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2.00

Description

Au temps des trasseurs.
Recherches sur les anciennes carrières de pierres
de Saint-Jean-de-Védas

Lorsqu’on arrive à Montpellier depuis l’ouest par l’autoroute A9, on passe obligatoirement par la gare de péage de Saint-Jean-de-Védas. Juste à la sortie, en direction du sud, s’étend une zone industrielle appelée ZI de la Lauze, du nom d’un très ancien domaine, aujourd’hui presque totalement disparu. En direction du nord, il y a l’accès à Saint-Jean-de-Védas par l’avenue de Libria. Sur la droite de cette avenue, on peut accéder au parking du tramway de la station « Saint-Jean-Le-Sec ». Juste derrière, invisible depuis le parking, se trouve un jardin public encaissé, qui n’est autre qu’une ancienne carrière désaffectée. Il a été aménagé en espace de loisirs et de promenade par la municipalité de Saint-Jean-de-Védas.

Lors du projet d’aménagement de la Zac à l’ouest de cette carrière, et du tramway au sud, des fouilles archéologiques ont révélé la présence d’autres vestiges d’exploitation qui pourraient remonter au Moyen Âge. La question qui s’est posée alors, et à laquelle nous avons essayé d’apporter des éléments de réponse, pourrait se formuler ainsi : depuis quand extrait-on la pierre à Saint-Jean-de-Védas, et peut-on reconstituer des fragments de cette histoire oubliée ? Pour démarrer l’enquête, j’ai suivi la piste chronologique ouverte par isabelle Rémy dans le rapport final d’opération du diagnostic effectué en 2004 sur le site appelé Roquefraïsse, juste en face de l’ancienne carrière, de l’autre coté de l’avenue de Libria.

Antiquité

Isabelle Rémy a noté la présence de calcaire de Saint Jean-de-Védas dans des constructions dès le Ve siècle avant J.C. il s’agit de pierres des remparts de l’antique cité de Lattara, située en bord d’étang, sur l’actuelle commune de Lattes. C’est Jean-Louis Reille qui a mené l’étude sur les blocs utilisés pour construire le second rempart de Lattara. Les types identifiés sont au nombre de , dont des calcaires coquilliers provenant de la zone d’affleurement de Saint-Jean-de-Védas. Sur l’ensemble des échantillons, ils ne représentent que 10 % du lot, mais à l’intérieur de ce dernier, la base du rempart sud, daté de la fin du Ve siècle avant J.C., a révélé une forte domination des calcaires coquilliers du miocène avec 63 % de représentation. C’est-à-dire que, suivant les phases de construction, on s’approvisionnait de façon opportuniste, selon les possibilités offertes par les circonstances. C’est ce que pense Jean-Louis Reille.

300 ans plus tard, au IIe siècle avant J.C., la part des calcaires de Saint-Jean-de-Védas atteint 20 % de l’ensemble. Ce qui double la proportion globale et témoigne peut-être d’un développement local du travail d’extraction des pierres. Mais, au début de notre ère, les calcaires miocènes de Saint-Jean-de-Védas font place aux roches carbonatées du massif de la Gardiole qui sont alors très largement majoritaires et dont le faciès très homogène laisse supposer la provenance depuis une carrière unique. Il semble donc que plusieurs siècles avant J.C., les qualités de la pierre de Saint-Jean-de-Védas aient été assez connues pour motiver des échanges avec le comptoir de Lattara. Toutefois cela n’implique pas forcément la présence de carrières pérennes, mais d’approvisionnements ponctuels dont les modalités nous restent encore inconnues. Ainsi, l’art d’extraire les pierres s’est-il, peut-être, transmis localement, de génération en génération, depuis ces époques reculées.

J’ai aussi relevé, dans la dernière publication de Michel Py sur Lattara, une sculpture appelée « Le guerrier de Lattes », qui représente le torse d’un homme en armes, probablement un archer d’après Michel Py, et dont la typologie indique une œuvre de la fin du VIe ou du début du Ve siècle avant J.C. L’agrandissement pleine page couleur du pectoral (cardiophylax) laisse envisager la possibilité qu’il ait été sculpté dans un calcaire coquillier de la zone de Saint-Jean-de-Védas. Cette sculpture monolithe mesure entre 39,5 et 49 cm. de largeur, pour une hauteur conservée de 79 cm. et une épaisseur minimale de 25 cm. Le grain et la couleur sont similaires à ceux d’un échantillon témoin issu de la carrière de Roquefraïsse. Il serait intéressant d’observer la composition lithologique de ce bloc sculpté afin d’en déterminer la provenance, et peut-être de valider la zone de Saint-Jean-de-Védas. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2013

Nombre de pages

16

Auteur(s)

Pierre FOREST

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf