Description

Archéobiologie de la domestication de l’olivier en Méditerranée occidentale

L’identification des restes végétaux issus d’assemblages archéologiques (archéobotanique) est fondée sur la recherche, à l’échelle macroscopique ou microscopique, de caractères morphologiques et/ou anatomiques distinctifs. Elle nous renseigne sur les végétations passées et sur les relations qu’entretenait l’Homme avec son milieu. Les charbons de bois, les fruits, les graines ou même les feuilles sont donc des témoins privilégiés de l’histoire des plantes et de l’histoire des Hommes. Dans le cas de l’olivier, l’apport de l’archéobiologie a été décisif dans la reconstruction de l’histoire biogéographique de la culture et de la domestication de cet arbre emblématique en Méditerranée nord-occidentale.

Dans cette contribution, nous montrons, à travers l’olivier que l’exploitation et la gestion des populations, les pratiques culturales et la sélection artificielle menées par l’Homme possèdent des signatures spécifiques qu’il est possible de décrypter. Pour cela, des approches archéobiologiques, empruntées à la biologie et appliquées à des restes archéologiques (bois carbonisés et noyaux), sont présentées, consistant en la mesure et l’interprétation de processus biologiques, évoluant sous des contraintes naturelles et/ou anthropiques.

Les origines du genre Olea

Les origines lointaines de l’olivier (Olea europaea L. subsp. europaea) remontent aux confins de l’ère tertiaire. Il y a près de 6 millions d’années, la végétation du pourtour de la Méditerranée archaïque appelée « Tethys » est dominée par des espèces tropicales et subtropicales attestant de l’existence de conditions climatiques relativement stables, chaudes et humides. Toutefois, comme le montrent les études paléobotaniques, certaines espèces forestières méditerranéennes sont déjà installées à cette époque, parmi lesquelles un représentant du genre Olea, ancêtre probable de notre olivier (Suc et al., 1984 ; Fauquette et al., 1999). À cette période, la « méditerranéisation » du bassin originel et la crise de salinité messinienne (-5.59 / -5.33 Ma), consécutives à la fermeture du détroit de Gibraltar sont prépondérantes dans la radiation, du sud vers le nord du genre Olea dans le nord de l’Afrique, en Europe du Sud puis dans les îles macaronésiennes. Durant le Pliocène (de -3.15 à -2.85 Ma), la conjonction d’événements comme la progression du front polaire vers le sud, la modification de la circulation atmosphérique générale, la mise en place du Gulf Stream (Haywood et al., 2000) et l’augmentation de la teneur en CO atmosphérique (Raymo et al., 1996) entraînent conjointement de profonds changements des conditions climatiques. Un climat contrasté proche de l’actuel caractérisé par une période chaude à fort déficit hydrique, voit le jour : le climat méditerranéen. De manière concomitante, la majorité des espèces tropicales et subtropicales disparaissent au profit d’essences plus adaptées à ces nouvelles conditions. C’est ainsi que les groupements forestiers, au sein desquels l’olivier, se mettent en place.

Vers -2.3 Ma, une première glaciation affecte le nord de l’Europe. Elle correspond aux débuts des oscillations climatiques (alternance de périodes glaciaires et interglaciaires), dont la succession tout au long du Quaternaire a une influence majeure sur l’écologie et la distribution géographique des espèces. Au nord de la Méditerranée, l’olivier comme d’autres espèces thermophiles semble se confiner durant les périodes glaciaires du Pléistocène dans des zones refuges, stations bien exposées et protégées des vents froids dominants (Figueiral et TerraI, 2002). Dans la péninsule ibérique ou au sud de la France, les ripisylves ont pu jouer le rôle de zone tamponnée écologiquement, en protégeant les végétaux de conditions rigoureuses et en fournissant un apport hydrique nécessaire à la croissance et au développement des végétaux (Figueiral et Terral, 2002 ; Thiébault et al., 2004 ; Terral et al., 2004a). […]

Informations complémentaires

Année de publication

2009

Nombre de pages

14

Auteur(s)

Aline DURAND, Claire NEWTON, Jean-Frédéric TERRAL, Sarah IVORRA

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf