Une « hérésie » en Bas-Languedoc L’affaire des Béguins (1299-1329)
Une « hérésie » en Bas-Languedoc L’affaire des Béguins (1299-1329)
La chronique des chanoines de Saint-Paul de Narbonne nous dit : « En l’an 1322, le premier dimanche de Carême, veille des kalendes de mars (28 février 1322), furent brûlés à Narbonne, à la porte royale de la Cité de Narbonne, seize hommes et cinq femmes qui avaient été condamnés comme hérétiques. 1 »
C’est-là la seule source narrative d’une tragédie qui, bien au-delà de Narbonne, devait marquer cruellement toute la population du Bas-Languedoc, dans les diocèses de Béziers, Lodève, Agde et Maguelonne, plus encore que la métropole. L’histoire de France, et même l’histoire locale 2 évitent, par on ne sait quelle honte, d’en parler, et il a fallu attendre 1959, et un érudit italien, Raoul Manselli 3, pour que soient exhumés, et partiellement publiés en latin, les actes de l’impitoyable inquisition qui s’abattit sur le pays de 1318 à 1328 4. Les victimes en étaient des Franciscains, et des béguins et béguines, c’est-à-dire des tierciaires de leur Ordre.
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Pour en arriver là, il fallut un itinéraire spirituel d’un siècle, ou plutôt la confluence de diverses inspirations, dont la principale fut naturellement l’exemple de saint François d’Assise, le Poverello, le « petit pauvre ». Il avait pu voir, avant de mourir, lorsqu’il quittait l’ermitage qu’il partageait avec quelques compagnons, la masse de ceux qui se réclamaient de sa règle former un Ordre, tenir des chapitres généraux, avoir un ministre général. En vain avait-il, par l’exemple, la plume (son « Testament ») et ses dernières paroles, tenté de les maintenir dans la pauvreté et la mendicité, l’humilité et la simplicité. Rien n’avait pu empêcher l’Ordre nouveau de bâtir de grands couvents, de compter des prélats pris dans son sein, de pousser ses membres les plus riches et les plus doués à étudier la scolastique (de préférence à Paris), à devenir docteurs et à posséder d’opulentes bibliothèques. Toutes ces infractions à la Règle et la pensée du saint fondateur étaient, symboliquement, représentées par l’habit. Il n’était plus question de se contenter d’une seule tunique rapiécée au besoin en toile de sac, ni d’aller pieds nus ou en sandales découvertes.
En vain, le général Jean de Parme avait-il tenté de faire respecter la Règle il fut déposé en 1257. En 1277 était élu le premier pape franciscain, Nicolas III. Il voulut sauver les apparences de la pauvreté en déclarant que les biens de l’Ordre étaient la propriété de l’Église, et que les Frères n’en avaient que l’usage. Le parti resté fidèle à S. François ne fut pas dupe, et s’il s’inclina, il exigea que cet usage fût lui-même conforme à la pauvreté intégrale, que ce fût un « usage pauvre (usus pauper). Fortement représenté dans la Province de Saint-François et celle de Toscane, c’est sans doute dans la Province de Provence (qui comprenait les couvents du Bas-Languedoc) qu’il eut le plus d’adeptes, et les plus marquants, dès la première moitié du XIIIe siècle, tels qu’Hugues de Digne. Une chanson fit connaître dans tout le domaine occitan les miracles de sa sœur Douceline, dont la maison de Roubaud, à Marseille, servit de modèle pour les « maisons de la pauvreté » que devaient tenir les tierciaires.
Mais un autre courant venait de l’œuvre d’un ermite, puis moine calabrais, Joachim de Flore (mort en 1202), qui avait prédit l’arrivée d’un troisième âge, celui de l’Esprit, venant après ceux du Père (l’Ancien Testament) et du Fils (Nouveau Testament). En 1252 un Franciscain, Gérard de Borgo San Donnino, faisait connaître à Paris son « Introduction à l’Évangile éternel », qui n’était que l’introduction à trois des livres de Joachim, mais qui annonçait l’avènement de l’âge de l’Esprit sous le signe de saint François, le nouveau Christ.., pour 1260.
La date, qui était d’ailleurs dans l’air, fut retenue en Italie et déclencha un incroyable mouvement de « pénitence » dans les populations, qui conduisit à des défilés de flagellants, mais aussi au gonflement et à l’officialisation dès tiers Ordres dominicain et franciscain.
Le mouvement ne tarda pas à se propager dans le Midi. Un concile tenu à Arles en 1260-1261 condamnait déjà les Joachimites. L’âge nouveau devait être précédé par la décadence et la défaillance de l’Église née du Nouveau Testament, l’« Église charnelle », à travers des vicissitudes apocalyptiques et l’apparition de l’Antéchrist, et voir l’instauration d’une paix universelle dans une « Église spirituelle ». Les Franciscains fidèles à la Règle, que l’on appela dès lors les « Spirituels », en virent le proche avènement dans les persécutions qu’ils commencèrent à subir de la part des autres, les « Conventuels », et dans l’échec de la tentative de placer sur le trône de saint Pierre un homme vraiment apostolique (Pierre Célestin, 1294), que l’on fit démissionner. Tout au plus quelques Spirituels, comme un de leurs chefs Angelo Clareno, purent-ils entrer dans l’Ordre qu’il avait fondé, et acquérir ainsi une relative liberté de parole 5.
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L’élite franciscaine n’avait pu rester sourde aux aspirations des Spirituels. Du Bas-Languedoc allait surgir la personnalité la plus marquante du mouvement. Pierre Déjean-Olieu 6 naquit à Sérignan vers 1246-1248. Entré dans l’Ordre à Béziers en 1260, il fit ses études à Paris, où il prit le titre de bachelier, et commença une longue carrière de théologien. Il eut un premier incident sous le généralat de Jérôme d’Ascoli, le futur Nicolas III, qui lui fit brûler des « Questions » sur la Vierge. Cela ne l’empêcha pas de participer avec Bonagrazia de Tielci à la préparation de la bulle Exiit qui seminat 7 en 1279. A la suite du chapitre général de Strasbourg de 1282, le général chargea sept docteurs parisiens d’examiner sa doctrine. Ils en condamnèrent quelques points, d’ailleurs obscurs, par un document que l’on appela par la suite la « Lettre des sept sceaux » en 1283. De Nîmes, en 1285, et sans ses livres qu’on lui avait confisqués, il envoya une justification qui n’empêcha pas le général Arloto de Prato, élu la même année, de prescrire la mise à l’index provisoire de ses œuvres et de le convoquer à Paris, où il parvint à tenir ses adversaires en échec. Élu au chapitre général de Montpellier de 1287, le général Matheo d’Aquasparta approuva sa thèse sur l’« usus pauper » et le nomma lecteur à Florence. Son successeur, plus favorable encore aux Spirituels, l’occitan Raimond Jouffret (1289-1295) le protégea, alors qu’il était passé de Florence à Montpellier. Mais l’agitation dans les couvents de la province de Provence autour de l’usage pauvre amena Nicolas IV, franciscain lui aussi, à faire enquêter, et à renvoyer la question au chapitre général de Paris de 1292. Mis en cause, Pierre Déjean-Olieu affirma comprendre cet usage conformément à la bulle Exiit qui seminat, et ses écrits officiels (lettre au Spirituel Conrad d’Offida, traité sur l’abdication du pape Célestin, lettre aux fils de Charles II d’Anjou (1295)), le situaient dans une position de largeur d’esprit et d’obéissance aux instances supérieures qui le mettaient à l’abri des persécutions. Il mourut le 14 mars 1298 au couvent de Narbonne, parla sur son lit de mort d’une vision qu’il avait eue à Paris, et fut aussitôt considéré comme un saint et enterré dans le chœur de l’église du couvent 8.
Si son œuvre est, en grande partie, de la plus abstruse scolastique, il est bien vrai qu’il fut un mystique et qu’il eut de ce fait une audience toute particulière. Il s’en expliqua lui-même : « Pour l’avenir, en ce qui concerne la détermination particulière des temps et des événements, c’est-à-dire en précisant que ceci arrivera tel jour ou telle année, ou que telle personne particulière fera ceci ou cela, etc., je n’ai, que je sache, jamais rien affirmé en privé ou en public… Mais, je crois avec certitude à un avenir universel : l’Ordre de saint François, d’abord frappé de châtiments et de tentations innombrables, épuré et expurgé, restaurera dans le monde entier le culte très haut du Seigneur; plus exactement, Dieu le fera par son intermédiaire, afin que, une fois les bêtes et les brutes vaincues, il fasse entrer l’universalité ou le reste des Juifs et des Gentils dans l’Église du Christ et les amène à son trône » 9.
Le 14 mars 1313, pour le quinzième anniversaire de sa mort, « le peuple de toute la province afflua à son tombeau » 10, des guérisons s’y produisirent, des grands, des évêques et même des cardinaux envoyèrent des présents.
On s’attacha surtout à sa notice nécrologique, Le passage du saint Père 11 », à son dernier écrit, la « Lecture sur l’Apocalypse », qui annonçait les malheurs qui devaient précéder l’âge de l’Esprit, ses petits ouvrages d’édification traduits en occitan, auxquels venaient s’ajouter des ouvrages similaires d’autres Spirituels locaux, tels Mathieu de Bouzigues 12.
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L’implantation franciscaine dans l’actuel département de l’Hérault était particulièrement dense : il y avait un couvent à Béziers et à Montpellier, mais aussi à Agde, à Florensac, à Ganges, à Gignac, à Lunel et à Lodève, du moins après 1300.
Autour des Frères gravitaient d’actifs tierciaires, pris dans la classe artisanale. Leur profession était encore, dans bien des cas, celle qu’exprimait leur patronyme. Ils étaient proches des pauvres, et d’une pauvreté qui allait devenir plus sensible avec le retour de la disette de blé à partir de 1304. Les patriciens puissants et turbulents de Béziers à l’époque des Vicomtes avaient disparu. Les agents royaux conservaient « les quatre livres des notés » (d’infamie) 13 qui n’avaient plus le droit de résider dans la ville, en fait la liste des biens confisqués depuis 1209 et surtout 1240 et 1242. Le catharisme n’avait jamais dépassé le Minervois à l’Est 14. Le haut du pavé était tenu par une administration royale dont les exactions étaient éhontées, comme le révèlent les doléances auprès des Enquêteurs royaux ; par la nouvelle classe possédante et dirigeante des hommes de loi de tout poil, et par des institutions ecclésiastiques richissimes, dont les bénéfices, bien avant l’installation des papes à Avignon, étaient accaparés par le pouvoir. Gilles Aicelin, archevêque de Narbonne (1290-1311) était un ancien « clerc du Roi ». Un de ses neveux, déjà chanoine de Rouen, était chanoine de Narbonne. L’autre, déjà chanoine de Narbonne, était abbé de Saint-Aphrodise de Béziers. Un prébende de chanoine de Saint-Aphrodise rémunérait les services d’un notaire de l’Inquisition de Carcassonne, etc.
Les Béguins (prononcé Béquis ou Véquis), les tierciaires franciscains 15, fréquentaient les sermons des Frères, se réunissaient le soir pour entendre de pieuses lectures, se pénétraient d’un idéal de pauvreté et allèrent jusqu’à porter, parfois, un court manteau de bure. Mais c’étaient surtout les Béguines qui se manifestaient au dehors, en tenant dans les faubourgs leurs « Maisons de la pauvreté », asiles ouvert aux nécessiteux et aux gens de passage, et en ajoutant parfois à l’engagement des tierciaires des vœux plus contraignants, comme le vœu de chasteté, qu’elles allaient faire à titre individuel, par exemple à Notre-Dame de Sérignan 16. Bien avant la fin du siècle, et même dans les milieux hostiles aux Spirituels, comme à Toulouse, elles commençaient à mener une vie communautaire 17.
L’Église séculière ne pouvait voir d’un bon œil cet enthousiasme contagieux qui privait ses paroisses de fidèles pour le culte et les sépultures, et par conséquent de casuel. Elle y voyait l’apparition d’un de ces Ordres nouveaux prohibés depuis les conciles de 1215 et de 1274.
Les Spirituels et les Béguins n’étaient pourtant pas isolés dans leur ferveur. La piété franciscaine avait des adeptes au sommet de la Chrétienté des cardinaux, comme un Colonna, des têtes couronnées comme Charles II, roi de Naples, dont le fils Louis mourut en odeur de sainteté dans le pauvre habit de l’Ordre, alors qu’il avait été élu évêque de Toulouse (1297), le médecin catalan du roi de Naples, et de plusieurs papes, Arnau de Villeneuve, théologien inspiré, qui s’intéressait assez aux Béguins du Midi pour leur avoir dédié un petit ouvrage d’édification 18. Les Spirituels avaient parmi leurs chefs en Languedoc Gui de Lévis-Mirepoix, d’un des plus hauts lignages français. Le ministre général de l’Ordre fut de 1289 à 1295 un ami de Pierre Déjean-Olieu et un protecteur des Spirituels, Raimond Jouffret, fils de Bergonhos d’Agoult, vicomte de Marseille et podestat d’Arles 19.
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Le dernier quart du XIIIe siècle, fut marqué par une pression de plus en plus étouffante des Conventuels et la marginalisation des Spirituels, que les supérieurs envoyaient purement et simplement au cachot quand ils étaient en force. Vulnérables sur le principe de l’usage pauvre et impuissants à faire condamner Olieu sur ce point, ils se rabattirent sur ses autres écrits, le proclamèrent hérétique, et présentèrent leurs adversaires comme une secte condamnée. A part quelques expressions scolastiques sur l’essence des personnes divines, que seuls quelques spécialistes pouvaient comprendre, l’effort porta sur le récit de la Passion. Les bibles méridionales, suivies par Olieu, comportaient à Mathieu 27,49 une addition prise à Jean 19,34 : le Christ était mort après le coup de lance. Les occitans y voyaient d’autant moins une hérésie que les plus vieilles Bibles de la région, dont la plus ancienne de Saint-Victor de Marseille, leur donnaient raison 20. En fait, les chapitres généraux de Paris de 1287 et de Paris de 1292 furent impuissants devant l’attitude respectueuse d’Olieu. Seule la Lecture sur l’Apocalypse, qu’il écrivit dans ses dernières années, et qui ne fut d’ailleurs officiellement condamnée qu’en 1226, pouvait donner prise contre le grand docteur.
Le bon Raimond Jouffret, élu au chapitre général de Montpellier en 1289, fit revenir Olieu comme Lecteur dans cette ville, et protégea de son mieux ses Frères de langue. Mais il fut déposé en 1295 et remplacé par Jean Mincio de Murrovalle (1296-1304). Arnaud de Roquefeuil, lui aussi occitan 21 et de haute noblesse, mais Conventuel acharné, fut nommé ministre provincial. Les persécutions commencèrent dès 1298 en Italie et autour du noyau dur de Narbonnaise. Le général fit brûler les livres d’Olieu et chargea le Lecteur de Toulouse, Vital du Four, de la province d’Aquitaine, d’enquêter et de sévir. Les Spirituels furent envoyés dans des couvents sûrs pour y être punis. On les y laissait mourir aux fers, dans leurs excréments. Il y aurait eu, selon le grand Spirituel italien Ubertin de Casale, quelque trois cents victimes.
Ceux qui échappaient à ce sort étaient en butte à la calomnie. Mathieu de Bouzigues, qui s’enfuit en Italie à la faveur du Jubilé de 1300, écrivit sa profession de foi en occitan, poussé par la « rabiosa malicia e dessenament dels mieus cruzels adversaris… que me mordon e me roson en las preondesas de las mias ventralhas, diffamant me coma heretge 22 ».
En 1299, un concile provincial se tint à Béziers sous la présidence de Gilles Aicelin. On y condamna les Béguins, accusés de chercher à constituer un Ordre nouveau, de prononcer des vœux et d’avoir des réunions nocturnes. Ces insinuations sans originalité furent sans effet sur l’enthousiasme qui suivit la mort d’Olieu et la divulgation de son « Apocalypse ». On voyait dans ces persécutions l’approche des temps nouveaux.
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A la même époque, l’Inquisiteur dominicain de Carcassonne, Nicolas d’Abbeville, voulant parachever l’œuvre de ses prédécesseurs Jean Galand et Guillaume de Saint-Seine, qui dans des conditions très suspectes avaient condamné ou incriminé les plus riches notables du pays, se fit donner par le pape dominicain Benoît XI l’ordre d’exhumer du cimetière du couvent des Franciscains un riche bourgeois, Castel Fabre. Arnaud de Roquefeuil en fut informé, tint un chapitre à Marseille, et invita le Gardien du couvent à résister. Fin juin 1300, lorsque l’assistant de l’inquisiteur se présenta, le Lecteur demanda à être entendu dans la défense du défunt. Le 4 juillet, l’inquisiteur ayant refusé de l’entendre, il placarda un acte d’appel à sa porte, entouré d’un large groupe de sympathisants.
Âgé alors d’une trentaine d’années, originaire de Montpellier, ce Lecteur, Bernard Délicieux, n’avait en rien le comportement d’un Spirituel. Il était déjà chargé, aux côtés d’officiers royaux, de la liquidation des comptes de l’évêché de Toulouse, à raison de la vacance qui avait suivi la mort de saint Louis d’Anjou 23. Plaider pour le « cimetière » du couvent et les legs qui s’y rattachaient, avoir recours à la procédure dans un litige, manier des fonds, c’est ce que les bons Frères s’interdisaient formellement.
On connaît la suite : l’appel aux enquêteurs royaux, le soulèvement de Carcassonne, Albi, Cordes, Castres, Limoux ; les démarches à la Cour de France, les portes du « Mur » inquisitorial ouvertes par l’enquêteur Jean de Pecquigny, puis la cruelle répression à Carcassonne et à Limoux; l’accusation contre Bernard Délicieux d’avoir empoisonné Benoît XI de concert avec Arnaud de Villeneuve, qu’il connaissait effectivement ; le long effort de procédure pour faire relever de l’excommunication Jean de Pécquigny, et pour finir la bulle Multorum querela de 1308, par laquelle le pape exigeait que les sentences fussent rendues conjointement par l’évêque et l’inquisiteur.
Après des démarches nouvelles à la Cour, au cours desquelles il ne fut pas autrement menacé 24, Clément V le fit venir à la Curie et l’y garda quelque temps avant de le renvoyer à Béziers auprès de Bérenger Frédol jeune, puis de son frère Guillaume Frédol (après 1313). Il y joua un rôle éminent par ses qualités de politique et de financier, mais il y baigna aussi dans le climat Spirituel que protégeaient plus ou moins ouvertement les prélats « de Lavérune » 25.
Le caractère libéral et compréhensif du nouveau pape faisait renaître l’espoir dans les persécutés, espoir qui ne pouvait qu’être renforcé par la canonisation en 1308 de saint Louis d’Anjou, dont l’ascétisme était un désaveu pour la Communauté. Une première lettre en faveur des Spirituels fut adressée à Clément V par Charles II d’Anjou sur l’instigation de son médecin Arnaud de Villeneuve. Puis les citoyens de Narbonne, en 1309, écrivirent à la fois au roi et au pape, et se plaignirent aussi bien des persécutions que des atteintes à la mémoire de Pierre Déjean-Olieu, demandant qu’une « révérence spéciale », fût attribuée à sa tombe 26.
Le pape confia à un cardinal et à un théologien anglais le soin de convoquer les chefs du parti, au nombre de neuf: Raimond Jouffret, Raimond de Gignac, ancien ministre provincial, le Gardien d’Arles, Gui de Lévis, le définiteur Barthélemy Sicard, trois Lecteurs, dont celui de Béziers, Guillaume de Ganges, et enfin l’italien Ubertin de Casale, le plus éloquent probablement. Renseigné, le pape agit immédiatement, en soustrayant, le 14 avril 1310, les Spirituels à l’obéissance des supérieurs de la Communauté 27. Dans l’été qui suivit, Raimond Jouffret, Gui de Mirepoix et Barthélemy Sicard moururent, et l’opinion générale fut qu’ils avaient été empoisonnés par leurs adversaires, qui, paraît-il, s’en vantaient 28.
