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Description

Une verrerie moderne dans les monts du Somail (Hérault) :
atelier forestier du Bureau au XVIIe siècle, (commune de Fraïsse-sur-Agoût)

Avec la collaboration d’ Alain RIOLS , Bernard GRATUZE , Emeline POUYET , Rémy ROULEAU

Contexte géologique et environnemental

L’atelier verrier du Bureau est situé à quelques kilomètres au Sud du village de Fraïsse-sur-Agout (Hérault). Le site, implanté au cœur du plateau du Somail, à près de 1000 m. d’altitude, se trouve à proximité du lac de Vesole et dans le domaine forestier éponyme du Bureau. Il a fait l’objet d’un programme de fouilles archéologiques durant trois semaines en 2008, à l’initiative du Parc Naturel Régional du Haut Languedoc qui souhaite mettre en valeur cette importante part du patrimoine local et intègre également une recherche universitaire actuellement en cours, dans le cadre d’un doctorat en archéologie médiévale.

La lithologie locale se retrouve en contexte de fouilles archéologiques, dans le domaine du bâti comme dans celui des structures de production. Les habitats comme les élévations subsistantes de l’aire de travail des verriers ont en effet été dressés à l’aide de matériaux locaux : les bâtiments dévolus au logis sont constitués de gneiss tandis que les élévations de la halle sont réalisées à partir de schiste. On retrouve également ces matériaux dans la construction des deux fours, employés en divers points selon leur résistance thermique respective. Dans le même registre, se pose la question de l’approvisionnement en silice, matière première indispensable à la production du verre. Si celle-ci se retrouve dans les gisements de quartzites prises dans les formations schisto-gréseuses locales, la quantité exploitable parait négligeable au regard des efforts à fournir. C’est là un point qui nécessite encore de plus amples recherches.

Éléments d’historiographie du site

À l’instar de nombreuses unités de production de verre du Languedoc, le site du Bureau fait l’objet d’une première mention dans l’ouvrage fondateur de Saint-Quirin : « Le 11 mars 1660, Laurent Bas, gentilhomme, (…) obtient du prince de Conti le changement de cette mouline en une “verrière à faire toute sorte d’ouvrage de verre, à une mousquetade de la maison de M. de Campblanc, à l’endroit où il y a des arbres appelés hous (houx) et d’autre broussailles“ ». L’auteur précise, sans toutefois citer ses sources, que Laurent Bas arrente sa verrerie à Isaac de Breton le 23 juillet 1664. Ledit bailleur se voit d’ailleurs rapidement en procès pour avoir exploité « sans ménagement les bois qui environnaient la verrerie ». Saint-Quirin déduit de l’isolement géographique qui caractérise cet atelier, qu’il ne connut qu’une existence éphémère et rapidement végétative.

Entre les années 1950 et 1980, de nombreux amateurs se sont pris d’intérêt pour la verrerie du Bureau qui a alors fait l’objet d’un positionnement géographique plus précis. Ainsi, à partir des écrits de Saint-Quirin, A. Lauriol écrit quelques lignes suite aux explorations officieuses qu’il réalisa au lieu-dit la Forest ; il localise trois fours aux abords de la ferme. Il semble toutefois peu probable que l’atelier ait fonctionné jusqu’au XIXe siècle, comme l’écrit cet auteur d’après des témoignages oraux. La carte de Cassini, qui constitue l’une des premières cartographies complètes des habitats au XVIIIe siècle, peut apporter ici quelques éclaircissements en matière de datation. Dressée dans la région du Languedoc entre 1769 et 1774, elle ne reporte la Forest qu’en qualité de simple hameau.

L’évolution du site demeure largement chaotique sur ces dernières décennies car, outre les dégagements clandestins, l’O.N.F., propriétaire de l’ensemble du secteur et faute d’informations complètes sur les vestiges, a coupé le site en deux en réalisant l’ouverture d’une nouvelle piste, puis a dérasé les dernières élévations encore en place par mesure de sécurité. Ne restent désormais plus que quelques rares photos du hameau de la Forest avant sa destruction.

Au regard de ces quelques données préliminaires, il apparaît que le petit centre de production verrière s’installe dans un vaste et ancien domaine forestier, mentionné dans les textes depuis la deuxième moitié du XIIIe s., à proximité immédiate d’un habitat qui semble lui précéder assez largement. Les actes notariés révélés par le travail de Saint-Quirin attestent une activité pour le milieu du XVIIe s. La carte de Cassini constitue quant à elle un Terminus Ante Quem pour dater l’abandon de l’atelier. Il reste donc, pour l’heure, difficile de préciser plus en avant les données historiques, une recherche documentaire plus approfondie en archives étant en cours afin de compléter les données de terrain présentées ici.

De manière générale, la documentation scientifique concernant les unités de production et plus particulièrement la typologie des fours de fusion, leur chronologie et leur mode de fonctionnement, reste encore largement lacunaire sur l’ensemble du territoire français. C’est donc également dans cette optique de mise à niveau de nos connaissances sur la question que s’inscrit l’intervention menée sur l’atelier verrier du Bureau. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2011

Nombre de pages

15

Auteur(s)

Alain RIOLS, Bernard GRATUZE, Emeline POUYET, Franck MARTIN, Isabelle COMMANDRÉ, Rémy ROULEAU

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf