, du 7 avril 2004).

À gauche de l’image et face à Saint Nicolas ressuscitant les trois jeunes écoliers debout dans un baquet, Saint Guillaume, en habit noir de bénédictin et ceinture de corde autour de la taille, tient le heaume sur son bras droit et un livre, suspendu dans une housse rouge. Les deux saints se font face, tournes l’un vers l’autre.

Ces trois petits exemples, relatifs à l’iconographie de saint Guilhem de Gellone, suivie à Paris ou en Île-de-France dans les premières décennies du XVe siècle et conserves sur deux livres d’heures et une plaque funéraire, montrent que le culte du saint était alors en usage à Paris et en Normandie, et que son iconographie, simple et reconnaissable (heaume tenu et présenté par un moine bénédictin) permettait de l’identifier correctement et sans confusion possible avec le saint ermite que fut Guillaume de Maleval, vénéré le 10 février.

Jean-Pierre SUAU

— Bibliographie —

Paul ALAUS, Léon CASSAN, Edmond MEYNIAL, Cartulaires des abbayes d’Aniane et de Gellone d’après les manuscrits originaux. Cartulaire d’Aniane. Montpellier, Martel, 1898.

Gérard ALZIEU, « Le Guilhem de l’histoire ». Saint-Guilhem-le-Désert et sa région, Montpellier, Association des Amis de Saint-Guilhem-le-Désert, 1986, p. 128-134.

Gérard ALZIEU, Saint Guilhem de Gellone. Esquisse biographique. Montpellier, Imprimerie de la Charité, 1992.

Nelly ANDRIEUX-REIX, « Le jardin saccagé : une leçon du moniage Guillaume ». Medioevo romanzo. Vol. XXI, fasc. II-III, 1997, p. 362-381.

Nelly ANDRIEUX-REIX, Le Moniage Guillaume. Chanson de geste du XIIe siècle. Paris, Champion, coll. Les classiques français du Moyen Age, n° 145, 2003.

Joseph BEDIER, Les légendes épiques. T. I, Le cycle de Guillaume d’Orange. Paris, Champion, 1914,

Richard BAVOILLOT-LAUSSADE, « Les développements architecturaux de l’abbaye de Gellone ». « Saint-Guilhem-le-Désert au moyen âge. Nouvelles contributions à la connaissance de l’abbaye de Gellone. Actes de la table ronde (mai 1995) ». Montpellier, Amis de Saint-Guilhem-le-Désert, 1996, p. 23-93.

Richard BAVOILLOT-LAUSSADE, « Les avatars du corps de Guilhem et le culte du fondateur de Gellone. Leurs incidences architecturales ». Les cahiers de Saint-Michel de Cuxa, t. 29, 1998, p. 189-217.

Richard BAVOILLOT-LAUSSADE, « Évocation de Guilhem et des Wilhelmides, une famille, princière franque dans la « Gallia Gothica » des VIIIe et IXe siècles ». Saint-Guilhem-le-Désert dans l’Europe du Haut Moyen Age. Actes de la table ronde d’août 1998. Montpellier, Les Amis de Saint-Guilhem-le-Désert, 2000, p. 31-46.

Bernard BERTHOD, Élisabeth HARDOUIIN-FUGIER, Dictionnaire iconographique des saints. Paris, Édit. de l’Amateur, 1999.

Edina BOZOKY, « Le comte et la Croix. La relique de la Vraie Croix dans la légende de fondation de Gellone ». Saint-Guilhem-le-Désert. La fondation de l’abbaye de Gellone. L’autel médiéval. Actes de la table ronde d’août 2002. Aniane, Les Amis de Saint-Guilhem-le-Désert, 2004, p. 79-84.

Catherine BRAGER, Dictionnaire des sujets mythologiques, bibliques, hagiographiques et historiques dans l’art. Paris, Brépols, 1994.

Catherine BRAGER, Dictionnaire iconographique de peinture. Paris, Brépols, 1998.

Etienne CASSAN, Vie de St Benoît d’Aniane écrite par St Ardon, son disciple. Montpellier, Félix Seguin, 1875.

Jean-Marie Eugène vicomte de CASTILLON-SAINT-VITOR, Saint Guillaume d’Aquitaine. Paris, Delloy, 1845.

Catholicisme. Hier. Aujourd’hui. Demain. Encyclopédie publiée sous la direction de G. Jacquemet. Paris, Letouzev et Ané, t. V, 1963.

Pierre CHASTANG, Lire, écrire, transcrire le travail des rédacteurs de cartulaires en Bas-Languedoc (XIe-XIIIe siècles. Paris, Éditions du CTHS, 2002.

Pierre CHASTANG, « Entre histoire et reconstruction des origines les actes anciens IXe siècle) des cartulaires de Gellone ». Saint- Guilhem-le-Désert dans l’Europe du Haut Moyen Age. Actes de la table ronde d’août 1998. Montpellier, Les Amis de Saint-Guilhem le-Désert, 2000, p. 65 – 74.

Pierre CHASTANG, « La fabrication d’un saint : la Vita Guillelmi dans la production textuelle de l’abbaye de Gellone au début du XIIe siècle ». Guerriers et moines. Conversion et sainteté aristocratiques dans l’occident médiéval. C.N.R.S., Collection d’Études Médiévales de Nice, n° 4. Antibes, Éditions APDCA, 2002, p. 429-447.

Pierre CHASTANG, « La dotation de l’abbaye de Gellone par le comte carolingien de Toulouse : documents et récits ». Saint-Guilhem-le-Désert. La fondation de l’abbaye de Gellone. L’autel médiéval. Actes de la table ronde d’août 2002. Aniane, Les Amis de Saint-Guilhem-le-Désert, 2004, p. 29-36.

Alice M. COLBY HALL, « Orange et Arles. Un royaume pour deux Guillaumes ». Bulletin des Amis d’Orange, 1981, p. 13-19.

Alice M. COLBY HALL, Willam of Orange in the Conso de la Crosada. New York Fondham University Press, 1986.

Alice M. COLBY HALL, « L’héraldique au service de la linguistique le cas du cor nier de Guillaume ». Au carrefour des routes d’Europe la chanson de geste. Xe congrès international de la Société Roncesvals pour l’Étude des Épopées romanes, Strasbourg, 1985. Aix-en-Provence, Université de Provence, CUER MA, coll. Senefiance n° 20, 1987, t. I, p. 383-397.

Alice M. COLBY HALL, « Guillaume d’Orange sur un nouveau sceau médiéval de l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert ». Olifant, 15, 1990, p. 3-13.

Alice M. COLBY HALL, « Guillaume au Court Nez et les premiers historiens d’Orange ». Studies in honor of Hans-Erich Keller. Kalamazoo, Western Michigan University, Medieval Institute Publication, 1993, p. 151-164.

Alice M. COLBY HALL, « Guillaume d’Orange, l’abbaye de Gellone et la vache pie de Châteauneuf-de-Gadagne ». Études sur l’Hérault, N.S., n° 9 – 1993, p. 5-21.

Alice M. COLBY HALL, « Nouvelles remarques sur le sceau conventuel de Saint-Guilhem-le-Désert au XIIIe siècle ». Études héraultaises, N° 30-31-32, 1999-2000-2001, p. 27-29.

Gaston COMBARNOUS, Index de noms de lieux et de personnes dans le cartulaire de Gellone (Abbaye de St Guilhem)… Clermont-l’Hérault, Chalaguier, 1975.

Paul DESCHAMPS, « Les peintures murales de la tour Ferrande à Pernes ». Congrès archéologique de France, Avignon et Comtat-Venaissin, 1963. Paris, Société Française d’Archéologie, 1963, p. 337-347.

Alain DIERKENS, « Quelques considérations sur le mouvement monastique dans l’Europe carolingienne ». Saint-Guilhem-le-Désert dans l’Europe du Haut Moyen Age. Actes de la table ronde d’août 1998. Montpellier, Les Amis de Saint-Guilhem-le-Désert, 2000, p. 17-20.

Francis DUBOST, « L’emploi du mot « géant » dans les chansons de geste ». Mélanges de philologie romane offerts à Charles Camproux, t. I, Montpellier, Centre d’Études Occitanes de l’Université Paul Valéry, 1978, p. 298-313.