Le concile de Vienne s’ouvrit alors, et donna à la question franciscaine une solution mitigée. La bulle Fidei catholice fundamento et la bulle Exivi de paradiso, du 6 mai 1312, condamnaient les points sujets à caution de l’œuvre d’Olieu, sans le nommer, relevaient les infractions de la Communauté à la règle, mais en laissant aux supérieurs une latitude dans son application, quant aux provisions et aux vêtements. Une autre décision 29 frappait d’interdiction les béguines, qui portaient un habit sans être des religieuses et discutaient théologie, mais ajoutait : « certes nous n’entendons pas par là interdire que des femmes fidèles, vivant honorablement dans leurs hospices, en ayant ou en n’ayant pas fait vœu de continence, veuillent faire pénitence ».
La Communauté sauvait les apparences, mais les véritables sentiments de Clément V et d’un fort parti de la Curie apparurent lorsqu’il déposa, en juillet 1312, quinze supérieurs du Midi qui s’étaient distingués par leur zèle persécuteur, et envoya leur meneur, Bonagrazia de Bergame, en résidence forcée à Valcabrère 30.
A la Pentecôte 1313, après le chapitre général de Nîmes, le nouveau général, Alexandre d’Alexandrie, assigna les trois couvents de Carcassonne, Narbonne et Béziers aux Spirituels. Les Conventuels résistèrent, et c’est par la force que l’on dut les en expulser, avec l’aide d’ailleurs des habitants, à Narbonne et à Béziers.
Mais Clément V mourut en avril 1314, et Alexandre en octobre. Bonagrazia de Bergame s’empressa de revenir du Comminges, et au chapitre provincial tenu à Carcassonne en 1315, on décida la restauration des supérieurs punis par le pape défunt dans leurs fonctions, et notamment de l’un des plus virulents, Guillaume Astre, comme Gardien de Narbonne.
Cinq Frères du couvent de Toulouse s’étaient réfugiés à Narbonne pour pouvoir y suivre leur Règle sans être persécutés. Le provincial d’Aquitaine, Bertrand de la Tour, les excommunia solennellement, mais sa sentence fut cassée par l’évêque de Toulouse. Guillaume Astre, lui, saisit l’évêque d’Agen et l’archevêque d’Aix, qui firent rendre à sa demande un arrêt contre les Spirituels. Ceux-ci firent appel, et des consuls se joignirent à eux au nom des villes de Narbonne et de Béziers. Le cardinal Jacques Colonna fit rétracter l’arrêt par l’archevêque d’Aix.
Les choses étaient donc en suspens lorsqu’en 1316 furent élus Jean XXII comme pape et Michel de Césène comme ministre général 31.
Guillaume Astre et Bonagrazia ne perdirent pas de temps, et soumirent au nouveau Pontife 5 propositions tendant à condamner le mouvement adverse. Le pape, le 13 avril 1317, leur donnait raison sur la question de l’habit, par la bulle Quorumdam exigit. Obligés de revêtir l’ample et riche tenue de la Communauté, les malheureux firent appel, pour se voir citer à la Curie le 27 avril 1317. Ils arrivèrent le 11 mai au nombre de 64, passèrent la nuit sous les murs d’Avignon, et comparurent le 13. Le pape les interrogea en personne, et fit envoyer en prison, entre les mains de leurs ennemis, tous ceux qui, successivement, prenaient la parole. Bernard Délicieux, qui s’était joint à ces Frères sans avoir été cité, fut l’objet d’un procès distinct et mourut en prison au début de 1320 32.
Pour les autres, la procédure consista à être sommés, par le général Michel de Césène de prendre l’habit commun. Sur leur refus, 25 d’entre eux furent remis à l’inquisiteur de Provence, le Conventuel Michel Lemoine, justement, que Clément V avait fait jeter en prison. Il en fit brûler quatre à Marseille le 7 mai 1318 et emprisonner les autres, dans les conditions que l’on sait. Sur l’ensemble, tous ceux qui le purent s’évadèrent, et revinrent en Narbonnaise.
Les Conventuels étaient parvenus à faire considérer les aspirations de leurs adversaires comme une hérésie, mais ils dépassèrent leur but avec cynisme, Jean XXII leur donna plus qu’ils ne demandaient. Après les avoir autorisés à avoir des greniers et des celliers, il se débarrassa de la fiction selon laquelle ils n’avaient que l’usufruit de leurs biens, propriété de l’Église, et condamna la thèse de la pauvreté du Christ et de ses apôtres. Tout ce dont l’Ordre tirait sa gloire s’effondrait. Le général Michel de Césène s’enfuit auprès de l’empereur. Dans un manifeste de 1324, « l’appel de Sachsenhausen », dont l’argumentation recopiait des passages de Pierre Déjean Olieu sur l’usage pauvre, l’empereur appelait au schisme contre le pape hérétique, ce qui se traduisit par l’élection d’un antipape, le Franciscain Pierre de Corbara.
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La mort incroyable des Frères à Marseille, la disparition des autres et l’occupation des trois couvents par ceux dont on ne voulait pas comme directeurs de conscience soulevèrent l’indignation. Le corps de Pierre Déjean-Olieu fut enlevé de sa tombe et disparut en 1318. En 1321, on brûla en masse dans tout le royaume les lépreux. S’attaquer à eux, et aux « Minorets », aux petits pauvres, les êtres les plus dignes de charité, c’était renouveler le massacre des innocents.
Le pape qui avait fait brûler en 1317 un évêque par vengeance personnelle, qui tournait en ridicule la règle de saint François, c’est-à-dire le précepte de l’Évangile, représentait bien l’Église charnelle appelée à disparaître. Il était l’antéchrist caché qui devait précéder l’autre.
Dans ce climat enflammé, on parlait sans précautions, et une large adhésion des prêtres de paroisses vint élargir le mouvement.
Éclairé sur les intentions du pape, le haut clergé voulut faire preuve de zèle. La répression commença, semble-t-il, à Lodève, dont l’évêque Jacques de Concots (Lot), était une créature de Jean XXII. Ses deux vicaires généraux firent arrêter un grand nombre d’artisans de Lodève et de Clermont. Le vicaire de l’archevêque de Narbonne, Germain d’Alaigne, recteur de Capestang, en fit autant. Les premiers bûchers eurent lieu à Capestang en 1319, et à Lodève peu après. Puis, sans doute pour éviter des émeutes, on fit à Lunel le 18 octobre 1321 un bûcher de 19 « béguins et béguines » de Lodève et Clermont. Nombreux furent les sympathisants qui allèrent les voir mourir et rapportèrent dans des sacs les restes des martyrs, enlevés dans la nuit qui suivit l’exécution.
Béziers fut frappé à son tour par un bûcher qui eut lieu le 10 janvier 1322. La foule parvint à arracher deux malheureux au supplice. On transféra alors les condamnés à Agde où ils furent brûlés. Un bûcher devait avoir lieu à Montpellier, qui fut décommandé, sans doute sur un refus du consulat et de l’autorité majorquine. On tira les condamnés des prisons de l’évêque de Maguelonne pour les brûler à Pézenas. Le 28 février 1322 avaient été brûlés à Narbonne les 16 hommes et 5 femmes mentionnés par la chronique.
C’est alors (du moins à notre connaissance) qu’on se préoccupa de procéder avec plus de régularité, et l’on appela l’inquisiteur dominicain de Carcassonne, Jean de Beaune. Le fragment du registre qu’il fit tenir s’ouvre sur la consultation préalable qu’il sollicita et la sentence qu’il rendit à Lodève les 2 et 3 juillet 1322. Au cours de la consultation, les prélats et les légistes, tout en constatant la relapse ou l’impénitence plus ou moins déclarée des victimes, ne conclurent, pas plus que l’inquisiteur, à la mort : les premières procédures des vicaires de l’évêque n’étaient pas correctement libellées. On ne brûla qu’un prêtre, Bernard Peyrot de Lodève, qui, lui, avait abjuré devant l’inquisiteur.
Le 12 septembre 1322, l’inquisiteur de Toulouse Bernard Gui, le célèbre historien qui allait devenir évêque de Lodève en 1324 33, fit brûler deux béguins de Narbonne et de Montpellier et un sympathisant de Gignac, qui avaient cherché refuge dans la basse Ariège 34.
Il y eut encore des bûchers lors des « Sermons » de Carcassonne de 1324, des 24 février 1325, 1er mars 1327, 11 novembre 1328 de Narbonne du 11 décembre 1328 ; de Béziers, 19 mai 1329, de Carcassonne enfin le 10 septembre 1329. Mais les « sermons » tardifs comportent surtout des élargissements des premiers condamnés à la prison. Les documents s’arrêtant à la dernière date citée, on ne peut affirmer que la répression ait cessé, mais cela reste probable. Le troubadour Raimond de Cornet, qui avait été franciscain quelque temps, avait failli être brûlé à Avignon 35. Dans une épître en vers adressée au ministre général Guiral-Oth, donc postérieure à 1329, il critique ouvertement les Conventuels : « Car ils croient certainement mieux valoir que les autres gens, car ils portent des habits de façon non appropriée (deguizada), eux qui ont commencé par suivre le chemin de vraie pauvreté que nous montra Jésus… Car je l’ai porté (l’habit) 8 mois et 9 jours, souffrant grandes vilenies et beaucoup de bavardages de certains Frères savants. Ce pourquoi je dis que jamais, Messieurs, ils ne me tiendront. 36 »
Narbonne mise à part, la répression porta essentiellement sur l’actuel département de l’Hérault : Béziers, Lodève, Clermont, Gignac, Pézenas, Montpellier, Capestang, Sauvian. Certains étaient natifs de Bize, Cabezac, Cessenon, Cazouls, Villeneuve, Bessan, Florensac, Marseillan, Roujan, et plus loin jusqu’à Bragassargues, la Cadïère et St-Gilles du Gard. Pour les professions, on trouve des tisserands, des tailleurs, pareurs de drap, savetiers, des verriers, parcheminiers, ciriers, selliers, des merciers, mais aussi des prêtres et un notaire.
Au sud des Pyrénées, la répression est attestée jusqu’en 1352 avec le bûcher d’un Franciscain de Puigcerda. Elle se poursuivit plus longtemps encore en Corse, où les partisans, probablement endoctrinés à l’origine par des transfuges du Languedoc, portèrent le nom de Giovannali 37.
Un renseignement extérieur parle d’un total d’environ 80 personnes brûlées. On arrive à un chiffre voisin avec les documents que nous a laissés l’Inquisition. C’est dire que la répression ne s’étendit pas au-delà du Rhône, bien que là l’inquisiteur ait été franciscain, et l’un des plus féroces des Conventuels après Michel Lemoine, l’ancien Gardien Guillaume Astre 38. Tout porte à croire qu’en Provence la solidarité « spirituelle » fut assez forte pour faire obstacle aux poursuites.
La réconciliation n’intervint que lorsque, sous l’impulsion de Jean de la Vallée, de saint Bernardin de Sienne et d’autres, l’Ordre fit place dans son sein à ceux, Observantins, Récollets, Capucins, qui souhaitaient un retour aux sources de la piété franciscaine.
Condamné par Jean XXII, Pierre Déjean-Olieu fut réhabilité par Sixte IV à la fin du XVe siècle, et Jean de Parme, le fidèle disciple de François, qui avait été déposé pour cette raison en 1257, béatifié en 1777.
Iconographie
Il n’existe guère de témoins matériels de ces événements, à l’exception d’une médiocre partie de l’ancienne église des Franciscains de Narbonne (Cf Cahiers de Fanjeaux n° 10, p. 256) et surtout de la belle collégiale de Sérignan.
Quatre plaques de bas-relief de marbre, par contre, qui sont bien d’époque, se trouvent à Béziers, deux au Musée du Vieux-Biterrois (dont une seule est exposée) et deux dans le clocher de l’église des Pénitents-Bleus (non visibles du sol). Célestin Douais, dans une communication à la Société Archéologique du Midi (Bulletin, 1899, pp. 6-12), avait voulu y voir un rappel de la vie de Pierre Déjean-Olieu.
Il s’agit en fait de quatre épisodes de la légende de saint François d’Assise : La mère de François le consacrant à la Vierge – Le père de François réclamant ce que son fils lui a coûté et l’évêque enveloppant François dans son manteau – François recevant la Règle du pape – Miracle d’Arezzo. (Les deux dernières sont au Musée).
Dans toutes ces représentations, François est vêtu d’une robe très longue, qui fait des plis sous la ceinture. C’est l’habit de la « Communauté ». Dans le miracle d’Arezzo, le saint en prière obtient l’arrêt de la guerre civile qui déchire la cité. On voit sortir hors des murs deux personnages le diable, naturellement, qui semait la zizanie, mais aussi un homme pauvrement habillé à mi-cuisses. Il est plus que probable qu’on a voulu désigner un Spirituel.
Notes
1. Histoire Générale de Languedoc, t. V, cc. 45-46.
2. Cf. Histoire de Béziers, Toulouse 1986, p. 126.
3. Spirituali e Beghini in Provenza, Istituto Italiano per il Medio Evo, Studi storici, fasc. 31-34, Rome 1959. – Sur le contexte historique, v. G. Leff, Heresy in the later Middle Ages, t. I, Manchester-New York, 1967, pp. 167-230.
4. Bibl. Nat. Paris, Ms Doat, t. XXVIII et XXVII. – Sentences de l’Inquisition de Toulouse, ed. P. a Limborch, Amsterdam 1692.
5. Il nous a laissé une « Histoire des sept tribulations de l’Ordre des Mineurs ».
6. Souvent cité sous le nom inexact de Pierre Jean d’Olive.
7. Qui calmait dans une certaine mesure les appréhensions des Spirituels.
8. L’étude la plus scientifique est F. Ehrle, Petrus Johannis Olivi, sein Leben und seine Schriften, dans Archiv für Litteratur-und Kirchengeschichte t. 11(1887), pp. 409-552. V. aussi les contributions de R. Manselli, D. Flood et Y. Congar dans Cahiers de Fanjeaux n° 10 : Franciscains d’Oc, Les Spirituels, ca 1280-1324, Toulouse 1975, pp. 127-165.
9. Traduit de l’éd. de F. Gratien, O.M., Une lettre inédite de Pierre de Jean Olivi, dans Études Franciscaines n° 175, Paris 1913, p. 421-422.
10. Cf. Cahiers de Fanjeaux n° 10, op. cit., p. 165.
11. Conservé par l’inquisiteur Bernard Gui dans sa Practica Inquisitionis, cd. Mollat, Le Manuel de l’Inquisiteur, Paris 1926, I, pp. 190-192.
12. V. Manselli, La « Lectura super Apocalipsim » di Pietro di Giovanni Olivi, Rome 1955. – Sur Mathieu de Bouzigues, F.R. Durieux, Un manuscrit occitan des Spirituels, dans Cahiers de Fanjeaux n° 10, pp. 230-241.
13. Histoire générale de Languedoc, t. VIII, e. 1467.
14. L’implantation à Servian avant la Croisade était due au fait qu’Étienne de Servian avait épousé Navarre, sœur d’Aimery de Montréal.
15. L’orthographe latine bequini est utilisée par Bernard Gui. Pamiers (Ariège) eut jusqu’à la Révolution une maison de béguins à la sortie nord de la ville, dont le nom s’est conservé dans la « rue des Vékisses » (Sic).
16. Par exemple : « Astrugue… habitante de Narbonne, couturière sur toile de lin, ainsi qu’il résulte de ses aveux (septembre 1325), fut reçue dans le Tiers Ordre de s. François à Narbonne, il y a 20 ans, puis y a fait profession, et ensuite a fait le vœu de virginité dans l’église de Ste-Marie de Sérignan (B.N. Paris, Ms Doat XXVIII, f° 224 v°).
17. En 1275 (cf. C. Douais, Des fortunes commerciales à Toulouse et de la topographie des églises et des maisons religieuses de Toulouse d’après deux testaments (XIIIe-XVe siècle), Paris 1894, p. 19).
18. V. Manselli, op. cit., pp. 55-80.
19. Jouffret, patronyme actuel le plus courant à Marseille, plutôt que Geoffroi, pour le latin Gauffredi. Sur lui, v. H. de Gérin-Sicard, Actes concernant les vicomtes de Marseille et leurs descendants, Monaco-Paris 1926, p. XXXVIII, n. 1.
20. En 1300, des Frères firent constater la chose par un notaire à Marseille. L’acte a été retrouvé et publié par V. Doucet, De operibus manuscriptis Fr. Petri bannis Olivi in Bibliotheca Universitatis Patavinae asservatis, dans Archivum Franciscanum Historicum XXVIII (1935), pp. 441-442.
21. La seigneurie de Roquefeuil était à Dourbies (Gard).
22. « La méchanceté enragée et la folie de mes cruels adversaires… qui me mordent et me rongent dans la profondeur de mes entrailles, en me diffamant comme hérétique » V.D. Zorzi, Testi inediti francescani in lingua provenzale, dans Miscellanea del centro di Studi medievali, ser. I, Milan s.d. (1956), pp. 272-278.
23. Sur ce point, qui jusque là n’avait pas été vu, v. Y. Dossat, Les origines de la querelle entre Prêcheurs et Mineurs provençaux, Bernard Délicieux, dans Cahiers de Fanjeaux n° 10, op. cit., pp. 329-331.
24. Ce qui parait bien accuser le caractère factice de l’accusation de trahison au profit du fils du roi de Majorque.
25. D’après le récit d’un prieur dominicain de Béziers, Raimond Barrau, édité par P. Botineau, Les tribulations de Raymond Barrau, O.P. (1295-1338), dans Mélanges d’archéologie et d’histoire publiés par l’École française de Rome 77, 1965.
26. Ces lettres sont connues indirectement par le dossier des Conventuels (cf. Manselli, op. cit., p. 94, n. 1).
27. Cf. Manselli, ibid.
28. D’après l’histoire des sept tribulations de l’Ordre des Mineurs d’Angelo Clareno, cd. F. Ehrle, Die Spiritualen, dans Archiv für Litteratur- und Kirchengeschichte II (1885), p. 133.
29. Clémentine III, XI, 1 Cum de quibusdam mulieribus.
30. A côté de St-Bertrand de Comminges, ancien évêché de Clément V.
31. Au chapitre général de Naples. Les Spirituels du Midi envoyèrent un mémoire, mais leur messager fut aggressé et laissé pour mort. Il en fut fait un constat notarié, qui est conservé.
32. Ce procès nous est conservé par une copie de Baluze à la Bibliothèque nationale et a été en partie transcrit ou analysé par B. Hauréau, Bernard Délicieux et l’Inquisition albigeoise (1300-1320), Paris 1877. Traduit en occitan par Yves Rouquette, Bernat Delicios : Franciscans contra Inquisition, Nîmes 1981.
33. On devine les raisons de ce choix par Jean XXII.
34. Cf. J. Duvernoy, Les Béguins au pays de Foix, dans Pyrénées ariégeoises, St-Girons 1983, pp. 93-100.
35. Dans sa tension avec Guilhem Alaman, ce dernier dit : « J’ai ouï dire que pour le béguinage que vous faisiez avec Frère Peyre Joan, vous fûtes prêt de brûler à Avignon jadis » (Noulet et Chabaneau, Deux manuscrits provençaux du XIVe siècle, Montpellier-Paris 1888, p. 64).
36. Ibid., p. 22. Dans son introduction sur R. de Cornet, p. XXXIX, Chabaneau propose bizarrement de lire J. Rigaud (qui fut Provincial), alors que le troubadour adresse bien son épître au « Ministre général ».
37. On a une idée du départ clandestin par mer des Spirituels vers l’exil dans la déposition de la nièce de Pierre Déjean-Olieu, Alazaïs Biasse, de Sauvian, condamnée à la prison perpétuelle en 1327 (Ms Doat XXVIII, ff° 217 v°-227 v°).
38. Il fit bien un procès, parvenu jusqu’à nous, mais à un prêtre de Narbonne fugitif (Publié par R. Manselli, op. cit., en appendice).
