1985-1994, Saint-Guilhem-le-Désert, incertitudes, hypothèses et recherches en cours
Saint-Guilhem-le-Désert, Les cloîtres de l'abbaye de Gellone incertitudes, hypothèses et recherches en cours (1985-1994)
Les cloîtres de l'abbaye de Gellone (Saint-Guilhem-le-Désert, Hérault) •1
* J-C. Richard, Directeur de recherche au CNRS, 34150 Saint-Guilhem-le-Désert.
p. 19 à 34
En hommage à Pierre-Yon Vernière (1795-1875)
et à Pierre Gary
Lorsqu’au mois de mars 1990 paraît l’ouvrage collectif Saint-Guilhem-le-Désert, la sculpture du cloître de l’abbaye de Gellone 1 qui présente une sélection de sculptures originaires du monastère de Gellone et conservées sur place, à Montpellier et à New York, il était clair qu’on y trouverait les propositions architecturales et les datations antérieurement établies, avec quelques exceptions. En ce qui concerne l’église elle-même, le texte tenait compte du vieillissement proposé par le professeur M. Durliat 2 : le chantier a dû être ouvert au milieu du XIe siècle et la consécration a eu lieu en ou autour de la date de 1076 3. Quant au cloître inférieur, estimé comme une unité de quatre galeries, la datation correspondait à celle de l’église, même si un certain décalage a dû se produire, et, pour le premier étage, deux galeries romanes, antérieures à 1206, réalisées à l’Est et au Nord 4 pour relier la tribune monastique de la nef avec les bâtiments monastiques, et deux autres postérieures (à l’Ouest et au Sud, donc), d’un « style gothique pauvre et banal ».
Ainsi, les huit galeries du cloître, en deux niveaux, se trouvaient dissociées en trois séquences chronologiques : le XIe siècle, le XIIe siècle (état constaté en 1206), enfin la période début XIIIe siècle-début XIVe siècle, jugée peu intéressante et, en tout cas, très mal documentée.
Avec cet ouvrage, qui est l’aboutissement d’une série d’études pionnières depuis Jules Renouvier (1804-1860), en passant par le baron Taylor, Léon Vinas, Henri Revoil, Paul Alaus 5, Léon Casan, Émile Bonnet, augmentées des nouvelles propositions de Maurice de Dainville 6 et de Jean Vallery-Radot 7, se trouve, de notre point de vue 8, marquée une étape des recherches des années soixante-dix à quatre-vingt 9. Au risque d’être conduit à reproduire simplement ces travaux et leur synthèse récente, il nous a semblé préférable de présenter les nouvelles hypothèses en fixant d’autres dimensions à ces recherches sur les cloîtres, d’élargir les contributions dans l’espace et le temps et, enfin, de donner le plus régulièrement possible l’état d’avancement des travaux en cours.
Enfin, après les malheureuses excavations des années 1962-1964 pour l’église et la crypte 10 et 1965-1967 pour le cloître et les abords 11, nous insisterons sur la nécessité de voir des recherches archéologiques conduites, aujourd’hui, par une équipe dirigée et conseillée par un large comité scientifique comprenant tous ceux qui, à des titres divers, ont à connaître de l’abbaye, dans sa totalité historique, et du site : c’est à ce prix que les erreurs du passé ne seront plus commises et que ces nouvelles recherches auront une réelle légitimité scientifique 12.
Il est clair que l’importance historique et archéologique de l’ensemble gellonais justifie amplement, aujourd’hui, les collaborations les plus étendues : lorsque Pierre-Yon Vernière 13 (fig. 1), juge de paix à Aniane, membre correspondant, depuis 1835, de la Société archéologique de Montpellier, a constitué une collection à partir d’une faible partie des vestiges des cloîtres 14 et en a réalisé une présentation « romantique » dans le jardin de sa propriété, il restait impossible d’aller, comme, aujourd’hui, jusqu’aux détails des analyses stylistiques, des discussions chronologiques et de la composition même des matériaux qui ont servi à la construction et à la décoration des cloîtres.
A. Une nouvelle hypothèse sur les cloîtres de Gellone (1988)
Un examen attentif des vestiges actuels des cloîtres (fig. 2), des plans de 1656 (fig. 7), des dessins du XIXe siècle (fig. 3-5), de l’histoire de l’abbaye au Moyen Age, en particulier au XIIe siècle, et des éléments d’architecture et de sculpture conservés à Saint-Guilhem-le-Désert, à Montpellier et à New York – avec, en plus, une fréquentation quasi quotidienne des lieux – nous a convaincu qu’il fallait confronter ces données avec les analyses de nos prédécesseurs.
Cet examen s’est trouvé, il est vrai, facilité par des recherches conduites par d’autres chercheurs, parfois de façon indépendante, si bien que le nouveau schéma que nous proposons se trouve, en réalité, conforté par la multiplication des études. Bien entendu, il ne s’agit que d’hypothèses qui tentent de prendre en compte la totalité présente de l’information. Ne s’agissant pas, ici, de doctrine ou de théorie, nos propositions, dont plusieurs arguments et développements seront publiés en détail ultérieurement, pourront recevoir les modifications appropriées et les remises en cause justifiées.
Nous devons ajouter que M. Ph. Lorimy, poursuivant ses recherches sur l’architecture de l’abbatiale et des cloîtres, après la publication de l’ouvrage de 1990, en est arrivé à une nouvelle représentation dont il a bien voulu nous permettre de livrer, ici, la traduction graphique (fig. 8-12) 15 qui, par d’autres voies, correspond, pour l’essentiel, à notre nouvelle hypothèse.
Nous proposons donc de distinguer soigneusement les huit galeries des cloîtres : les quatre du rez-de-chaussée (A-B-C-D) et les quatre du premier étage (E-F-G-H, du nord à l’est en sens inverse des aiguilles d’une montre). Pour le rez-de-chaussée, nous proposons les périodes de constructions et les datations suivantes (fig. 7, 8 et 9).
Galerie A (Nord). C’est la galerie du mandatum appuyée sur le collatéral sud, et se prolongeant sur l’est par un retour de 2,50 m avec une fenêtre géminée qui se termine sur le même plan que la façade sud du transept méridional. Vers l’ouest, cette galerie, de cinq fenêtres géminées et d’une porte 16, avec six travées, se prolonge d’une travée qui pouvait constituer un porche devant la Tour Saint-Martin qui, en rez-de-chaussée, avait un ou deux accès avec l’église.
Cette galerie – tous les auteurs en sont d’accord – appartient à la campagne de construction de l’église du XIe siècle ou l’a immédiatement suivie. Elle a pu être d’abord charpentée puis voûtée en même temps que la galerie suivante 17.
Galerie B (Ouest). Cette galerie, qui est plaquée contre la galerie précédente, forme avec elle un angle obtus. Elle comprend huit travées qui s’ouvraient par huit fenêtres géminées sur le jardin 18. La neuvième travée actuelle, au Sud, ne devait pas exister et cette galerie se terminait par un dispositif massif difficile à interpréter.
De même style que la galerie précédente, la galerie B lui était postérieure mais il n’est pas nécessaire d’envisager un long espace des temps : peut-être fut-elle construite dès le XIe siècle ou dans le tout début du XIIe siècle et elle semble bien avoir été voûtée d’arêtes dès sa construction 19.
Galerie C (Sud) et D (Est). Entre la construction de la galerie B et des galeries C et D, se place la construction du grand lavabo dont le quatrième côté est la galerie B elle-même. Il doit dater du XIIe siècle, de la seconde moitié probablement, et il est attesté une seule fois dans le cartulaire en 1205 20.
La galerie C est composée de deux travées auxquelles s’ajoute la travée du lavabo et celle qui fait la jonction avec la galerie précédente.
La galerie D comprend quatre travées avec, au Nord, les deux travées primitives de retour de la galerie A et, au Sud, une travée de jonction avec la galerie précédente.
La couverture a pu être, à l’origine, en charpente : les voûtes sur croisée d’ogives du plan Plouvier – et les éléments encore visibles aujourd’hui – traduisent une œuvre du XVe siècle. L’existence d’une voûte romane intermédiaire reste à prouver.
Le simple examen du plan Plouvier montre bien que ces deux galeries C et D sont différentes des deux autres du rez-de-chaussée et que leur présence pose un dilemme : ou bien elles ont remplacé des galeries stylistiquement identiques aux galeries A et B, ce qui n’a pu être réalisé qu’en sous-œuvre après la construction du cloître supérieur (au XIVe siècle ? au-delà ?), ou bien il faut une autre explication, c’est elle qui fait l’objet de notre hypothèse.
Nous proposons donc de voir dans la construction de ces deux galeries C (Sud) et D (Est) (entre lesquelles se répartissent les claveaux à colonnettes et tête de clou et les claveaux à feuilles d’acanthes, les bases, les colonnes et les chapiteaux sculptés, les panneaux à personnages 21 pour la décoration des piliers bien attestés) une œuvre de la seconde moitié du XIIe siècle et, plus précisément de l’abbé Hugues de Fozières (1196-1202) 22 qui serait donc responsable du « claustrum novum » dans lequel est signée la charte de 1206 23. Sans que nous puissions pénétrer dans le détail des ventes et emprunts du XIIe siècle, nous savons que l’abbaye réalise des biens, par exemple avec les Templiers de Sainte-Eulalie-de-Cernon 24 ou emprunte 25 la relation avec des dépenses occasionnées par des constructions ne peut être nécessairement établie mais reste probable.
Nous apportons un élément nouveau à notre nouvelle hypothèse en identifiant les deux blasons représentant un sanglier 26 comme les armes de Hugues de Fozières 27 qui ne seraient pas seulement des décorations mais bien la marque parlante de l’abbé qui a présidé à la réalisation. Nous aurions donc ici deux galeries marquées aux armes des Fozières.
Nous ne pouvons préciser le programme iconographique de ces galeries car les chapiteaux 28 et les panneaux sculptés ne doivent représenter qu’une partie de l’ensemble roman : il serait tout à fait prématuré et même imprudent d’aller plus loin 29.
Cependant, nous voudrions suggérer un emplacement pour le magnifique ensemble des trois panneaux de la Traditio Legis qui, organisés selon les deux plans d’un angle droit, présentent le Christ entouré de ses apôtres : nous verrions dans le pilier de l’angle sud-est du cloître nouveau une place idéale (plutôt que le pilier de la galerie sud tangent au lavabo). A cet endroit, nous sommes à un passage clé du monastère où nécessairement tous ceux qui, religieux ou laïcs autorisés, depuis l’unique accès d’alors à l’abbaye, à l’Est, passaient pour gagner le cloître, la salle capitulaire et l’église. Le message, porté par l’ensemble sculpté à la fois le plus important et le plus réussi, pouvait-il avoir une meilleure tribune ?
1er étage – Galeries E (Nord), F (Ouest), G (Sud), H (Est) (fig. 7, 8 et 10). Les renseignements dont nous disposons actuellement pour les galeries du premier étage sont réellement trop ténus pour que nous proposions un ordre chronologique de construction. On peut penser, comme l’avait proposé M. Marcel Durliat 30, que ce sont, d’abord, les galeries, orientale (H) et septentrionale (E) qui ont été bâties, le contrefort, observable sur les plans Plouvier au rez-de-chaussée et au premier étage à l’extrémité de la première travée nouvelle sur la galerie H, pouvant alors correspondre à la limite entre les deux chantiers… Mais, il nous semble que l’hypothèse a une part encore trop grande.
Par contre, nous remarquons que les galeries du premier étage ne présentaient que trois piliers, aux angles (le quatrième angle est en fait celui qui est formé par les murs de la pièce qui occupe le premier étage du lavabo) et qu’il n’existe pas de piliers intermédiaires, à l’exception, sur la façade de la galerie H, d’un pilier-contrefort à l’aplomb de celui du rez-de-chaussée 31. Il nous semble clair que ces trois piliers ne peuvent répondre à l’attente de supports pour les panneaux dont nous disposons.
Nous préférerions voir dans ces galeries E-F-G-H des constructions élevées au XIIIe siècle et jusqu’au début du XIVe siècle, selon le même style 32 par les abbés dont les armoiries en place sur les murs devaient marquer les réalisations 33 : Guillaume de Roquefeuil (1220/27/28-1248), Guillaume des Deux-Vierges (1249-1287) et Guillaume de Mostuéjouls (1287-1302) 34.
Nous retenons donc l’hypothèse de quatre galeries à l’étage construites entre le deuxième quart et le dernier quart du XIIIe siècle (en laissant possible le premier quart du XIVe siècle) : le style aurait été proche, du début à la fin, avec des colonnes très simples et des chapiteaux non historiés 35.
Par ces galeries du premier étage, on pouvait communiquer avec la tribune par une porte ouverte dans le collatéral sud à son extrémité ouest, avec le dortoir et avec le réfectoire. Le dessin de R. Plouvier marque ces communications dans leur fonctionnement de 1656 mais il n’est pas du tout certain, pour celles du moins qui donnent accès à la tribune-chœur monastique, aux tribunes latérales et aux deux clochers, qu’elles aient été identiques au XIIIe siècle 36.
Nous n’avons parlé ici que des galeries des cloîtres et évoqué l’église romane antérieure à leur construction. Nous n’avons pas parlé non plus des bâtiments qui entourent les cloîtres car chacun d’eux pose des problèmes particuliers et une chronologie complexe que les modifications apportées jusqu’au XXe siècle ne permettent pas toujours de régler. Il est clair, en particulier, qu’à leur emplacement respectif se pose la question lancinante de l’existence de constructions antérieures au XIe siècle et, d’autre part, des reprises qui ont été réalisées en conservant, à différents niveaux, des éléments plus anciens comme ce fut le cas, mais on le distingue un peu mieux, au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle.
B - De nouvelles contributions et compétences dans l'espace et le temps
Depuis les années 1980 37 les publications concernant l’abbaye de Gellone et son territoire ont largement augmenté non seulement en nombre mais aussi en thèmes traités. Ce ne sont plus seulement l’architecture et la sculpture médiévales qui représentent le centre unique des recherches et ceci est particulièrement heureux car la vision restait trop limitée.
Il est maintenant possible de saisir les raisons et les difficultés de l’installation pour le monastère, carolingien comme pour les habitants antérieurs 38, l’importance des moulins médiévaux et modernes, des tanneries, des horloges 39 du rôle de l’eau 40.
Par ailleurs, l’urbanisme 41, les monuments 42, les reliefs 43 et sculptures 44, les orgues 45, les manuscrits 46 ont été l’objet de recherches approfondies et, parfois, très nouvelles.
Enfin des travaux de plus longue haleine concernent la publication de textes et de réflexions qui concernent l’histoire de l’abbaye et du village 47, ou les comptes rendus de voyages 48.
Actuellement sont en cours d’étude ou de publication des recherches concernant le sarcophage d’Aquitaine, autrefois conservé dans la collection Vernière et aujourd’hui à New York 49, le sarcophage de Guillaume d’Orange 50, les sculptures romaines scellées sur le portail de l’abbaye 51, les portes classiques des bâtiments conventuels 52, les orgues 53…, sans oublier tout ce que la littérature avec les chansons de Geste doit au fondateur du monastère 54 et la toponymie 55.
C’est bien entendu dans le cadre de cet élargissement des recherches que se placent les deux études qui suivent sur la composition des matériaux qui ont servi à la construction et à la décoration des cloîtres : elles permettent de montrer que les sciences les plus « exactes » peuvent, elles aussi, contribuer à faire progresser nos connaissances, y compris sur des époques éloignées.
C - Communication régulière sur l'avancement des travaux
Comme nous le faisons ici de manière privilégiée dans Études sur l’Hérault, nous souhaitons réunir régulièrement les comptes rendus des recherches en cours afin qu’elles ne parviennent pas uniquement au milieu strict des spécialistes concernés.
Bien entendu, publications et informations ne sont pas réservées à la suite de contribution ouverte aujourd’hui. Sans effort particulier, nous savons bien qu’une dynamique scientifique entraîne des conséquences bien au-delà des lieux où elle naît.
C’est un résultat très heureux car l’effort collectif offre à toutes les recherches des bases et des supports nouveaux nous considérons comme bienvenu le fait que l’abbaye de Gellone et son territoire participent de plus en plus à l’avancement de nos connaissances.
La publication de nouveaux inventaires ou textes à propos de Gellone comme à propos d’autres abbayes de l’Hérault est une des conditions du renouvellement des recherches : il n’est plus possible de rester entre soi et de limiter les horizons à quelques publications sur les mêmes thèmes, avec les mêmes textes, les mêmes démarches et, à très peu de différence, des résultats limités sur des sujets voisins.
Nous envisageons donc de poursuivre les chapitres ouverts aujourd’hui sur les cloîtres de Saint-Guilhem-le-Désert dont Dom E. Martène et Dom U. Durand disaient, au XVIIIe siècle : « Les cloîtres sont jolis il n’y a pas un seul pilier qui se ressemble 56. » Ils resteront ouverts à toutes les sortes de collaboration et aux informations sur les études qui auront été publiées entre-temps.
Nous avons donc essayé de montrer dans la richesse des publications concernant l’abbaye de Gellone qu’il était temps à la fois de donner un minimum de coordination et d’entreprendre des recherches dans des domaines qui n’avaient pas été encore abordés.
Les conditions particulières de cette abbaye dans l’Hérault font que les sources de toute nature, toujours insuffisantes certes 57 permettaient, peut-être mieux qu’ailleurs, de relever ce pari. On ne cachera pas que cette dynamique serait encore mieux comprise si elle entraînait des recherches comparables sur les autres abbayes bénédictines de l’Hérault 58 et sur les autres monuments.
Par ailleurs, l’élargissement volontaire des sujets et des collaborations y compris avec les États-Unis et le Centre international d’Art médiéval à New York, doit permettre d’intégrer toutes les compétences et travaux de nos collègues : c’est en tout cas la conclusion que nous voulons tirer des dix dernières années.
Saint-Guilhem-le-Désert
30 septembre 1994
Notes
1. Préface de Marcel Durliat (p. 7-13), texte de Robert Saint-Jean, photographies de Daniel Kuentz et dessins de Philippe Lorimy. On tiendra compte de la « note sur les roches-matériaux » de Gabriel Vignard, ajoutée à la p. 148 et de la bibliographie de la p. 96 du volume de la collection du Zodiaque : Languedoc roman, le Languedoc méditerranéen, La Pierre-qui-Vire, 1975, où les pages sur notre abbaye sont dues à Robert Saint-Jean. Nous considérons, ici, comme connues les publications indiquées dans ces deux bibliographies facilement accessibles.
2. M. Durliat, L’art roman, Paris, 1982, p. 551-552 ; La Catalogne et le premier art roman, Bulletin monumental, 147, 1989, p. 209-238; La sculpture du XIe siècle en Occident, Bulletin monumental, 152, 1994, p. 129-213 (ici, p. 142-144). Nous adressons à M. le Professeur M. Durliat nos remerciements reconnaissants pour l’intérêt qu’il veut bien apporter, depuis longtemps, à nos projets et à nos propositions scientifiques. Nous ne saurions trop marquer ici le respect qui est le nôtre devant un savant qui a accepté de discuter la nouvelle hypothèse de construction et de chronologie des cloîtres que nous avons mise en place depuis 1988, même si elle ne coïncidait pas avec la sienne.
3. La date de 1076 pose plusieurs problèmes que nous aurons l’occasion de présenter dans une autre étude. Il est difficile de ne pas penser que la consécration d’un autel, majeur bien sûr, devait marquer la fin ou la proche fin des travaux de l’abbatiale. On ne peut mettre sur le même plan cette consécration par Amat d’Oloron avec celles que le pape Urbain II a effectuées lors de son voyage de 1095-1096, durant lequel ont été bénis et consacrés des autels, des édifices à des moments très divers de leur construction : mais il fallait, alors, « profiter » de la présence du pape. Sur ce voyage et son importance, on se reportera, en dernier lieu, à M. Matzke, Die sieben Kreuzfahrmünzen und das Papsttum, Schweizer Münzblätter, 44, 1994, n° 173, p. 13-19. Nous remercions P. Jounel, Mgr G. Martimort, J. Michaud, R.-A. Senac et M. Zimmermann pour leur collaboration dans cette difficile recherche.
4. Nous soulignons les orientations car, dans les Cahiers de Saint-Michel-de-Cuxa, 7, 1976, p. 52-53, R. Saint-Jean pensait qu’il s’agissait des galeries Ouest et Nord.
5. Paul Alaus est le premier qui a mis en évidence, dans le Cartulaire de Gellone, la charte n° 568 du 8 mars qui indique que l’acte a été passé « in claustro novo ». Nous n’insisterons jamais assez sur le sens de ces mots qui ne signifient pas autre chose qu’un cloître neuf, nouveau et qui ne préjuge en rien de la localisation dans l’espace (P. Alaus, Étude sur le Cartulaire de Gellone (804-1236), Paris, École des Chartes, 1885). Un article avait été rédigé par P. Alaus sur cette question chronologique (nous en possédons les épreuves) probablement pour les Mémoires de la Société, archéologique de Montpellier, d’après la justification de la composition typographique, et donc imprimé avant la fin du siècle dernier. Émile Bonnet, dans sa belle monographie de 1906, se sert de cette découverte de P. Alaus et propose d’abord d’attribuer la qualité de « neuf » à la réfection d’une partie du cloître mais il retient plutôt – et c’est dommage – qu’il peut s’agir des galeries supérieures.., entraînant ainsi, jusqu’à aujourd’hui, toute l’érudition
6. M. de Dainville (Monspeliensia, II, 3, 1940, p. 320-324) a, le premier, fermement rattaché la consécration de 1076 à la fin ou aux derniers travaux pour l’ensemble du chantier de l’église, y compris le chevet, et, par ailleurs, refusé la raison, souvent invoquée, du concile de Lombers (1165) pour dater la construction du narthex qu’il place, largement, dans la seconde moitié du XIIe siècle et dans lequel il voit un témoignage de la durée de l’art lombard (arc extradossé et dents d’engrenage) dans la région.
7. J. Vallery-Radot (Congrès archéologique de France 1950-1951, p. 175) ne retenait la consécration de 1076 que pour la nef et les collatéraux : le chevet, le transept et le rez-de-chaussée du cloître n’auraient pas été antérieurs à la fin du XIe siècle.
8. Lors de la première publication de La Cité de Saint-Guilhem-le-Désert, Carcassonne, 1986, nous avons nous-mêmes suivi les propositions de nos devanciers sur ces problèmes mais nous avons « corrigé » lors de la seconde publication : L’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert, Carcassonne, 1994. Nos réflexions nous avaient conduit, depuis 1988, à revenir sur les datations et nous en avons donné une première information : J.-C. Richard et P. Ucla, Saint-Guilhem-le-Désert des guerres de Religion à l’érudition mauriste (XVIe-XVIIIe siècles), Études sur l’Hérault, 5-6, 1989-1990, p. 75-82 (en particulier, p. 87, note 34) (avec les plans mauristes, p. 88-91 ici fig. 7) et nous avons tenu informés nos collègues de ces changements de perspective. Depuis la publication de cet article, nous devons à D.-Y. Chaussy quelques corrections ou précisions : p. 85, lettre du Fr. Maurice Terrin, la date, d’après des notes de Dom du Bourg, serait 1691 et non 1692 (dans le texte les abréviations V.H. doivent être corrigées en V.R. = Votre Révérence) ; p. 86, lettre du Fr. Joseph Sort elle devait être adressée à Dom E. Dulaura qui résidait alors à Bordeaux. On corrigera le « Bredeaur » de la dernière ligne en : « Bordeaux ». Dans la légende de la fig. 1, en 34 et 35, au lieu de « prins », on lira : « privés » et on rétablira, sur le plan, le renvoi à 1″ qui marque, derrière l’autel majeur, la « sacristie ». Les plans mauristes ont été publiés, pour la première fois, dans la revue de Bâle, Phœbus, 1, 1946, p. 19, fig. 1 et 2, par Élie Lambert qui les a signalés dans une étude d’ensemble (Revue d’Histoire de l’Église de France, 43, 1957, p. 328 – sans illustration). Ils sont recensés, enfin, dans le catalogue de la série N III, Hérault 2-1 et 2-2 des Archives nationales. Nous les avons publiés, dans notre étude, avec le déchiffrement de l’ensemble des légendes qui accompagnent les divers lieux. Il convient de remarquer que, à ce jour, nous ne connaissons que ces deux plans, au rez-de-chaussée et à l’étage, et que nous n’avons pas la moindre coupe… Nous les avons reproduits aussi dans la réimpression de la belle thèse de Pierre Tisset, L’abbaye de Gellone au diocèse de Lodève des origines au XIIIe siècle, Paris, 1933, Millau, 1992. Sur le frère Robert Plouvier, auteur de ces deux plans de 1656, nous savons peu de choses. Né à Bapaume, profès à Saint-Sauveur-de-Redon, en 1645, à l’âge de 22 ans, il meurt à La Daurade, à Toulouse, le 12 juin 1680. Il a eu une très grande activité dans les relevés et constructions ou reconstructions des monastères mauristes du XVIIe siècle, comme le montre l’inventaire des plans des Archives nationales (M. Guiomar, A travers le passé de Landévennec, un restaurateur de l’abbaye au XVIIe siècle, Frère Robert Plouvier, Pax, 8 octobre 1951, p. 5-9). Sur les Mauristes, on se reportera aux publications de D.-Y. Chaussy, M. Bugner, O. Hélie d’Allerit (Spiritualité et rayonnement au XVIIe siècle, la congrégation de Saint-Maur, histoire d’une réforme, thèse de Lettres, inédite, Strasbourg, 1975, 680 pages), B. Barret-Kriegel, et à la Revue Mabillon, ancienne et nouvelle série. Nous remercions, ici, le professeur Honoré Bernard, excellent connaisseur de l’architecture mauriste, de sa collaboration pour l’étude des plans.
9. On signalera enfin la troisième édition, 1992, de G. Alzieu, R. Saint-Jean, Saint-Guilhem-le-Désert, La-Pierre-qui-Vire, collection la Carte du Ciel, 25; et G. Alzieu, Saint- Guilhem-de- Gellone, esquisse biographique, Montpellier, 1992.
10. Ces excavations, entraînées par le projet de restauration du chœur, n’ont pas été conduites par les archéologues mais par les responsables de la restauration. On en trouvera l’historique dans l’étude de R. Saint-Jean (Hommage A. Dupont, Montpellier, 1974, p. 267-289) qui a tiré le maximum de travaux, qu’il n’avait pas conduits, avec la plus grande intelligence. On imagine les conclusions scientifiques qui auraient pu être données si cette fouille avait lieu aujourd’hui ! Il faut savoir aussi que, pour des raisons administratives et financières, il n’a pas été possible de poursuivre les excavations dans la nef et les collatéraux. Comme cet espace est toujours disponible, on ne regrettera pas cette interruption !…
11. Le nivellement du cloître, opéré alors, la mise au jour du système moderne et contemporain des canalisations, la pose de nouvelles canalisations ont bouleversé le préau et les galeries, sans surveillance archéologique. L’occasion de procéder à une coupe générale Ouest-Est a ainsi été alors perdue. Depuis 1967, il n’y a plus eu de travaux importants sur cet espace. Un aspect positif dans ces travaux a été la mise au jour de la fondation du mur bahut de la galerie Est. Il nous a été possible de constater qu’en épaisseur et en surface, il était beaucoup moins important que celui de la galerie Nord : nous en publierons les photographies ultérieurement. Cette observation, de 1965, a inscrit dans notre réflexion l’idée que la galerie n’était pas liée en œuvre et en temps avec la galerie Nord. On ajoutera que la matérialisation actuelle (1994) de cette galerie comme celle de la galerie Sud, a été construite en 1966-1967 et qu’elle correspond au tracé des galeries originales mais non exactement ni en épaisseur ni en alignement.
12. Bien entendu, cet élargissement et cette collaboration concernent les recherches avant, pendant et après les travaux proprement dits et non pas l’examen, post quem, du travail réalisé.
13. Nous préparons une étude sur Pierre-Yon Vernières (fig. 1), grâce à la riche collaboration de M.-P. Gary (dont l’épouse était l’arrière-petite-fille de P.-Y. Vernière). La collection, constituée par P.-Y. Vernière dans le jardin de sa maison d’Aniane, ne devait pas manquer d’évoquer pour lui l’Élysée du Musée des Monuments français de A. Lenoir et qu’il avait connu lors de ses études de droit à Paris, terminées en 1818. Comme l’a écrit Michelet (Histoire de la Révolution française, 8, 1879, p. 40) : « Que d’âmes ont pris dans ce musée l’étincelle historique, l’intérêt des grands souvenirs, le vague désir de remonter les âges »… La collection de P.-Y. Vernière (décédé en 1875) demeura dans le jardin familial jusqu’en 1905 par l’intermédiaire de deux antiquaires, elle devint la propriété du grand sculpteur américain G. G. Barnard avant de parvenir au Musée des Cloisters à New York. Nous aurons l’occasion de publier l’ensemble du dossier avec les plans et illustrations photographiques de la collection Vernière lorsqu’elle était présentée dans le jardin d’Aniane. Pour l’histoire de la création et de l’évolution des collections privées et des musées au XIXe siècle, on dispose du récent ouvrage de : Ch. Georgel et alii, La jeunesse des musées, les musées de France au XIXe siècle, Paris, Musée d’Orsay, 1994.
14. Sur les cloîtres, nous nous contenterons de citer ici les « Actes du Cloister Symposium » de 1972 (= Gesta, 12, 1973, 150 pages), les Cahiers de Saint-Michel-de-Cuxa en général avec, en particulier, le n° 7, 1976, qui est consacré à ce thème; H. Bernard, Cloîtres et salles capitulaires, Mémoires de la Commission départementale d’histoire et d’archéologie du Pas-de-Calais, 25, 1987, p. 35-56 et The Cloisters, Studies in honor of the fiftieth Anniversary, New York, MMA-ICMA, 1992, 459 pages (= « Actes du Symposium international » de 1988). On trouvera dans les publications sur le Musée des Cloisters (J. Rorimer et alii) des photographies des sculptures de Saint-Guilhem-le-Désert lorsqu’elles étaient à Aniane. Nous y reviendrons. Enfin, « last but not the least », D. Kletke, Der Kreuzgang ans Saint-Guilhem-le-Désert in the Cloisters in New York, Berlin, 1994, 364 pages.
15. Nous tenons à le remercier tout spécialement. On se reportera à son étude sous presse : Reconstruction des phases constructives du cloître de Saint-Guilhem-le-Désert, Cahiers de Saint-Michel-de-Cuxa, 26, 1995.
16. Le plan du rez-de-chaussée du Fr. R. Plouvier (1656) montre sur cette galerie seulement 5 fenêtres marquées par un cercle plein figurant la colonne. Il manque donc une travée qui correspond à une communication libre avec le jardin, actuellement fermée dans sa partie basse mais qu’il conviendrait de ré-ouvrir. Sans entreprendre ici la discussion détaillée du plan de R. Plouvier, on peut affirmer qu’il est exact dans ses grandes lignes mais que certains détails (probablement peu importants par rapport aux objectifs de R. Plouvier et des Mauristes) sont faux.
17. Nous ne savons rien de l’état des lieux et des circulations au moment de l’église carolingienne où la tradition rapporte que se trouvait à proximité le tombeau primitif de Guillaume avant son élévation du Xe siècle. Au siècle suivant, la jonction entre le rez-de-chaussée de la tour Saint-Martin et la galerie Nord a pu bénéficier d’une sorte de porche intégré ultérieurement dans la disposition avec la galerie Ouest. La peinture (XIIe siècle) qui décore le tympan de l’arc méridional – un Christ en majesté entouré de saints – pourrait être un souvenir de la fonction primitive.
18. Le plan de R. Plouvier ne montre réellement que sept ouvertures et sept colonnes. On sait que l’une d’entre elles se trouve prise dans un comblement nécessité par la construction du pilier Nord-Ouest du lavabo.
19. La datation précise de cette galerie reste liée à une exploration archéologique qui devrait permettre de savoir s’il existait – et quelle était sa nature – un bâtiment longé par cette galerie; de la même façon le dispositif primitif de fermeture, au Sud, reste largement à préciser. Le voûtement original ou postérieur à une charpente primitive sera précisé par l’étude détaillée qui devra prendre en compte le réseau souterrain d’un égout monumental.
20. Une étude de cette fontaine est en cours avec M. J.-L. Andrieu spécialiste de l’hydraulique. Il s’agit d’étudier l’ensemble du système mis en place, au plus tard au Moyen Age, et qui servait d’une part à l’irrigation de la vallée du Verdus, et, d’autre part, à l’alimentation, en eau potable, du monastère et des fontaines villageoises et, en eau industrielle, pour des moulins et des ateliers.
21. Compte tenu de l’absence actuelle de document iconographique précis, l’attribution de tel élément de sculpture et à Saint-Guilhem-le-Désert et aux cloîtres – à plus forte raison à telle partie très précise d’une galerie – reste donc fort délicate, ce qui n’exclut pas les propositions. Pour les panneaux à personnages représentant les Vieillards de l’Apocalypse, conservés à la Société archéologique de Montpellier, nous ne serions pas partisans de les attribuer à ces galeries du cloître. S’agissait-il des éléments d’un tympan, aujourd’hui disparu ? L’inventaire des chapiteaux, colonnes ou panneaux est loin d’être terminé : nous connaissons des œuvres, encore inédites, conservées chez des particuliers aujourd’hui et certains documents, signalés de façon assez précise par l’abbé Léon Vinas, en 1875, n’ont toujours pas été retrouvés.
22. Cet abbé est très mal connu : P. Tisset, L’abbaye de Gellone… 1933, p. 112. Deux chartes du Cartulaire nous le montrent comme abbé et une douzaine postérieure à son abbatiat le citent. Il y a dans le Cartulaire de ces années des lacunes qui ne sont pas nécessairement fortuites : cet abbé a été accusé de simonie et très probablement déposé en 1202 (lettre d’Innocent III du 6 août 1202). Nous avons retrouvé, grâce à Henri Barthès, des actes de cession (1198) qui concernent Hugues de Fozières dans le Cartulaire de Valmagne, en cours d’édition. Par ailleurs, A. Colby-Hall, Guillaume d’Orange, l’abbaye de Gellone et la vache pie de Châteauneuf-de-Gadagne, Études sur l’Hérault, 9, 1993, p. 5-21, a découvert aux Archives d’Avignon, un hommage de 1200-1201 signé et scellé par Hugues de Fozières à Châteauneuf-de-Gadagne (p. 6-7, 15, 18) édition avec texte, traduction et reproduction du sceau, figure 1. Nous aurons l’occasion de revenir sur cet abbé et sur le rôle qu’il a joué.
23. La faible durée de l’abbatiat d’Hugues de Fozières n’est pas incompatible avec l’attribution de ces galeries du cloître. Il faudrait retenir alors la date de 1202 comme ante quem pour la datation. Il est évident, de toute façon que, pour le rédacteur de la charte de 1206, ces récentes galeries construites devant la salle capitulaire – où généralement sont plutôt signés les actes – pouvaient être alors qualifiées de « cloître neuf » !
24. A. Soutou, Accord conclu en 1161 entre l’abbé de Saint-Guilhem et le commandeur des Templiers de Sainte-Eulalie, Études sur Pézenas et sa région 4, 1975, n°4, p. 25-28. Le texte de l’accord de 1152-1153, grâce à Mme G. Douillard-Cagniant, a pu enfin être déchiffré en totalité et nous le publierons ultérieurement.
25. Cet emprunt daté de 1175 sur 4 000 sous de Melgueil (on se reportera pour ce monnayage à la récente synthèse de M. Bompaire dans G. Depeyrot et alii, Trésors et émissions monétaires du Languedoc et de Gascogne XIIe-XIIIe siècles, Toulouse, 1987, p. 11-43 reste mal connu et ne figure pas dans le Cartulaire qui, entre 1175 et 1204 n’offre pas plus de sept chartes (P. Tisset, op. cit., p. 108-110).
26. Ces deux blasons du fait de leur présence à New York (Saint-Guilhem-le-Désert, la sculpture du cloître… 1990, p. 134) étaient mal connus jusqu’à leur illustration mais leur identification n’avait pas encore été établie.
27. En attendant la publication détaillée de l’ensemble des armes connues à Gellone par les documents et/ou les textes éventuellement illustrés, c’est à M. P. Burlats-Brun que nous devons cette identification après le recollement et l’attribution de tous les autres documents. La tâche n été particulièrement ardue car la seigneurie de Fozières (Hérault) devint au XVe siècle de la Treilhe de Fozières et les armoiries connues : « d’or a une treille de sable pamprée de sinople, au chef de gueules chargé d’un lion naissant d’or, armé et lampassé de gueules montrant sa queue » (Grand armorial de France, de Jougla de Morenas, 1934-1952, communiqué par Mme M. Dalas-Garrigues) ont définitivement remplacé les précédentes. D’après P. Burlats-Brun, ce blason a été relevé par l’archiviste E. Thomas en 1868, à partir d’un sceau d’une représentante de la famille et d’un sceau d’un archidiacre de Maguelone relevé par M. Oudot de Dainville. Sur Fozières : B. de Fozières, Un prieuré-curé de l’ancien diocèse de Lodève, Sancta Maria de Foderia (938-1791), Lavaur, 1905 ; G. de La Treilhe de Fozières, Notice historique sur Fozières (Hérault), 1933, 57 p., manuscrit 20137 de la Bibliothèque municipale de Montpellier ; et Histoire de la famille Latreilhe de Fozières, 1932, manuscrit, édition restreinte par M. A. Latreille de Fozières, 1990, 137 p. Nous remercions tout particulièrement P. Burlats-Brun ainsi que H. Barthès, G. de Grayencour, A. Latreille de Fozières, Mme M. Dalas-Garrigues, J. Delmas, F. Moreau, A. Soutou, J. Teisserenc, L. Valls. Il ne semble pas qu’il faille tenir compte de la présence sur l’un des deux blasons d’un rameau de chêne sous le sanglier. L’exemplaire qui le porte est d’une meilleure qualité de sculpture et d’exactitude minutieuse dans tous les détails.
28. La présence d’une œuvre sculptée dans le jardin Vernière à Aniane – même présentée aujourd’hui à New York – n’est pas une preuve indiscutable de la provenance de Saint-Guilhem. Nous le savons, par exemple, pour deux groupes (base, colonne, chapiteau) qui provenaient de Saint-Michel-de-Cuxa et qui ont été toujours identifiés comme tels (y compris sur place par l’entremise d’une étiquette), nous le pensons pour un fragment de sarcophage de l’École d’Aquitaine (à New York, publication sous presse par Mme Briesenick-Christern dans la Revue Archéologique de Narbonnaise, 27, 1994), nous en sommes certain pour une inscription funéraire (Double épitaphe de Guillaume et Raymond Guillaume de Montpeyroux, aujourd’hui conservée au dépôt lapidaire de Saint-Guilhem-le-Désert : Corpus des inscriptions de la France médiévale, 12, 1988, p. 162, n° 56 et p1. 49, fig. 105). Depuis le siècle dernier s’est développé à Aniane un a priori selon lequel tout élément sculpté médiéval rencontré à Aniane vient de Saint-Guilhem-le-Désert !, (opinion faussement appuyée sur les constructions actuellement visibles puisque les bâtiments datent des XVIIe et XVIIIe siècles). Or, nous venons d’avoir la surprise d’une provenance anianaise pour l’un des chapiteaux les plus célèbres de la collection Vernière et de New York, le chapiteau dit de l’Enfer (La sculpture… 1990, p. 105-107), d’après J.-M. Amelin (Tableau statistique et pittoresque du département de l’Hérault, volume 1, p. 306 et sq., manuscrit autographe, n° 76, Bibliothèque municipale de Montpellier ; l’auteur a publié en 1827 un très précieux Guide du voyageur dans le département de l’Hérault et dessiné 2476 vues de l’Hérault, prises sur place, entre 1816 et 1858, conservées à la même Bibliothèque, cf. infra). Après avoir décrit les colonnes et chapiteaux qui décorent le jardin Vernière (la date de sa visite n’est pas donnée), J.-M. Amelin poursuit : « un chapiteau offrant des dimensions beaucoup plus grandes a été trouvé à Aniane, maison de M. Crespi. Ce chapiteau représente l’enfer, des diables, des patients des deux sexes, enchaînés et traînés, formant des bandes séparées qui sont conduites vers une gueule ouverte… ». Il n’y a aucun doute sur l’identification de ce chapiteau. La maison dont il est indiqué provenir est tout à fait distincte de la maison Vernière mais se trouve dans les parages de l’ancienne abbaye bénédictine d’Aniane. Il est vrai qu’une position hypercritique pourrait soutenir que, avant d’être dans la maison Crespi, ce chapiteau avait pu être transporté depuis Saint-Guilhem-le-Désert… Ce chapiteau avait été illustré, la première fois, par J.J.B. Laurens, dans J. Renouvier, Monumens de quelques anciens diocèses de Bas-Languedoc…. Montpellier, 1840 (la monographie est Histoire, antiquités et architectonique de l’abbaye de Saint-Guillem-du-Désert, Montpellier, 1837), p. 28 et p1. XV en haut, deux dessins ; (cette monographie vient d’être réimprimée, à l’identique, sous le titre Saint-Guilhem-le-Désert en 1837, Montpellier, 1994). Nous reprendrons l’ensemble de ce dossier dans notre étude avec M. P. Gary sur P.-Y. Vernière et ses collections.
29. Le rez-de-chaussée dessiné par R. Plouvier offre pour le mur du nouveau cloître 3 baies au Sud et 4 baies à l’Est et 7 piliers neufs. Dans son document de proposition M. Lorimy retient au Sud 2 baies et à l’Est, le même nombre, mais donne à la baie proche du retour de la galerie A une dimension plus réduite. On trouvera dans l’étude annoncée de M. Lorimy les explications du parti retenu.
30. M. Durliat, La sculpture, 1990, p. 10.
31. L’examen des plans de R. Plouvier non seulement sur reproduction mais sur les originaux eux-mêmes, montre bien au nord (galerie E) que les deux ou trois épaississements autour de colonnes doubles ou liant deux groupes de colonnes doubles ne sont pas des piliers mais des coulées d’encre et des cercles marqués pour leur correspondance avec les piliers du bas (galerie A). On remarque d’ailleurs leur irrégularité et, surtout, leur absence totale sur le dessin des trois autres galeries…
32. Les éléments de ce cloître gothique n’ont pas été étudiés dans le détail mais ce qui frappe c’est le module des supports (base + colonne + chapiteau = autour de 1,60 m donc plus élancé que les groupes romans) ; les arcs que supportaient les colonnes semblent avoir été légèrement brisés et de deux types. Les chapiteaux, très simples, n’offrent pas de représentations. Parmi les chapiteaux à représentation dont on dispose aujourd’hui, certains ont été datés du XIIIe siècle (nous avons évoqué plus haut, note 28, le chapiteau dit de l’Enfer, et un autre chapiteau classé à cette époque est illustré, La sculpture… 1990, p. 104, Le massacre des Innocents, ainsi que, p. 123, un tailloir : il conviendrait d’être absolument certain que ces œuvres viennent bien de Saint-Guilhem-le-Désert, d’autre part du cloître et enfin qu’elles ne peuvent pas ne pas correspondre à des réparations ayant entraîné le remplacement d’une œuvre romane). Des colonnes du premier étage se trouvent à New York et il est très probable qu’au moment du démontage du cloître, ces éléments du premier étage n’ont pas été sélectionnés pour être vendus ou donnés… en cadeau. C’est la raison pour laquelle on dispose, aujourd’hui, d’un bon nombre de ces éléments à Saint-Guilhem-le-Désert même et aux environs.
33. Entre 1202 et 1219 sous l’abbatiat de Pierre III Raimond, il est facile de penser à un temps de pose après les grands travaux précédents et les difficultés financières de la fin du siècle, sans même évoquer la situation générale du Languedoc durant ces années… A. Vauchez, En Occident la répression de l’hérésie et les nouvelles formes de dissidence Histoire du christianisme des origines à nos jours, 5, 1993, p. 819-843, et Ph. Wolff, Le Languedoc royal, Histoire du Languedoc, Toulouse, 1967, p. 197-233.
34. Nous disposons d’un blason des Roquefeuil (attesté mais disparu), d’un blason des Deux Vierges (collection lapidaire sur place) et de deux blasons des Mostuéjouls (un à New York un sur place). Nous reviendrons dans une étude détaillée et bien illustrée sur ces documents.
35. Nous sommes particulièrement attentif à l’étude de M. Durliat, La disparition du chapiteau historié au XIIe siècle, Cahiers de Fanjeaux, 28, 1993, p. 201-213 : « durant tout le XIIe, les sculpteurs languedociens cultivèrent le genre du chapiteau historié avec un esprit de création sans cesse renouvelé jusqu’à ce que, brusquement, au début du siècle suivant, un déclin qui allait se révéler irrémédiable, se produisit » (p. 203), « seul se maintient le portail à chapiteaux historiés mais rares » (p. 201), et, dans les cloîtres « le chapiteau historié disparaît subitement aux environs de 1200 et ne réapparaît plus, à une exception près [Abbaye Prémontré de Fontcaude, Hérault, dernier quart du XIIIe. Cf. C. Vignes, Les chapiteaux du cloître de l’abbaye de Fontcaude, Bulletin Monumental, 1977, p. 181-193] » (p. 210). Pour M. Durliat, il s’agit à l’origine d’une volonté délibérée et déclarée reliée aux réformateurs toujours porteurs de tendances iconoclastes (cf. O. Christin, Une révolution symbolique, l’iconoclasme huguenot et la reconstruction catholique, Paris, 1991 ; A. Besançon, L’image interdite, une histoire intellectuelle de l’iconoclasme, Paris, 1994).
36. Les questions posées par les tribunes, les dates de construction, les usages, les circulations restent difficiles et seront étudiées ultérieurement. Nous pensons que la tribune-chœur monastique date de la construction même de l’église. Pour les tribunes latérales y compris les tribunes sur croisée d’ogives des transepts, nous pensons qu’elles ne sont peut-être pas antérieures au XVe siècle.
37. Il suffit de consulter, par exemple, le tome 11(1985-1990) et le tome 12 (1991- ?) du Bulletin d’Histoire Bénédictine de la Revue Bénédictine pour voir la différence, même si ce Bulletin ne prend pas en compte toutes les publications.
38. J. Vaudour et alii, Les édifices travertineux et l’histoire de l’environnement dans le Midi de la France (Provence-Languedoc-Roussillon), Aix-en-Provence, A.T.P.-PIREN, 1988 et Rapport 1990 par J.-L. Vernet et alii. Sur l’occupation pré et protohistorique et sur l’existence d’un lac au fond de la vallée du Verdus retenu par un barrage de tufs : P. Ambert et J. Gasco, Les tufs de Saint-Guilhem-le-Désert, évolution holocène et pression anthropique sur, le milieu karstique (Languedoc, France), Bulletin du Musée d’Anthropologie Préhistorique de Monaco, 32, 1989, p. 63-85.
39. En dernier lieu moulins médiévaux : P. Ucla et P. David, Les moulins de l’Hérault, 14, 1994, p. 29-47 ; Tanneries et moulins à huile : J.-C. Richard et P. David, Cahiers d’Arts et Traditions Rurales, 3, 1984-1990, p. 131-197 ; Horloges : P. Cablat, ibidem, p. 75-91 qui a étudié l’horloge du clocher du XVIIIe siècle à nos jours mais aussi rappelé l’existence d’horloges attestées dans le monastère en 1347.
40. Une enquête est en cours sur l’hydraulique à l’intérieur du monastère, et en particulier, pour l’alimentation de la fontaine médiévale du cloître, par J.-L. Andrieu avec la collaboration de P. David et J.-C. Richard.
41. K. Pawlowski, Réflexions sur l’espace ecclésiastique et l’espace urbain à l’époque romane (Maguelone et Saint-Guilhem-le- Désert), Hommage R. Saint-Jean, Montpellier, 1993, p. 39-50.
42. Qu’il s’agisse d’édifices religieux (églises Saint-Laurent ou Saint-Barthélemy, chapelle des Pénitents du XVIIe siècle) ou, civils (maisons, fortifications…), ou d’un « colombier » : A. Soutou, Les avatars légendaires du colombier de Saint-Guilhem-le-Désert, Études sur l’Hérault, 7-8, 1991-1992, p. 111-114.
43. R. Saint-Jean, Un bas relief roman : le Christ en gloire de Saint-Guilhem-le-Désert, Hommages M. Durliat, Toulouse, 1992, p. 245-253 ; G. Alzieu et B. Homps, L’autel roman de Saint-Guilhem-le-Désert, Hommage R. Saint-Jean, Montpellier, 1993, P. 27-38 (les auteurs gardent la datation classique de la deuxième moitié du XIIe siècle ; pour notre part, nous préférons dater l’autel de 1139 au moment de la seconde élévation de Guillaume ; on remarquera que le bel autel d’Avenas est daté de 1137 – par R. Favreau, J. Michaud, B. Mora, Corpus des inscriptions de la France médiévale, 17, Paris, 1994, p. 63-64 et pl. 19-21).
44. G. Mallet, Le dépôt lapidaire de Saint-Guilhem-le-Désert, Cahiers de Saint-Michel-de-Cuxa, 25, 1994, p. 177-181, a recensé les reliefs et sculptures conservés sur place. Bien entendu, on se reportera pour la sculpture aux ouvrages déjà cités supra. Pour les inscriptions: R. Favreau, J. Michaud, B. Mora, Corpus des inscriptions de la France médiévale, 12, Aude-Hérault, Paris, 1988, p. 159-166, à compléter, pour une nouvelle inscription par : J.-C. Richard, Bulletin Monumental, 152, 1994, p. 357-358.
45. Sur les orgues, nous citerons la dernière publication en relation avec J.-P. Cavaillé (W. Praet, The Jean-Pierre Cavaillé organ at Torroja del Priorat, The Organ Yearbook 1992-1993, p. 109-161) en attendant l’étude que nous préparons sur J.-P. Cavaillé à Saint-Guilhem-le-Désert, en 1782, pour la construction des orgues avec J. Laffon, et J.-P. Cavaillé et ses activités en Catalogne, de 1790 jusqu’à sa mort.
46. Depuis A. Dumas, Liber Sacramentorum Gellonensis, Turnholt, 1981, 2 volumes, les recherches disposent de cette belle édition. On lira aussi : J. Nougaret et V. Guibert de la Vaissière, L’iconographie du Sacramentaire de Gellone, Montpellier, 1993, 42 p.
47. Chr. Camps, F.R. Hamlin, J.-C. Richard et t E. Bonnet, Cartulaire de Gellone, Tables des noms de personnes et des noms de lieux, Montpellier, 1994 ; F. Lambert, Répertoire chronologique et inventaire général de toutes les chartes, titres, documents, regitres et papiers… 1783, Montpellier, 1993 (= Cahiers d’Arts et Traditions Rurales, 5-6, 1992-1993) ; P. David, Transcription manuscrite du compoix de Saint-Guilhem-le-Désert, diocèse de Lodève, année 1748, Montpellier, 1994 (= Cahiers d’Arts et Traditions Rurales, 7, 1994) ; A. Philippe, I. Bonnot, L. Valls, Archives de l’Hérault, série H, Clergé régulier, L (1 H-56 H) Montpellier, 1994.
48. A. Colby-Hall, Le voyage d’un orangeois, Jacques de la Pise, à l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert en 1573, Études sur l’Hérault, 5-6, 1989-1990, p. 93-98; D.-O. Hurel, Le séjour de dom Edmond Martène et de dom Ursin Durand entre Saint-Chinian et Albi en octobre 1711, ibidem, p. 122-130. On y ajoutera les récents : Saint-Guilhem-le-Désert en 1837, en 1856 et en 1897 publiés par le Centre d’Initiation au Patrimoine de la Vallée de l’Hérault, 1991, 1993, 1994.
49. B. Briesenick-Christern, étude sous presse dans la Revue archéologique de Narbonnaise.
50. I. Rillet-Maillard, étude en cours.
51. D. Terrer et J-C. Richard, étude en cours.
52. B. Sournia et J.-L. Vayssettes, étude en cours.
53. J.-C. Richard, étude en cours.
54. La riche bibliographie des chansons de geste est donnée, chaque année, dans le périodique Rencesvals.
55. F.R. Hamlin et P. David, étude en cours.
56. E. Martène et U. Durand, Voyage littéraire de deux religieux de la congrégation de Saint-Maur, 2e partie, p. 65. Cf. supra note 48. On rappellera que cette observation confirme celle du témoin des XVIe-XVIIe siècles que nous avons publiée (Études sur l’Hérault, 5-6, 1989-1990, p. 80 et note 34 : « Les abbés des derniers siècles ont fait quelque changement au cloître. Ils ont refait deux alées de celuy d’en bas qui sont enrichies de beaux piliers avec diverses sculptures, les autres deux retiennent leur ancienne forme toute telle que le saint fondateur leur fit donner. Sur ce bas cloître ils y en ont élevé un second ou l’on voit les ecussons ou armoiries de leurs maisons »).
57. Lorsqu’en 1783 l’archiviste Philippe Caulier procède à l’Inventaire des archives de l’abbaye (Cf. supra note 47), tout ce qu’il décrit se trouvait parfaitement rangé et classé dans une pièce construite sur l’absidiole Sud (et supprimée lors des restaurations des années 1960-1970). La lecture de l’Inventaire montre l’importance des pertes : probablement plus des trois quarts de l’ensemble !
58. Les abbayes mauristes d’Aniane, Saint-Chinian, Saint-Thibéry et Villemagne-1’Argentière restent, sauf la première, très mal connues et n’ont pas de monographies ni de publications de leurs cartulaires. Il est envisagé maintenant de publier l’Inventaire des titres d’Aniane, réalisé à la même époque et par le même archiviste. Le résultat ne sera pas le même car les archives d’Aniane ont particulièrement souffert au moment des guerres de Religion, mais on aura ainsi, comme pour Gellone, un complément bien utile des Cartulaires. Enfin, l’Inventaire de la série H des Archives de l’Hérault permet d’avoir une vue complète de ce qui, aujourd’hui, est disponible dans le département.