Alain DUBREUCQ, « Les circonstances historiques et religieuses de la fondation de Gellone ». Saint-Guilhem-le-Désert. La fondation de l’abbaye de Gellone. L’autel médiéval. Actes de la table ronde d’août 2002. Aniane, Les Amis de Saint-Guilhem-le-Désert, 2004, p. 17-28.

Gaston DUCHET-SUCHAUX, Michel PASTOUREAU, La Bible et les saints. Guide iconographique. Paris, Flammarion, 1991.

Claudie DUHAMEL-AMADO, « Aux origines des Guilhems de Montpellier (Xe-XIe siècle). Questions généalogiques et retour à l’historiographie ». Études sur l’Hérault, NS, n° 7 – 1991 – 8 – 1992, p. 89-109.

Claudie DUHAMEL-AMADO, La famille aristocratique languedocienne. Parenté et patrimoine dans les vicomtés de Béziers et Agde (900-1170) Thèse soutenue en 1994. Paris, Université de Paris-Sorbonne, 1994. T. I, Du groupe aristocratique au lignage. – T. II, Portraits de familles.

Claudie DUHAMEL-AMADO, Genèse des lignages méridionaux. T. I, L’aristocratie languedocienne du Xe au XIIe siècle. CNRS – Université de Toulouse-le Mirail, 2001. [T. II à paraître].

Claudie DUHAMEL-AMADO, « Le miles conversus et fundator de Guillaume de Gellone à Pons de l’Héras ». Guerriers et moines. Conversion et sainteté aristocratiques dans l’occident médiéval. C.N.R.S., Collection d’Études Médiévales de Nice, n° 4. Antibes, Éditions APDCA, 2002, p. 419-427.

Henri Paul EYDOUX, Monuments méconnus. Provence. Paris, Librairie académique Perm, 1978, p. 417-418.

Martin de FRAMOND, « Le sceau conventuel de Saint-Guilhem-le-Désert au XIIIe siècle ». Saint-Guilhem-le-Désert dans l’Europe du haut Moyen Age. Actes de la table ronde d’août 1998. Montpellier, les Amis de Saint-Guilhem-le-Désert, 2000, p. 263-268.

Jean FRAPPIER, Les Chansons de la geste du cycle de Guillaume d’Orange. Paris, 1955-1965.

Frédéric de GOURNAY, « La formation du personnage littéraire de Guillaume d’Orange ». Saint-Guilhem-le-Désert. La fondation de l’abbaye de Gellone. L’autel médiéval. Actes de la table ronde d’août 2002. Aniane, Les Amis de Saint-Guilhem-le-Désert, 2004, p. 85-90.

Bernard HOWS, « Guillaume d’Orange, héros épique ». Saint-Guilhem-le-Désert et sa région, Montpellier, Association des Amis de Saint-Guilhem-le-Désert, 1986, p. 135-141.

Dominique IOGNA-PRAT, « La fondation monastique au IXe siècle ». Saint-Guilhem-le-Désert dans l’Europe du Haut Moyen Age. Actes de la table ronde d’août 1998. Montpellier, Les Amis de Saint- Guilhem-le-Désert, 2000, p. 21-29.

Walter KETTEMANN, Subsidia Anianensia. Uberlieerungs und textgeschichtliche Untersuchungen Zur Geschtche Winza Benedikts, seine Klosters Ariiane und zur sogenannten, anianischen Reform. T’hèse, Université de Duishourg, 1999. [Résumé par l’auteur dans Études héraultaises, N° 30-31-32, 1999-2000-2001, p. 386-387].

Daniel KLETKE, « A new Reading of a Pilaster Capital from St-Guilhem-le-Désert of the Cloisters ». Metropolitan Museum Journal, n° 30, 1995, p. 19-28.

Christian LAURANSON-ROZAS, « Retour sur la fondation de Gellone ». Saint-Guilhem-le-Désert. La fondation de l’abbaye de Gellone. L’autel médiéval. Actes de la table ronde d’août 2002. Aniane, Les Amis de Saint-Guilhem-le-Désert, 2004, p. 11-16.

Jean-Loup LEMAITRE, « Martyrologes et culte des saints en Languedoc ». Cahiers de Fanjeaux, n° 37, 2002, Hagiographie et culte des saints en France méridionale (XIIIe-XVe siècle), p. 63-112.

Isabelle MAILLARD-RILLET, « Le roman du sarcophage dit de St Guilhem / Guillaume d’Orange ». Revue Archéologique de Narbonnaise, t. 29, 1996 [1997], p. 183-228.

Émile MÂLE, L’art religieux de la fin du XVIe siècl, du XVIIe siècle, et du XVIIIe siècle. Étude sur l’iconographie après le Concile de Trente. Italie, France, Espagne, Flandres. Paris, Armand Colin, 1951.

Florian MAZEL, « Le prince, le saint et le héros : Guilhem de Baux (1173-1218) et Guillaume de Gellone alias Guillaume d’Orange ». Guerriers et moines. Conversion et sainteté aristocratiques dans l’occident médiéval. C.N.R.S., Collection d’Études Médiévales de Nice, n° 4. Antibes, Éditions APDCA, 2002, p. 449-465.

Ulrich MOLK, La Liturgie de Saint Guillaume et la Geste de Guillaume aux 11e et 12e siècles. Pamplona, Institución Principe de Viana, 1981, p. 353-357.

Jean NOUGARET, « Autour de quelques retables : la peinture religieuse médiévale à Montpellier ». Espaces religieux et communautés méridionales. Actes du 64e congrès de la Fédération historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon (Villeneuve-Lès-Avignon, 15-17 mai 1992). Montpellier, F H.L.M.R., 1994, p. 123.

Louis REAU, Iconographie de l’art chrétien, Paris, P.U.F., 1958, t. III, vol. II, p. 624-627.

Jean-Claude RICHARD, « Armoiries et blasons de quelques abbés de Gellone ». Saint-Guilhem-le-Désert au Moyen Age. Nouvelles contributions à la connaissance de l’abbaye de Gellone. Actes de la table ronde (mai 1995). Montpellier, Les Amis de Saint-Guilhem-le-Désert, 1996, p. 253-264.

Martine SAINTE-MARIE, « Chartes carolingiennes d’Aniane et de Gellone ». Études héraultaises, n° 26-27, 1995-1996, p. 252-253.

Abbé J.-E. SAUMADE, Soldat et Moine. Vie de Saint Guilhem du Désert. Montpellier, Seguin, Calas, Baron-Ramadié, 1878.

Victor SAXER, « Le culte et la légende hagiographique de saint Guillaume de Gellone ». La chanson de geste et le mythe carolingien. Mélanges René Louis, Saint-Père-sous-Vézelay, 1982, t. II, p. 572-576, p. 587-588, notes 27-43.

André SOUTOU, « Les avatars légendaires du Colombier de Saint-Guilhem-le-Désert ». Études sur l’Hérault, NS, n° 7-1991 – 8-1992, p. 111-114.

Brian SPENCER, Museum of London. Medieval finds from excavations in London. n° 7, Pilgrims Souvenirs and Secular Badges. London, The stationery Office, 1998.

Roger STERMAN LOOMIIS, « La portraiture de Guillaume d’Orange et Ysoré en murailles ». Gazette des Beaux-Arts, mai 1943.

Pierre TISSET, L’abbaye de Gelllone au diocèse de Lodève des origines au XIIIe siècle. Paris, Sirey, 1933. Réimpression, Millau, Éditions du Beffroi, 1992.

Henri VIDAL, « Guilhem de Gellone et Guilhems de Montpellier ». Revue historique de droit français et étranger, n° 79 (2), avril-juin, 2001, p. 197-210.

Henri VIDAL, « Les saints honorés dans le diocèse de Lodève ». Cahiers de Fanjeaux, n° 37, 2002, Hagiographie et culte des saints en France méridionale ‘XIIIe-XVe siècle), p. 205-235.

Jeanne WATHELET-WILLEM, « Guibourc, femme de Guillaume ». Les chansons de geste du cycle de Guillaume d’Orange. III, Les moniages Guibourc. Hommage à Jean Frappier, Paris, Société d’Éditions d’Enseignement Supérieur, 1983, p. 335-355.

Henri WYTENHOVE, Reynaud Levieux et la peinture classique en Provence. Aix-en-Provence, Édisud, 1990.

— Notes —

1.Paul ALAUS, Léon CASSAN, Edmond MEYNTÀL, 1898. Cartulaire d’Aniane., p. 1-38.

2.La Vita a également été publiée par l’abbé Etienne Cassan en 1875 (CASSAN, 1875). La dernière publication de la traduction de Baumes, revue par Adalbert de VOGÜE, présentée par Pierre BONNERUE, a été réalisée en 2001 par l’abbaye de Bellefontaine, (série Monachisme ancien, coll. Vie monastique, n°39). Le chapitre 42 porte ici le n° 30. L’analyse des interpolations du texte, tendant à favoriser l’abbaye d’Aniane au détriment de celle de Gellone, à la suite du différend survenu au XIIe siècle entre les deux abbayes, est donnée p. 28 et suiv.

3.Bibliothèque Municipale Centrale de Montpellier, ms 16.

4.Florian MAZEL, 2002, p. 454. – Pierre CHASTANG, 2002, p. 431, et 2004, p. 32.

5.A.D. Hérault, 5 H 3.

6.Il convient d’ajouter à ces sources les Annales de Gellone de Dom Joseph SORT, 1705, A.D. Hérault, 5 H 6.

7.Traduction par Bernard de Vregille et Claude Mondésert, s.j. Paris, Éditions du Cerf, coll. Sources chrétiennes, n° 225, 1975. 2e édition, 1990.

8.La bibliographie la plus récente sur le cycle figure dans l’édition de la Chanson de Guillaume donnée par F. Huard en 1999 (voir note 29) et dans Nelly ANDRIEUX-REIX, 2003. Le Roman de Guillaume d’Orange vient de faire l’objet d’une édition critique par Madeleine TYSSENS, Nadine HENRARD et Louis GEMMENNE (Paru, tome I), Paris, Champion, 2000.

9.Florian MAZEL, 2002, p. 450. À la fin du XIIe siècle, Guilhem de Baux, seigneur d’Orange, « cherche à capter à son profit le prestige associé à la figure de Guillaume d’Orange en se plaçant dans sa descendance présumée ». (Ibidem, p. 451).

10.  Claudie DUHAMEL-AMADO, 2002, p. 419-420,424.

11.  Gérard ALZIEU, 1992. Voir aussi Gérard ALZIEU, 1986.

12.  Pierre Bonnerue (voir note 2) donne la date de 755. Sur Guillaume, ses ascendants et descendants directs, la dernière mise au point est due à Richard BAVOILLOT-LAUSSADE, 2000.

13.  A l’emplacement de l’église (disparue) de Saint-Barthélémy.

14.  Richard BAVOILLOT-LAUSSADE, 2000, p. 33.

15.  En dernier lieu, Walter KETFEMANN, 1999.

16.  Campagne d’Aquitaine (770), guerre contre les saxons (772), campagnes de Lombardie (773), guerre contre les sarrasins d’Espagne (778), campagnes de Bretagne (786) et de Bavière (787), guerre contre les slaves (789)…

17.  C’est-à-dire à la fois administrateur, juge, représentant du roi.

18.  Voir de GOURNAY, 2004, p. 85, et p. 88, note 3.

19.  Les « hispani » de la Chanson de Guillaume ne sont autres que les sarrasins de l’Espagne musulmane. Voir de GOURNAY, 2004, p. 85.

20.  Cité dans ALZIEU, 1992, p. 26.

21.  Le terme n’implique aucune hiérarchie administrative ou militaire sur les autres comtes. Sans doute souligne-t-il seulement la volonté de Charlemagne d’honorer particulièrement le comte Guillaume pour les services rendus.

22.  DUBREUCQ, 2204. Résumé par Christian LAURANSONROZAS, 2004, p. 12.

23.  Richard BAVOII.LOT-LAUSSADE, 2000, p. 40-41.

24.  Pour la légende épique (la Prise d’Orange), l’épouse de Guillaume n’est autre qu’Oriabel, la « sarrasine au clair visage », baptisée sous le nom de Guibourc, Fille du sarrasin Desramé, soeur du roi Clariaus d’Orange et de. Rainouart au tinel, païen plus tard converti, elle était promise au roi Thiébaut l’Esclavon. En réalité, comme l’a démontré Pierre Tisset, Guibourc serait l’arrière grand-tante du premier roi capétien, Éudes, fils de Robert-le-Fort. Voir aussi Jeanne WATHELETWILLEM, 1983.

25.  Liste établie par Pierre Tisset (Pierre TISSET, 1992, p. 30-35).

26.  Claudie DUHAMEL-AMADO, 1991 et 1994, II, p. 393-426 et Annexe au tome I, p. 175-212.

27.  Henri VIDAL, 2001.

28.  Voir Jean FRAPPIER, 1955-1965, Bernard HOMPS, 1986 et Frédéric de GOURNAY, 2004.

29.  Dernière édition (bilingue) de la Chanson de Guillaume: F. Huard, Paris, Classiques Garnier, coll. Les classiques médiévaux, 1999.

30.  Selon Frédéric de GOLTRNAY (2004, p. 86), ce qualificatif apparaît dans les textes dès le dernier quart du XIe siècle.

31.  Florian MAZEL, 2002, p. 452.

32.  Voir note 24.

33.  Frédéric de GOURNAY, 2004, p. 87.

34.  Alice COLBY-HALL, 1981, p. 17-18, 1986, 1987. Sur le thème du cor Avinoam SHALEM, « Le cor du héros : l’oliphant dans l’occident médiéval, perspectives sociales ». Communication présentée en 2004 aux Journées romanes de Cuxa et non encore publiée au moment ou nous rédigeons ces lignes.

35.  Cité par Pierre TISSET, 1992, p. 28.

36.  Comme il l’a fait à une date inconnue pour la cella de Casanova (Caseneuve, devenue plus tard l’abbaye de Goudargues, au diocèse d’Uzès, dans le Gard.

37.  A.D. Hérault, I J 1014 (version gellonnaise, faux de la fin du XIIe siècle) et 1 J 1015 (original, version anianaise). Voir Martine SAINTE-MARIE, 1995-1996, et Pierre CHASTANG, 2000, 2002, 2004. Pour les moines de Gellone, le rôle de Benoît dans cette fondation doit être minimisé au seul profit de Guilhem ; pour Aniane, au contraire, « c’est sur le conseil et avec l’aide de Benoît que la cella de Gellone est édifiée par Guilhem » (Pierre CHASTANG, 2002, p. 435). Pour Pierre Tisset, la communauté de Gellone même si elle « tira son origine d’Aniane » n’était nullement une simple cella placée sous la dépendance d’Aniane, mais un monastère à part entière, (op. cit., p. 2). Sur les fondations monastiques du Haut Moyen Age, voir Alain DIRKENS, 2000, et Dominique IOGNA-PRAT, 2000.

38.  Son « honneur », terres accordées par le souverain en rémunération d’une action accomplie. Voir aussi Alain DUBREUCQ, 2004.

39.  Pierre TISSET, 1992, p. 32.

40.  Victor SAXER, 1982, p. 571.

41.  Pierre CHASTANG, 2004, p. 31.

42.  Le choix de Gellone peut s’expliquer, selon Pierre Tisset, par la présence en ce lieu d’une « congrégation de solitaires », voire d’une abbaye, et par le fait que les deux sœurs de Guilhem, Albane et Bertrane, s’y, étaient vraisemblablement déjà retirées et y étaient inhumées (Pierre TISSET, 1992, p. 27, note 111).

43.  Dernière édition du Moniage dans sa version longue, en langue d’oïl uniquement : Nelly ANDRIEUX-REIX, 2003. Voir aussi Nelly ANDRIEUX-REIX, 1997, pour le curieux et symbolique épisode du jardin saccagé.

44.  Guillaume aurait ensuite déposé ses armes en ex voto sur l’autel de saint Julien de Brioude. Le texte ne mentionne pas, comme le fait la Vita, le don à Guilhem d’une parcelle de la Vraie Croix par Charlemagne, en 805/806, au moment ou celui ci annonce à l’empereur son souhait de se retirer du monde. Voir aussi Edina BOZOKY, 2004.

45.  Le pigeonnier qui domine le village de Saint-Guilhem-le-Désert est encore nommé, « cabinet du géant » ou de « Don Juan » (par déformation du mot « géant » ?) depuis le début du XIXe siècle. (Voir André SOUTOU, 1991-1992).

46.  D’où le nom de la rue parisienne de la Tombe-Issoire (rue « de la tombe d’Ysoré »), dans le Ve arrondissement, près de Saint-Germain-des-Prés. Notons que pour Francis Dubost, le géant est, dans les chansons de geste, le symbole du sarrasin, donc du Diable (Francis DUBOST, 1978).

47.  Montpellier, Bibliothèque Municipale Centrale, ms 12.

48.  Cette indication pourtant précise semble être mise en doute par Mme Claudie Duhamel-Amado pour qui Guilhem serait mort « peut- être en 812 » (op. cit., 2002, p. 421) ou « vers 812 » (Ibidem, p. 423).

49.  Sur la sainteté de Guilhem, voir en dernier lieu Henri VDAL, 2002.

50.  Isabelle MAILLARD-RILLET, 1996.

51.  Richard BAVOILLOT-LAUSSADE, 1998, p. 189-190. – Henri VIDAL, 2002, p. 217 sqq.

52.  Guilhemn est inscrit dans les martyrologes et au propre des saints du diocèse à la date du 28 mai (Jean-Loup LEMAITRE, 2002, p. 90-91). Appelé sanctus à partir de 878 dans le cartulaire de Gellone, il est dit également confessor ou Christi confessor à partir du Xe siècle (Ulrich MOLK, 1981, p. 355. – Henri VDAL, 2002, p. 214, 222-225). Selon Ulrich MOLK (Ibidem), le culte de Guilhem de Gellone est resté localisé au Midi de la France Aniane, Maguelone, Béziers, Carcassonne, Albi, Arles-sur-Tech, Mende, Viviers, Avignon, Arles, Aix-en-Provence, Marseille, Senez. Le saint Guilhem ermite vénéré dans la chapelle de Saint-Guilhem de Combret n’est pas « notre saint Guilhem gellonais. Par contre, la modeste chapelle rurale Saint-Guillaume-du-Désert de Bois-Himont en Seine-Maritime lui est bien dédiée. Nos sincères remerciements iront à MM Gérard Bals et Jean-Claude Richard qui nous ont signalé son existence et communiqué leur documentation, à Mme Sabine Humbert, documentaliste à la D.R.A.C. de Haute-Normandie, à Christian Dubos et Raymond Guilloit, responsables de l’association l’Art sacré en Seine-Maritime, pour les renseignements aimablement fournis.

53.  Pour Richard BAVOILLOT-LAUSSADE, la crypte actuelle était à l’époque carolingienne la “staurothèque”, salle-reliquaire où était exposé le fragment de la Vraie Croix, la partie inférieure du sanctuaire.

54.  Richard BAVOILLOT-LAUSSADE, 1998, p. 216.

55.  Il existe d’autres « reliques » de saint Guillaume, signalées par Henri Vidal (2002, p. 218-219), un fragment de bras à la basilique Saint-Sernin de Toulouse, le squelette entier, dont le crâne, dans l’église, Saint Pantaléon, de Saint-Sauveur (Haute-Garonne), un autre crâne à l’église Saint-Maurice de Reims Mais il ne s’agit pas, bien entendu, de saint Guilhem de Gellone mais d’autres saints de ce nom.

56.  Richard BAVOILLOT-LAUSSADE, 1996.

57.  Richard BAVOILLOT-LAUSSADE, 1998, p. 215.

58.  Fête le 10 février.

59.  Catherine BRAGER, 1994, p. 295.

60.  Henri WYTENHOVE, 1990, p. 116.

61.  Catherine BRAGER, 1998.

62.  Gaston DUCHET-SUCHAUX, Michel PASTOUREAU, 1991.

63.  Bernard BERTHOD, Élisabeth HARDOUIN-FUGIER, 1999.

64.  catholicisme…, t. V,… col. 379-380.

65.  Il s’agit sans aucun doute de Guillaume X d’Aquitaine et non de son père Guillaume IX.

66.  Émile MALE, 1951, p. 460.

67.  Publiée en frontispice dans Abbé J.-E. SAUMADE, 1878.

68.  La chapelle des pénitents noirs d’Avignon conserve une toile de Reynaud Levieux, Saint-Guillaume d’Aquitaine, peinte entre 1655 et 1662. – Henri WYTENHOVE, 1990, p. 116, n° 17, p. 117.

69.  Chapiteau n° 1925, 25. 120.217. Daniel KLETKE, 1995. – Richard BAVOILLOT-LAUSSADE, 1998, p. 213, note 52.

70.  Ibidem.

71.  Isabelle MAILLARD-RILLET, 1997, p. 207 et 212.

72.  Musée national du moyen âge…, 1996, p. 149-150, n° 214. – Note de Jean-Claude RICHARD dans Études héraultaises, n° 28-29, 1997-1998, Notes et informations, n° 48, p. 259.

73.  Brian SPENCER, 1998, p. 240-242.

74.  Reproduite dans Gaston COMBARNOUS, 1975 (verso du titre).

75.  Archives départementales du Vaucluse, 36 J 235 n° 6 (Hommage prêté par Guiraud Amic à Guillaume de Roquefeuil, abbé de. Saint-Guilhem, pour la seigneurie de Châteauneuf de Gadagne, le 17 janvier 1245).

76.  Martin de FRAMOND, 2000, p. 267.

77.  Roger STERMAN LOOMIS, 1943. – Paul DESCHAMPS, 1963.

78.  Information transmise, avec un phototype, par le professeur Ernst Hönings à M. Jean-Claude Richard qui a bien voulu nous signaler l’existence de ce document.

79.  Sceau reproduit dans Gaston COMNARNOUS, 1975 (verso du faux titre). Voir aussi p. 6 (sceau de Raymond de Baux).

80.  Nous remercions très vivement notre collègue Jean-Louis Vayssettes qui a bien voulu nous signaler ce document inédit et nous en communiquer une diapositive. Fonds non classé au moment de la découverte du document par M. J.-L. Vayssettes.

81.  Orange, musée municipal. XVIIe-XVIIIe siècle. Signalé par Madame Alice Colby Hall. Proviendrait selon toute probabilité d’une des églises d’Orange, la cathédrale Notre-Dame de Nazareth ou l’église Saint-Florent dont les tableaux ont été transférés au musée en 1979.

82.  Alice COLBY HALL, 1990. – Martin de FRAMOND, 2000. – Alice COLBY HALL, 1999-200-2001.

83.  Nous devons ces dernières informations à l’amitié de M. Jean- Pierre Suau, maître de conférences d’histoire de l’art médiéval à l’Université Paul Valéry. – Montpellier 1H, qui a accepté de nous faire part sans réticence de ses premières recherches sur le même sujet. Qu’il en soit ici très vivement remercié. M. J.-P. Suau a bien voulu résumer pour nous son intervention à la suite de notre communication à la table ronde. Ce document figure en annexe.

84.  Jean NOUGARET, 1994.

85.  Selon Mme Alice Colby Hall, ce « portrait de saint Guillaume de Gellone est à rapprocher des chartes gadagniennes [milieu XIIIe siècle, début XIVe siècle] où on fait de Guillaume le premier abbé du monastère, probablement pour souligner l’indépendance de Gellone vis-à-vis d’Aniane ». Voir aussi Alice COLBY HALL, 1993.

86.  A.D. Hérault, 5H 5 96.

87.  Alice COLBY HALL, 1990, p. 7.

88.  Gérard ALZIIEU, 1992, p. 54.

89.  Jean-Marie Eugène vicomte de CASTILLON-SAINT-VICTOR, 1845.